Voir p. 113, n
de payer à Jean et à Élizabeth moitié des seize livres qu'il a l'inteDiion de leur allouer chaque année ^
Ace moment, « Agamemnon », reçu à Drury-Lane, et soumis à la censure du Lord-Chambellan avant le 12 janvier 1737, est prêt pour la représentation. L'auteur espère voir jouer sa pièce dans moins de trois semaines, et s'occupe de la publication du texte, qu'il songe à faire imprimer à son propre compte •. Mais des difficultés soulevées par le directeur du théâtre devaient retarder la représentation de plus d'une année. Et à ce même moment, qu'il pensait devoir être celui d'un succès littéraire accompagné de fructueux bénéfices, un malheur imprévu vint le frapper à la fois dans ses intérêts et dans sa reconnaissante affection. Le lord chancelier Talbot mourut le li février. Thomson perdait, en même temps qu'un ami et un patron généreux, la position qui lui assurait une modeste aisance. — Le nouveau chancelier, lord Hardwicke, laissa, dit-on, la place vacante pendant quelque temps, attendant que l'ancien titulaire la demandât. Le poète ne fit pas cette démarche, et la sinécure fut attribuée à un autre bénéficiaire. Murdoch explique cette réserve ou cette inertie de Thomson par le découragement où l'avait mis la mort de Talbot, et par une grande insouciance des intérêts matériels '. Il ajoute
1. Ces deux soeurs du poêle se sont plus tard mariées. Jean épousa Mr. TbomsoD qui dirigea une école à Lanarck. Elle survécut bien des années à son frère et c'est elle qui en 1778 communiqua à Boswell des renseignements sur la vie de James.
Elisabeth (la Lizzy des pièces juvéniles) semble avoir été celle de ses sœurs que le poète préférait. Elle épousa le Rev. Robert Bell, ministre du Straihaven, et eut deux fils, le Dr. James Bell, qui devint ministre de Coldslream, et Thomas Bell qui fut négociant à la Jamaïque. Elle mourut un an ou deux avant Thomson.
Thomson avait encore une troisième sœur, Mary, que nous retrouverons DD peu plus tard.
2. Ces renseignements nous sont fournis par une lettre à Ross du 12 janvier 1737 et une autre à Mr. Gavin Hamillon, de février. La première est d'un ton particulièrement enjoué. Thomson y invite à venir & Londres cet hiver son ami que menace, paraît-il, la terrible institution da • Creepy •. Cest cet escabeau de pénitence où les pécheurs atteints des sévérités de la « kirk-session » faisaient amende honorable de leur faute et recevaient Tadmonestation publique du minisire et des elders. « What will become of you, if you don't corne up? I am afraid the Creepy and you
vill become acquainled (Mr. Angellier a donné d'abondants détails
sur cette institution disciplinaire de la société presbytérienne d'Ecosse, dans son beau travail sur Burns, voir p. 82.)
3. • TUomson », dit Brugière de Barante, « parlait souvent du projet
que cette négligence fut vivement blâmée par tous les amis de James. Johnson cherche Texplication de cette conduite soit dans la timidité du poète, soit dans son orgueil, soit dans a quelque autre motif aussi peu louable peut-être j>y sans expliquer plus clairement ce qu'il veut faire entendre. Quant à Buchan et aux admirateurs qui se sont donné mission de défendre en toute circonstance la mémoire du poète écossais, ils louent le sentiment de légitime fierté auquel il obéit ici *. — Nous savons, par la lettre à Cranstoun du 7 août 1735 *, que cette place Thomson avait été menacé de la perdre aussitôt après l'avoir occupée. L'enquête faite pendant qu'il était titulaire avait dû établir nettement que les droits de justice sur lesquels le « Secrétaire des Brefs » prélevait ses honoraires pouvaient aisément être diminués ou supprimés. Il lui était donc plus difficile qu'à un autre de prendre le rôle de postulant pour cet ofOce à moitié condamné. D'ailleurs, la sinécure qui lui assurait un revenu de trois cents livres était, à son jugement, le légitime salaire d'un talent reconnu qui avait illustré le pays. Il n'avait rien fait pour démériter. Il pouvait donc s'attendre à ce qu'on le maintînt en possession de la place sans qu'il eût à la demander '. Une intéressante pièce de vers insérée dans le Genlleman's Magazine en décembre 1736 nous montre que les amis de Thomson le croyaient fort capable de renoncer à une place lucrative, par un sentiment d'honnête fierté. Elle contient clairement une allusion à une off're faite et noblement refusée :
« Oui, Slaughter, dans ces traits je vois une âme, —
qu'il avail de so peindre dans un conte orienlal quMI aurait intitulé : L'Homme qui aime la pauvreté. » {Vie de Thomson.) Le renseignement est emprunté à Johnson.
1. Bucban déborde d'indignation toutes les fois quMI parle de Johnson. > The memory of Thomson has been prophanely touched by Ihe rude hands of the pedantic Samuel Johnson, whose famé and réputation indicales the décline of taste in this country. » Plus loin il parle de « that vulgar malevolence which gives a race to Ihe works of the savage biographer ». [Eulogy of Thomson delivered,.. on Ednam HilL.. on the 52"' of September 17*91.)