‹ James Thomson, sa vie et ses œuvresChapitre 288 sur 304 · vers à la fin du i'^ acte de Atheluold · texte numérisé non relu

vers à la fin du i'^ acte de Atheluold

actes de Zara se terminent simplement par un distique. Or ce que constate Voltaire ce n*est pas la disparition chez Hill de toute rime, mais celle des vers d'un goût différent du reste de la pièce.

i< En troisième lieu, dit Lessing, il est faux que l'exemple de Hill ait eu l'influence que Voltaire lui attribue. » Le critique allemand semble avoir mal compris les termes employés par Voltaire *. La 2'' lettre à Mr. Falkener était écrite trop peu de temps après la représentation de Zara pour qu'on pût parler déjà d'une influence exercée par cette pièce sur le théâtre contemporain.

Mais que cette influence se soit en effet exercée plus tard, c'est ce que nous sommes tout porté à croire. Les prédications de Hill en faveur du naturel et de la simplicité, soit par ses articles du Prompter, soit par ses conversations, soit aussi par Texempie de Zara n'ont sans doute pas été sans effet. Thomson lui-même en fournit une preuve. Après sa Sophonisba qui était Adèle aux règles blâmées par Voltaire, son Agamemnon ne nous montrera à la An des actes aucune comparaison, point de vers « d'un goût différent du reste de la pièce », et même, sauf un cas douteux, point de rimes.

Il est vrai que plus tard, dans des pièces écrites à une époque où l'influence de Hill et de Voltaire était moins directe, le poète est revenu en partie à ses anciennes pratiques, et, sinon aux comparaisons, du moins aux passages rimes pour la fin des actes.

Pour ce qui est du jugement à porter sur ces morceaux de bravoure intercalés dans la tragédie, comment pourrait-on ne pas souscrire à la condamnation prononcée par Voltaire? Le simple distique rimé ne donne pas lieu aux mêmes reproches. Mais croirons-nous avec Lessing, qu'il ait pour raison d'être de servir de signal à Torchestre?

C'est en réalité un usage, alors devenu banal, dont il faudrait rechercher l'origine et l'explication dans l'histoire du théâtre. Los anciennes tragédies , depuis Gorboduc avaient un chœur rimé succédant à chaque acte •. Abandonné plus tard, le chœur a souvent tenté de reprendre sa place sur la scène tragique. Marlowe y revient dans Faustus, Ben Jonson dans Catiline, Milton, le grand apôtre du Ters blanc, dans Samson Agonistes. Rien d'étonnant que, là où il a disparu, il soit remplacé par un morceau d'allure un peu semblable, d'un style qui s'écarte plus ou moins de celui de la pièce, et où, par la bouche de l'un des personnages, le poète prenne en réalité la parole pour terminer l'acte sur une pensée brillante ou une comparaison ingénieuse. C'est celte transformation de l'ancien chœur qui, par l'effet d'atténuations successives, en vient à ne plus oiïrir que le simple distique rimé auquel Lessing cherche une invraisemblable raison d'être.

i. « Il a proscrit cet usage » voulait dire : il y a renoncé pour son compte, et non pas : il l'a fait disparaître de la scène anglaise.

2. « Yen shall be the Chorus and speak betwen Ihe acts. - (Ben JoNso.t , The Silent Woman,)

Thomson jugé par un confrère et un contemporain.

Épitre à Mr. Thomson sur la première édition de ses « Saisons »,

par SOMBR VILLE.

ce Tantôt brillant, tantôt obscurci, le soleil, un jour d'avril, lance ou cache ses rayons capricieux; tantôt haut, tantôt bas, Talouette monte en chantant, ou bien retombe à terre et replie ses ailes; tantôt unie, tantôt soulevée, la mer qui baigne nos rivages, sourit dans le calme, ou rugit dans la tempête.

