clmp. XV, • De l'Imagination des Anglais
Science.
Les sciences naturelles, non moins que la philosophie, ivaient eu pour Thomson un attrait qui survécut à ses années l'Université. Sa poésie y a plus d'une fois trouvé une inspiraion heureuse. Le poème sur la mort de Newton montre avec ^uel succès son vers et sa langue se prêtaient à l'exposé des grandes hypothèses de la science. Les « Saisons » renferment de nombreux passages où l'auteur mêle à ses descriptions pittoresques le souci d'une explication scientifique. Non pas du reste que le poète oublie son véritable rôle et se place, pour observer la nature, au point de vue qui convient au savant. Les explications et les investigations de la science ne viennent pas plus que les spéculations de la métaphysique troubler sa claire vision des choses. C'est en artiste et en poète qu'il contemple le monde. L'intérêt qu'il prend aux réponses fournies par la science vient s'ajouter chez lui à l'observation directe des apparences, sans dénaturer l'émotion qu'il éprouve ni Vexpression qu'il nous en donne. Tout au plus pourrait-on relever quelques rares passages où une confusion s'est établie entre les deux personnages, et où le pseudo-savant vient faire tort au poète. Il lui arrive par exemple, dans un accès dç fervente curiosité, de prononcer tel souhait où l'artiste eût dû voir une profanation. Il voudrait pénétrer le secret de la forïï^ation des sources, et s'écrie : « 0 génie de la science,... mets * à nu la montagne ; révèle sa structure secrète aux yeux « étonnés! arrache aux Alpes leur fardeau de sapins ; arrache « au Taurus l'énorme et encombrant vêtement de ses bois « affreux *.... »
Inutile de dire que ces notions scientifiques ne sont pas toujours telles que le savoir moderne les puisse accepter. Elles reproduisent les connaissances d'alors telles que pouvait les embrasser un esprit avisé, volontiers hardi dans ces matières, acceptant d'enthousiasme les hypothèses des derniers arrivés
et des plus entreprenants parmi les chercheurs. Les différentt^ découvertes de Newton dans le domaine des sciences natureik? sont rappelées en plusieurs passages des < Saisons », indépendamment du brillant exposé qui en est fait dans le poèiae consacré à l'illustre savant. S'il y a là même une part aujourd'hui condamnée, à plus forte raison les erreurs se rencontrent-elles dans les occasions où l'écrivain ne s'appuie pas sur la haute autorité d'un Newton. Dés le début du c Printemps » lauteur. après tant d'autres poètes — et il ne devait pas être le dernier, — fait du mois de Mai le temps des roses. Il croit que le c niildew » est causé par le brouillard *. Il explique la formation des saisons par une pure fiction poétique '. Il répète, après Virgile, que le taon vit en troupes '. Il enregistre la commune erreur que les oiseaux brillants des tropiques ne puissent être d'aussi ravissants chanteurs que les oiseaux de nos climats \ Ses explications de la formation des orages et de la nature de la foudre ont le tort de venir quelque vingt ans avant les travaux de Franklin '. Il ne devait pas lui-même croire avec beaucoup de conviction que la peste soit due à l'influence des étoiles \ Il s'est trompé en supposant que c'était le màledu ver luisant qui avait le pouvoir phosphorescent que l'on sait ^; ce que les naturalistes de son temps prenaient pour une lanterne, ceux du nôtre y voient un phare, le phare de Héro. Les hirondelles ne sont pas engourdies pendant l'hiver', et sa sympathie pour les jolis oiseaux aurait été accrue s'il avait mieux connu leurs mœurs. Pour aucune de ces erreurs on ne songera à lui tenir rigueur. Pour quelques autre^on est tenté de se féliciter qu'il se soit trompé. N'est-ce pas une heureuse fiction qui lui fait supposer que le soleil, dont Newton vient de décomposer les rayons, forme et colore directement les diverses pierres précieuses dans les profondeurs de la terre •? le tournesol, nous
1, Spring, H9. — 2. Ibid., 316 et suiv.