‹ James Thomson, sa vie et ses œuvresChapitre 65 sur 304 · Thomson avait écrit {Spring, v. 417 de Tédit. de 173S · texte numérisé non relu

Thomson avait écrit {Spring, v. 417 de Tédit. de 173S

• The forest running round, the rising spire •,

et Pope substitue :

« The forest darkening round, the glittering spire. »

La correction a été adoptée. Elle ajoute très heureusement deux notations d'effets lumineux.

3. La iolie comparaison qui semble si bien faire corps avec tout le reste de l'épisode de Lavinia, dans 1' « Automne », est de Pope :

« As in the hollow breast of Apennine A myrUe rises.... •

{Autumn^ 209 et suiv.)

Il est parfois plus thomsonien que Thomson lui-même. Voici quelle était, dans le texte de 1738, l'explication du déluge :

• When the disparti ng Orb of Earth, that arch'd Th' imprison'd Deep around, impetuous rush'd With ruin inconceivable, at once Into the gulph, and o'er the highest Hills. >

{Spring, 357, éd. 1738.)

Pope propose de remplacer eela par ces vers, qui ont à un bien autre de^Tê Ténergie riche et sonore des grandes descriptions des « Saisons » :

.... - Deep-cleft disparting orb, that arch'd The rarefyM Abyss, whose searching steams Expaosive sought a vent, impetuous rush'd With universal lapse, into the gulph, And o'er the high-pird hilis of fractur'd earth Wide dashed •, etc..

cependant rien n'est moins douteux que cette collaboration. Le Rév. J. Mitford acheta un jour pour un schelling et demi im volume des Œuvres de Thomson dont les marges contenaient de nombreuses corrections manuscrites. C'était un exemplaire du premier volume de l'édition de 1738, et les annotations étaient toutes de la main de Pope ou de celles de Thomson. Le précieux exemplaire est aujourd'hui à la Bibliothèque du Musée Britannique, et nous y pouvons suivre minutieusement le travail des deux amis '. Nous y voyons les propositions de Pope, quelquefois effacées, puis rétablies par Thomson ; parfois aussi définitivement éliminées ', mais beau-

ou par ceux-ci (car il expose deux versions dilTérentes) :

• Deep-cleft disparling orb, Ihat arch'd The central waters round, impeluous rushed AVith universal lapse into the gulph, Wide-dashed », etc.

Parfois même il trouve des vers d'inspiration vraiment miltonienne. Thomson avait écrit (Winter^ v. 137, éd. 1738) :

<t Through the loud Night, ihat bids the Waves arise >,

et Pope remplace ces expressions peu précises et banales par r

ft Thro' the black Night that sits immense around. »

1. L'écriture élégante et menue de Pope y est aussi nettement reconnaissable que l'écriture ample et ferme de Thomson. Mr. P. Cunningham avait énoncé quelques doutes sur cette attribution à Pope et croyait reconnaître récriture de Lyttelton. MM. Combe et Ellis, de la Bibliothèque du Musée Britannique, ont établi, par une comparaison avec d'autres manuscrits, que les notes sont, sans le moindre doute, de la main de Pope.

Les notes de Thomson sont écrites tantôt à l'encre et tantôt au crayon, celles de Pope toujours à l'encre. Et l'on est surpris de trouver, adhérant encore au papier, des traces de la poudre métallique dont Tauteur de la « Dunciade • se servait pour sécher son encre pendant ce travail d'obligeante confraternité.

L'exemplaire qui avait été acheté par Mitford 1 sh. 6 d. (un franc soixantequinze centimes) fut, à sa mort, adjugé au prix de 46 livres (l 150 francs). 11 figure au catalogue du British Muséum avec cette cote : G. 28. e.

2. Thomson déclare en différents endroits qu'il préfère, dans un jardin, un peu de désordre naturel à un excès de régularité. Il avait écrit :

« Dewy bright And in yon mingled wilderness of flowers. »

{Spring, v. 486, éd. 1738.)

Pope voudrait que ce jardin ressemblât plus au sien et remplace par :

« In that wild Or those mingled beds of choicer flowers; »

VIE A RIGHMOND. 149

coup plus souvent conservées. Rien ne saurait donner une idée plus favorable des deux poètes que l'étude attentive du volume dû à cette union de leur génie. Pope y apporte un sens critique aiguisé, précis mais non pas mesquin ni tatillon ; il est sincère sans risquer de blesser par un excès de sévérité; et surtout, nous l'avons dit, il se pénètre de l'esprit du poète et du poème avec une entière bonne foi. S'il est impossible qu'il cesse entièrement d'être lui-même S îl s'efforce cependant, sans jalousie et sans parti pris, d'améliorer l'œuvre. Il arrive à y insérer sa marqueterie avec ',un tel succès qu'il est fort difficile de la distinguer parmi les vers de Thomson. Celui-ci de son côté accepte toutes les critiques fondées, avec xme simplicité virile. Il reste assez modeste pour savoir profiter des avis utiles, même quand ils impliquent un blâme *. Et d'autre part il conserve l'entière indépendance de son juge- Mais Thomson tient bon et biffe les plates-bandes de fleurs rares. Ailleurs, le texte du poème portait {Autumn, y. 395, éd. 1748) :

« Of the worst monster ever howled the waste ».