(( Crois-moi, Thomson, ce n'est pas ainsi que j'écris, mêlant la sévérité à la bienveillance, aigri par Tenvie ou par le dépit. Je ne voudrais pas dépouiller ton front pour orner le mien; ce sont là des manœuvres inconnues à mon âme honnête. Je te lis comme doit lire un ami, affligé quand tu échoues, ravi quand tu réussis. Pourquoi faut-il que ta Muse, née si divinement belle, manque de ces soins journaliers de la toilette qui complètent la beauté? Habille cette vierge joyeuse, rehausse chaque grâce naturelle, et fais ressortir toutes les gloires de son visage. Ârtistement simple, élégamment netle, naturelle dans ses paroles, aisée dans son attitude, la nymphe accomplie, parfaite, couverte de ses plus beaux atours sera applaudie parles cours et admirée par les foules prosternées. Audacieux avec prudence, raidis les rênes et, ferme sur ta selle, retiens ton coursier ardent. Tes défauts sont peu nombreux, mais qui peut se vanter d'être parfait? Les taches du soleil se perdent dans son éclat : cependant ces taches mêmes, eiïace-ies d'un soin patient, et n'aie pas la faiblesse d'épargner la moindre erreur. Bon et sage est le père qui condamne la plus légère faute chez l'enfant qu'il aime. Lis beaucoup Philips, admire Milton plus encore; mais de leurs scories extrais le pur métal. Forger des mots nouveaux, ou en faire revivre d'anciens, c'est chez les poètes du Sud chose dangereuse et hardie ; mais rarement, très rarement l'essai réussira, quand les mots seront frappés au delà de la Tweed. Que le discernement préside à tout — et bientôt tu seras la joie et l'orgueil de ton pays. La gent rimant et tintinnabulant, qui, avec clochettes et chansons, conduit son Pégase boiteux, apprendra de toi à s'élever d'un vol plus hardi, à dédaigner les sentiers battus, et à parcourir les airs. Un génie si précieux, si juste et si grand fixera dans l'Ile de Bretagne le séjour de la Muse, et créera chez nous un nouveau Parnasse. Tous les bardes futurs tireront de tes œuvres leurs règles, de tes œuvres qui s'élèvent au-dessus des lois trop étroites du critique, et qu'enrichissent des pierreries brillantes et sans défaut. »

{The Works of the Enf/lishPoets..., by Samuel Johnson, vol. XL, p. 22i.)

Thompson et QaxTick, ou l'Auteur et l'Acteur.

Comédie en un acle et en Ters, mêlée de vaudevilles,

par MM. J.-A. Jacquelin et Curry,

représentée pour la première fois à Paris, sur le théâtre du Vaudeville,

le 23 janvier 1822.

Une n ote des auteurs nous prévient qu'ils ont trouvé le sujet de leur pièce dans un trait de générosité de Tactear Quin rapporté par Lapiace, au 6<^ volume de ses Pièces intéressantes et peu connues. « Mais, ajoutent-ils, nous substituons Garrick à Quin dont le nom prononcé Cou in serait désagréable pour des oreilles françaises. »

Ce vaudeville poétique est devenu fort rare; la Bibliothèque Nationale n'en a pas d'exemplaire. Voici Tanalyse rapide de cette curiosité littéraire où les auteurs affirment une fois de plus le droit du théâtre à interpréter très librement l'histoire.

Garrick se présente chez Thomson. Il est reçu par Fanny, la nièce du poète, qu'il aime et veut épouser. La jeune fille lui fait connaître les obstacles qui s'opposent à ce projet : le poète est pauvre et ne veut que des prétendants sans fortune; Garrick ne peut lui convenir. Pour le moment du reste il est impossible de le voir; il dort après une nuit de travail. Garrick se retire après une conversation dont on jugera le style par cette seule citation :

Oh oui! je vous conçois; son immorlel génie Lui valut cette nuit une noble insomnie.

Thomson entre. Il compose et se relit, et les vers que les auteurs lui prêtent sont les meilleurs de la petite pièce :

La chaleur a vaincu les esprits et les corps; L'Âme est sans volonté, les muscles sans ressorts. L*homme, les animaux, la campagne épuisée Vainement à la nuit demandent la rosée. Sous un ciel sans nuage on voit de lo^gs éclairs Serpenter sur les monts et sillonner les airs.

Tout est morne, brûlant, tranquille, et la lumière Est seule en mouvement dans la nature entière.

