‹ James Thomson, sa vie et ses œuvresChapitre 52 sur 304 · FoRSTBii's GoULsmiik, Bk. III, cbap. xvin · texte numérisé non relu

FoRSTBii's GoULsmiik, Bk. III, cbap. xvin

3. L'impression est portée sur le registre de Woodfall à la date du i6 juin. Le tirage est de i 000 exemplaires, plus 156 exemplaires de luxe. L'éditeur est Millar. L'ouvrage, de format in-quarto, est vendu l shilling.

par lequel cette pièce mérite de survivre, elle a pour nous cet intérêt de nous montrer le génie de Thomson consacré à un ami disparu, et à un ami persécuté. Johnson, qui s'était montré sévère pour les humbles dédicaces des premières publications, n'aurait pas dû passer sous silence cette œuvre de la maturité du poète qui ne fait pas moins d'honneur à son caractère qu'à son talent.

Quelques mois plus tard, en août 1737, le Gentleman s Magazine insérait deux courtes pièces. L'une a pour occasion un projet de construction d'un pont de bois à Westminster. Le poète y évoque le « Fleuve Tamise ï>, et le fait gémir, en vers héroï-comiques, sur l'ingratitude des Anglais qui vont déshonorer ses flots d'une construction misérable payée par les produits d'une loterie, c'est-à-dire par les dépouilles des pauvres *. — L'autre est une « Ode au Prince de Galles i>, à l'occasion de la naissance de son premier enfant. La pièce est d'un beau mouvement et devait plaire au prince, aussi bien par quelques flatteries adroites que par de vives attaques contre les directeurs de la politique du pays *.

Cependant la satisfaction de Frédéric ne se manifesta point par le témoignage qui eût le mieux convenu au poète, l'octroi d'une fonction ou d'une pension. Privé du revenu qui le faisait vivre, il dut se trouver pendant quelques mois dans un état de fortune précaire. C'est à ce moment que les biographes ont placé une anecdote bien connue. Thomson est arrêté pour une dette d'environ soixante-dix livres sterling. Il voit entrer dans sa chambre de la a spunging house }> un personnage grand et fort au visage énergique, aux yeux vifs et perçants '. C'est l'acteur Quin qui vient faire visite au poète, et de sa voix chaude et forte exprime le désir de se lier avec lui d'amitié. Pour ne pas perdre de temps, il s'invite à souper. Grand embarras du prisonnier qui n'a ni argent ni crédit; mais l'ac-

1. « On ihe Report of a Wooden Bridge to be built at Westminsler • (The Gentleman's Magazine^ August 1137, p. 511). — Le morceau n'est pas suivi de nom d'auteur. Il a flguré dant» les poèmes de Dodsley, 1748.

2. « To Mis Royal Highness the Prince of Wales, an Ode, by Mr. Thomson » (Seplember), p. 569. — La naissance de la princesse Âugusta est du 31 juillet 1737. — Le dernier vers est ainsi libellé :

« When Fr — e insults, and Sp— n shall rob no more. •

3. Voir un portrait de Quin dans Davibs, Life of Garrick^ I, p. 138.

tear le rassure. Il a jugé que le lieu ne se prêtait pas à la préparation d'un dîner suffisamment soigné; le repas va être apporté d'un cabaret voisin. Comme entrée de jeu l'excentrique visiteur fait d'abord paraître une demi-douzaine de bouteilles de vin *. On soupe, et, sans doute, gaîment. Le convive était fort aimable, et Thomson n'était pas insensible aux charmes de quelques bouteilles. A la fin du repas Quin prend la parole : c II est temps, Jemmy Thomson, de régler nos comptes d. Et, pour mettre fin à l'étonnement de son hôte, il poursuit : t Monsieur, le plaisir que j'ai éprouvé à la lecture de vos t ouvrages m'a constitué votre débiteur pour une somme que «je ne puis estimer à moins de cent livres. Je tiens à pro- « fiter de cette occasion pour m'acquitter. » Il place alors sur la table un billet de cette valeur, et se retire sans attendre que le prisonnier ébahi lui ait fait aucune réponse.

