‹ James Thomson, sa vie et ses œuvresChapitre 184 sur 304 · And tierce Aqnarius stains the inverted vear · texte numérisé non relu

And tierce Aqnarius stains the inverted vear

{Winler, iZ.)

C'est un mot traduit d'Horace et plus d'uoe fois reproduit par d'aulre^ poètes anglais :

« Simul Inversum contristat Aquarius annum. •

(■ Satire 1 -, v. 36.) Dryden l'avait imité ainsi :

« And winter storms înverl the ycar. ■ {A Song lo a Pair Young Ladg going oui of Town in the Spring.)

Et Cowper dira encore :

« Oh! Winler! ruler of the inverled year. »

12. Winter, 311. Le mot se retrouve avec la môme valeur dans la pirce To the Memonj of Lord Talbot, v. 296.

13. Winter, 1029. — 14. Spring, 649. — 15. Sitmtner, 43. — 16. Ihid., 94.

LES « SAlSOiNS ». — LA LANGUE ET LE STYLE. 423

pour t une obscurité qui cache les objets » ; « collected * » pour accumulé; a amusive * », « qui se joue au hasard, sans direction »; « disastered ' », « malheureux, soumis à l'influence d'astres défavorables »; « unequal tiraes * », « un temps qui n'est plus digne des héros dont il s'agit »; «c luculent ' » pour « translucide »; ^ Ceres void of pain ® », pour « des moissons recueillies sans labeur »; « tempest' » employé comme verbe; ft inform ■ » au sens de ^ animer », etc.

C'en est assez pour montrer quel est le défaut de la plupart de ces néoiogismes. Us ne sont pas de ces mots c que l'on transplante dans ses pages avec la terre adhérant encore aux racines ; de ces mots si vrais, si frais et si naturels, qu'ils semblent s'épanouir comme les bourgeons à l'approche du printemps •». Et cependant cet effort pour étendre, enrichir et renouveler le vocabulaire de l'anglais par des emprunts faits au latin, il serait absurde de le condamner de parti-pris. Si Thomson y a porté quelque abus, il y a parfois rencontré plein succès. Tous les poêles anglais ont aussi puisé à cette source quand ils ont voulu donner à leur langue la majesté et la tenue qui conviennent à l'expression de pensées hautes et nobles. C'est le cas, pour citer un petit nombre d'exemples, deMilton *^ d'Élizabeth Browning **, et même de ce Wordsworth qui voulait exclure

L Smnmer, 143-460.— 2. Ibid., 1660. — 3. Winter, 279. — 4. Ibid,, 472. - 5. Winter, 710. — 6. lôid., 863.

7. ■ Tempest Ihe looseDed brine » (VVtTi^er, 101b). C'est une imitation de Millon : . Tempest Ihe Océan ». (Paradise Lost, Bk. VII, 412.)

8. Summer, 143, 460. Wordaworlh s'est-il souvenu de cet usage du verbe?

« How the immortal soûl wilh god-like power lororms, croates.... •

(The Prélude, Bk IV.)

^- -He would be a poet... who nailed words lo Iheir primitive sensés,..* Iransplanled Ihem to his page with carth adhering to their roots; whose ^vords were so Iruo and fresh and natural, that they would appear to expand like tbe buds at Ihe approach of Spring....'- (Henry Tborbau, Essays. Walking,)

^0. Comment songer à citer des exemples? Tout le style du « Paradis Perdu » est imprégné do latin. Rappelons plutôt quel usage Shakespeare sait faire de néoiogismes latins :

tt ....No, this my hand will rather The mullitudinous seas incarnadine. •

(Macbeth, acte II, se. ri, 61, 62.) **• • ....What 1 do

I do volitient, nol obedient. »

[A Drama of ExUe, p. 19.)

424 JAMBS THOMSON.

du vers des poètes tout ce qui n'appartient pas à la langue h plus familière *.

Les innovations de Thomson dans l'emploi des termes d'ori gine saxonne sont beaucoup plus rares. Dans ces libertés prises avec la langue, le poète ne fait d'ailleurs le plus souvent que suivre un exemple donné par Milton, le maître dont Tintluence profonde apparaît partout dans les < Saisons ». Si Thomson emploie le mot « frolic » comme adjectif : « the shapes, of frolic fancy ' d, Milton avait dit avant lui « Rif^^ and frolic of bis full grown âge ' ». — « Freaked * », du même chant, est un mot fort rare, mais Milton en avait fait usage \ -— «L Uncouth • » pour « inaccoutumé > rend au terme son sens naturel dont s'écarte un peu l'acception moderne.

