‹ James Thomson, sa vie et ses œuvresChapitre 78 sur 304 · Summer · texte numérisé non relu

Summer

5. Le comte de Buchan dit que le poète fut enterré dans Véglise, audessous du point où furent ensuite établis les fonts baptismaux. 11 semble qu'il ait dû être exactement renseigné; cependant les indications que nous donnons nous ont été fournies directement par Mr. Procter, frère du révérend canon Procter, curé de Saint-Mary Magdalene.

6. « An Epilaph on the admirable Dramatic Poet, W. Shakespear. « 1630.

DÉVOUEMENT ET AFFECTION DBS ÂHIS. 173

Lyttelton et Mitcbell s'occupèrent des soins de sa succession. Le 25 octobre 1748, ils étaient déclarés administrateurs au nom de Mary Craig *. La vente de la petite maison de Kew-Lane et de tout ce qu'elle contenait eut lieu le lundi 15 mai 1749, et rapporta quelques centaines de livres *. Ils se crurent surtout

1. • Extracted from the Régis try of the Prérogative Court of Canterbury, — October 1748. James Thompson (sic). On the twenty fifth day admôn of ail and singular the goods, chattles and crédits of James Thompson late of Richmond in the county of Surry batchelor deceased was granted to ihe Uon^i* George Lyttleton {sic) Ësq'* and Andrew Mitchell Esq'" the lawfull altorneys of Mary Craig formerly Thompson (wife of William Craig) the î^ral and lawfull sister and next of kin of the said deceased for the use and benefit of the said Mary Craig now residing at Edinburgh being flrst sworn duly to administer.

Charles Dyneley, etc. Deputy Registers. »

2. La vente de la maison et du mobilier, le produit des représentations et de la publication de • Coriolan - laissèrent aux deux sœurs du poète après paiement des dettes de la succession, une somme assez élevée. L'héritage était fort utile à l'une d'elles. Mr. Craig, le mari de Mary, fit de mauvaises affaires, et en vint à accepter l'humble situation de massier de la corporation des marchands d'Edimbourg.

Le catalogue de la vente des biens et effets de Thomson existe encore (voir Notes and QuerieSy 11 mars 1855 et février 1862). Les Culloden Papers en avaient donné d'intéressants extraits. Nous avons plus haut parlé de la bibliothèque et des gravures (voir p. 113). Le mobilier proprement dit était fort simple; le tout en est estimé à une valeur de 66 livres, 11 schellings. Parmi les objets énumérés figurent une épée à poignée d'argent et une épée de deuil. La cave contenait un certain nombre de bouteilles de bourgogne, de porto, de hock, de madère et de vin du Rhin, de la bière d'Edimbourg et de Dunbar. U n'est pas fait mention de spiritueux.

John Forbes acheta le « Shakespeare » de Theobald,r« Histoire » de Raleigh, r • Oceana > de Harrington, et d'autres ouvrages qui sont restés dans la bibliothèque de Culloden House. Les gravures et les dessins furent acquis par Mr. Gray, un marchand de comestibles, dit Roberlson, mais plus probablement le Mr. Gray qui devint recteur de Marischal Collège Aberdeen. Quant à la maison, elle fut achetée par Mr. George Ross, un ami du poète, qui devint plus tard membre du Parlement. Elle appartint ensuite à Mrs. Boscawen, veuve deTamiral, qui, fervente admiratrice de Thomson, s'efforça de conserver son souvenir dans la maison où il avait vécu. Elle restaura, dans une partie retirée du jardin, le pavillon où Thomson avait aimé à rêver ou à écrire. Elle en orna les murs de tablettes et d'inscriptions appropriées; elle y dressa un buste du poète avec cette inscription :

Hère Thomson sung The Seasons, and their change.

Dans ce kiosque elle plaça la petite table sur laquelle le poète avait

174 JAMBS THOMSON.

des devoirs envers la gloire de leur ami, et firent le nécessaire pour assurer la représentation de la tragédie qui depuis si longtemps était prête pour la scène. Ils retirèrent la pièce

disait-on, écrit la plupart des vers de ses dernières années. La principale des inscriptions était celle-ci :

« Within this pleasing retirement,

ailured by the masic of the nightingaie

which warbled in soft unison,

to the melody of his soûl,

in anaflTected cheerfulness,

and génial, though simple élégance,

lived

Sensibly alive lo ail the beauties of nature,

He painted their images as they rose in review;

and poured the whole profusion of them

into his inimitable

Sbasons!

Warmed with intense dévotion

to the Sovereign of the Universe,

its flame glowed through ail his compositions.

Ânimated with unbounded benevolence,

with the tenderest social sensibility,

he neyer gave one moments pain,

to any of his fellow-creatures;

save, only, by his death,

which happened at this place,

on the

21 ^^ day of August, 1748. »

L'année même où mourut Mrs. Boscawen, en 1805, un voyageur américain, visitaitla maison de Kew Lane et le pavillon où avait écrit Thomson. {A Journal of Travels in England^ Rolland and Scotland in the years i805, 1806, by Bbhjamin Sillimen, 3 vol., New- York, 1810. Compte rendu dans la Quarterly Review^ vol. XV, p. 558.) — Chalmers avait reçu de la gouvernante du poète quelques objets qui lui avaient appartenu : une table à déjeuner, des salières d'un modèle suranné, etc. (Voir Taylor's Records, etc., chap. XV.) Il faisait boire son ami J. Taylor dans un verre où avait bu l'auteur des « Saisons » ; en foi de quoi Taylor lui adressait une petite pièce rimée dont voici le titre et la première strophe (il y en a quatre) :

M To George Chalmers Esq,, the Possessor of a Table and Wine- Glasses which belonged to Thomson the Poet.

Friend Chalmers, 'tis a noble treat Ât Thomson's hallowed board to meet,

The bard of naturels sphère, The bard whom, long as âges roU, And nature animâtes the whole,

Taste, virtue will révère. •

Une chaise fut aussi conservée et figura, nous le verrons plus loin, dans

que les directeurs de Drury-Lane mettaient tant de mauvais vouloir à faire paraître, et, le 13 janvier 1749, « Coriolan » était joué à Covent-Garden. Quin remplissait, comme Tavait désiré l'auteur, le rôle principal. Il vint, vêtu de noir, selon Tantique usage, dire le « Prologue ^ qu'avait écrit Lyttelton *.

une cérémonie tenue & Ednam, quarante ans après la mort du poète (voir p. 189).

