‹ Jane Grey tragedie en cinq actes et en versChapitre 37 sur 38 · JANE, LA REINE, ASCHEM · texte numérisé non relu

JANE, LA REINE, ASCHEM

; JA>E, ù part.

\ Dieu des infortunés, arbeve ton ouvrage 1 I Au niveau de l'épreuve éleve mon courage.

LA HEINB.

I Aschem, venez.

JANE

Mon malire!

ASCQEIH.

O ma ûllel

LA REI.NE

Je veux

Qu’il soit ici témoin si je remplis ses voeux.

Ascii EU.

Mon enfant!

JANE

O bonheur que je n’osais attendre...

LA REISE

Écoutez, mylady».. Restez pour nous eoieodre. Elle fait le tour du cachot.

Que ce cachot est froid et triste et sans soleil...

JANE

Sa lumière n’a pas éclairé mon réveil,

Reine, mais 1rs captifs de ce cachot si sombre Vont recevoir de Dieu le juur qui u’a polo t d'ombre! LA RBJNB.

C’Mt-à*diro que Jane et soa époux Dudley,

MAGASIN THÊAXRAL.

J(eurcu), fleri) de mourir ensemble cl tans délai, llcgiicnl déjà plus haut que les rois de la terre ?

Ne puis-jc qu’oITenscr la reine d'Anglelcire ?

UA HKt.lü.*

C'est votre sort.

Hier, vos sujets ont pu voir Mon humble front baissé devant votre pouvoir, Hier, à vos genoux de repentir touchée.

J'ai confessé ma faute et ne i'ai point cachée.

J’ai dit : Je suis coupable et je meurs justement ; Je ne vois que loon crime cl non mon châtiment. S'il éleml jusqu'à moi sa bonté souveraine.

Je prierai devant DFru pour les jours de la reine! J'ai répandu des pleurs, comme au pied des au-

[tels :

Vous m’avez devant tous dit des mots bien cruels: J'ai gardé le silence .. et s'il le faut, ma larae, Une seconde fois j'humilierai mon àipc.

Ici, dans ce cachot, à l'heure du trépas!

La reine est vengeeî

is nriNE.

Oui. . la femme ne l’est pasl Tout ce grand repentir la femme le rejette; C'était bon devant tous, hier, comme sujette! Tout ce luxe de pl'-urs, qu’en ai-jc tioiic besoin, Quand je suis avec vous sans ma cour pour td-

( moinî

Sous ces murs sans échos, lady Grey, sur mon

[âme,

La reine disparaît et fait place à la femme.

Que m'imporlenimon trône et mon lourd sceptre

[ d'or?

C’est le cœur d'un amant, d'un époux, de Guilfort, De Guilfort, seul au inonde adoré do Marie !... JAKB.

O mon Dieu 1

LA REINE

Tu m'as pris cl son àme et sa vie!

Ces trésors de bonheur entre tes bras perdus.

Par la mort de tous deux me seronuils rendus? En vain ton repentir présente à ma détresse.

Pour expiation, l’échafaud que l'on dresse;

Tu me montres en v.vin do ton regard jaloux,

Ce trône où ton forfait entraîne ton époux; Couche toute sanglante à vous deux partagée; Mais crois-tu dune ainsi ta rivale vengée?...

Heine !

LA REINE

Ton fol amour va lut donner la mort.

JANR.

Malheureuse I

LA REINE

Le mien l'aurait faitrol...

JANE

Guilfort?

LA REINE

Oui, oui, pleure à mes pieds tes plus amères larmes; Une seconde fois, Jane, rends-moi les armes ; Que les cris de douleurs emplissent la prison,

Pour CO second IbrfiUdo haute trahison! ..

JANE. [ brasse,

Oui , j'ai perdu Guilfort ; mais la main que j'em- CcUe royale main pourrait signer sa grAri*?

Vous le laissez mourir et vous l'avez aimé!.,.

