Maisou de l'Empereur
On lui attribue plus spécialement, en outre, la division territoriale d'après les montagnes et les rivières, l'institution de gouverneurs pour chaque province et de chefs dans les districts et communes ; — l'enregistrement -du nombre des maisous et des habitants, des impôts à payer, du produit des terres, etc. — Il aurait enfin régir le rang de tous les officiers du gouvernement et en aurait formé dix-neuf classes distinguées par des bonnets de formes et de couleurs différentes. — Se sollicitude parait s'être portée sur d'autres points d'une nature aussi étrange, car il est mentionné dans les annales japonaises qu'il ordonna que sur chaque centaine de familles on en. voyàt une belle femme pour le service de la cour! — Ce mikado régna dix ans; de 645 à
(1) Le transport des dépèches aux Indes Anglaises se fait exactement de la même manière.
184 L'UNIVERS
toujours envoyer des courriers , dont le de cette farine de froment, celle d'une
prix dépend du temps et de la saison, espèce particulière de fèves ou de pois et
D'Ohosaka à Nagasaki on les paye de du sel. On cultive, en outre, une grande
'200 à 400 francs. Ils sont principale- variété d'autres grains et de légumes ;
ment employés pour le commerce d'O- on en trouve le détail dans Kœmpfer et
bosaka, et en particulier pour celui dans Siebold , ainsi que la description
du riz et du poisson sec, qui donne lieu d'une foule de produits utiles aue l'in-
à une espèce d'agiotage assez semblable dustrie japonaise a su tirer du règne
à nos jeux de bourse sur les fonds pu- végétal. Nous avons déjà constaté blics(t). (p. 108) que le Japon produit mainte-
Quant à l'agriculture, les Japonais nant le coton et le sucre nécessaires à sa
s'en occupent avec une activité et un consommation , ou qu'il sera bientôt
succès merveilleux. A l'exception des en mesure de se suffire à lui-même sous
routes et des forêts nécessaires pour ap- ce rapport.
provisionner le pays de bois de charpente Toutefois, après le riz la culture la et de charbon, à peine un pied de terrain plus importante au Japon est celle du est-il laissé inculte jusqu'au sommet des thé. Elle fut introduite au Japon envimontagnes. Là où les animaux ne peu- ron au commencement du neuvième sièvent tirer la charrue, des hommes pren- cle, quand le bonze Yeitsin, à son rendit leur place ou substituent au labou- tour de la Chine, présenta la première rage la culture manuelle. Le sol en gé- tasse de thé au mikado Saga. Aujournéral est de médiocre qualité ; mais le d'bui , sa consommation est presque iltravail auquel on le soumet, aidé par une limitée. Pour y subvenir, outre les granirrigation active et judicieuse et par des des plantations où crott cet arbrisseau engrais puissants, vient à bout de vain- précieux , tes haies d'un grand nombre cre cette inaptitude naturelle à la pro- de fermes en sont formées, et fournisduction et trouve sa récompense dans sent à la boisson de la famille du ferd'abondantes moissons. mier et de ses garçons de labour. La Le - r iin le plus cultivé est le riz, que meilleure espèce de thé exige des soins Ton dit le meilleur de l'Asie. L'espèce particuliers pour sa culture. Les planta* ou variété la plus estimée est d'une blan- tions sont situées loin des habitations, cheur de neige, et si nourrissante, selon et autant que possible, à distance des au- Kœmpfer, que les étrangers qui n'y sont très récoltes, de peur que la délicatesse pas accoutumés n'en sauraient manger du thé ne souffre de la fumée, desimpu-
Ïu'une très-petite quantité à la fois, retés et des émanations délétères oui
,'orge et le froment croissent égale- peuvent y être produites. On fume les
ment au Japon (2). Le premier de ces terres à thé avec des anchois desséchés
grains est presque exclusivement cm- et une liqueur exprimée de la graine de
ployé à la nourriture du bétail ; le der- moutarde. Elles doivent recevoir les
nier est peu estimé. On fait cependant rayons directs du soleil du matin, et
"de sa farine des gâteaux, et on l'emploie réussissent le mieux sur le penchant des
comme l'undes principaux ingrédients du collines bien arrosées. On étête la
soy, sauce japonaise, qui est d'un grand plante pour la rendre plus touffue , et
usage dans tout l'archipel et qu'on trans - par conséquent plus productive , et on
porte même en Europe. Elle se fait, nous doit attendre qu'elle ait cinq ans pour
dit-on , en laissant fermenter sous terre en recueillir les feuilles. Le procède em-
. v n . . ployé pour récolter le thé, ou plutôt
(0 Quaud on a a transmettre prompte- emmagasiner la récolte, est assez
ment de* nouvelles «mporlantcs on a recours £mpUquét \ mesure qu«on cueil|e les
(a) Le* terrains où l'on sème principalement rieure, et on n'en recueille pas plus de
le riz, l'orge et le froment donnent souvent chaque sorte qu'il n'en peut sécher
uue seconde récolte de légumes et autres avant la nuit. Il y a deux manières de
plantes usuelles. faire sécher le thé, la voie sèche et la
JAPON. 185
voie humide. Par le premier procédé, employés, sont évalués d'après le nomles feuilles sont, sans autre préparation, bre de mesures de riz (syô) qu'ils reprérôties dans une bassine en fer, puisjetées sentent, cent syô de nz étant censés sur une natte et roulées avec la main; valoir, en moyenne, 25 francs environ, pendant toute l'opération, qui se répète Trois sacs de riz équivalent à peu près cinq ou six fois, ou jusqu'à ce que les à cent syô, et font ce que Kœmpfer apfeuHles soient entièrement sèches , il en pelle un kok/et Siebold un kok ou kok\ sort un suc jaune ; telle est la prépara- Quand on veut exprimer le chiffre des tion sèche. Quand le thé est traité par revenus d'un prince, par exemple, on dit la voie humide, les feuilles sont d'abord gu'ils s'élèvent à tant de milliers de placées dans un vase, où elles restent ex- kok\ Ainsi , le prince régnant de Fizen posées à la vapeur de l'eau bouillante (dans l'île de Kiou-Siou) a un revenu jusqu'à ce qu'elles soient fanées; alors (selon Siebold) de 357,000 kok\ ou enon les roule avec la main, et on les sè- viron 8,925,000 francs. Les traitements che en les agitant dans un bassin en fer, des divers fonctionnaires s'évaluent d'aoù elles subissent une sorte de torréfac- près ce qu'ils reçoivent en argent et ce lion. qui leur est alloué en riz. Ainsi, le pré- A\ns\ préparées, comme elles perdent sident du collège des interprètes à Démoins de ce suc jaune qui leur est nro- zima reçoit 3,500 tails en argent et 1050 pre, les feuilles conservent une couleur syô de riz, etc. (1). verteet plus marquée, et en même temps La superficie des champs en culture leur propriété narcotique subit une est exprimée en tsyô ou matsi ( le maisi ' moudre altération que par le premier vaut un peu plus d'un hectare). Chaque procédé. Delà Siebold conjecture que année, avant les semailles, les terres le thé noir et le thé vert sont le produit sont mesurées par des arpenteurs jurés, de la même plante, et que leur différence « qui sont extrêmement fiers de leur est due seulement à la manière dont les « capacité dans la géométrie, et qui ont feuilles ont été préparées. C'est ce qui « le privilège de porter deux épées, nous a été affirmé en Chine, où toutefois « privilège qu'on n'accorde qu'à fa nola différence entre les thés noirs et les a blesse et aux soldats (2). » Aux apthés verts est rendue beaucoup plus sen- proches de la moisson on procède à un sible par des procédés que l'on croit de nouveau mesurage, et les arpenteurs supnature à donner aux thés verts des qua- putent le produit probable de la récolte, lités nuisibles à la santé. Leurs conjectures paraissent être, en Le thé s'imprègne très-aisément d'o- général , d'une exactitude surprenante, deurs étrangères, de l'inlluence desquel- S'il y a apparence d'une abondante réles il faut le garder avec soin. coite, ils font couper un espace déter- Avant de quitter cet important sujet miné du champ de riz ou de blé, font de l'agriculture, sur lequel nous regret- battre le grain et concluent de cette tons de ne posséder encore que des ren- moisson partielle quel sera le produit seignements incomplets, il nous paraît du tout.