Après Mrs. Boscawen, lord Falmouth devint propriétaire du petit domaine, mais il le vendit presque aussitôt au comte de Shaftesbury.

La maison existe encore aujourd'hui, mais elle a subi entre les mains de ses propriétaires successifs une transformation qui rappelle celle que Lyttelton voulait imposer aux poèmes de son ami. Les murs extérieurs n'en ont pas été démolis, mais ils ont été considérablement surélevés, et englobés dans une construction beaucoup plus vaste; le toit ayant, bien entendu, disparu. Quand Howitt visita le lieu, ce qui avait été la maison du poète formait le grand vestibule de la demeure de Lord Shaftesbury (HowiTT-8 Homes and Haunts, p. 218-228). Le côté gauche de ce vestibule correspondait A remplacement de la pièce où Thomson se tenait le plus souvent. On y voyait encore la table d'acajou qui lui avait appartenu, et sur laquelle Mrs. Boscawen avait fait incruster une banderole de bois blanc portant en lettres noires cette inscription : « On this table James Thomson constantly wrote. It was therefore purchased of his servant, who also gave the brass hooks, on which his bat and cane were hung in tbis sitting room. F. B. »

Le sixième puis le septième comtes de Shaftesbury et, après celui-ci, la comtesse douairière occupèrent la maison. Cette dernière y mourut, à Tdge de 93 ans, vers la fin de l'année 1866. La propriété est aujourd'hui devenue « the Royal Richmond Hospital ». Le kiosque a disparu; on a conservé seulement quelques carreaux émaillés.

1. Nous en citons les vers qui peuvent concourir à fixer les traits du caractère de Thomson :

« I come not hère your candour to implore

For scènes, whose author is, alas! no more.

No party bis benevolence eonfin'd,

No sect — alike it flowM to ail mankind.

He lov'd his friends (forgive this gushing tear :

Alas! 1 feel I am no actor hère)

He lov'd his friends with such a warmth of heart,

So clear of interest, so devoid of art,

Such generous friendship, such unshaken zeal,

No words can speak it ; but our.tears may tell.

0 candid truth, o faith without a stain,

0 manners gently flrm, and nobly plain,

O sympathizing love of others' bliss,

Where will you find anolher breast like his?

Such was the man, the poet well you know :

For his chaste Muse employ'd her heaven-taught lyre None but the noblest passions to inspire, Not one immoral, one corrupted thought, One Une, which dying he could wish to blol.

Les vers étaient beaux, parce que la douleur qu'ils exprimaient était sincère. L'acteur les prononça avec tant d'émotion qu'il dut s'interrompre quelques moments, suffoqué par de véritables larmes.

Shîels, le futur biographe \ publiait dès avant cette représentation une ode à la mémoire du maître qui venait de disparaître *. Un autre et plus célèbre poète, CoUins, disait à son tour en 1749 la douleur de ceux qui avaient aimé Thomson. Pour lui, comme pour Lyttelton, la profondeur de l'émotion fournit une inspiration heureuse, et son c Ode éiégiaque sur la Mort de Mr. Thomson » est restée un de ses purs chefsd'œuvre '. Il était venu s'établir à Richmond pour s'y trouver

1. C'était un ouYrier typographe qui, sans éducation première, s^est élevé an niveau de bon nombre d'écrivains et de poètes de son temps. Il avait conçu pour Thomson une admiration enthousiaste, et s'efforçait d'imiter son style. De même qu'il fut le premier à lui adresser un poétique adieu, il a été aussi son premier biographe.

2. Musidorus : a Poem sacred to the Memory of Mr. James Thomson.

« Dignum laude virum Musa vetat mori. >

(Hor.)

« London : Printed for Griffiths, at the Dunciad in Ludgate Street (priée : one shilling). »

La date est indiquée par cette note au bas de la page 45 : « Coriolanus, a Tragedy written by Mr. Thomson, which is expected to be acted this season. w

Le poème débute ainsi :

« From lighter Strains, to sing the Tragic Thème, Awake, my Muse! while Nature lends her aid. Inspires my bosom, animâtes the lay, And calls forth fàncy from her air y seat To wing the sacred flight

Pnis l'auteur passe en revue les diverses œuvres de Thomson, et en vient & décrire le caractère du poète défunt (p. 16) :

• Never did Envy stain his noble breast;

He never Icnew

The idle pomp of life, nor meanly grasp'd At pageant greatness; nor with eager eye, Pursu'd the glare of wealth.... •

Le portrait se poursuit ainsi, très consciencieux et très complet, n'oubliant pas de mentiooner que Thomson était, à une table d'amis, un très joyeux convive.

3. Qui ne connaît ces strophes d'une harmonieuse mélancolie? Le thème principal sur lequel se déroulent les variations de ce flûtiste exquis que fut GoUins, c'est l'union et comme la solidarité du poète pleuré avec la nature au milieu de laquelle il vécut, qm'jl .ct^anta Qt pii i] ^oft l'éternel i

dans le voisinage de Thomson ; il quitta cette résidence après la mort de son ami. Elle lui était devenue, disait-il, odieuse. Murdoch s'est plaint que les confrères du grand poète aient négligé, à la seule exception de Collins, de lui faire de poétiques adieux. Il oublie le Musidorus de Shiels et Thommage rendu par plus d'un autre écrivain. Mendez, un des amis du cercle de Thomson à Richmond, est sans doute l'auteur d'une poétique épitaphequ'a publiée Johnson «. Shenstone consacrait plusieurs strophes à l'auteur des a Saisons :ù dans deux pièces de vers dont l'une au moins est de l'année 1748 ". Et pendant

sommeil. Aucun trait ne s'y rapporte au caractère de Thomme. Mais Thomson n'aurait pu souhaiter un autre chaut funèbre que cette petite pièce où, par une inspiration du cœur autant que du génie, Collins a uni dans l'expression de sa douleur tout ce qu'avait chéri le poète disparu et tout ce qu'il a chanté : les amis auxquels il donnait sans compter le meilleur de sa vie, la nature dont il est resté le chantre suprême et comme le poète-lauréat, et même ces créatures auxquelles ont foi l'imagination populaire et celle des poètes, ces génies et ces fées h qui l'auteur du • Château d'Indolence • avait l'un des premiers rendu leur place dans la littérature de son pays, i. « Epitaph on Mr. Thomson.

