You triumph over us trauslators.... * (Même lettre
ACHÈVEMENT DBS « SAISONS ». 65
« cJssement à mon chagrin que dans le bonheur de mon pays f natal... » K
Très différent est le ton de sa correspondance avec Mallet. Sans doute il loue vivement les vers de son ami, et pousse la courtoisie jusqu'à se déclarer inférieur à lui * ; mais il lui adresse des conseils empreints d'un goût excellent ', et il maintient avec énei^ie, contre toutes les critiques, le plan de son nouveau poème *. Il remercie de môme Aikman qui s'est proposé de corriger, amicalement sa façon d'écrire, mais il défend, avec la fermeté du génie sûr de lui-même, la langue qu'il s'est faite et dont il entend ne pas changer '.
Ces lettres à Mallet, de juin à novembre 1726, sont d'un grand intérêt. Elles portent à chaque ligne la trace des préoc-
1. " Bvery Muse, every Virtue, here, ianguishes for your return : to me your absence would be much severer, if my partial sympathy in Ihe happiness of my native country did not alleviate tbe misfortune....
• May you soon return to town, résume tbe Piaia-dealer, and, if we are not dcToted to destruction, restore tbe great dramatic taste by that Iragedy, part of whicb I bad tbe bonour and sublime pleasure of bearing read, by the fioest reader, as well as tbe finest autbor, in England. » (UUre à HiU, du 20 octobre 1726.)
2. • Trust me, my friend, 1 could run witb you tbe race of glory, if Heaveo would permit; true I am iaferior, but through your assistance I might bold out. » (Lettre de septembre ou octobre.) H pourrait bien y avoir quelque malice sous cette extrême modestie.
3. Nous citerons seulement deux exemples de ces critiques. Elles servent à montrer ce qu'il y a de soin scrupuleux dans l'art de Tbomson. Sur ce vers de Mallet
Illumina by tbe glow-worm's mimic day,
il remarque : • Tbere is a littleness in tbis I tbink, tbat does not suit tbe occasion. I would cbange it for tbe moon in distress, represented witb as mach gbastliness as possible, to some sucb purpose as tbis :
Illumin'd faintly by the fading moon.
Dans un autre passage. Mallet avait écrit « brown Night •, et son ami lui conseille de remplacer cette épithèle qu'il juge bonne pour le Soir (Erening in ber brown mantle wrapt), mais non pour la Nuit. (Lettre de septembre ou octobre 1126.)
4. M. Logie Robertson suppose avec assez de vraisemblance que Mallet blâme ce plan parce qu'il Ta lui-même adopté pour son poème The Excursion. Tbomson lui répond très simplement qu'il aurait dû exprimer ses objections plus tôt et que lui-même ne peut remanier maintenant un travail fort avancé déjà. ...
5. h Mr. Aikman did me the bonour of a visit yesternight.... His refleclions on my writing are very good; but be does not in them regard Ihe lom of my genius enougb; sbould I aller my way I would wrilc poorly, I mustchoose wbat appears to me tbe most signiOcant epithel, or 1 cannot wilh any beart proceed. » (Lettre à Mallet, du 11 août 1726.)
cupations littéraires, des lectures, des admirations du jeune écrivain. Des comparaisons avec Shakespeare et avec Milton lui sont suggérées par les vers de son ami. La façon mèoie dont il mentionne le grand poète du xvif siècle indique quelle place il lui a faite dans ses affections et dans son enthousiasme : « This equals any image our Milton gave us of the evening * ». Ici, comme dans d'autres passages de sa correspondance, des allusions à Cervantes nous permettent de conclure que c Don Quichotte > était un de ses livres favoris. Enfin ces lettres contiennent force allusions aux événements littéraires du jour, soit qu'il annonce à Hill la publication des lettres de Pope à Cromwell % soit qu'il signale et déplore l'abaissement du goût public et le succèà des comédiens italiens ', soit qu'il entretienne Mallet d'un récent ouvrage de Young * ou de la dernière attaque dirigée par un poète contre Walpole ^ Une seule allusion à sa vie privée nous laisse entendre qu'il ne s'isole pas de la vie libre et peu édifiante de ses amis *. Évidemment il ne se croit plus aucune vocation pour le ministère sacré.