indispensable d'entrer dans quelques dé- Les propriétaires, au Japon, reçoivent tails statistiques, qui suffiront, tout im- les six dixièmes de la récolte, riz, blé, parfaits qu'ils sont, pour faire compren- froment, légumes, etc. Le fermier a dre l'influence que fa seule culture du droit aux quatre dixièmes restant. Ceux riz exerce sur la prospérité publique, les qui cultivent des terres de la couronne revenus de l'État et l'appréciation des (soitdans les cinq provinces duGokinaï, fortunes au Japon. soit ailleurs) ne donnent que quatre Les Japonais reconnaissent, dans dixièmes aux intendants du domaine imleurs tableaux statistiques, quatre de- périal, et jouissent du reste. Celui qui grés de fertilité pour les terres, savoir : défriche une terre a droit à l'intégralité tres-fertiles, fertiles, peu fertiles et infertiles. Cela posé, les terres à riz sont (i) Siebold : « Essai sur le commerce du rangées dans les premières catégories, et . Japon, etc. » Moniteur des Indes, etc., vol. n, tous les revenus, ceux de l'empereur et p. 334. des princes comme ceux des moindres (a) Kœmpfer, vol. I, p. 104.
L'UNIVERS
des récoltes pendant les deux ou trois premières années. Dans la fixât u n des fermages on a égard à la bonne ou mauvaise qualité des terres; mais, en générai, les parts relatives des propriétaires et des fermiers paraissent être celles que nous indiquons. Si le cultivateur laisse passer une année sans cultiver son terrain , il perd son droit sur le. sol.
Il nous reste à dire quelques mots des prodiges de l'horticulture. Nous avons déjà fait allusion à l'habileté extraordinaire des jardiniers japonais; mais nous leur devons une mention plus spéciale. Il paraît qu'ils excellent également à rapetisser certaines productions végétales et à en agrandir d autres outre nature. Ainsi, Meylan rapporte avoir vu, en 1826 , une petite caisse ou plutôt une botte, qu'il décrit comme n'ayant qu'un pouce de diamètre sur trois de hauteur, mais que Fisscher représente d'une manière un peu moins incroyable, comme longue de quatre pouces et large d'un porter et demi , dans laquelle croissaient avec toutes les apparences d'une végétation rigoureuse, un sapin, un bambou et un cerisier, ce dernier en pleines fleurs ! Le prix de ce bosquet portatif était d'environ 2,500 francs. Comme exemple des succès de ces horticulteurs dans la branche opposée de leur art, Meylan décrit des pruniers couverts de fleurs, chaque fleur égale en grosseur à
3uatre belles roses ! 11 cite aussi des rais pesant de cinquanteàsoixante livres :
ceux qui ne pèsent qu'une quinzaine de livres se rencontrent communément.
Siebold |>arle d'une laitue gigantesque ( tussilago gigantea ) qui , dans les jardins, produit des feuilles d'un mètre de long. La culture donne aussi des dimensions extraordinaires à certains arbres, aux sapins en particulier. Siebold mentionne un de ces sapins fameux, dans la province de Kaï et un salisburi colossal, dans celle de Kadsousa, qui a, dit-on, dix pieds de diamètre. On a observé, dans le voisinage d'un temple , des sapins monstrueux. On ne précise pas le diamètre des troncs ; mais on nous dit que leurs branches, à la hauteur de sept ou huit pieds, sont dirigées à l'extérieur en les étayant sur leur trajet, et d'une longueur telle qu elles donnent une ombre de trois cents pieds de diamètre.
Thunberg fait aussi mention d'un pin
qu'il vit a Odewara, non loin de Yéao, et dont les branches horizontales , supportées par des perches, s'étendaient à vingt pas en tout sens, formant un toit végétal, au-dessus d'un pavillon de plaisance.
Les détails qui précèdent montrent l'agriculture et l'horticulture au Japon comme présentant beaucoup d'analogies avec ce qu'on observe en Chine. Le goilt pour les monstruosités végétales est le même dans les deux pays. Un grand nombre de procédés soit dans les arts, soit dans l'économie domestique, sont à peu près les mêmes, et le système social tout entier offre chez les deux peuples des rapports intimes. Cependant le caractère national diffère essentiellement à de certains égards, et nous sommes porté à croire que cette différence est en faveur des Japonais. Us ont, en général, perfectionne ce qu'ils ont emprunté aux Chinois, et ce qu ils ne doivent qu'à eux-mêmes les place, selon nous, à un rang plus élevé dans l'échelle de l'humanité.
Nous donnons dans notre table annotée des poids, mesures et monnaies, à la fin de cet essai, les détails les plus précis que nous ayons pu nous procurer aur le système monétaire de l'empire :
nous terminerons donc ce chapitre en engageant nos lecteurs à la consulter,
TENTATIVES DBS ÉTRANGERS FOUR ENTRER EN RELATION AVEC L.R JAPON DEPUIS L'EXTIRPATION DU CHRISTIANISME.