• Others to marble may their glory owe,

Ând boast those hononrs Sculpture can bestow;

Short-liv'd renown! that every moment must

SinkM-ith ils emblem, and consume to dust!

But Thomson needs no artist to en grave,

From dumb oblivion no device to save;

Such vulgar aids let names inferior ask;

Nature forhim assumes herself the task;

The Seasons are his monuments of famé,

With them to flourish, as from them it came. •

(Johkson's Lives, etc., Thomson's Works\ vol. lv, p. 185.) 2. Nous avons cité déjà (voir p. 161, n. 1.) une strophe consacrée à Thomson dans r« Ode Pastorale • adressée à l'honorable sir Richard Lyltellon. Dans des Vers adressés vers la On de l'année 1748 à William Lyttelton esq. 'es treize dernières strophes sont consacrées au souvenir du poète des " Saisons »; la première étant :

< Thongh Thomson, sweet descriptive bard!

Inspiring Autumn sung; Yet how should we the months regard,

That stopp'd his flowing longue? • et la dernière :

« But no kind suns will bid me share,

Once more, his social hour; Âh Spring! thou never canst repair

This loss to Damon's bower. • Nous apprenons de ces vers que les relations d'amitié de Thomson avec George Lyttelton s'étendaient au père et au frère de celui-ci. On peut s'étonner que Mallet, le compagnon et l'ami depuis trente ans

les années qui suivirent, nombreux ont été les hommages rendus par les poètes à Thomson \ jusqu'au jour où sa gloire

le poète disert et facile, ne prenne point part à ce concert de poétiques lamentations. Peut-être pouvons-nous, malgré le silence des biographes sur ce point, rapporter au souvenir de Thomson certaine «Ode funéraire» qni imite le rythme de Tode célèbre de Oryden, et dont quelques parties conviendraient heureusement à l'auteur des • Saisons * ; témoin cette fin de la dernière strophe :

« God is just,

And man most happy, when he dies ! His winter past, Fair spring at last Receives him on ber flowery shore; Where Pleasure's rose Immortal blows, And sin and sorrow are no more. >

(iOBNSOx's PoetSf vol. 63, p. 150, 151.)

1. Voici qnelqnes-uns au moins de ces hommages de la Muse anglaise.

En 1163 paraissait « Genius and Valour, a Scotch Pastoral *, Becket, 1/6. Un passage nous montre les quatre Saisons apparaissant à Thomson et l'invitant, comme les trois déesses du mont Ida, à décerner àTune d'elles la palme de la beauté. Nous nous bornerons k citer quelques vers :

« First Spring addresses tbe libéral boy. Her naked charms, like Venus, to disclose, spring from her bosom threw the shadowing rose; Bar'd the pure snow that feeds the lover's flre, The breast that Ihrills with exquisite désire; Assum'd the tender smile, the melting eye, The brealh favonian, and the yielding sigh; One beauteous hand a wilding's blossom grac'd, And one enfolded half her zoneless waist. « (Voir sur cette pièce The Monthly Review, vol. 28, p. 398.)

En 1773 est publiée « A poetical Episile to Christopher Anstey Esq., on (he English poets, chieHy those who hâve wrilten in Blank verse, in-4. Wilkie. » On y lit sur Thomson :

« .... Next Thomson came, He, curions bard, examin'd every drop That glistens on the thom; each leaf survey'd Which Autumn from the rusth'ng forest shakes, And mark'd its shape, and trac'd in the rude wind Us eddying motion : Nature in his hand A pencil, dip'd in her own colours, plac'd, With which Ihe ever failhful copyist drew Each feature in proportion just. Had Art But soften'd the hard Unes, and mellow'd down The glaring tinls, not Mincio's self would roll A prouder stream than Caiedonian Tweed. >

(Voir The Monthly Review, vol. 48, p. 147, 148.)

La même revue nous fournit un extrait des • Potmsy by the Author of

a été proclamée par quelques-uns des plus grands parmi les

The Sentimental Sailoi* • in-4, Dilly, publiés en 1774. Ce sont quarante vers dont nous citons les premiers seulement :

« To usher in Ihe smiling years, Naturels gentle bard appearsl Descriptive Thomsoo! on thy head Every Muse sweet influence shed. »

(Monihly BevieWf vol. 51, p. 342.)

Datée de Kelso, septembre 1788, est la pièce suivante où se reflète clairement l'influence de TOde de CoUins :

Eden Streams :

To the Memory of Thomson.

By Dr. Trotter.

Te youths that haunt the Tiviot's side,

Or sport along the silver Tweed, AVhat vales delight, what fates divide,

What charms awake m y Jamie*s reed!

To Eltrick braes perhaps he*s fled,

'Midst forest flowers his laurel beams; Or hapty stretchM by sylvan Jed,

He pipes no more by Eden*s streams.

To Leader haughs TIl gladly stray.

If chance he roves through Cowdenknows, Though sweet thcir broom, and haughs so gay,

m lead him back where Hden flows.

Or like the maid on Yarrow*s side,

ru seek my love in frantic dreams; Her's was the Yarrow*s eariy pride,

And mine the boast of Eden's streams.

Then mourn, thou dear deserted flood,

Go murmur to thy banks along, And sigh, soft Echo of the wood,

For thou no more shalt hear his song.

Those sweets are fled that loiter'd hère,

The seasons's face in sorrow seems; Those notes he warbled smoolh and clear

Are beard no more on Eden's streams.

Yet soft in thèse neglecled shades,

Thaï nurs'd the Poct of the year, Shall Fancy, led by sylvan maids.