1. Lettre à Mallet du 11 août 1726. Les vers de Mallet auxquels s'applique cet éloge sont :
tt Onward she cornes with silent sleps aud slow, In her brown manlle wrapt.... »
L'imitation de Milton est en effet évidente.
2. « Nothing bas appeared hère since your departnre, unless it be some mushroomish pamphlets, beings of a Summer's night... I beg Mr. Pope's pardon, some of whose letters to Mr. Cromwell were surreptitiously printed by Curll; and yet, thougb writ careless and uncorrected, full of wit and gaiety. » (Lettre du 20 octobre 1726.)
3. • A new torrent of Italian farces is lately poured in upon us. The advertisement which now lies before me... is such a maze of incredible impertinence, and promises so much folly, thut it is to be presumed the house will be very full, and Ihat too with persons of the first quality. • (Même lettre.)
4. « l hâve not seen thèse reflections on the Dr. 's « Inslallment », but hear they are as wretched as their subject. The Dr. 's very buckram has run short on this occasion; his alTected sublimity even faits him, and down he cornes with no small velocity. A star to us, a cornet to the foe. • (Lettre sans date; [septembre ou oct. 1726] à Mallet.)
5. « Hâve you heard that our blockhead Lauréate, or Lauréate Blockhead (c'était Lawrence Eusden) has had a fling at Walpole too? He had better bribe them to silence. • (Même lettre.) -r- On trouvera sur les rapports de Walpole avec les écrivains des détails très circonstanciés et très sûrs dans Alexandre Beuahb, le Public et les Hommes de lettres^ etc., p. 364 et suiv.
6. « What you write about is very diverti ng. She can make you sigh for ail that, wlien you think upon her. Perhaps I may tell you in my next
De la lecture de cette correspondance on reçoit cette impression, que les histoires littéraires ont fort exagéré la misère et rindignité de la vie des écrivains à cette époque. Il en est peu, sans doute, qui, comme Pope, trouvent dans leur profession la richesse; mais d'autres temps ont réservé aux hommes de lettres plus d'épreuves et moins de considération *. Si Thomson, n'ayant d'autres ressources que sa plume, traverse quelques années de gêne, quand en a-t-il été autrement des poètes? Le succès s'imposant de prime abord, c'est déjà un phénomène ass^ rare. Le succès d'argent accompagnant immédiatement la notoriété littéraire, c'est une conjonction de faveurs que la Fortune accorde d'une main parcimonieuse et fort capricieusement '. D'ailleurs, il y avait autre chose que de la misère et de rinconduite dans ce groupe de jeunes gens qui demandaient aux lettres la gloire et la richesse et ne les recevaient qu'en de bien modiques mesures. Il y avait aussi des qualités de djeurjune vivacité d'affection qui apparaît chez ceux-là mêmes dont la réputation laisse le plus à désirer, comme Savage ou Mallet'. Ces réunions, où tous apportaient du talent et du savoir, où se mêlaient aux littérateurs des artistes comme Dyer et Âikman, étaient sans doute l'occasion de conversations éle-
whelheror ootwe design to consummate our anfioished loves, and transmit yoQ a letler I received yesterday.... • (Lettre à Mallet, septembre ou octobre.)
Us termes « to consummate our unftnished loves » sont un souvenir à'un amusant passage de The Rehearaal, parodiant une tirade de « La Conquête de Grenade • : ce souvenir indique suffisamment que les amours <loal parle ici Thomson n'ont rien de platonique :
« Boar beckons sow to trot in chesnut groves, And there consummate their uufinished loves. »
(The Rehearsal, fin du premier acte.)
^ Dans notre siècle même, et sans sortir de l'Angleterre, qu'on se rappelle, & côté des succès de Scott, de Byron ou de Moore, robscurité où «"estaient les chefs-d'œuvre de Wordsworth et de Keats, ou les difficultés matérielles contre lesquelles se débattait Coleridge alors même que son talent était reconnu.
2. Quelque trente-cinq ans plus tard, Goldsmith se plaindra de la situation faite aux gens de lettres par ses contemporains, et y opposera la façon dont ils étaient traités du vivant de Young. (Voy. Forster's Golds- MiM, B. II, ch. VII, p. 120.)