A partir de l'époque où le christianisme a été définitivement extirpé du Japon, et où le commerce de cet empire avec l'Europe a été réduit aux affaires qui se sont faites à la factorerie hollandaise de Dezima, l'isolement politique volontaire de cette tière nation a été respecté pendant de longues années , sans que personne parût songer à y porter la moindre atteinte. C'est à peine si l'on peut citer comme exception la timide et maladroite tentative faite par les Anglais sous le règne de Charles II , en 1673 ; elle avorta par plusieurs motifs, dont le principal fut, sans aucun doute le fait connu du gouvernement japonais et logiquement fatal aux prétentions
commerciales qui se renouvelaient si inopinément de la part des Anglais , après un demi-siècle: savoir que la reine «^Angleterre était une princesse portugaise.
Faute d'aliment, les passions qui avaient dicté ces lois d'exclusion finirent par s'éteindre; vers la fin du siècle dernier le système prohibitif se soutenait cependant toujours, mais l'indifférence des Japonais pour le commerce extérieur et leur respect pour les coutumes existantes y contribuaient plus que la haine ou la crainte que leur inspiraient les étrangers. Dans cet état de choses, le commerce et toute relation inutile avec les étrangers restait défendu, il est vrai ; mais au moins permettait-on à leurs navires en détresse de s'approcher de la côte, où on leur fournissait les vivres et les approvtsionnementsdont ils avaient besoin. Le capitaine Broughton, qui explorait les mers du Japon pendant les années 1795-97, a peut-être été ledernier navigateur anglais qui ait ainsi profité des dispositions hospitalières et confiantes des Japonais. Depuis cette époque, il a été fait quelques tentatives malheureuses, qui ont eu pour effet, s'il faut en cru i re les Hollandais, de rendre a l'éloignement de ce peuple pour les étrangers toute son ancienne énergie. Siebold met cependant en doute cette réaction; il assure que si elle a eu lieu, il n'en reste plus ue traces aujourd'hui.
Les Américains sont les premiers qui aient cherché à enfreindre les lois japonaises. Leur tentative remonte à l'épo-
âue de la guerre entre l'Angleterre et la lollande, alors soumise à la France. On a déjà vu que les autorités hollandaises de Batavia, pour ue pas exposer leurs transports à etreenleves par les croisières anglaises, avaient frété des neutres, pour continuer le commerce de Java avec le Japon. Le premier navire américain expédié en cette qualité fut CÊliza, de «ew-York, capitaine Stewart, qui fit son voyage en 1797.
Son arrivée éveilla tout de suite les soupçons des Japonais. Un navire sous pavillon hollandais, dont l'équipage parlait l'anglais et non le hollandais , semblait aux autorités de Nagasaki une inexplicable anomalie; cette découverte ks jeta dans la consternation. Ce n'est
J»as sans peine que le président de la actorerie parvint à faire comprendre au gouverneur que ces prétendus Anglais n'étaient pas des Anglais véritables, mais des Anglais de seconde qualité (c'est ainsi qu'on les désignait en Chine), habitant des contrées bien éloignées de l'Angleterre, et soumis à un roi différent. Mais toutes ces explications étaient insuffisantes; il fallait surtout prouver que les Américains n'étaient pour rien dans le commerce; qu'ils n'étaient employés que pour le transport des marchandises, et à cause de la guerre, l gouverneur finit par se laisser convaincre que ces nouveaux étrangers ne venaient en rien se mêler d'affaires, et que l'emploi de bâtiments neutres dans I état des choses était une mesure indispensable; il consentit en conséquence à recevoir PÈUza comme un navire hollandais.
L'année suivante, à un second voyage, le capitaine Stewart perdit son navire ; c'est l'événement auquel nous avons fait allusion p. 143. Il est très-probable que les rapports fréquents et prolongés que le capitaine Stewart eut avec les Japonais pendant le renflouage et la réparation de son bâtiment lui inspirèrent l'idée de nouer avec eux des relations directes. Le président Doeff n'explique bien clairement dans son récit ni le plan du capitaine ni les moyeus auxquels il eut recours pour le mettre à exécution. Voici cependant ce qu'il parait raisonnable de conclure des détails qu'il donne à ce sujet.
Apres s'être réparé et avoir rembarqué son chargement, l'Éliza mit à la voile. Bientôt après, elle fut démâtée dans un coup de vent, et rentra à Nagasaki pour y chercher des mâts. Ces accidents successifs la retardèrent considérablement; un autre navire américain, le Franklin, capitaine Devereux, frété pour faire le voyage de 1799, était arrive et était sur le point de terminer son chargement, quand le capitaine Stewart se trouva prêt à entreprendre sa traversée de retour. Mais il refusa obstinément de retarder son appareillage pour naviguer de concert avec son compagnon, et partit définitivement dans les premiers jours de novembre 1799. L'année suivante on vit reparaître le
L'UNIVERS
capitaine Stewart , mais avec un autre bâtiment, et dans des dispositions nouvelles. Il n'avait pu , disait-il , arriver à Batavia: /'É/isa s'était perdue ; avec elle il avait vu s'engloutir toutes ses richesses , ainsi que la cargaison hollandaise. Heureusement un de ses amis établi à Manille lui avait fait les avances nécessaires pour construire et armer le brick avec lequel il venait pour rembourser à la factorerie les frais de la réparation de CÊliza , en vendant une partie de la cargaison qui lui appartenait.
Mais , pendant son absence, le président hollandais avait été changé : à un fonctionnaire peu capable avait succédé un homme qui paraît n'avoir manqué , ni d'habileté, ni d'énergie, bien que Siebold l'appelle quelque part un certain Willem Waardenaar. Wardenaar eut bientôt vu que cette nouvelle visite de l'Américain cachait des projets insidieux-, qu'il n'était amené que par l'espoir d'ouvrir avec le Japou des relations commerciales soit en son nom particulier, soit pour le compte des États-Unis. La fausseté de l'histoire forgée par Stewart lui sembla évidente quand on eut reconnu à bord du prétendu brick de Manille différents objets que l'on se rappelait avoir vus Ggurer sur CÊliza f quoique, selon lui, on n'eût pu sauver aucun débris de son naufrage. Uopper-hoofd prit ses mesures en conséquence. La cargaison du capitaine Stewart fut vendue, et servit a payer les dettes qu'il avait contractées envers la factorerie. Mais on ne donna point de cargaison de retour au brick , dont le capitaine fut saisi et envoyé à Batavia sur un bâtiment hollandais , pour rendre compte de la perte de la cargaison de CÉliza.