And meek-eyed memory, shed the tear; While glides that wave with willows crown'd,

Beneath pale Cynthia's evening beams, 6ay youth and geoii, hoverinp; round,

Shall deck his lover on Eden*s streams. •

Nous avons trouvé cette pièce dans un recueil de Thomsoniana formé par un érudit d'Edimbourg, Mr. James Maidment; aucune indication ne

180 JAMES YHOMSON.

maîtres de l'âge nouveau, par Wordsworth et par Bums *. Pendant que se jouait a Coriolan » qui atteignit le chiffre de

nous fait savoir de quel journal ou de quelle revue le morceau est extrait.

Dans les Poèmes de Langhorne, les Fables of Flora dédiés à la comtesse de Herlford contiennent une pièce où figure le poète des « Saisons ». Cest la dixième fable, a The Wilding and Ihe Broom -.

L'auteur y évoque Hamitton (of Bangour) et Thomson.

« And oh! that he whose gentle breast

In naturels softest mould was made, Who left her smiling work imprest

In characters that cannot fade; That be might leave his lowly shrine,

Though softer there the Seasons fall — They corne, Ihe sons of verse divine,

They come to fancy's magie call. i.

Et ce sont en eftet Thomson et Hamilton qui célèbrent et qui comparent les mérites du sauvageon couvert de fruits, et du brillant mais inutile genêt, dans un langage qui se propose d'imiter celui des deux poètes. (Voir Jobnson's Poets. Langhorne, vol. LXXl, p. 347.)

L^abbaye de Dryburgh, que Thomson enfant avait bien connue, était la résidence des comtes de Buchan, et, vers la (in du xviu<> siècle, avait, selon le goût du temps, son temple des Muses. Une inscription en vers y fut consacrée A Thomson le 10 novembre 1191, et plus tard imprimée aux frais de Buchan, le biographe de notre poète. L'auteur était le Rév. John Richmond, ministre de cette paroisse de Southdean où. s'était écoulée Fenfance du poète. Nous n'en donnerons qu'un bref échantillon :

« 0 pensive Autumn! how 1 grieve Thy sorrowing face to seel When languid suns are laking leave Of every drooping Iree. »

1. Nous ne rappellerons pas les vers où Burns revendique fièrement pour l'Ecosse la gloire d'avoir donné naissance à Thomson. Ils sont plus faciles A trouver que ceux des poêles ignorés que nous venons de citer. Ils furent composés pour une de ces commémorations annuelles de la naissance du poète dont nous parlerons, et qui furent l'occasion de véritables volumes de vers A la mémoire de l'auteur des « Saisons ».

L'hommage rendu par Wordsworth se trouve surtout dans Tinfluence indéniable, malgré tant d'oppositions, du vieux poète sur son grand successeur. Wordsworth a rarement fait mention expresse de Thomson, et, une fois au moins, ce fut pour l'attaquer violemment. L'injustice et l'erreur du critique peuvent être pardonnes au poète qui a, dans quelques vers touchants, réuni le souvenir de Collins et celui de Thomson; et qui, dans une fantaisie très heureuse, imitant exactement la manière et le style de l'auteur du « Château », a, comme lui, enchâssé dans quelques strophes spensériennes le portrait de deux de ses amis. — Voir « Poems written in yçulh : Remembrance of Collins, composed upon the Thames near Richmond »; et • Poems founded on the Âiïections î Stanzas vorillen an my pocket-copy of Thomaon's Caslle of Indolence >.

Nous ne songeons pas A relever tout ce qu'on pourrait trouver d'allu-

DÉVOUEMENT ET AFFECTION DES AMIS. fM

neuf représentations, Millar publiait le texte de la tragédie, et annonçait en même temps une édition dss œuvres complètes du maître en trois volumes *. Lyttelton de son côté poussait fort loin son zèle d'ami soucieux de la bonne renommée, du poète. Thomson lui avait, paraît-il, confié la mission de revoir encore ce texte des ce Saisons i& qu'il avait lui-même si souvent et si laborieusement remanié. L'exécuteur testamentaire publia

sioDS à Thomson dans la poésie de noire siècle. Nous nous bornerons & citer deux morceaux.

J. Maidment a trouvé dans une publication dont il ne nous donne pas le titre, et à la date de janvier 1819, ces quelques vers : On a French time-piece^ ornamented with ThompsorCs Buf-t and Lyre,

• To teach old Time an equal pace

Should be the artisl's care; But every Season speeds bis race,

If Tbompson's lyre is there.

Fond woricman ! — humbler minstrelsy

Might regulate thy cbime — The Bard of immortaiity

Need take no note or Time. »

Dans le parc de Ricbmond, sur le sommet d'une colline qui domine le cours de la Tamise, un écrileau est fixé sur un arbre, et l'on y lit ces vers:

« TO TBB HElfORT OF THOHSON

« Te vrho from London's smoke and turmoil fly To seek a purer air and brighter sky, Think of the bard who dweit in yonder dell, Who sang so sweetly what he loved so well ; Think, as ye gaze on thèse luxurious bowers, Hère Thohsoh loved the sunshine and the flowers : He who could paint, in ail their varied forms, Âprirs young bloom, December's dreary storms. By yon fair stream which calmly glides along, Pure as his life and lovely as bis song, There oft he roved. In yonder churchyard lies Ail of the deathless bard that ever dies; For hère his gentle spirit lingers still, In yon sweet vale, on this enchanled hili, * Flinging a holier interest o'er the grove, Stirring the heart to poetry aod love, Bidding us prize the favourite scènes he trod, Ând View in Naturels beauties Naturels God. »

Nous ne savons ni qui écrivit les vers ni qui les a placés là. Un correspondant les communiquait, le 15 août 1864, au Ladiea^ Own Journal, et demandait s'ils avaient été écrits par le « présent Poète-Lauréat ». A coup sûr ils n'en ont guère Tapparence.