U REINE

L'arréi qui le condamoe est partout proclamé. JANE.

Je n'ai régné qu'un jour ; il fut pour la démener!

LA RCINR.

Je serai grande ausn...grandcdansmo vengeance! Vcui-tu le sauver? •

JANE

. Moi 1

la RRINB.

Toi, toi...

JANE

Si je le veux !

La RriNB, lui présentant un papier, riens, signe cet écrit, cl vous vivres tous deux. JANE.

Je tremble!

LA REINE

Tendre épouse, allons, un peu de force, Signe sans hésiter...

JANE, /iianj.

Un acte de divorce!...

Pour racheter nos jours, la honte et le mépris... Fille de Henri huit, la grâce est à ce prix?

LA REINE

A ce prix 1 Ce n'est pas qu!empéchanl qu'il expire. Que je veuille sur lyi ressaisir mon empire, Mrndier son amour du haut de mon pouvoir;

Je dois vous séparer, mais non pas le revoir.

[crimes.

Signe!... Croyais-tu doue, qu'oubliant tous vos Je ne chercherais pas au cœur de mes victimes Uns place accessible à mon royal courroux?

Que je te laisserais la vie et Ion époux ?

Que je protégerais cct amour qui m'affronte,

Âün d'éterniser votre orgueil et ma honte?

Üh! non past... je sais mieux dispenser mes fa- ' -[veurs;

Le sang tarit toujours plus vite que les pleurs. ■ Pleurez ainsi que moi!...

JANE

Qu'on nous mène au supplice.

Du trépas de Dudley je ne suis plus complice.

Si ta lierté refuse encore d’obéir?

JANE

Je puis causer sa mort, inai.s non pas te trahir!

LA REINE

Sa mort ! je ne veux pas ! je n’ai pas ton courage! Kcoiite, Jane Grcy... laissons pasi^er Forage;

Je Faime!... ne rends pas mes efforts superflus ; Je vous sauve tous deux : je ne puis rien de plus. Le parlement craint^trop, jaloux de ma puissance, Que cet hymen n’ajoute aux droitsde ta naissance ; C’est lui qui vous sépare en ces dangers pressants: ^os deux nom.s réunis seraient trop menaçants; Aschem, parlez-lui donc!.*.

AKUBV.

{)ut ma iftcbcs’acbcTe;

Vous dictez U bonté à votre élève?

Ma royauté d'un jour est encor sur mon front :

Elle n'a point laissé de place à cet affront!

Non, je dois à l'amour ma dernière victoire.

LA KEINE

Tu rberebes dans l'amuur un prétexte à la gloire, La gloire attend de toi de plus saints dévoûments. Tous ceux dont lu reçus les coupables serments, Les Dan y, les Palmer, enfin tous les complices, Tous ceux que la révolte enchaîne a tes supplices, Sur leurs fronts dévoués la mort suspend ses coups ! Ne nous résiste plus et lu les sauves tous.

Ils ne se sont perdus qu’eu marchant sur ta trace; Signe, signe a la fois (on divorce et leur grâce. > Leurs fauiilies en deuil l’implorent à leur tour : Devant tant d’échafauds ne parle pas d .imour! Rien ne nous rend plus grands qu’un noble sacri*

[fice :

Viens leur donner ton âme en ce dernier service.

ASeUFU.

On fera grâce à tous !

O mon maître ! O Guilforl !...

ASCMEU.

Le culte du passé l'a fait un coeur plus Tort. Songeaui purs dévoûments, songe aux noms que

[rhistoire

Nous présente, escortés d’une saiiUevictoire !

Ces beaux noms relevant notre esprit abattu,

Rien qu'en les prononçant enseignent la vertu 1 Tu ne Us avec eux qu'une seulo famille.

Oui, tu les adoras, imile les. ma fille!

Nul héroïque effort n’est au-dessus de toi.