Pendant l'instruction de cette affaire, Stewart parvint à s'échapper de la colonie hollandaise, et pendant un an ou deux il ne fut plus question de lui. En 1803, cependant, il reparut dans la baie de Nagasaki, mais ouvertement et sans aucun subterfuge. Son navire était sous pavillon américain ; sa cargaison venant du Bengale et de Canton était propriété américaine; il demandait à trafiquer et à faire sa provision d'eau et d'huile. On répondit à sa première demande par un refus formel ; on lui accorda la secoude;
mais aussitôt l'embarquement terminé, on le força de partir. Le capitaine Stewart ne revint plus; il avait fini apparemment par être convaincu de I l'inutilité de ses efforts.
En 1800, 1801, 1802 et 1803, ce furent des navires américains, sous pavillon hollandais, qui maintinrent le commerce entre Batavia et Nagasaki. — En 1806, ce furent un américain et un brémois; en 1807, un américain et un danois; enfin, en 1809, encore un américain, la Rebecca. — Dans cet intervalle, de 1800 à 1804, nous ne trouvons mentionnées que les deux tentatives que nous venons d'indiquer de la part des Américains pour commercer directement avec le .Japon, l'une en 1800 , par Stewart, sur le brick C Empereur au Japon , l'autre en 1803 par des négociants anglais de Calcutta qui envoyèrent deux navires à Nagasaki, dont un, comme nous l'avons vu, était encore commandé par Stewart.
Depuis lui, on n'entendit plus parler des Américains jusqu'en 1807. A cette époque un de leurs navires se rendait de Canton à la côte occidentale d' A menue; il se disait en détresse et demandait e l'eau et du bois; à la sollicitation de Doeff , on lui fournit gratuitement , comme on l'avait fait pour le capitaine Stewart, ce dont il avait besoin. Sa déclaration était-elle vraie, était-ce encore une tentative pour entrer en relation commerciale? c'est ce que les membres de la factorerie n'ont jamais su d'une manière bien positive.
Plus récemment des négociants américains de Macao ont tenté un nouvel estai d'un caractère moitié religieux moitié commercial. Au mois de juillet 1837, un missionnaire docteur en médecine et le savant orientaliste Ch.
Gutzlaff, partirent de Macao sur le Morrison, bâtimentqui n'allait, disait-on, au Japon que dans le but bien désintéressé de rapatrier quelques Japonais naufra-
§és. Le Morriton se présenta dans la baie 'Yédo, dont l'entrée est interdite même aux bateaux venant des dépendances du Japon; après quelques pourparlers, dont les missionnaires auguraient favorablement, on tira sur leur bâtiment. Us se hâtèrent de reprendre le large, et vin-
JAPON
rent mouiller dans la baie de Kago- Sim i , principauté de Satzuma; on les en repoussa d'une façon exactement semblable. Indignésdeceque le révérend docteur Parker nomme, dans sa relation, la trahison des Japonais, les pieux aventuriers se décidèrent à revenir à Macao, sans visiter le seul port où il eût pu leur être possible de débarquer leurs protégés. Nous ne savons pas si cette faute ou cet oubli fut le résultat de leur ignorance, ou celui de la défiance que leur inspiraient les Hollandais, aux intrigues desquels ils attribuaient l'avortement de toutes les tentatives précédemment faites pour communiquer avec \e Japon. Ils ramenèrent avec eux les naufragés à Macao.
Nous verrons plus tard quel a été le résultat d'une dernière tentative faite par ordre du gouvernement des États- Unis.
Les Russes, au commencement du dix -neuvième siècle, avaient également essayé de se frayer un passage ; un moment on eût pu croire qu ils allaient réussir. Mais ils ont laissé échapper l'occasion, qui depuis ne s'est plus présentée.
Sous le règne de Catherine II un bâtiment japonais se perdit sur la côte de Sibérie; I impératrice donna l'ordre de nmener chez eux tous les matelots sauves du naufrage. Un navire russe vint effectivement débarquer les Japonais à Matsmaï en 1792; le capitaine Adam Laxmann,qui le commandait, s'empressa de faire des ouvertures relatives au commerce. On lui adressa des remertf • inents officiels pour avoir rapatrié les matelots japonais, et on lui permit de se ravitailler à Nagasaki, où il pourrait discuter ses propositions avec des autorités compétentes. On lui déclara en outre que le port du Nagasaki était le seul au les étrangers pouvaient être admis , et que si jamais des Russes venaient à débarquer ailleurs , fût-ce même pour ramener des naufragés, on les ferait prisonniers.
Le capitaine Laxmann n'alla pas à Nagasaki. L'attention de l'impératrice fut probablement détournée d'un sujet d'aussi peu d'importance par le caractère grave et menaçant que prenaient les événements politiques en Europe, et
cette première ouverture fut négligée.
Nous devons dire que le docteur Van Siebold doute qu'il v ait jamais eu d'ouvertures sérieuses ; il suppose que l'es-
{lérance d'entrer en arrangement avec es autorités de Nagasaki a du être donnée aux Russes par le prince, ou par son secrétaire, pour les éloigner pacifiquement de la ville de Matsmaï, évidemment hors d'état de résister à l'attaque du navire de guerre russe.
En 1804 on tâcha de réparer cet oubli; un navire de guerre fut envoyé à Nagasaki ; il portait le comte Resarioff, ambassadeur du tzar au siogoun, muni des pouvoirs nécessaires pour négocier et conclure un traité d'amitié et de commerce entre la Russie et le Japon. Le comte était officiellement recommandé au président de la factorerie par le gouvernement hollandais; on avait de plus envoyé de Batavia des instructions relatives à l'ambassade russe. Le président Doeff en avait communiqué une partie au gouverneur; les autorités japonaises étaient donc en quelque sorte préparées à l'arrivée de l'ambassade.
Ce fut le 7 octobre que l'on signala le navire russe à l'entrée de la baie. La commission ordinaire fut envoyée pourle visiter et recevoir ses armes en dépôt; mais, par respect pour l'ambassadeur, on invita le président à se joindre luimême à la deputation. Dès la première entrevue, des différends entre les Russes et les fonctionnaires japonais éclatèrent. Ceux-ci.se regardant comme les représentants du siogoun, prétendaient que, conformément a l'usage, on leur rendit à eux-mêmes tous les honneurs qui lui étaient dus; l'ambassadeur, de son côté, regardait un hommage rendu aux envoyés d'un simple gouverneur de province comme une démarche humiliante pour lui , et tout à fait inconvenante dans la haute position où il se trouvait placé (1). Il s'éleva une autre discussion
(i) Il n'est pas inutile de mentionnner à ce sujet les discussions qui s'étaient élevées en* tre la Corée et le Japon , et qui ne furent apaisées que pendant la présidence de Doeff. Il est d'usage que le roi de Corée envoie une aml>assade pour rendre hommage aux nouveaux siogouns , et les féliciter sur leur avènement. Autrefois ils se rendaient toujours à
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au sujet des armes que les Russes refusaient obstinément de remettre. Dans celle-ci comme dans la première il ne s'agissait que du point d'honneur, et nullement de la sécurité ; car les Russes se déclaraient prêts à débarquer et à remettreaux Japonais toutes leurs munitions de guerre.