Le Terbe était peu satisraisant et Pope le remplaçait par « trod •. Thomson trouve le terme vague et peu propre à suggérer une image ; il s'arrête à • roamed ««qui est resté la leçon dëflnitive.

1. Il a, par exemple, introduit dans les « Saisons » quelques-uns des vers k antithèses ou à scintillement de mots qui s'y trouvent. Dans l'épisode de Lavinia,

« Thou wilt add that bliss That dearest bliss, the power of blessing thee »

(Autumn, V. 293) est de Pope.

2. 11 supprime par exemple, conformément à Tavis de Pope, des passages obscurs ou de construction pénible tels que celui-ci :

« But yonder breathing prospect bids the Muse Throw ail her k>eauty forth, that daubing ail Will be to what I gaze: for who can paint Like Nature? »

(Spring, t. 427, éd. 1738) et il garde seulement :

« Behold, yon breathing prospect bids the muse Throw ail her beauty forth. But who can paint •, etc.

11 est vrai que le reproche d'obscurité ne le touche pas toujours autant, n n'a pas consenti à sacrifier, malgré l'avis de Pope, ces trois vers de I' • Automne • :

« And, strelching streeton street, by thousands drew, From twining woody haunts, or the tough yew To bows strong-straining, her aspiring sons. »

ment en face d*un confrère plus fameux. Il n'hésite pas à affirmer les droits de son génie dans les cas où la critique de Pope lui paraît affaiblir Timage ou la pensée que lui-même a voulu exprimer.

Cette édition des a Saisons » était publiée par Millar au mois de juin 1744. Woodfall en avait imprimé 1 500 exemplaires. Le mois suivant, dans le même format in-8, Millar publiait une nouvelle édition du premier volume des Œuvres «, et, au mois d'août, une réimpression en un seul volume d' « Agamemnon b et d' « Edouard et Éléonore » '.

Enfin, durant cette année 1744, Mr. Lyttelton arriva aux affaires, dans l'administration qui succéda à celle de Rob. Walpole, et devint un des lords de la Trésorerie. Il fit aussitôt profiter son ami de son influence, et lui assura, dans l'administration des douanes, la place de Surveyor- General of the Leeward Islands, Cette direction des douanes des Iles Sous-le-Vent pouvait heureusement s'exercer de loin. Ou plutôt le titulaire ne dirigeait rien et se contentait d'envoyer un substitut auquel il abandonnait partie des émoluments. Thomson fit choix de William Paterson, l'ami obligeant qui avait recopié son manuscrit d' « Edouard ». Il lui restait encore, après avoir payé son lieutenant, un revenu de trois cents livres. Avec les cent livres de pension du prince de Galles, notre poète se trouvait donc pourvu, indépendamment du produit éventuel de ses travaux littéraires, d'une large aisance.

Dans un des recueils de correspondances de ce temps, nous relevons une mention de Thomson qui paraît avoir échappé à ses biographes. Elle offre cet intérêt de nous le montrer en relations d'amitié avec un des plus illustres parmi ses contemporains. Richardson, après la publication de « Paméla », en 1740, et celle de la suite qu'il crut devoir y ajouter un an plus tard, était déjà un personnage célèbre, quand Hili le

!. Tirage à 1500 exemplaires. L'année suivante, tirage supplémentaire de 500 exemplaires. (WoodfaH's Ledger, 26 juin 1745.) 2. Tirage à 250 exemplaires. (Woodfall's Ledger, 26 août 1144.)

