‹ Japhet, à la recherche d'un pèreChapitre 36 sur 42 · i JAPIÎF.T · texte numérisé non relu

i JAPIÎF.T

voudrais bien savoir qui ii est; car c'est an autre mystère. .Croyez-vous que nous le revoyions jamais, lui et Nattée?

— C'est ce que le temps nous fera savoir; mais je pense, Timothée, que mon intimité avec Carbonnell a nui à mes recherches, au lieu de les favoriser. Il m'entraînait sans cesse dans un tourbillon qui ne me permettait de songer à rien. Aujourd'hui, je suis plus libre, plus indépendant, et il faut que je m'occupe sérieusement de ma recherche.

— Je vous demande pardon, Japhet; mais ne m'avez -vous pas dit la même chose quand nous sommes sortis de la boutique de M. Cophagus? Cependant nous avons passé plus d'un an avec les Egyptiens... Ne me lavez-vous pas encore répété quand vous êtes arrivé à Londres, les poches pleines d'argent? Et pourtant quand vous avez été une fois reçu dans le grand monde, vous n'y avez plus songé... Aujourd'hui, vous prenez la même résolution; mais combien de temps durera-t-elle?

— Vous n'êtes pas juste, Timothée; vous savez que ce sujet est toujours présent à mes pensées.

— A vos pensées, soit! mais c'est à peu près tout ce que vous avez fait jusqu'ici.

I — J'en conviens, et cela vient sans doute de

ce que je ne sais par où commencer. Quoi qu'il en soit, vous verrez que je mettrai désormais plus d'activité dans mes recherches, et je vais aller sur-le-champ voir le vieil avocat. Vous, Timolhée, allez dans Colman-Street, et passez à Sainte-Brigitte, si bon vous semble.

— Quant à Sainte-Brigitte, il n'y a rien qui presse. Si ma mère me tombe sous la main, je la ramasserai; mais je n'ai pas dessein de me donner beaucoup de peine pour chercher ce qui ne vaut pas probablement la peine d'être trouvé.

Je me rendis dans Lincoln's-Tru, et je me trouvai pour la seconde fois en présence de M. Mas ter ton.

— Monsieur, lui dis-je en le saluant, j'ai une lettre à vous remettre de la part de lord Windermear.

Le vieil avocat me regarda à travers ses lunettes.

— Oh, oh! s'écria-t-il, il me semble que nous nous sommes déjà vus... oui, sans doute... vous êtes le coquin qui...

— Oui, monsieur, vous ne vous trompez pas, Je suis le coquin qui vous a déjà apporté une lettre de lord Windermear, et je vous en apporte une seconde en ce moment ; ayez, je vous

276 JAPHEÎ

prie, la bonté de la lire. El prenant une chaise, je m'assis sans cérémonie.

— Impudent drôle, sur mon ameï C'est

dommage, car il est beau garçon.... C'est de l'argent qu'il lui faut sans doute, murmura M. Marsterton tout en ouvrant la lettre de Sa Seigneurie, et ayant l'air de se parler à luimême.

Je ne lui répondis rien, mais j'examinai l'expression de sa physionomie. Elle changea tout à coup, et annonça une grande surprise.

— Si lordWindermear m'avait prié de prendre tous les moyens possibles pour vous faire pendre, me dit-il , je n'en serais pas étonné; mais qu'il me fasse votre éloge et qu'il m'invite à vous donner mes avis et à vous rendre tous les services qui sont en mon pouvoir, c'est ce qui me semble incompréhensible.

— Cela ne m'étonne pas, monsieur; mais si vous avez le temps de m'écouter, vous verrez que dans ce monde on peut être trompé par les apparences.

— C'est ce qui m'est arrivé la première fois que je vous ai vu. Jamais je n'aurais pu imaginer que vous fussiez un... Mais n'importe, n'en parlons plus.

— Dans quelques heures, monsieur, vous changerez peut-être d'opinion... Êtes-vous li-

bre? pouvez- vous m'écouter eu ce moment, ou me donnerez-vous un rendez-vous pour un autre jour?

— Je ne suis pas libre, monsieur Newland; je n'ai jamais été plus occupé qu'en ce moment; et si vous étiez venu me consulter sur quelque affaire litigieuse, je vous aurais remis à trois ou quatre jours tout au moins; mais vous avez tellement piqué ma curiosité, que je veux la satisfaire, même aux dépens de mon intérêt. Je vais fermer ma porte, et vous m'obligerez en m'expliquant ce qui me paraît tout-à-fait inconcevable.

Page 1