Le président DoefTaffirme que ce n'est qu'à ses bons offices, et à son influence persounelle sur le gouverneur que le navire russe dut l'autorisation d'entrer dans le port, pour attendre, dans une position sure, la réponse du gouvernement relative aux questions de cérémonial qui venaient d'être soulevées. Cettesoirée du 7 octobre fut la seule que les bons Hollandais purent joyeusement passer en compagnie d'Européens. Il parait que des le lendemain il s'éleva des soupçons dans l'esprit des autorités de Nagasaki; on commença à craindre l'alliance de ces étrangers, dont les intérêts étaient cependant si manifestement opposés. A
Sartir de ce moment, il leur fut interdit 'échanger une seule parole. Ils parvinrent néanmoins à correspondre en français , au moyen des interprètes, qui semblent toujours prêts à favoriser la violation des règlements : c'est la compensation ordinaire, quoique regrettable, des lois trop rigoureuses.
Les craintes des Japonais allèrent si loin que la navire expédié de Java cette année, navire véritablement hollandais cette fois, fut éloigné de son mouillage habituel pendant qu'il était en
Yédo pour s'acquitter de leur mission ; mais le dernier siogoun refusa à l'ambassade coréenne l'autorisation de visiter la capitale , et fit donner aux envoyés l'ordre de rendre hommage au prince de Tsousima , suzerain on plutôt surveillant immédiat de la Corée, où il entretient, ainsi que nous l'avons vu plus haut( p. 7) une petite garnison. Les Coréens refusèrent de se soumettre à rené humiliation ; ils persistaient dans la prétention detre admis a Yédo. La discussion dura plusieurs années; l'hommage n'avait pas été rendu. Enfin l'on envoya à Tsousima le prince de Kokura, grand trésorier, et le ministre des finances, en qualité de représentants du siogoun, pour recevoir l'hommdge des Coréens, qui se soumirent à cet accommodement, la députation passa à Délima, où elle rendit visite à Doeff , en retour* oanl à Yédo.
chargement ; on le mouilla à une grande distance des Russes, et quand il appareilla on défendit formellement au capitaine et a l'équipage de rendre les salutations amicales et les souhaits de bon voyage que lui adressaient les Russes. C'est à peine si l'on permit au capitaine hollandais d'agiter son chapeau en l'air. Ce manque de politesse offusqua beaucoup les Moscovites, qui l'attribuèrent à une jalousie de marchands.
Cependant l'ambassadeur sollicitait instamment la permission de débarquer.
Le capitaine Krusenstern, qui commandait le navire, ne désirait pas moins vivement l'autorisation de se reparer. Os demandes étaient contraires a la loi. — Il fallait en référer à Yédo. Tous ces embarras furent cause que Nagasaki posséda ses deux gouverneurs à la (ois; c'était un fait sans exemple dans les annales du Japon; dans une circonstance aussi critique, le gouverneur résidant n'osait abandonner son poste, quoique son collègue fût arrivé pour le remplacer. Ils délibérèrent longuement ensemble, en attendant les ordres d'Yédo.
Ils s'informèrent d'abord si la factorerie hollandaise pourrait recevoir l'ambassasade à Dézima. Doeff souscrit à cet arrangement, bien que l'établissement eût été en partie détruit par un incendie tout récent. Mais les gouverneurs ne renouvelèrent point leur proposition, et songèrent à établir les Russes dans un temple. Ce projet fut encore abandonné, et l'on se décida enfin à les loger dans un marché au poisson, situé à l'extrémité de la ville , un peu au-dessus et en face de Dézima. On se hâta de le faire évacuer et nettoyer, de le disposer pour la réception dél'ambassade en le faisant entourer de palissades destinées à empêcher toute communication avec le dehors. Ces arrangements préliminaires se trouvèrent terminés vers le milieu de décembre; la comte Resanoff vint donc s'installer avec sa suite dans ce singulier hôtel , autour duquel des soldats russes montaient la garde avec des fusils déchargés. On assure que la cour d'Yédo désapprouva formellement ce manque d'égards : on pouvait- refuser de recevoir l'ambassade , mais il fallait la traiter avec courtoisie, surtout dans des dé- Utils de peu d'importance. Un siogoun
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avait bien pu jadis faire décapiter des ambassadeurs portugais et ne renvoyer Tirants que les témoins nécessaires pour rendre compte du sort de leur mission; mais il s'était gardé de les humilier ou de les insulter.
Doeff attribue tous ces retards, toutes ces difficultés et ces vexations au refus fait par les Russes de livrer leurs armes et de se soumettre aux prosternations voulues (quoique moins humiliantes que le kôtou chinois ). Les Russes les attribuent, de leur côté, à la malveillance et aux intrigues des Hollandais. Cette (TQestion ne vaut pas la peine qu'on s y s'arrête ; évidemment la factorerie ne devait pas désirer bien vivement laréussitedes propositions faites par la Russie; mats 1 taut convenir aussi qu'il n'était guère besoin de sourdes menées pour les faire échouer. Le cas néanmoins parut grave même à Yédo, et Fisscher assure que ce fut une des rares occasions où Je siogoun crut devoir consulter le mikado, probablement pour mettre sa responsabilité à couvert dans une démarche qui pouvait amener une guerre.
Vers la fin de mars, un commissaire, qui, selon toute apparence , était un espion du rang le plus élevé, arriva avec la réponse du siogoun. L'ambassadeur fut invité à une audience pour entendre la lecture de ce document. Le gouverneur engagea Doeff à prêter son propre norintono à l'envoyé russe pour le transporterde sa résidence à l'hôtel du gouvernement. Mais tous les préparatifs que l'on fit pour cette entrevue solennelle n'araient qu'un seul but, c'était d'empêcher l'Européen de connaître la ville et ses habitants. On Ct donc fermer tous les volets des fenêtres dans les rues par lesquelles il devait passer; on fit barricader toutes' les rues qui venaient aboutir à son passage , et l'on ordonna à tous ceux des habitants de Nagasaki que leur service n'appellerait pas au dehors de se tenir enfermés chez eux.