3. Voyez avec quel dévoûment il aide aux débuts de Thomson. 11 sait même, et le trait est plus beau, ne pas souffrir du succès de son ami. Quant à Savage, il est prodigue d^eiïusions reconnaissantes envers ceux chez qui il a trouvé quelque appui.
vées où, avec la verve de leurs vingt-cinq ans, tous ces jeunes gens agitaient les problèmes les plus intéressants de la critique. Gela nous aiderait à coniprendre pourquoi rinfluence littéraire de Thomson s'est exercée principalement sur les poètes qui ont vécu dans sa société immédiate : Mallet, Savage, Dyer, Young, Somerville, Armstrong, etc.
Enfin les charmes d'une société aimable et raffinée n'étaient pas inconnus à ces pauvres écrivains. Ils n'étaient pas toujours dépenaillés comme les représente la légende. Nous ne devons pas nous figurer Thomson sans souliers et Savage en guenilles. Ils avaient accès auprès de Pope dont la délicatesse élégante se serait mal accommodée de pareils hôtes. Ils voyaient dans la maison hospitalière d*Aaron Hill, un intérieur charmant auquel présidait une femme distinguée qui s'intéressait aux lettres et était elle-même poète *. Par la suite, il est vrai, les choses ont changé. Savage est devenu l'incorrigible et vicieux bohème que l'on sait; Mallet en est descendu à faire, moyennant rémunération, d'assez tristes besognes littéraires; mais, à l'époque dont nous parlons, il faut voir Thomson entouré d'une pléiade de jeunes hommes confiants dans leur talent, et riches de bonne humeur et d'espoirs.
L' « Hiver > avait, à la fin de cette année 1726, atteint à Londres une quatrième édition, sans parler d'une édition publiée à Dublin ' ; « l'Été » était en bonne voie d'achèvement. Le poète pouvait espérer un nouveau succès accompagné de plus solides avantages pécuniaires. Il quitta donc l'c Académie » de Mr. Watts vers les derniers jours de l'année, à l'époque peutêtre où Mallet revenait de Twyford à Londres. Il avait la tète pleine de projets. Après l'achèvement de 1' <l Été », il entendait compléter le poème en chantant les deux autres saisons. Il voulut se consacrer tout entier à son travail littéraire.
Millan se chargea encore de la publication de 1' « Été » . On peut s'étonner qu'après le succès du premier poème, Thomson *n*ait pas obtenu de son éditeur de brillantes conditions pour le
1. Savage lui a adressé des vers qui flgurent dans le recueil de ses œuvres, el où il rend hommage au talent de son aimable confrère.
second. Johnson dit qu'il en reçut peu de chose de plus que pour V € Hiver i; Wright, qui a mis en circulation l'anecdote des trois livres payées pour le premier poème, indique cinquante livres pour le prix du second *. Il est vrai qu'il se trompe sur la désignation de ce second poème, et croit le « Printemps » antérieur à T « Été ». La vérité, nous le savons, est que Thomson ne se dessaisissait pas plus cette fois que précédemment de la propriété de son œuvre. Il n'a pu recevoir de Millan qu'une avance sur le produit certain de la vente. Du reste, à cette occasion encore, le poète entendait s'assurer un autre profit, en faisant choix d'un patron. Il voulut dédier le poème à lord Binning. Mais celui-ci déclina cet honneur, dans l'intérêt même de son jeune ami. Il lui conseilla de s'adresser à un personnage qui fût plus en mesure de lui procurer quelque place lucrative, et suggéra le nom de Sir George Bubb Dodington, l'un des lords de la Trésorerie '. Les sentiments de bienveillance de
1. « This poem (Winter) sold so well that Mr. Millar gave Mr. Thomson 50 ). for that on the Spring^ and increased thecopy money for Ihe Summer and Aulumn, > (Édit. de 1770, Life of Thomson.)
C'est à cette - Vie » que Goodbugh a emprunté bon nombre des renleignements qui sont depuis entrés dans la plupart des biographies; à commencer par Tanecdote des 3 livres payées pour THiver. — Nous pouvons voir ici encore combien Wright mérite peu de conflance. La petite note que nous venons de reproduire renferme trois grosses erreurs : c'est Millan et non Millar qui publie les deux premières Saisons. La 2« saison publiée est rËté et non pas le Printemps. EnQn ce n'est pas le même édi. leur qui a publié les deux dernières Saisons.
