Par exemple, au cbaat I, le mot « wilhouten
2. C'est encore là un retour à Spenser qui emploie constamment celte syllabe adventice représentant l'ancien préfixe anglo-saxon ge. Milton au contraire s'en était servi très rarement et pas toujours correctement.
630 JAHBS THOMSON.
blier ce souci d'archaïsme, et des passages assez longs se reD"« contrent où pas un mot ne s'écarte de la langue courante ^ Mais alors le poète s'aperçoit de son oubli, et vite il répand, dans les strophes qui suivent, une poignée de vocables vieillis.
Beaucoup plus significative que l'imitation de la langue de Spenser est l'adoption de sa forme prosodique. Cette stance fameuse de c La Reine des Fées » est bien, si on la compare à l'instrument poétique de Pope, placée à un pôle opposé de l'art. Chez le poète du xvni» siècle, les vers se succèdent par couples rimes, nets, secs et brillants, mais uniformes et courts d'haleine. Ils condensent en leurs vingt syllabes une somme parfois considérable d'observation sagace ou d'esprit; mais ils se refusent aux développements abondants et variés. Cette forme affinée par l'usage d'écrivains habiles, excelle pour l'énoncé d'aphorismes frappants ou d'ingénieuses remarques. C'est aussi l'arme brillante, aiguë, rapide et légère du satiriste. Mais ce n'est pas une langue faite pour exprimer les rêves libres et capricieux d'une imagination de poète. 11 semble que pour un écrivain tel que Pope la poursuite des oppositions de pensées les plus, piquantes, des antithèses les plus brillantes s'accompagne du soin d'éviter tout imprévu dans la façon même du vers, et, pour tout dire, tout charme de la pure forme.
Quel contraste avec la langue poétique de Spenser! Ici les complications et les difficultés abondent. La strophe de neuf vers est d'une structure compliquée. Le premier vers rime avec le troisième; le son terminal du deuxième est rappelé par le quatrième, le cinquième et le septième; enfin la rime unit le sixième, le huitième et le neuvième vers, ce dernier étant toujours un alexandrin. Chaque strophe est donc un petit organisme poétique, et doit à la fois se fondre dans l'ensemble du poème et vivre cependant d'une vie propre. Elle est presque aussi complexe qu'un sonnet français; elle l'est plus que le sonnet anglais tel que l'ont pratiqué Shakespeare ou Milton. Elle exige de l'écrivain un travail artistique poussé fort loin.
Est-elle une forme qui se prête aux longs récits? La réponse est fournie par l'usage qu'en ont fait Spenser et Thomson, et, après eux, bien des poètes parmi lesquels il sufOra de rap-
1. Voir, par exemple, au chant I les strophes xv à xx (iaos lesquelles - 'witching • pour « bewilching » est le seul terme qui offre trace d*ar* chaîsme.
« LE CHATEAU D'INDÔLENCE. » 631
peler Shelley K C'est qu'en effet elle réunit des mérites divers. Elle a assez de cohésion et de force organisée pour mettre chaque fois le lecteur en face d'une petite œuvre d'art. Elle n'a pas assez de rigide unité pour s'isoler brusquement des strophes voisines et briser le récit en une série de paragraphes désunis. Elle a assez d'étendue pour permettre au développement quelque richesse et quelque abondance; elle n'en a pas assez pour se prêter à la prolixité et la lâche diffusion. Dans le cadre de ses neuf vers elle est à la fois ferme et souple. La pensée de l'écrivain peut s'y poursuivre d'un seul élan, sans longueur et sans fatigue, pour se résumer ou pour s'ouvrir en son épanouissement dernier dans l'alexandrin final. Elle peut au contraire se diviser en une série de phrases d'étendue et de coupes extrêmement variées '. Elle peut prendre tous les tons et toutes les allures : l'enthousiasme et le mouvement de l'ode, la marche grave du sonnet ou la course tour à tour rapide ou ralentie de la description et du récit.
Et cependant il est vrai qu'elle ne saurait convenir également à tous les genres poétiques. Nous ne pouvons guère imaginer ni le « Paradis Perdu » ni les a Saisons » écrits dans cette mesure. Il faut dans le vase délicat et finement ouvragé de la strophe spensérienne verser une matière qui ne le fasse pas éclater. La sublime grandeur du thème de Milton, la robuste réalité des sujets traités dans les k Saisons i> ne laisseraient pas le loisir de goûter les beautés de ces rimes qui se croi- ^ sent, se cherchent et s'appellent si ingénieusement. Il faut à ces formes d'un art raffmé des sujets moins grandioses ou moins précis : les visions merveilleuses du pays des Fées, les vagues rêveries lyriques de la « Révolte dlslam », ou les fantaisies souriantes du d Château d'Indolence' d.