L'ambassade russe traversa la baiç dans un canot de plaisance appartenant au prince de Fizeu; le norimono du président hollandais attendait l'ambassadeur au débarcadère : ce fut la seule attention accordée à sa dignité. Toute sa suite dut le suivre à pieu. Le lendemain oo lui accorda une seconde audience,
et comme il pleuvait à verse , on procura des cagos aux officiers russes. Lâ réponse était nn refus positif; on invita Doeff à aider les interprètes à traduire le document officiel du japonais en hollandais. Il fit observer que trèsprobablement les Russes n'entendaient pas cette langue, et il offrit d'en faire sur le même papier une version française. Mais les Japonais, qui ne savaient ce que c'était que le français, auraient été incapables de s'assurer de la fidélité de cette autre traduction, et cette considération leur parut beaucoup plus importante que la bagatelle de savoir si leur réponse serait intelligible ou non pour ceux auxquels elle s'adressait.
L'objet principal de la négociation était doue péremptoirement écarté ; mais la négociation n'était pas terminée pour cela. Le siogoun avait refusé les cadeaux que lui envoyait le tzar; le comte Resanoff en conséquence ne pouvait pas accepter ceux qu'on lui offrait à luimême. C'était là un sujet qui avait pour le gouverneur de Nagasaki personnellement une importance véritablement capitale; il avait reçu l'ordre de faire accepter les cadeaux par l'ambassadeur russe : si ce dernier lui faisait l'affront de les refuser, il n'avait qu'une ressource, c'était de s'ouvrir le ventre; et son exemple eût été suivi probablement par un assez grand nombre de ses sl jordonnés. A force de supplications, les interprètes, qui avaient fini par apprendre un peu de russe, parvinrent à le déterminer à accepter quelque chose. Il faut convenir que s'il avait été informe, soit par les interprètes , soit par une lettre de Doeff, de la conséquence inévitable d'un refus obstiné, il ne pouvait, sans cruauté, persister dans sa résolution.
Les Japonais , conformément à Tusage établi en pareil cas, défrayèrent complètement les Russes pendant leur séjour à Nagasaki, et fournirent au bâtiment tout ce qui lui était nécessaire au moment de son départ.
Le malheureux Resanoff n'a pas assez vécu pour connaître toutes les charges que Doeff à élevées contre lui , ni pour donner une relation de son ambassade. Mais si courte qu'ait été sa vie après cet échec diplomatique, il a
su trouver le temps nécessaire pour préparer une vengeance qui a fermé et fermera pour longtemps , si ce n'est pour toujours, à ses compatriotes tout accès au Japon.
Il avait résolu, pour se venger du traitement qu'on lui avait fait subir à Nagasaki , d attirer sur le Japon la colère de la Russie. Dans ce but, il profita de son séjour en Sibérie ou au Kamschatka pour envoyer deux officiers de la marine russe, MM. Chwostoff et Dawidoff, commandant temporairement des navires de commerce , et faisant les voyages du Kamstchatka à l'Amérique russe, effectuer un débarquement sur les Iles les plus septentrionales du Japon ou sur leurs dépendances.
11 faut dire ici que les Russes s'étaient petit à petit emparés de quelques-unes des lies Kouriles au nord de l'archipel , quoique depuis des siècles ces lies fussent regardées comme dépendantes de l'empire du Japon, et comme relevant directement du prince de Matsmaï. La perte de ces îles sauvages et incultes était peut-être inconnue à Yédo; ce fait peu important n'a pu être éclairci à la factorerie hollandaise; mais il est naturel de supposer que si le prince et ses premiers secrétaires ont pu se garantir des espions, ils auront jugé prudent de cacher au gouvernement cette spoliation humiliante sans doute , mais de peu d'importance d'ailleurs.
Ce fut 111e de Krafto (Saghalién), l'une des Kouriles du sud restées soumises au Japon, que Chwostofl et Dawidoff choisirent pour opérer leur débarquement. Ils l'attaquèrent en 1806, et comme c'est de tout I empire la partie la plus mal gardée, ils purent piller plusieurs villages, ravager les campagnes et emmener un assez grand nombre de paysans sans trouver de résistance. Avant de se rembarquer, ils laissèrent dans l'Ile des manifestes en russe et en français , dans lesquels ils déclaraient que leur expédition avait eu pour but de faire connaître aux Japonais la puissance de la Russie , et de leur montrer combien leur conduite avait été coupable et folle en rejetant les ouvertures amicales du comte Resanoff.
L'administration provinciale et le gouvernement reçurent avec stupéfac-
■an0«
tion la nouvelle de cet outrage. Le gouverneur de Nagasaki, obéissant sans doute à des ordres supérieurs , demanda à différentes reprises ce que le président hollandais pensait de cette attaque ; il envoya à la factorerie le manifeste français, en priant Doeff de le lui traduire. Quelques-uns des interprètes avaient appris assez de russe pendant le séjour de l'ambassade pour t aire une espèce de traduction de I original ; le conseil d'État voulait s'assurer par la comparaison de deux versions de la fidélité de celle de Doeff.
Cette vaine insulte n'eut d'autre résultat directque la dégradation du prince de Matsmaï. Il fut déclaré incapable de défendre ses États et de protéger ses sujets. En conséquence la principauté de Matsmaï fut convertie en province impériale, et placée avec l'Ile d'Yezo et les Kouriles, ses dépendances, sous les or- . dres d'un gouverneur.
Les renseignements que nous avons pu nous procurer à Batavia sur les causes qui avaient fait échouer aussi complètement l'ambassade de Resanoff , et en particulier le témoignage de M. Burger, nous ont convaincu que le but que se proposait la Russie eût été, trèsprobablement, atteint si les négociations eussent été entamées sur d'autres bases et conduites par un homme plus prudent et plus intelligent que ne s'est montré Resanoff. — Nous croyons cette conviction justifiée par l'extrait suivant d'un passage inédit des mémo i res de Golownin, extrait dû aux recherches de Siebold.