1. Édit in-8 de 1749. Une édition irlandaise, de format in-12, paraissait U même année.

en 1750 une édition * des œuvres où plusieurs corrections de détail étaient apportées au texte de l'auteur. Mais il prenait plus au sérieux sa mission. Il prépara plus tard une édition d'où le poème serait sorti à peu près méconnaissable. L' « Hymne » devait disparaître, et quelques-uns des vers de cette magnifique prière, non pas tous, auraient trouvé place en différentes parties de louvrage. Tout ce qui, dans la philosophie du poète, pouvait paraître suspect à l'exigeante orthodoxie de l'éditeur était modifié ou supprimé. Certains vers étaient transposés ; tout ce qui semblait à Lyttelton ou dur ou obscur, ou d'une correction grammaticale insuffisante était consciencieusement rectifié sinon élagué. Les changements de termes étaient extrêmement copieux. Heureusement ce beau dessein ne se réalisa point, et Thomson n'eut pas à souffrir de cet étrange abus de confiance '. L'opposition aussi sensée qu'énergique de Murdoch eut raison du zèle intempestif de Lyttelton. Quant à celui-ci, il s'était donné quelque satisfaction en faisant paraître une version de c La

i. Suivie d*une nouvelle érlition en 1752 (puis d'une 3* en i758). Lyttelton à Doddridge pour lui annoncer renvoi d'un exemplaire de cette édition :

« Hill Street, Mareh 32, 1*750.

« By the Northampton coach or next week, I shall send Mrs. Doddridge a new, compleat and correct édition or Mr. Thomson's works made under my care, which I beg the favonr of her to accept.... Tou will Ûnd this édition much prererable to any of the former, tliough not entirely free from false prints. Great corrections bave been made in the diction and many redundancies bave been eut off.... so thatupon the whole I am persuaded you will think Mr. Thomson a much better poet, if you take the trouble to read over his works in their présent form, than you ever thought him before.... > (Piiilliiiorb*8 Memoirs of LytUlton^ vol. I, p. 32â.) — Voici quelles sont les principales modifications apportées an texte de 1746 par l'édition de Lyttelton : la dédicace, Tavant-propos et 87 vers de r« Automne • sont supprimés. Ces vers sont rétablis avec des variations comme un appendice au poème sous ce titre : « The Retum from the Fox-chose, a burlesque poem in the manner of Mr. Phillips • (vol. II, p. 239). On voit que Lyttelton ne goûtait pas le mélange du plaisant au sévère. — Quant à la Liberté elle perdait i400 vers! Deux strophes sont supprimées dans le « Château d'indolence », Chant I, str. LV et LVL

2. La bibliothèque de Haffley conserve l'exemplaire interfolié sur lequel Lyttelton avait exécuté son travail de remaniement.

La bibliothèque du Musée Britannique possède un exemplaire de Tédit. de 1758 sur lequel des notes manuscrites reproduisent les corrections préparées par Lyttelton. (Brit. Mus., 11632, c. 57.) On y lit cette indication : « The copy now in the possession of the présent lord Lyttelton. It was given to lord Spencer by Matthew Monlagu Esq. who found it among the books of Mrs. Montagu. •

Liberté t^ où, grâce à une manipulation énergique, le nombre des chants était ramené de cinq à trois ^ Le mal était moins grave, et sans doute Murdocii eût consenti à sacrifier « La Liberté » s'il avait fallu payer ce prix pour sauver les « Saisons * ».

Il ne rendit pas seulement à Thomson ce service d'empêcher une mutilation de son œuvre. Lui-même publia en 1762, avec Andrew Millar, une magnifique édition des œuvres complètes, en deux beaux volumes in-4, ornés de portraits du poète, de nombreuses gravures illustrant les poèmes ou les œuvres dramatiques, et précédés d'une biographie. Le texte était celui de la petite édition de 1752 •. Murdoch avait, ici encore, opposé une énergique résistance aux tentatives de Lyttelton pour corriger l'œuvre du poète *. L'ouvrage était publié par sous-

1. L'édition fut publiée par A. Alillar. Dans une préface au lecteur, l'éditeur dît à propos de Liberty : « The author was sensible of its being too long. It bas been therefore considerably shortened, by reducing the five parts inlo three. >

La première partie a pour titre Ancient and Modem ïialy compared, et contient 485 vers; la deuxième, GreecCy a 443 vers, et la troi:»ième, Briiain, en a 985.

2. Lyttelton a rendu à son ami un hommage plus acceptable dans ses « Dialogues des morts >, tout en continuant à faire ses réserves sur les défauts qu'on l'a empêché d'élaguer. Dans le Dialogue in Elysium between Boileau and Pope, nous lisons :

« Boileau. — AVho is the poet that arrived soon after you in Elysium, whom I saw Spenser lead in and présent to Virgil, as the author of a poem resembling the Georgics? On bis head was a garland of the several flowers that blow in each season, with evergreens intermixed.

Pope. — Your description points out Thomson. He painted nature exactly and with great strengtb of pencil. Uis imagination was rich, extensive and sublima : bis diction bold and glowing, but sometimes obscure and affected. Nor did he always know when to stop or what to reject

3. Celle-ci reproduisait le texte de 1744, sans les modifications qu'y Ût Fauteur pour l'édition de 1746. (Voir plus haut, p. 164, n. 4.)

4. Le Rév. John Wooll a publié, dans sa biographie de Joseph Warton, la lettre où ce modèle des éditeurs oppose son refus formel de concours aux entreprises projetées par Lyttelton sur le poème de leur ami. Nous en extrayons les passages saillants :

From Dr. Murdoch to Mr. Millar (sans date).

« Dear sir,

« With regard to the altérations proposed to be made in Mr. Tbomson's Seasons, having now fully considered that matter, and seen how few and inconsiderable his own last corrections were, I am confirmed in m y flrst opinion — so much, that I shall retract most of my concessions, and even some of the altérations which I thought I had made for the better. In a Word, I can bave no hand in an y édition that is much di£ferent from the

cription. Le roi figurait en tôte de la liste pour une somme de cent livres. Après lui venaient la Reine et la princesse douairière de Galles, cette veuve de Frédéric, à qui Thomson avait dédié une de ses tragédies. Parmi les noms qui suivent ceux de la famille royale, se trouvent, mêlés aux amis survivants du poète, plusieurs des représentants de l'aristocratie et quelques-unes des célébrités des lettres. Ce sont par exemple le docteur Akenside , le docteur Armstrong, le comte de Bute^ Madame Bontems, James Boswell, le docteur Blair, James Craig, sir David Dalrymple, J. Forbes of Culloden, David Garrick, John Gray(deux exemplaires), le Dr. Gusthart, Andrew Mitcheli, envoyé extraordinaire en Prusse (deux exemplaires), le Très Honorable Onslow, le duc de Queensbery (cinq, exemplaires), Quin, Mrs. W. Robertson, G. Lewis Scott, Mr. Jos. Spence, Mr. Jos. Warton, Mr. Thomas Warton, John WilkesEsq. Le produit de cette belle publication ^ était destiné à assurer

