‹ James Thomson, sa vie et ses œuvresChapitre 287 sur 304 · Dramaturgie de Hambourg >, XVl^ soirée · texte numérisé non relu

Dramaturgie de Hambourg >, XVl^ soirée

2. La restriction de Lessing est superflue. La plupart des vieux poètes tragiques ont placé à la fin des actes ces appendices. La forme en est habituellement celle d*un chœur. Le premier exemple est fourni par la première des tragédies anglaises, Gorboduc.

3. Il n'est pas vrai cependant que cette habitude fût constante. Marlowe ne la connaît pas (sauf deux vers à la fin du chœur de Fatistus). Toutes les pièces de Shakespeare n'ont pas ces vers rimes à la fin de chaque acte. Ben Jonson ne s'astreint pas toujours à cette obligation. Dans le Poetasler, le dernier acte seul se termine par quelques distiques rimes. H n'y en a guère plus dans Edward II; au contraire Catiline et Sejanus ont des chœurs ou des vers rimes à la fin de tous les actes. L'usage est de même variable chez Webster, Massinger et quelques autres.

Le terme employé par Lessing : une couple de vers rimes, n'est gu^^rc juste. Les cas sont très nombreux où le nombre des vers varie. Dans Sejanus, par exemple, le 1" acte en a 6, le 2* 2, le 3' 36, le 4c 5, le 5* 2.

massent et ne dussent renfermer que des comparaisons, et je ne comprends pas que M. de Voltaire ait pu dire en face quelque chose de pareil à un Anglais qu*il devait soupçonner d*aToir lu, lui aussi, les poètes tragiques de son pays.

« En second lieu, il est faux que Hill, dans sa traduction de Zaïre ^ ait abandonné cet usa^e. A la vérité, il est presque incroyable que M. de Voltaire n'ait pas dû regarder la traduction de sa pièce plus exactement que moi ou tout autre. Il faut pourtant bien que cela soit. Car, aussi vrai qu'elle est écrite en vers blancs, chaque acte se termine par deux ou quatre lignes rimées. Sans doute elles ne contiennent pas de comparaison, mais, comme je l'ai dit, de toutes ces conclusions rimées par lesquelles Shakespeare, Jonson, Dryden, Lee, Otway, Rowe, et tous enfm terminent leurs actes, il y en a certainement cent contre cinq qui n'en renferment pas non plus. Qu'est-ce que Hill a donc fait de particulier?

« Et quand il présenterait réellement cette exception que Voltaire lui attribue, il serait encore faux, en troisième lieu, que son exemple ait eu l'influence que Voltaire lui prête. A cette heure encore, il paraît en Angleterre autant, sinon plus, de drames qui présentent ce caractère que de drames qui ne le présentent pas. Hill lui-même ne s'est affranchi entièrement de l'ancienne mode dans aucune des pièces qu'il a faites depuis sa traduction de Zaïre,

Et qu'importe enfm que nous entendions ou que nous n'entendions pas des rimes pour terminer? Quand il y en a, peut-être donnentelles le signal de prendre les instruments; et quand ce signal viendrait de la pièce même, cela ne vaut-il pas mieux que de le donner à l'aide d'un sifflet ou d'une clef? »

(Trad. de Suckau.)

Il y a en effet quelque chose d'inexact dans le passage incriminé ; mais peut-être en peut-on trouver une autre explication que le penchant naturel de Voltaire au mensonge, comme le laisse entendre Lessing. L'inexactitude consiste en une exagération de faits réels. If est très vrai que le goût du temps imposait alors au poète l'usage de vers rimes à la fin des actes. Il est vrai également que ces vers renfermaient, non pas nécessairement, mais très souvent, une comparaison. Où remonte cet usage? Il y a eu des comparaisons depuis qu'il y a un style poétique; mais nous pouvons rattacher l'emploi complaisant, méthodique et formel de cette figure à l'époque de la tragédie héroïque ^ Le goût des comparaisons pompeuses, et l'usage

i. C'est, par exemple, un des ridicules auxquels s'attaque Buckingham dans The Rehearsal. Témoin ces deux passages:

« Bâtes. — So boar and sow, >vhen any storm is nigh,

Snuiï up, and smell it galh'ring in the skv;

Boar beckons sow to trot in chesnust grevés,

And there consummale their unfinished loves :

Pensive in mud they waliow ail alone.

And snore and grunlle to each other's moan. »

de terminer les actes par un air de bravoure se sont combinés et ont donné naissance à ces passages rimes qui terminent les actes par une comparaison ou quelque autre effet brillant.

Cet usage a dû frapper Voltaire. Il le voyait observer dans ce Cato d'Âddison qui lui paraissait le chef-d'œuvre du théâtre anglais; il trouvait de nombreuses comparaisons rimées dans les trois tragédies de son ami Young; et nous avons vu que la Sopkonisba de Thomson se conforme à cette règle du théâtre. L'observation qu*il émet n'est donc pas aussi dénuée de fondement que le dit Lessing.

Quel a été maintenant le rôle de Hill? Il a renoncé à cet usage, non seulement dans sa traduction de Zaïre, mais presque entièrement aussi dans ses autres œuvres dramatiques. Dans ses quatre tragédies antérieures à Zara les actes se terminent par dès vers rimes, mais non point par des comparaisons '.

Zara marque bien un progrès dans la voie recommandée par Voltaire. Tandis que les premières pièces de Hill contenaient des morceaux rimes qui prenaient parfois un assez long développement •, les

II y a là une parodie d'une comparaison de la Conques t of Grenada :

« 3o two kind turtles, when a slorm is nigh, Look up and see it gathering in the sky, Each cails his mate to shelter in the groves, Leaving, in murmurs, their unfinish'd loves : Perched on some dropping branch, they sit alone, And coo, and hearken to each other's moan. »

(Part. 11).

De même aussi :

« Chloris. — As some lall pi ne, which \ve on .€tna (Ind Thave stood the rage of many a boist'rous \vind, Feeling without that flames within do play, Which would consume his root and sap away ; He spreads his woorsled arms unto the skies, Silently grieves, ail pale, repines and dies : So shrouded up, your bright eye disappears. Break fortb, bright scorching sun, and dry m y tears. »

(Acte II, se. m.) C'est une imitation grotesque de ce passage :

« As some fair tulip, by a storm opprest, Shrinks up, and folds its silken arms to resl; And bending lo the blast, ail pale and dead, Hears from within the \vind sing round ils head : So shrouded up your beauty disappears; Unveil, my love, and lay aside your fears The storm that caused your fright is past and gone. » {Conq. of Grenada, part. 1.)

1. Les seules exceptions seraient les comparaisons rimées qui se rencontrent à la fin du 2* acte dans The Fatal Vision or the Fait ofSiam, 1716, et dans Athelwold, 1131.

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