chargeait, le 24 juillet 1744, de remercîments et d'amitiés pour Thomson *. Notre poète ne se doutait guère que le digne commerçant qui venait, sur le tard, d'écrire ce récit familier et touchant, inaugurait une forme d'art nouvelle et apportait la solution du grave problème alors posé devant les écrivains et les critiques. La première moitié du xviii" siècle s'était écoulée sans avoir vu naître une école dramatique nouvelle. Le public continuait à demander aux poètes les plaisirs que la scène anglaise avait su lui assurer dans la longue période qui va, presque sans interruption, de Marlowe à Otway. Et les poètes, pour satisfaire ce désir, continuaient à alimenter le théâtre de tragédies sans vie, qu'ils avaient élaborées sans enthousiasme et sans foi , que les auditeurs écoutaient sans émo* tion ni plaisir. Cette antinomie entre les aspirations du public et l'impuissance d'un genre épuisé pouvait se prolonger longtemps. Comment rajeunir et raviver la tragédie? Home devait dans quelques années la faire briller d'un nouvel et fugitif éclat; mais la vraie solution était apportée par Richardson. Le roman mettrait fin à la longue agonie de la tragédie en la tuant définitivement. Et il la remplaçait par la forme d'art la plus souple, la plus plastique, la plus propre à se transformer selon les variations du goût, des milieux et des temps.

Thomson, pas plus sans doute que Richardson lui-même, ne voyait aussi loin dans l'avenir. Il persistait à croire qu'une bonne tragédie ne demandait qu'une application consciencieuse des règles du genre, avec ce que le talent de chaque auteur pouvait communiquer de noblesse ou de grâce au langage des personnages mis en scène. Ses tentatives de rénovation n'allaient pas au delà d'une imitation des hardiesses de Voltaire. L'œuvre qu'il achevait en 1744 emprunta, comme « Edouard et Éléonore d, son sujet aux temps modernes, et non pas à l'antiquité classique *. Cette quatrième tragédie fut

1. • .... To the author of Ihc Seasons will you be so good as to relurn my tbanks for his rememberiog an old friend who, thougli he had still been forgotten on, would nolwilhslanding thaï, hâve yearly traced him round wilh new delight from Spring quite down le Winter. » (Uill à Richardson, July 24, 1744.)

2. l\ a été fourni à Thomson par un épisode de Gil Blas^Viv. IV.chap.iv: « Le Mariage par Tengeance ».

En revanche, la tragédie anglaise a été imitée, ou plutôt traduite en France, par Saurin, et représentée le 25 septembre 1763 sous le titre de

jouée à Drury-Lane en mars 4745. Il ne s'agissait plus cette fois de l'œuvre d'un auteur ignoré ou d'un homme de lettres besogneux. La tragédie se présentait au public avec les plus nobles répondants. Lyttelton et son cousin, Mr. Pitt, avaient suivi les répétitions avec une extrême assiduité, donnant aux acteurs des conseils que ceux-ci écoutaient avec respect et suivaient avec confiance*. Ce n'est pas, pour la mémoire de Thomson, un médiocre honneur que ces preuves d'amitié du futur lord Chatham. Le grand orateur était un fin lettré dont le jugement s'appuyait sur un savoir étendu et solide*. Garrick jouait le rôle de Tancrède'. Le prince de Galles accepta la Dédicace, en sa qualité de <k protecteur de tous les arts et de toutes les sciences et, en particulier, des œuvres dramatiques * ». Le succès fut beaucoup plus complet que pour aucune des autres tentatives faites par l'auteur à la scène. L'œuvre fut chaudement applaudie, comme l'atteste Walpole, un des critiques les plus malveillants de Thomson •. Woodfall imprima pour Millar 5000 exemplaires, plus 50 exemplaires de luxe *. La faveur rencontrée par cette tragédie auprès du public anglais persista pendant de longues années. Nombre d'éditions en paraissent sans épuiser la vogue dont elle est

Blanche et Guiscard. La traduction avait été publiée d'abord dans le Mercure de janvier et de février 1761.

1. < Those great persons (Pitt and Lyttelton) had taken npon themselves the patronage of Thomson's Tancred and Sigismunda; under their direction and influence, it was acted at Drury-Lane. » (Davies, Life of Garrick, vol. I, p. 78.)

« The two great statesmen, Pitt and Lyttelton, attended the rehearsal of Tancred and Sigismunda with great assidu ity; they had a sincère value for the amiable author. Their instructions were heard by the players witli great respect, and embraced with implicit conQdence. The play was wcll acted in ail its parts. >

2. On rapporte de lui qu'il pouvait également éclipser Gibbon dans une conversation, battre les humanistes les plus experts dans une traduction improvisée, et, à un souper shakespearien, « parler Shakespeare » de façon à humilier tous les assistants, y compris Porson lui-même.

Sa prédilection pour le théâtre datait de loin. A treize ans il avait écrit une tragédie. (Voir The Life and Letters ofLord Macaulay by G. Trbvblta5, Macaulay*s Diary, July 17, 1856.)

3. Les autres rôles étaient tenus par Sherridan et Delane, Mrs. Cibber et Miss Budgell.

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