11 semble bien que le mot « green -» employé comme veite appartienne en propre à Thomson. Il en est évidemment th^ satisfait et l'emploie au moins trois fois'.

Relevons enfin, pour terminer ces observations sur le vocabulaire du poète, combien y sont rares les traces d'une origine écossaise. L'œuvre a été revue tant de fois que presque toutes

• ....So \ve Sprang very beauteous from the creanl word. *•

(-4 Drama of Exile, p. 40.) u For this loss il did préfigure. »

{The Lost Bower, p. 231.) Et d'autres passages.

1. Voici quelques exemples empruntés à un seul ouvrage di^ gruni poète :

a ....When ihe morning forma or Nature were coHatcralIy altached To everv scheme of holiday delight. »

{The Prélude, Bk. II.) « .... Iq this time Of dereliction and dismay. »

{Jbid,, Bk. U, p. 368.)

« Trinity s loquacious clock. •

(/Wd., Bk. m.) « ....Immense Is the recess, the circumambienl world Magnificent. »

(/ôid., Bk. Vil!, p. 395.)

Dans une petite pièce qui compte parmi les plus simples de sonœovit. on trouve <« an incommunicable sieep », et Tadjectif, au sens de • &^'^ lequel on ne peut entrer en communication >, est placé par le poète dans la bouche d*u ne pauvre femme du Gumberland. {The Affliction ofMargarel in Poems founded on the Affections.)

2. Winter, 641, 612. — 3. Comm, 59. — 4. m>i/er, 814. — 5. Lyddai^ Ui. — 6. Summer, 1070. — 7. Spring, 320; AulumUf 664, 1160.

ces marques de provincialisme en ont été effacées, alors que les pièces de jeunesse, qui nous ont été transmises intactes, renferment, nous le verrons, un grand nombre de scotticismes. Ceux qui ont survécu aux remaniements successifs des « Saisons » sont en bien petit nombre.

< And shook to notes Of native music, the respondent dance * ^

est un peu étrange et obscur. Mr. Logie Roberlson l'explique heureusement en le rapprochant de ce vers de Burns :

< rii laugh, an* sing, an' shake my Icg'. >

Le même éditeur nous fournit Texplication d'un passage embarrassant :

« A stronger glow sils on the lively cheek Of ruddy fire » »,

et nous apprend que dans les campagnes écossaises, les jambages de la cheminée s'appellent ce the cheeks o' the fire * ».

« In its mid career Arrests the bickering stream ' >

nous présente un terme dont l'emploie moderne est différent de celui qu'en fait le poète. Le sens primitif indiqué par Skeat, « to keeppecking », et conservé en Ecosse semble bien subsister dans l'exemple de Thomson •.

i. Winler, 627, 8. — 2. Second Epistie to Lapraik. — 3. Winter, 109, "ÏIO. — 4. Clarendon Press édition, p. 384. — 5. Winler^ 724, 725. 6. Coinme aussi dans l'emploi qu'en fait Tennyson :

« (I) sparkle oui among Ihe fern To bicker down a valley. »

{The B)^ook.)

* To bicker (dit le dictionnaire de Murray) expresses the noise occasioncd h' successive strokes, or by any rapid motion. »

« Frae thatched eaves the icicles dépend In glitt' ring show, an' the once bick' ring stream, Imprison'd by the ice, low-growling, runs Below Uie crystal pavement. »

(Davidso^s Seasonsj p. 136.)

Enfin Mr. Logie Robertson signale aussi un sens particulièrement écossais du mot t friends » employé pour t relatives > dans deux passages de V c Hiver ».

Thomson, pour nous résumer, apporte jusque dans le choi\ des mots de sa langue, Tindépendance aventureuse qui fiaût de lui une figure si originale dans la société littéraire anglaise du xviir siècle. Chez les maîtres de ce temps le vocabulaire était comme à plaisir réduit, le néologisme était volontiers jugé téméraire et inutile, le goût semblaitconsister à chercher l'effel dans les combinaisons ingénieuses de mots très simples plutôt que dans la variété ou Téclat des termes eux-mêmes. Thomsor. au contraire recherche les mots à effets, s'efforce d'étendre son clavier et de varier ses notes. Il lui parait que jamais il ne versera dans son style assez de termes éclatants et colorés. Il prend au fond de la langue, aux œuvres des vieux maîtres et en particulier à Spenser leur riche vocabulaire germanique. Il emprunte à Milton un grand nombre de termes latins, et, à l'exemple du grand poète, il introduit lui-même complaisaniment des mots tirés de la langue savante. Mais pour avoir manqué de mesure dans cette latinisation de son vocabulaire, il s'est exposé à ce qu'on méconnût tout ce qu'il a montré de richesse de bon aloi. Les termes trop souvent lourds et sans^ naturel qu'il façonne pour exprimer sa pensée ont, pour une part notable, contribué à donner à son style un caractère tendu, artificiel et parfois boursouflé.