small one of 1752.... It is pity indeed thaï Mr. T. aided by my lord L. did not correct and aller many things himseir; but as that went no further than a bare intention, it is too late to think of it now, and we can only say « Emendaturus, si Hcuisset, erat ».... What if after ali some of m y Lord*s altérations should prove bad?... this would produce a second édition and then a third, which would end in a total contempt of Mr. Thomson's works, or in a restitution of thein from the copies poblishod by himself (and with so much délibération and care, that his printers were tir'd to death, as you well remember.) — Spring (t. 65} ended with « greatly independent liv*d. • He, in some inlemperate (It of zeal turn'd it into

« scorn'd Ali the vile stores corruption can bestow. >

in the stile of a party-pamphleteer.... I hâve therefore altered it from the subscription édition.

« .... As to the Hymn^ if a word or two are alter'd it needs give his Lordship no pain, if it is compar'd wilh that of Mil ton. There are not in it ail two lines so bad, for the numbers and sensé, as

« Moon that now meets (sic) the orient Snn, now fly'st With the flxt Stars, Gxt in their orb that flyes. >

and the theology of it, allowance made for poetic expression» îs orthodox. .... As to Mr. Th.'s diction, of which my Lord's acquaintances so notuch complain, 1 would recommend to thèse gentlemen to read Mîlton with care, and the greatest part of that objection would vanish.... Certain it is that Mr. Thomson's languagc has been well-received by the publick, excepting those m y Lord speaks of, who are more disposed to find blemishes than capable of feeling beauties.... His numbers and manners bare been adopted by good authors, and, since he began to write, our poetry

is become more nervous and rich (Biographical memoir of the late Rev.

Joseph Warton, p. 252, lettre XXXI.) i. Une nouvelle édition en fut publiée en 1768 par les mêmes édi-

au poète, quatorze ans après sa mort, un monument digne de lui et digne de l'Angleterre. Un cénotaphe lui fut élevé dans r Abbaye de Westminster; et, si l'œuvre d'art est à peine médiocre, l'honneur est grand pour Thomson de figurer, à côté de Shakespeare, dans le c Coin des Poètes ^ ».

Rien dans l'élise de Richmoud ne disait quel mort illustre elle abritait quand, en 1792, le comte de Buchan fit placer une plaque de cuivre contre le mur nord-ouest de St. Mary Magdalene, au-dessus du point où se trouvaient les restes du poète. On y peut lire encore l'inscription qui y fut alors gravée.

teurs. Le format de cette dernière est in-8. Murdoch y corrige quelques erreurs de la biographie de 1762.

Entre la mort du poète et la publication de ses œuvres complètes en 1768 nous avons la série suivante des éditions de ses oeuvres, qui nous montre combien le génie de Thomson prend possession de la faveur publique :

1749. OEavres complètes (Millar), 3 vol. in-8.

1750. GEuvres complètes (Millar), 4 vol. in-12.

1750. Œuvres complètes (Millar), in-8 (Brit Mus., 11631 c). 1752. Œuvres complètes (Millar), 4 vol. in-12 (Lowndes parle d'une édition in-18 de la même année).

1758. Saisons (London), in-8 (Brit. Mus., 11631. b, 43). 1758. Saisons (Dublin), in-16 (Brit. Mus., U632. a, 36). 1760(?). Saisons (Dublin), in-12 (Brit. Mus., 1465. b. 40).

1761. Saisons (Dublin), in-8 (Brit. Mus., 11632. a. 37).

1762. Œuvres complètes, in-4.

1706. Saisons, in-12 (Brit. Mus., 11633. aaa, 45).

1768. Œuvres complètes, in-12 (Brit. Mus., 11632. b. 50).

Dès Tannée suivante, nouvelle édition des « Saisons • publiée à Glasgow 1769, in-12 (Brit. Mus., 238. a. 30), avec la biographie de Fauteur etrOde de Collins; et, en 1770* Tédition avec biographie, illustrations et notes de Wright, London, in-8 (Brit. Mus., 991. a. 35).

1. Le monument est placé entre celui de Shakespeare et celui de Howe. n a été composé par Rob. Adam et exécuté par H. Spang, et leur fait peu d'honneur. La composition est prétentieuse, l'exécution lourde et malhabile. Thomson, en costume antique, est assis, le bras gauche appuyé sur an piédestal; il tient de la main droite un livre et le bonnet phrygien. Sur le piédestal un bas-relief représente les saisons, et un amorino montre d'une main le bas-relief en même temps que de l'autre il offre une palme au poète. Sur le piédestal cette inscription :

James Tqomson.

iEtatis 48. Obiit 27 Âugust 1748.

et ces vers extraits de V « Été » :

« Tutor'd by Ihee, sweet poetry exalts Her voice to âges; and informs the page With music, image, sentiment and thought, Never to die ! »

In the earth, below this tablet,

are the remains of

Author of Ihe beautiful Poems entituled

(( The Seasons >, the c Gaslle of Indolence > etc.

who died at Richmond

on the 27 th of August

and was buried

on the 29 th 0. S. 1748.

The Earl of Buchan,

unwilling that

so good a Man, and sweet a Poet

should be without a mémorial,

bas denoted the place of bis interment,

for the satisfaction of his Âdmirers,

in the year of our Lord

M. DCC. xcn.

Si ces admirateurs étaient alors nombreux les amis qui avaient connu le poète étaient devenus bien rares. De ses sœurs, Jean était morte en 4781 % et Mary en 1790 «. Un

1. • Ât Lanark, Mrs. Thomson, wife of Mr. Roberl Thomson, and sister of Mr. James Thomson, author of the Seasons », etc. Cette coupure de journal recueillie par Mr. Maidment ne donne pas la date de ce décès que nous trouYons dans la biographie de sir Barris Nicolas : le 3 septembre 1781.

