Rirkwood's Plea before the Kirk, p. 50, 52, etc
l'enfance et l'adolescence. 18
livre merveilleux un inépuisable trésor de richesses poétiques que toute la sécheresse du culte presbytérien ne parvenait pas à cacher. Et quand, au lieu du froid enseignement de TÉglise, la mère de James commentait le texte sacré avec son ardente imagination et sa sensibilité exaltée, la Bible alors donnait à Tenfant, avec de fortes et fécondes émotions, Téblouissante intuition des beautés d'une poésie grandiose.
A défaut d'anecdotes précises sur les première années de cette vie, un écho nous a été transmis par un critique assez voisin des contemporains du poète pour que ses renseignements méritent d'être recueillis. « L'attachement du poète pour la € simplicité des champs et pour le charme romanesque de la c solitude fut précoce et remarquable. Tandis qu'il était encore € tout enfant, on le voyait souvent s'écarter de ses petits comf pagoons, et ceux-ci le retrouvaient parfois errant seul parmi a les taillis ou les buissons, sur le bord des ruisseaux ou sur 8 les pentes des monts.... Ces habitudes de flânerie méditative c lui donnèrent une certaine gaucherie de manières qui ne c l'abandonna jamais, mais il leur dut un commerce avec les a choses dans leur essence et dans leurs rapports, qui compen* c sait amplement son manque d'aisance par une rare provision € de sentiment et de savoir ^ i»
James reçut sans doute à l'école de Southdean les premiers éléments d'une éducation solide, telle qu'en pouvait fournir déjà un village écossais des Basses-Terres. Il semble que, dès ces premières années, il ait montré d'heureuses dispositions. Son père, en effet, ne se contenta pas pour lui de l'instruction de l'école de sa paroisse, et, quand l'enfant eut douze ans, il fut envoyé à Jedburgh pour y recevoir ce que nous appellerions une éducation d' « ordre secondaire i>. Dès ce début du xviii* siècle
i. J. Morb's Strictures on Thomson's Seasons, chap. vi, p. n2. L'ouvrage est pobllé & Londres en 1777.
Allan Cunningham donne aussi ce détail précis : « Dans sa jeunesse, il troayalt un grand charme à s'asseoir sur les collines voisines des sources do Jed et & y voiries étoiles apparaître une à une, les nuages s^amasser... •. {• Vie de Tbomson », p. 44.)
la société écossaise montrait, à tous ses degrés, un zèle ardent pour l'instruction populaire ^ C'était alors un trait spécial à ce pays. Nous y voyons aujourd'hui un de ses plus nobles titres d'honneur, et Tune des causes principales du merveilleux épanouissement intellectuel qui a fait à l'Ecosse une si grande part dans l'histoire de la pensée anglaise depuis deux siècles. En dehors de la région des Hautes-Terres, l'instruction primaire était largement assurée aux enfants du peuple; l'enseignement secondaire était accessible à ceux d'entre eux que leur intelligence et leurs aptitudes désignaient pour une première sélection; plus tard, et dans les mêmes conditions, l'accès des universités leur était ouvert. Mais il fallait aux parents et aux élèves payer parfois de beaucoup de résolution et d'énergie les avantages offerts par cette libérale et démocratique organisation de l'enseignement. Jedburgh était situé à environ huit milles de Southdean. Son « école de grammaire » n'avait pas d'internat. Si pittoresque et si variée que pût être la route, qui suivait le cours du Jed et passait au pied des ruines de Ferniehirst Castle, nous avons peine à imaginer le studieux bambin parcourant une si longue distance pour aller étudier son rudiment. Nous devons supposer qu'il recevait l'hospitalité de parents ou d'amis qui habitaient à une moindre distance de Jedburgh. Nous savons en effet qu'il fit souvent séjour à Minto, où son oncle était jardinier, à Chesters, à Ancrum, à Marlefield. Cette grammar-school de Jedburgh avait obtenu une haute réputation dès le début du xvii* siècle *. A l'époque où Thomson y vint commencer l'étude des langues anciennes, elle était dirigée, dit Murdoch, par un maître de talent. Quant à l'installation matérielle, elle était des plus simples. L'école n'avait même pas de bâtiment particulier. C'était un des bas-côtés de l'église qui recevait pendant les heures de classe maître et élèves '. — Le peu que nous savons
1. Dès le temps de John Kuox les réformateurs voulaient consacrer à l'instruction populaire une partie des revenus confisqués au clergé catholique. (W. Scott, « Hist. d'Ecosse », 2* série, p. 77, 8.)
2. The Nexc Statistical Account of Scotland, part. I : Jedburgh.
3. Au dire du Dr. Somerviile qui, nommé en 1775 ministre de Jedburgh, y retrouva d'anciens camarades du poète. — Mr. Logle Robertson précise davantage et indique, comme consacrée A l'école, la jseule chapelle de Saint-Mary. Cela est d'autant plus, vraisemblable que le magnifique vaisseau de Jedburgh Âbbey a 130 pieds de longueur.
L'ENFANCE ET L'aDOLESCENCE. 17
de cette période de la vie du jeune Thomson ne nous montre pas chez lui un goût très vif pour Tétude des langues mortes, c Maudite soit la Tour de Babel! -» disait-il un jour à demivoix. Le maître Tentendit et lui demanda ce qu'il entendait par là. € Sans la Tour jde Babel, répondit-il, on n'aurait pas t à apprendre de langues * ! j>
C'était donner de lui une fâcheuse idée au digne professeur; et nous savons qu'en effet celui-ci ne voyait en James qu'un élève fort ordinaire. Mais cette opinion n'était pas celle de tous les hommes qui connaissaient l'enfant. Mr. Robert Riccaltoun, un des amis de Thomas Thomson, exploitait une ferme à Earlshaugh, dans la paroisse de Hobkirk, très voisine de Southdean. C'était un homme jeune (il n'avait que neuf ans de plus que James), qui venait de recevoir l'éducation de l'Université, et qui du reste, renonçant à sa première carrière, entra plus tard dans le ministère ecclésiastique '. Riccaltoun avait de bonne heuredevinéchezlejeune James une intelligence d'élite. Il s'était offert à surveiller et à diriger ses études dès le jour où l'enfant fut envoyé à cette école de Jedburgh où lui-même avait été élève. Le premier en date des biographes de Thomson, Shiels, insiste sur ce fait que Riccaltoun (il l'appelle Rickerton) appréciait le talent poétique de son jeune ami et croyait pour lui à un brillant avenir, alors que le maître de l'école ne voyait en son élève qu'un esprit au-dessous de la moyenne '. L'intelligent et serviable fermier de Earlshaugh fit partager à d'autres la bonne opinion qu'il avait du médiocre écolier. Quelques-uns des personnages marquants du pays, sir Gilbert Elliot *, de Minto, chez qui l'oncle et le cousin de James étaient jardiniers, Mr. Haliburton, de New-Mains, qui habitait Dryburgh *, et sir William Bennet, de Chesters dans le voisinage
i. Cité par Robert Bell d'après les manuscrits laissés par le Dr. Somcrville.
2. Il devint, en 1725, Tannée même où Thomson quitta l'Écossc, ministre de la parosse de Hobkirk où se trouvait sa ferme d'Ëarlshaugh.