« Quanta la conduite de M. Von Resa- « noft* comme ambassadeur, le capitaine « Krusenstern n'en a pas autant ra- « conté à ce sujet que nous en avons « appris des Japonais, mais assez toute- • fois pour convaincre tout homme im- « partial que c'est uniquement à ce « plénipotentiaire que la Russie doit de « n'avoir pu réussir à conclure une al- « liance commerciale avec le Japon. — « Qu'il me soit permis d'observer que « Resanoff aurait immanquablement « atteint le but de sa mission si , au « lieu de se parer du haut titre d'envoyé « plénipotentiaire du plus puissant mo- « narque de la terre, il s'était contenté « du titre plus modeste d'envoyé de la
JAPON
« Compagnie russe américaine. Au lieu « da document impérial dont il était « muni, il aurait dû simplement être
• porteur d'une lettre signée des Di- « recteurs de la Compagnie; au lieu des « gentilshommes de l'ambassade et de « cette garde d'honneur dont il se fai- « sait escorter, il eut dû avoir à sa
• suite quelques négociants bien au fait « de ce qui regarde le Japon. Il aurait
• dû pousser les négociations d'après « les ordres de son gouvernement, mais « sans jamais nommer une seuje fois « Y Empereur. — La Compagnie hol-
• landaise des Indes orientales dans ses
• relations avec le Japon et la Compagnie
• anglaise dan s ses rapports avec la Chine
• sont les meilleurs exemples que je « puis citer en faveurde mon opinion. » Cette manière de voir de Golownin est partagée par Siebel i . Une simple demande d'être admis à commercer, venant d'une société de commerce, n'aurait pas été repoussée par le gouvernement japonais ; car il est plus conforme à ses principes d'avoir à faire à des marchands , que de conclure des traités de commerce ou des alliances avec des souverains, ces alliances pouvant amener des malentendus et créer des complications inattendues. Ce n'est pas, selon Siebold et Burger, parce que l'empereur de toutes les Russies entoura d'une grande pompe son ambassadeur au Japon, que le but de l'ambassade , c'est-à-dire l'ouverture de relations commerciales, entre les deux empires , fut manqué , mais parce que la lettre de l'empereur était rédigée de manière à trahir l'ignorance des termes et des usages japonais, parce que les négociations furent conduites avec une maladresse marquée, et qu'on négligea de se prévaloir de certains précédents dont la mission de Laxmann permettait d'invoquer l'autorité. — Nous serons plus complètement édifiés, à cet égard, quand le docteur Siebold aura publié I appendix qu'il promet à son intéressant travail sur le commerce du Japon.
Quatre ans après les événemens que nous venons de mentionner, le capitaine Golownin fut chargé d'explorer sur une frégate les mers du Japon et plus particulièrement la portion de l'archipel des
W Livraison. (Japou.)
Kouriles dépendant de cet empire. Durant ce voyage de découvertes, si bienfait pour heurter tous les sentiments des Japonais, quelques hommes de son équi • page débarquèrent témérairement sur l'île Eeterpoo, ou, selon Siebold, Yetorop, auprès d'une forteresse. Ils faillirent être arrêtés. Mais Golownin persuada au commandant que la descente de Chwostoff et Dawidoff n'avait été qu'un acte de piraterie individuelle , que leur conduite avait été punie, et que lui-même ne s'était approché de la côte que pour avoir du bois et de l'eau. Golownin avait pour interprètes un Kourile qui parlait russe, et un Japonais qui parlait kourile. Lecommandant japonais, satisfait deces explications, traita le capitaine russe avec hospitalité, et lui donna une lettre pour le commandant d'une autre forteresse de la même île, près de laquelle il trouverait un meilleur mouillage, et aurait plus de facilité pour embarquer ses provisions.
Golownin ne jugea point convenable de faire usage de cette bienveillante recommandation ; il continua pendant plusieurs semaines à croiser dans l'archipel , qu'il explorait avec détail conformément à ses instructions. Enfin les besoins qu'il avait allégués sans fondement se firent sentir d'une manière pressante ; mais au lieu d'aller chercher le mouillage de Yetorop qu'on lui avait recommandé, il vint ieter l'ancre dans une baie de nie Kunashir ( Kounasiri ), l'une des plus méridionales de l'archipel. Il eut avec le commandant d'une forteresse voisine les mêmes démêlés qu'avec celui de Jetorop ; mais l'issue n'en fut pas aussi heureuse pour lui. Le Japonais lui fit très-bon accueil, et ne tarda pas à lui inspirer une pleine sécurité; mais un jour qu'il débarquait sans précaution, il le fit enlever avec les officiers qui l'accompagnaient et tous ses canotiers.
Le mélange de cruauté et de douceur qui caractérisa leur traitement étonna beaucoup les Russes , quoiqu'il semble naturel aux personnes qui ont quelque connaissance du caractère japonais. On pensait qu'une excessive rigueur était nécessaire à leur bonne garde, et on ne reculait devant aucune des tortures qui devaient servir à prévenir leur évasion. D'un autre côté, le naturel des Japonais est plein d'humanité, et on les
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trouve toujours disposés à témoigner ils s'évadèrent ; pour sa négligence on leur compassion pour ceux qui souffrent le dégrada, et on le réduisit à Ij condiet à leur accorder les petites faveurs, les tion de geôlier; quoique victime de leur adoucissements , les distractions que imprudence, il ne cessa de s'employer permettent les circonstances. — Ainsi de toute sa force à leur procurer quelles Russes furent tous garrottés avec de que adoucissement. Les plaintes de Gopetites cordes; on ne leur laissa que tout lownin, pendant sa captivité, roulent juste assez de liberté pour marcher; ils' toujours sur le manque de vivres, et ne pouvaient faire aucun usage de leurs les questions importunes dont on l'asmains; on leur donnait à boire et à sommait ainsi que ses compagnons; manger comme à des enfants. Chaque mais il est peu surprenant que les Japobout de corde était tenu par un soldat; nais, dont la sobriété est très-grande, c'est dans cet état qu'on les faisait voya- n'aient pas pu mesurer toute la voracité ger parterre; pour traverser les bras de d'un appétit de matelot russe, et que mer, on les empilait les uns sur les au- la présence de ces Européens ait éveillé très dans des bateaux. Leurs liens avaient chez leurs hôtes une curiosité que, dans fini par entrer dans la peau ; malgré leurs des circonstances inverses, les premiers plaintes réitérées, jamais on ne les leur auraient sans aucun doute été très-désienleva, jamais on ne les relâcha; mais reux de satisfaire, chaque soir on pansait leurs blessures Le gouvernement mit à profit la capavec beaucoup de soin ; leurs gardiens, tivité des Russes pour perfectionner ses bien qu'excèdes eux-mêmes de lassitude, interprètes dans la connaissance de leur étaient toujours