2. Bubb Dodington, né en 1691 et héritier d'une grande fortune, devint eo 1724 un des lords de la Trésorerie. En 1737 il se range parmi les adhérents da prince de Galles contre le roi, et Walpole lui fait quitter la Trésorerie. A la chute du grand ministre, il devint trésorier de la Marine. Après ravèoemeni de George III, il fut un des confidents de lord Bute, et en 1761 fut élevé à la pairie avec le titre de lord Melcombe-Regis. Il moarut Tannée suivante. Mêlé très activement aux luttes politiques, et très répandu d'autre part dans la société liltérairu, son nom est un de ceux qui reparaissent le plus souvent dans les écrits du temps. Il est loué par Thomson, par Young, par Bentley qui le place sur le même rang qu'un autre protecteur des gens de lettres : Halifax; Horace Walpole a pour lui quelque bienveillance {Royal and Noble Authorsy vol. IV). — D'autre part Pope et Churchill le traitent durement (les traits lancés contre Bubo sont fréquents dans les Satires et les Épi très de Pope). Foole le met en scène dans The Patron^ sous le nom de sir Thomas Lofty. Hogarth le poursuit de ses satires mordantes; il ne tarit point en caricatures sur l'embonpoint du peritonnage, sor ses vêtements couverts de galons et de broderies, sur 900 énorme perruque et ses vastes manchettes de dentelle.
Dodington élait un orateur abondant, brillant, pompeux et de mauvais goût. Il ne se contentait pas d'être le patron des gens de lettres, mais lui-même ambitionnait la renommée lilléraire. « Il écrivit, dit Cumberland
cet homme d'État, qui se piquait de littérature, n'étaient pas douteux. Il avait, après la publication de V « Hiver », fait porter à l'auteur ses compliments par le Dr. Young, et avait exprimé le désir de le voir. Ce choix fut en effet plus heureux que celui de Sir Spencer Corapton. Thomson trouva en Dodington un protecteur et un ami; nous le verrons jouir plus d'une fois de l'hospitalité à la fois cordiale et fastueuse d'Eastbury.
L' « Été » parut dans la première partie de l'année 1727, en un format in-8, comme celui de la 2* édition de 1' « Hiver », et fut mis en vente au pris de 1 shilling 6 pence. La dédicace égalait en flagorneries extravagantes celle que Mallet avait écrite pour Sir Spencer, ou les lettres de Thomson à Hill. « La louange a publique célèbre hautement tant de vertus, mais la postérité « seule leur rendra justice. Puissiez-vous, Monsieur, vivre de a longs jours pour ajouter encore à l'état de votre gloire par a vos actions, et pour être par elles indiqué aux siècles à venir « comme le Mécène britannique!... Si ce que je vous présente « ici a quelque mérite qui obtienne votre approbation, je n'ai « pas d'inquiétude sur le succès; et, si l'œuvre ne réussit pas « à arrêter votre attention, je l'abandonne à son juste sort*. »
Cette adresse en prose disparut après la seconde édition, et, comm3 la première dédicace de l' a Hiver », fut remplacée par un hommage en vers inséré dans le début du poème. Il n'y a du reste pas plus de discrétion ni de vérités dans les flatteries poétiques que dans les autres. On se demande si le jeune Écossais ne se moque pas de son noble patron lorsqu'il célèbre son « génie et sa sagesse », a sa gaieté toujours décente », « son honneur sans tache », a son zèle infatigable pour la gloire « de la Bretagne, pour la liberté et pour l'homme » *.
de petits poèmes avec de grands elTorts, et des lettres travaillées où il montre une grande élégance de style et une certaine étrangôté d'expression. • — On a de lui un Journal qui s'étend de i749 à 4761. II a probablement collaboré à Touvrage historique de son protégé Ralph : England during the reigns of William !II, Queen Anne and King George /." On l'a aussi supposé Tauteiir d'une Epistle to the Hight Honowmhle Sir Roberl Walpole (2« édit., 1726).
i, . .... The gênerai voice is loud in the praisc of so many virlues, though posterity alone will do them justice. But may you, Sir, live long to lllustrate your own faine by your own actions, and by them be transmitted to future time as the British Mœcenas!... If what I hère présent you bas any merft, so as to gain your approbation, I am not afraid of success; and if it fails of your notice, I give itupto ilsjnst fale. »