Fanny s'efforce de faire comprendre à son oncle quel avantage il y aurait pour lui à s'assurer lappui de Garrick. Il ferait jouer ^j/omannon et procurerait quelques ressources au ménage fort dépourvu du poète. Mais la fière dignité de Thomson n'est pas ébranlée. D'ailleurs il compte sur les produits d'une nouvelle édition des « Saisons ».

Garrick se présente en « constable >», c'est-à-dire en exempt. Il réclame le paiement d'un billet passé par le poète et signé par un

libraire qui a fait faillite. Désespoir de Thomson qui ne peut payer. Le« couslable » attendri lui prête la somme, et le poète promet d'éterniser sa gloire au temple de mémoire.

La scène suivante ramène Garrick en peintre. Il se nomme Rogartli. 11 vient implorer la permission de faire le portrait du grand homme, 'c Je veux, dit-il :

Qu'on dise en vous voyant décorermon salon : Je connais cet auteur, c'est Tillustre Thompson, Le voilà, c'est bien lui quand sa plume féconde Trac&it Coriolan, Tancrède et Sigismonde.... •

Le poète accorde la permission demandée; Garrick-Hogarth exécute le portrait et l'emporte, laissant en remerciement à Thomson surpris et confus « Les Grâces » de TAlbane.

C'est en directeur de théâtre que Garrick reparait ensuite. 11 va ouvrir une nouvelle salle, et offre une somme considérable pour YAgamemnon. L'auteur s'excuse en assurant que la tragédie est promise à Garrick, mais le directeur se déclare assuré de l'assentiment de celui-ci.

Enfin une dernière incarnation nous montre Garrick sous les traits de niylord Spleen. Le nouveau visiteur, Écossais comme le poète, expose qu'il a été sauvé parla lecture des « Saisons » d'un ennui qui le poussait au suicide. Il vient apporter à son sauveur mille livres sterling. Il propose aussi que tous trois dînent ensemble, et quand il se dépouille de sa redingote, Thomson le reconnaît : « C'est Garrick I » Comment résister à tant de preuves d'amour pour la nièce et d'admiration pour l'oncle? Le mariage est décidé et la pièce finie.

lia prononciation de Thomson.

Cette absence de scotticisme dans la langue littéraire de Thomson est d'autant plus digne d'attention que le poète conserva jusqu'à la fin de sa vie quelque chose du vocabulaire et de l'accent de ses compatriotes que Ton entend au nord de la Tweed.

Un barbier-perruquier de Richmond, William Taylor *, racontait au comte de Buchan que le poète avait conservé un accent écossais très prononcé, et l'appelait toujours « WuU ».

Une autre anecdote confirme cette indication et mérite d'être rap-

1. Celui-là même qui était employé dans la maison où Thomson s'approvisionnait de perruques. Nous savons qu'il y mettait son luxe, et que Tune d'elles avait fort souffert de la chaleur et de rémotion du poète à la première représentation d^Affamemnon. Voir plus haut, p. 12i.

680 APPEiNDlCES.

portée parc« qu'elle témoigne de la fidélité du poète aux amitiés de sa jeunesse aussi bien qu au langage de sa terre natale.

Le Ois de ce docteur Gusthart qui avait été pour la mère de Thomson un ami des jours d*épreuve, et pour James un patron de la première heure, se présente un jour, à Richmond, chez le poète devenu célèbre. Il ne dit pas son nom et attend qu'on le reconnaisse. Thomson, faisant usage d'un scotticisme bien connu, s'écrie : « Troth, sir, l cannot say I ken your countenance well. Let me Iberefore crave your name. » — Ajoutons que lorsqu'il eut appris le nom de son visiteur, le poète ressentit une émotion qui lui mit des larmes dans les yeux en lui laissant à peine la force de prononcer ces mois : « Grand Dieu ! vous êtes le fils de mon cher ami, de mon ancien bienfaiteur! » Et, se jetant dans les bras du jeune homme, il l'embrassa, avec les témoignages de la joie la plus vive *.

i. « Vie de Thomson • par Shiels dans la collection des « Vies de^ poètes )' de Tu. Cibber [Montkly Hevieu\ t. IX, p. 481).

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