Jane la pale H. de balzac
— Oh ! très-riche, car il a un intendant. Quand je dis .un intendant, c’est plutôt une espèce de maître Jacques, cumulant les fonctions de valet de cliambre, d’écuyer, de maître-d’hôtel.
— En tout cas, s’il est richer il n’est guère poli...
— Comment cela, ma chère amie ?
— Comment ?... Ne vous devait-il pas une visite? Quand on arrive dans un pays où se trouvent quelques personnes comme il faut, il me semble que l’usage exige...
— Certes, ma chère fille, tu es bien faite pour attirer l’attention; mais faut-il s’étonner qu’un jeune homme transporté tout à coup de Paris à Charably ne cherche pas de relations dans une petite ville où il ne compte pas sans doute se fixer ?
— Oh I si je l’ai remarqué, ce n’est pas pour m’en plaindre ; nous ne sommes pas venues au village pour recevoir.
— Il est vrai... Cependant cette grande résolution comîhence à me peser un peu. Il est pénible, ma chère amie, après avoir vécu entourée de toutes les recherches
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du luxe, do se voir conûnëo dans une maison de campagne, à dix lieues de Paris, et loin de tout secours en cas de maladie.
ici l’on entendit du bruit à la porte du salon, mais l’entretien était trop animé pour que les deux dames en pussent être détournées. •
— A qui le dites-vous? répondit la plus jeune. Croyezvous, madame, que ce séjour soit de mon goût ? J’ai toujours, vous le savez, exécré la* campagne; mon rang, mes habitudes, m’appellent à Paris, que je ne reverrai peut-être jamais. Quand le monde vous paraît encore regrettable, croyez-vous qu’à trente-trois ans votre fille en soit assez lasse pour le fuir de son gré ? Si j’ai accepté cet exil, c’est pour tâcher de rassembler, à force d’économie, les débris d’une fortune dissipée par le mari que vous m’avez donné.
Ce reproche blessa au cœur la pauvre mère, qui s’eforça de réparer sa maladresse par l’aveu vingt fois répété de ses torts; madame d’Arneuse l’interrompit.
— Allons, madame, le mal est fait, n’en parlons plus. Sa mort m’a rendu le repos, et toutes nos plaintes no me rendront ni mes cent mille livres do rentes ni mon hôtel.
— Ahl oui, s’écria la mère en soupirant, cent bonnes mille* livres de rentes que ton père avait amassées avec tant do peine, et dont tu t’es vue dépouillée en quelques années.
— Si au moins il ne me restait pas une fille de ce riste mariage, j’aurais l’espoir de pouvoir me remarier.
Ici madame Guérin donna cours aux éloges exagérés que lui dictèrent la tendresse maternelle et le désir de rentrer en grâce ; madame d’Arneuse, à l’entendre, pa-^ raissait la sœur cadette de sa fille.
— Va, lui dit-elle en terminant, si ce jeune homme vient nous voir, il ne wudra pas croire que tu sois la