C'est cette Jean Thomson que Boswell vit en 1777 et qui lui communiqua des renseignements sur son frère. Boswell plaça comme élèves chez son mari, à Lanark, deux de ses neveux. Elle avait eu un fila Kobert, qui étudia la médecine à Edimbourg et mourut jeune, et deux filles dont l'une, Elisabeth, était née avant la mort de Thomson, et l'autre, Béairix, épousa Mr. Thomas Prenlice de Jerviswood.

2. « Death. At Edinburgh, Mrs. Mary Thomson, widow of Mr. William Craig, merchant in Ediuburgh, and sister of the author of the Seasons. She was interred in Ihe Grey Friars Churchyard, on the 22** (being the birth-day of her brother) beside the remains of the mother of Thomson. » (The Scots Magazine^ MDCGXG, vol. HI, p. 466. Edinburgh. Printed by Murray and Cochrane.)

La même annonce se trouve dans VEdinburgh Courant qui fixe la date en septembre. — L'indication des deux journaux est incomplète. Après la mort de Mr. Craig, Mary avait épousé un Mr. Milne, meunier.

Le nis de Mary Thomson, James Craig, l'architecte qui fit le plan de la nouvelle ville d'Edimbourg, mourut en 1795.

Enfin Elisabeth, la Lizzie des lettres de Thomson, morte en 1747, avait eut deux fils : l'un, le docteur James Bell, ministre de Coldstream, prépara une édition variornm des œuvres de son oncle, était en relations avec Buchan en 1791, et lui donna ce renseignement que, au dire de Mrs. Thomson, de Lanark, on avait trouvé dans les papiers laissés par le poète à sa mort le canevas d un beau poème. L'autre Hls, Thomas Bell, était négociant et mourut à la Jamaïque.

James Bell eut une fille qui vivait encore, il y a peu d'années. Quand,

cousin cependant, Robert Thomson, celui qui, jardinier comme son père, à Minto, avait connu Thomson enfant, vivait encore au commencement de ce siècle, et mourut en janvier 1802 *.

Quant aux amis que le poète avait eus pendant quelque temps pour compagnons dans le voyage de la vie, de tous ceux qui s'étaient avancés plus loin que lui pas un seul ne restait sur la route. Hill était mort en 1750, la duchesse de , Somerset en 1754, Gilbert West en 1756, Collins en 1759, Dodington en 1761, Robert Symmer et Shenstone en 1763, Young et Malleten 1765, Millar, Riccaltoun et Gray en 1769, John Forbes en 1772, Lyttelton en 1773, Murdoch en 1774. Geoi^e Lewis Scot pouvait se croire le dernier, quand, en 1777, un critique, admirateur de Thomson, lui dédiait une Essay i> sur les c Saisons », comme <t au seul survivant de cette société c dont le poète était l'un des membres les plus aimables ' ». Cependant, lorsqu'il mourut, en 1780, il laissait encore derrière lui le docteur De La Cour que ses habitudes d'intempérance ne condamnèrent pas à une fin prématurée, puisqu'il vécut jusqu'en 1781, George Ross et enfin Robertson, deux des amis qui avaient assisté aux derniers moments de Thomson, et qui moururent, le premier en 1786, l'autre en 1791.

La disparition de ces derniers témoins de sa vie ne laissait pas sans fidèles la mémoire du poète. Dans cette Ecosse qu'il avait illustrée, et qui toujours a eu le culte de ses grands hommes, une sorte de religion s'était établie en l'honneur de Thomson, avec ses dévots, ses ministres et ses rites. En 1770, une société d'Edimbourg, « the Knights Companions of the Cape », célébra solennellement la date anniversaire de la naissance du poète. Le samedi 22 septembre, un Festival

en 1876, on plaça dans la nouvelle église paroissiale de Southdean, un Titrail en l'hoaneur de Thomson, le Rév. John Mair reçut la souscription de Miss Bell, petite-nièce du poète, alors âgée de quatre-vingtdeux ans.

1. M Al Broughton, at a very advanced âge, Robert Thomson, a cousin of our immortal Scotlish Bard, the author of the Seasons », etc.

(Date manuscrite de Mr. Maidment : January 1802); — pas d'indication de provenance; il est probable que la coupure était fournie comme les précédentes par un numéro du Sco(s Magazine.

2. • Striclures Critical and Sentimental on Thomson's Seasons, etc., by i. MoRB. London MDCCLXXVH. » L'ouvrage est dédié à « George Lewis Scot Esq., one of His Majesty's Commissioners of Excise, as a friend of the aulhor of the Seasons, and the sole Surviver of that... society of wbich our Aulhor was one of the most amiable members

musical réunissait les membres de la société. Une sorte d'oratorio avait été écrit pour la circonstance et mis en musique par Mr. Smeiton. Les récitatifs, les airs, les duos, les chœurs se succèdent, rappelant les œuvres, le talent et la gloire du c barde », avec ce refrain, que tous les adeptes chantaient à Tunisson dans le chœur final :

Raise to Thomson, raise the laj, Hall with joy his natal day !

Hail the happy, happy mom!

When great Naturels Bard was bom *.

Le programme de la cérémonie était complété par une dissertation de Tun des membres sur les poèmes de Thomson, et par l'exécution de tous les chants, qui se trouvent dans les œuvres du poète, adaptés à une musique écossaise par Mr. Smeiton.

Dix ans plus tard, les mêmes chevaliers se réunissent dans leur hall. La salle était décorée de fleurs et d'une lyre qu'entouraient le laurier, la gerbe de blé et la faucille. La fête comprenait deux parties : dans la première on récita une invocation aux Muses et aux amis du génie, on lut un poème du Dr. Langhome, c la lutte des Saisons i», et les vers de Lyttelton sur le mérite de Thomson comme auteur dramatique. Dans la deuxième, on récita un passage des quatre Saisons, chacun étant suivi d'un chant qui s'y rapportait; puis le lecteur rappela le patriotisme de Thomson, et l'on chanta en chœur Rule Briiannia, Après quoi la compagnie a nombreuse et choisie » soupa et but à la mémoire de Thomson et de ses amis.