Triompher de leur coeur fut leur suprême loi.

Le irép.vs des martyrs enflammait leur envie : Dépasse leur exemple en acceptant la vie.

Obéis.

LA RBiKF..

Obéis l

JANE

Quoi ! vous-méme ! 6 malheur !

ASCUEU.

Si j'osais te parler de moi, de ma douleur.

Je dirais : Cet effort, c'est moi qui le réclame,

G rnn sublime élève! à tille démon âme!...

Deux enfants que j'aimais, comme je t’aime, loi, Sont morts... Ne ne fuis pas comme eux. . Reste

[avec moi !

Laisse pas le vieillard au moment qu’il succombe, Sans une main .‘unie avancer vers l.v tombe.

Vis pourmoi... Pourrais-tu m'e quitter sans remord? Je suis trop faible, enfant, pour supporter ta mort, La douleur trop souvent a brisé mes entrailles,

II m'a fallu pleurer sur trop de funérailles.

Et pouriaiil, entre ceux que m’a pri.s le Très-Haut, Aucun n'avait encor péri .<ur l’échafaud ;

Et j'avais pu remplir tous ces devoirs funestes Sans que l’exécuteur me disputât leurs restes!

Sois Jane Grey; renonce à ce sanglant trépas! O ma dernière enfant, ne m'abandonne pas !

I J’embrasse tes genoux...

I JANE

I Dieu puissant ! on m'y force... '

' Si mon époux consent à signer ce divorce,

Si son cœur sans mourir peut faire un tel effort,

Je suivrafson exemple...

ASCIIEM.

Ah ! je cours vers Guilfort ;

Il faudra qu'il consente, il faudra qu'il m’écoute.

LA REINE

' Surrey vient de l’instruire...

ASniEM.

Il signera...

JANK.

J'en doute.

LA REINE

Je vous attends.

Allez, je vous attends.

Asliem sort.

L’amour

Est plus fort que la mort: mon époux à son tour Veut de notre union sanctifier les flammes.

Pour pcnserautreroenlavons-nous donc deux âmes? Sommes-nous deux ?.. Son cœur, mon orgueil,

[mon soutien.

A-t-il un sentiment qu’il n’ait pris dans le mien ? nieu (les chastes amours, si (a grâce est immense, Si la liauie justice est encor la clémence,

Prends nos jours pour punir ma faute d'un

[moment;

Mais à notre échafaud borne ton châiimcnl;

Mais ne sépare pas. Seigneur, tes deux victimes; Celte expiation surpasserait nos crimes!

C'est pour l’éternité que lu v ins nous unir... yu’un seul rayon d’amour éclaire d’avenir!! !

LA REINE

Ah ! tu me braves trop!

Ne peut...

Un amour invincible

LA REINE

Ne me rends pas tout pardon impossible.

JANE

A mon espoir ici le ciel doit s'allier.

LA REINE

Tais-loi ; ce n’est pas Dieu que tu dois supplier. Il vivra loin de toi, mais il vivra.

JANE

Vos bienfaits me font peur.

Je pleure,

LA HBINK.

Tu veux donc bien qu’il meure.

Toi, malhcureut enfant, toi, toi qui dans ce jour Peux lui donner la vie et garder ion amour ;

Toi qu il aime, entends-tu? ce mol qui vous ras*

[semble

Me ferait supporter tous les malheurs ensemble. Oui, tous, tous les malbcurs... Je hais ma royauté; Ce pouvoir impuissant qu'il n'a point accepté ’

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MAGASIN THÉÂTRAL

Rend plus ardente encor ma plaie envenimée.

Que vaut un sceptre auprès du bonheur d’élre

[aimée!

II vient, qu’aura-t-il fait T

JATtK.

Ces moments sont sacrés.

Mourrons-nons tous les deuil ,

LA REINE

Seront-ils séparés ?

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SCfi.NE IV.

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