Ije Grammaire des c Saisons ]».

Ineoi*rections; anacoluthes. — Les premières obsen^ation^ qu'appelle ce sujet, celles qui concernent le respect des lois de

Biirns donne seulement au mol le sens de * courir ».

iK Auld Ayp ran by before me, And bickered to Ihe seas. •

(Dans la pii^ce qui commence par n Though cruel Fate should bid u« part », in Commonplace Book^ 1784.)

Voir aussi l'emploi de • bicker •, • une courte course -, dans Deatk an^l Dr. Hornbook. »

la langue, seront fort brèves. Les incorrections formelles sont rares dans le poème. Les remaniements fréquents du texte pour les éditions successives ont fait disparaître presque toutes les taches dues à la hâte ou à l'inexpérience du jeune poète. Quelques-unes cependant ont traversé toutes les réimpressions. Ce sont surtout de ces constructions incohérentes, les anacoluthes de la rhétorique, où une partie de la phrase demeure comme suspendue en Tair sans être rattachée par aucun lien grammatical aux termes de la proposition.

O'er the boughs

Dancing about^ still at the giddy verge Their rcsolution fails *.

Or, twning thence Ihy view, thèse graver thoughls The Muses charm *.

« Even présent » % au début d'une longue période, ne se rapporte à aucun substantif ou pronom exprimé dans la phrase, mais, justifié par une ellipse hardie du sujet et du verbe, l'adjectif se rapporte au « jeune homme » dont il a été question au paragraphe précédent.

Cette construction plaît à l'auteur; il la répète quelques vers plus loin au début d'un passage qui s'oppose au précédent *, et plus loin enqore dans un mouvement de phrase différent :

While, borne away

On swelling thought, his waflcd spirit flies '.

Quelques autres exemples de ces formes de phrases brisées peuvent s'expliquer, si l'on y veut voir des sortes de et cas absolus T> analogues à l'ablatif absolu des Latins, ou au datif absolu de l'ancien anglais, remplacé plus tard par un nominatif absolu •. C'est là en effet une construction que recherche volontiers Thomson, Peut-être y devons-nous voir un effet de l'influence de Milton; mais cette forme devait par elle-même plaire au poète pour le caractère de noblesse et d'élévation qu'elle contribuait à donner à son style.

4. Spring, 739-741. - 2. Ibid., 931-932. — 3. Ibid., 993. — 4. Ibid., 1003. — 5. Ibid., 1018-1019.

6. Voir R. Morris, Hislorical ouUines of English accidence, $ 102.

lie note shut up

Wiihin his iron cave K

Dashed doum and scattered by the tearing wind's Assiduous fury its gigantic limbs '.

Le seul « Printemps » renferme une quinzaine d'exemples de cette construction peu commune en anglais.

Dans d'autres tournures, difficiles à analyser, une elli(ec peut rendre compte de l'apparente incohérence de la phrase:

Arabia cannot boast

A fuller gale of joy than, libéral, thence Brealhes through the sensé '.

Le lecteur supplée volontiers, après c than », les mots « tha: whicli ».

Mais quelquefois, au contraire, il paraît bien que le poète, dans son ample période, perde de vue l'exacte relation des termes entre eux.

Or can it mix them with that matchless skill, And lose them in each other, as appears In every bud that blows *?

« As » continue très correctement la phrase après ^ and lose them in each other », mais il ne s'ajuste plus avec l'expression précédente.

But come, ye gcnerous minds, in whose wide thought Of ail his Works, créative Bounty burns With warmest beam, and, on your open front And libéral eye, sils *....

La construction est confuse et rebelle à l'analyse, c Warmest... of ail his Works » n'offre guère de sens, et t your » tient la place du relatif a whose n^ qu'exigerait la grammaire.

1. Spriny^ 142, 143. — Une correction poslérieure a remplacé he par and. La phrase semble alors moins heurtée, mais elle est plus obscure. — Milton, en pareil cas, emploierait, à l'imitation du latin, une forme objective : « me overthrown •, * us dispossesscd », « him deslroyed ■, • ^^ of thèse nor skilled, nor sludious •. {Parad. Lost, Bk. IX, 41, 42.)