En 1790, la même pieuse célébration réunit les chevaliers. Le cérémonial suivi esta peu près le même. Mr. Woods récite un poème de sa composition '. Un des compagnons, avant

i. Toute cette enthousiaste poésie nous est conservée sous la forme d'une vbrochure de 14 pages : « A musical entertainment performed b; a Society of Gentlemen in Edinburgh, upon the anniversary of the Birth-Day of James Thomson, author of the Seasons, etc. Septembre 22, M, DCC, LXX. » (14 pages sans nom d*auleur, d'éditeur, ni de lieu de publication.)

2. « Ôccasional poem on the Birth-Day of Thomson, Celebrated at Cape- Hall, on Wednesday sept. 22 ■* 1790. Written and recited by Mr. Woods. ■ (3 pages petit in-8.) -- La pièce est aussi publiée par le Scots Magazine^ vol. 52, p. 504, oct. 1790.

DÉVOUEMBriT ET AFFECTION DES AMIS. 189

d'arriver à la réunion, avait assisté à l'enterrement de Mary, la dernière sœur de Thomson.

Indépendamment de cette célébration décennale à Edimbourg, tous les ans l'anniversaire du 22 septembre réunissait au viilage d'Ednam les admirateurs du poète. La cérémonie eut en 1791 un éclat particulier. Elle fut présidée par lord Buchan. L'excentrique grand seigneur prononça un pompeux éloge de Thomson, puis il couronna de laurier le buste de l'écrivain et un exemplaire de l'édition princeps des « Saisons » * . C'est à l'occasion de cette solennité que Burns avait écrit, sur la demande de Buchan, son adresse aux mânes a du barde d'Ednam » ". — Mr. Gilbert Eliot avait obligeamment prêté, pour servir de siège au président, la chaise sur laquelle le poète avait travaillé à T « Hiver » '. — En 1796, la solennité eut encore un éclat exceptionnel. Lord Buchan choisit cette date

L Le discours figure dans V « Essay » publié Tanoée suivante par le comte sur la Tie de Thomson. On peut le lire aussi dans les Illustrations de Nichols, vol. VI, p. 494f dans le Genlleman^s Magazine, vol. LXI, p.p. 1019-1083, et dans une note supplémentaire du Thomson, de R. Brll. — " Â couple of oasis from Thomson's statue, in Westminster Abbey, bave been sent to ihe Earl of Buchan by Mr. Coutts, who generously ofTered the mould also, that they might be uniques; but lord Buchan chose rather ihat casts should be muttiplied for Ihe gratification of the taste and patriotism of the public. • (Edinhurgh Journal de la fin de sept. 1790.) — On voit que Robert Bell a tort de relever ce qu'il appeUe une erreur de fiir Barris Nieholas, et de déclarer que Buchan couronna non pas un buste mais un exemplaire des oeuvres. La vérité est que le lyrisme du comte s'exerça tont à la fois devant le moulage envoyé par M. Coutts et devant un exemplaire de l'édition de 1730. Cet exemplaire se trouve encore aujourd'hui à la Bibliothèque de Tuniversité d'Edimbourg. 11 porte à la première page cette inscription de la main du comte : « This copy of the Seasons was given to Henry David, Earl of Buchan, by Andrew Millar, as from the author, and was covered with Ivy by David Stewart, Earl of Buchan, on Ednam Hill, september 22 "^ 1791 ».

2. La lettre où le poète envoie ses quelques strophes & Buchan et regrette de ne pouvoir, retenu qu'il est par la moisson, assister au couronnement du buste, est de 1791. Il est singulier que les Chambers la reproduisent avec la date (september) 1790.

3. Ce fauteuil est encore conservé au musée de Kelso. C'est un siège canné de solide construction. Une plaque de cuivre y a été fixée, disant que ce fut le fauteuil de Thomson, et qu'il a. été donné au musée par la famille de W. Ker Esq. Avant Ker, sir William Bennet (of Grubbat) parait avoir été le possesseur de cette relique.

L'authenticité de son origine a été mise en doute, mais non pas controuvée. On a même remarqué sur l'un des pieds les traces d'un commencement.de combustion, et l'on s'est rappelé qu'une tradition rapportait que Thomson avait un jour failli être brûlé vif pour s'être endormi sur un siège placé trop prés du foyer.

pour consacrer à la mémoire de Robert Burns une urne de marbre qui fut placée dans le a Chapter-House » de Dryburgh, auprès du buste de Thomson.

La date du centenaire fut pour les chevaliers compagnons de la c Cape > l'occasion d'une fête plus pompeuse encore que les précédentes. Dans la grande salle d'un hôtel d'Edimbourg, richement ornée de fleurs, de lauriers, de gerbes et de faucilles, une très nombreuse assistance s'assit à la table du banquet*. A l'une des extrémités avait été placé le portrait original de Thomson, en face du président du club («c theSovereign ») qui portait sur la poitrine, retenue autour du cou par un ruban, une miniature du poète ^ Un a temple » de feuillages avait été dressé dans la salle, et, au milieu, un buste de Thomson était entouré de nombreuses lumières. Après le repas, lecture et chants de fragments variés des œuvres du maître. Mr. Woods, l'infatigable ordonnateur de la fête en 1800 comme en 1790 et en 1780, avait ajouté une pièce nouvelle à celles que le même anniversaire lui avait inspirées ^.

La société des Chevaliers annonçait alors son intention de célébrer également en 1810 la date du 22 septembre. Il n'est guère douteux que cette intention ait été réalisée. L'anniversaire de la naissance de Thomson se trouvait coïncider avec celui de la victoire remportée par Wallace à Stirling-bridge. La gloire du grand patriote et celle du grand poète furent associées dans les fêtes célébrées en 1714. Le comte de Buchan inaugura la statue colossale de Wallace, dont le piédestal portait ce simple vers de 1' « Automne » : a Greàt Patriot Hero! Ill-requited Chief ! » Aussitôt après, il se rendit à Ednam pour assister au diner annuel en l'honneur du poète. Après avoir

Page 1