Quelle créance mérite l'anecdote? Il est assez difficile d'en décider. Reproduite depuis longtemps dans toutes les biographies de Thomson et dans celles de Quin, elle ne présente pas cependant d'incontestables titres d'authenticité. Johnson est le premier qui l'ait accueillie, et nous savons qu'il faut un peu nous méfier des renseignements fournis par lui, même quand il est plus afiirmatif qu'ici '. La biographie de Shiels et celle de Murdoch sont muettes sur ce point '. Sans doute l'aventure n'est pas de prime abord invraisemblable. Nombreux sont les écrivains contemporains de Thomson qui, comme Fielding, Gollins ou Johnson lui-même, ont connu la prison pour dettes. Mais Murdoch s'exprime, sur cette période de la vie de son ami, dans des termes qui excluent la possibilité de cette arrestation. « Le poète, dit-il, ne se laissa pas décourager par la

i. « Quin était un grand buveur. U se faisait souvent le plaisir d'amener pea à peu les imprudents qui s'attablaient avec lui à nn élat d'ivresse complète. . {Recordi ofmy Life, by the late J. Taylor esq., London, 1842, 2 Tol. in-8. Vol. Il, chap. vi, p. 75.)

2. «Quin 18 reported lo hâve delivered Thomson.... » (Johmson's Life of Tfumson.)

De même aussi un témoin intime de la vie de James, Robertson, apporte QQ témoignage qui laisse place au doute : « l believe the anecdote of Quin and Thomson was Irue ». (Park's MemorandaJ)

3. Il est vrai que, dans les biographies publiées sous sa direction, Théophilus Cibber n'aurait pas volontiers admis une anecdote aussi flatteuse pour Quin. \\ y avait entre eux peu d'amitié. Ils se battirent en duel en 1139. (Voir The Thespian Dictionary, art. Quin.)

m JAMES THOMSON.

c perte de son protecteur, et ne changea rien à son genre de « vie qui était simple, mais aisé et élégant. Mr. Millar était «t toujours là pour prévenir môme ses demandes, et il avait c en outre de riches amis qui seraient d'eux-mêmes inter- « venus s'il en avait été besoin ^ »

Les témoignages directs sont donc contradictoires, mais le silence de Shiels et la négation formelle de Murdoch nous semblent avoir plus de poids que l'affirmation un peu hésitante de Johnson et de Robertson. Quant aux circonstances extérieures, elles tendent assurément plutôt à faire rejeter l'anecdote. Il est inadmisible que Quin et Thomson ne se soient pas connus plus tôt. Le célèbre acteur avait, en 1735, quitté le théâtre de Rich pour entrer à Drury-Lane *. C'est lui qui était chargé du rôle principal dans <i Agamemnon », et la pièce était presque prête pour la représentation dès le début de l'année 1737 *. Comment l'acteur et l'auteur n'auraient-ils pas été par là mis en contact? Au total, l'historiette n'est donc aucunement certaine, et de sérieux témoignages la démentent. Si elle repose sur un fait véridique, elle nous est assurément parvenue avec l'addition de détails inexacts. Ce qui du moins n'est pas douteux, c'est que Quin et Thomson ont été liés d'une amitié dont nous ne pouvons préciser l'origine, mais qui fut étroite et dura jusqu'à la mort du poète *.

1. « Yet could not his genius bo depressed, or his temper liart, by this reverse of fortune. He resumed with time his usual chearfalness, and never abated one ailicle in his way of living; which, though simple, was génial and élégant.... Mr. Millar was always at haod, to answer, or even to p rêvent, his demands; and he had a friend or two besides, whose hearts, he knew, werc not contracted by tho ample fortunes they had acquired; wtio would of themselves interpose, if they saw any occasion for it. » (Murdoch, An account of the Life of James Thomson.)

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