2. Winiery 183, 184. — On peut voir encore en fait d'exemples : Sprir*!)' 304, 750, 751 ; Summer, 348-351; Aulumn, 245, 246, 856-860; Winter, 968, elc

3. Spring, 499-561. - 4. Ibîd., 470-472. — 5. laid,, 877-880.

Inversions. — L'inversion est une des particularités gramnaticaies qui s'imposent à toute étude de la langue d'un poète, ^'usage qui en a été fait par les différentes écoles est très divers, «Ion l'idée qu'elles se sont formée de ce que doit être la angue de la poésie. Ni l'éclat des images, ni la parure des nétaphores, ni l'intensité de la pensée ou de l'émotion ne lui ippartiennent en propre à cette langue. Il semble que le rythme seul la distingue essentiellement de la prose, mais que cela suffise. Les poètes de l'école classique, en Angleterre aussi bien qu'en France, ont cependant tenu à marquer net tetnent une autre difierence. Indépendamment de la forme que donne à la pensée le rythme, c'est-à-dire le moyen d'expression spécial de l'art poétique, ils ont voulu introduire entre les deux langues une différence de grammaire en faisant un très fréquent usage de l'inversion.

On sait combien est constant chez Pope ce renversement de l'ordre normal des termes. Rien ne contribue plus à donner au style du brillant écrivain ce caractère artificiel et apprêté qui, en dépit de beaucoup d'art et d'esprit, ne tarde pas à causer une impression de fatigue, Thomson ne s'est pas affranchi sur ce point de l'usage de son temps. Mais chez lui ces constructions sont notablement moins fréquentes que chez Pope '.

Au reste le nombre de ces tournures n'est pas la chose qu'il importe de noter. Les inversions qui se rencontrent dans les « Saisons i» peuvent se diviser en trois groupes : celles qui servent à exprimer une supposition, — celles qui expriment un impératif ou un optatif ou une interrogation, — celles enfin où le renversement de Tordre normal n'apporte à la phrase aucun sens particulier.

Les exemples de l'inversion hypothétique ne nous arrêteront pas. Des formes telles que « Should she seem ' », a should Iturn 3 ï, c was every tongue silent * » sont conformes à l'usage constant de la langue. Leur répétition complaisante dans le

1. Nous relevons dans les vers de VEssay on Man 40 inversions bien caniclérisées (en négligeant celles qui sont peu frappantes). Dans les 300 premiers vers de Winter, le nombre des inversions est de 20. EDcore estrce là une très forte proportion, si nous considérons l'ensemble du poème. L' « Hiver - entier ne donne que 60 inversions sur 1069 vers.

"^'Spring, 623. — 3. /6id.. 165. — 4. Summer, 183, 186.

poème est la seule chose qui mérite d'être signalée. — La construction est plus remarquable lorsqu'elle porte sur un temps simple du verbe, en Tabsence de tout auxiliaire.

Thought fond man

Of thèse *.

Mais ces exemples sont rares.

De rin version par laquelle un sens impératif ou optatif est exprimé, nous aurons peu de chose à dire. Elle est légitime. Elle est conforme à Tusage ancien de la langue. Elle convient au style de la poésie où l'appareil commode mais inélégant des auxiliaires ne va pas sans quelque lourdeur. Tout au plus pourrions-nous remarquer l'effet peu agréable que produit la répétition trop fréquente de ces formes : « Be thèse iny thèmes • )> — « Be my retreat ' » — c To me be Natures volume broad displayed » *.

Mais le cas est différent lorsque l'inversion s'applique à un verbe non auxiliaire, pour exprimer soit un impératif, soit une interrogation. La construction est alors beaucoup plus frappante, et selon l'emploi qui en est fait, sera tantôt brève et alerte :

Pass some few years *

In what région.... sleep you when 'lis calm?^

tantôt au contraire gauche et obscure :

And lives the man whose universal eye

lias swept at once the unbounded scheme of things? ^

Ce sont surtout les inversions du troisième groupe qui retiennent l'attention; elles forment un des traits essentiels du style des « Saisons b. Contrairement au génie de la langue, Thomson place volontiers le déterminatif après le terme déterminé, l'épithète après le substantif, le complément avant le verbe ou l'adjectif, l'adverbe après le verbe : « on churchyards

1. Winler, 348, 349. — 2. lôid,, 3. — 3. Ibid,, 426. — 4. Summer, 192.

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