prêts à les porter quand langue. Il chercha de même à faire proils étaient fatigués , et ne refusaient ja- fiter le Japon de leurs connaissances asmais aux bons villageois des deux sexes tronomiques, qu'il supposait devoir être la permission d'offrir aux prisonniers plus étendues chez ces navigateurs que quelques mets nourrissants; ils sem- chez les marchands hollandais. Au nomblaient même prendre plaisir à voir ces bre des savants qui furent envoyés malheureux se rafraîchir et recevoir d'Yédo dans ce but se trouvait l'ami de comme des enfants la pâture de la main Doeff , l'astronome Takahaso Sampaï , de leurs généreux bienfaiteurs. On ré* qui, suivant l'opperÀoo/tf, était en même péta d'ailleurs plusieurs fois aux Russes temps commissaire du gouvernement qu'ils n'étaient pas plus étroitement gar- et adjoint au gouverneur de Mat&maï. rot tes que ne l'auraient été des prison- Golownin le nomme Teske, et parle de niersjaponaisdeleur rang. lui avec affection ; mais il ne paraît pas Us finirent par arriver à Maternai, avoir soupçonné son caractère politique, où on les mit en prison. Quelque temps en sorte qu Ml est probable que dans cette après, on disposa pour eux une bonne circonstance le savant astronome a joué maison , où Ton pourrait s'assurer de le rôle de metsuke ou d'espion, leurs personnes sans leur être aussi II s'était écoulé près de deux ans de* désagréable. Ils profitèrent de cetadou- puis l'enlèvement de Golownin, quand cissement à leur sort pour tâcher de la cour d'Yédo reçut enfin des autorités s'évader ; cette tentative n'eut d'autre compétentes russes un désaveu officiel effet que de les faire resserrer plus étroi- et satisfaisant de la conduite de Chwostement dans une prison sûre. Le gou- toff et de Dawidoff. Après une négociaverneur ne leur témoigna pas moins tion qui traîna en longueur, les explicade bienveillance après cette escapade, tions et le désaveu furent agréés, et l'on
de bienveillance après cette escapade,
dont le succès l'eût contraint à avoir re- permit aux prisonniers de se rembarcours au hara-kiri, dont il fut sérieu- quer sur la corvette même de Golownin, sèment menacé, puisque ses prisonniers commandée dans l'intervalle par le carestèrent plusieurs jours hors de ses pitaine lieutenant Ricord, secomi de Gomains. On trouve une autre preuve lownin, qui avait été chargé de la negotout aussi marquée de la bonté naturelle dation entre les deux empires. Ou dit des Japonais dans la conduite d'un de que la joie affectueuse et la sympathie des leurs gardiens ; ce brave homme, qui amis que les Russes laissaient au lapon était soldat, se trouvait de laction ouand avait quelque chose de très- touchant.
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On chargea Golownin d'une note par laquelle on faisait savoir aux Russes que toute tentative ultérieure de leur part pour commercer avec le Japon serait parfaitement inutile. Ils paraissent avoir tenu compte de cet avertissement, et si depuis cette époque ils ont eu des relations avec les Kouriles méridionales, c'est par la voie de la contrebande.
Il ne nous reste plus, pour épuiser ce sujet, qu'à ajouter quelques mots sur les efforts tout aussi infructueux tentés récemment par les Anglais pour ouvrir à leur commerce le débouché du Japon.
Leur première tentative eut lieu peu de temps après la dernière visite du capitaine Stewart. A la nouvelle de l'approche d'un navire étranger, les députa tions bol- Undaise et japonaise se mirent en route. Le capitaine répondit à leurs questions que le navire était anglais, et venait de Calcutta dans l'espoir de traGquer avec le Japon. Pour être mieux reçu, il portait le pd villon anglais sans la croix qui le &tingue. Malgré sa déférence pour les préjugés des Japonais, on lui refusa la permission qu'il demandait et on le pria de s'éloigner.
Le premier navire anglais qui parut après celui-là au Japon fut la frégate lePhaéton, dont nous avons parlé plus haut. Nos lecteurs se rappellent sans éoute que son but n'était rien moius que commercial. Mais cette visite inopportune, dont les suites furent si désastreuses pour bien des innocents, eut pour résultat naturel d'inspirer aux Japonais une haine violente contre les Anglais; elle a certainement nui à rétablissement de relations commerciales et pacifiques; elle a fait sentir la nécessitéde nouvelles mesures de précaution. Ainsi ce n'est que depuis cette époque, suivant Siebold, que Ton exige des âtages des navires qui se présentent, avant de les laisser s'engager dans les passes.
Le commerce anglais n'a pas fait de nouvelles démarches pour s'ouvrir l'accès du Japon ; mais en 181 1 Batavia fut attaqué par une expédition anglaise, et le gouverneur général Janssens capitula pour l'ilede Java et pour ses dépend a nées. Les Anglais prétendaint assez naturellement que le comptoir de Dézima se trouvait incontestablement compris dons la capitulation, puisque Yopper/wq/'d et
tous les membres de la factorerie avaient toujours i-tr nommés par le gouverneur général, que Yopperhoofd avait toujours été soumis à ses ordres et n'avait correspondu qu'avec lui. Legouverneuranglais sir Stamford Rafïles, considérant la factorerie comme dépendante de son autorité, voulut s'y faire reconnaître et donner encore à l'Angleterre cette part de la succession delà malheureuse Hollande.
Les mesures qu'il prit furent entièrement pacifiques; il expédia comme d'habitude les deux bâtiments qui vont chaque année faire le commerce ; mais il y envoya un nouveau président, M. Cassa, Hollandais, qui avait prêté serment à l'Angleterre, pour remplacer le président Doéff,
2ui avait conservé ses fonctions deux )is plus longtemps (et même davantage) qu'on ne le permettait habituellement.
Le nouveau président était accompagné de deux commissaires .l'un hollandais, Warueuaar, le prédécesseur et le patron de Ùoeff7 l'autre anglais, le docteur Ainslie, chargés d'examiner et de régler contradictoirement les affaires de la factorerie.
Les Japonais prirent tout simplement ces deux navires pour des américains frètes par les Hollandais. Les employés de la factorerie soupçonnaient bien quelque mystère; mais ils ne pouvaient en pénétrer la nature ni la portée. Enfin Waardenaar débarqua; il expliqua au président et au garde-mapsin 1 état des affaires : la Hollande n était plus ; les provinces du continent étaient converties en départements français; les colonies s'étaient soumises à l'Angleterre.
Ces explications, comme nous le verrons bientôt, ne furent pas acceptées ; DoefT refusa de croire à l'anéantissement de la Hollande, et par conséquent de se soumettre à l'autorité de l'Angleterre (1).
(r) Doeff prétend qu'on ne lui fournit aucune preuve de ce» grands changements qu'on venait lui annoncer, pas même un journal d'Europe. Il constate la même absence de do cumenU officiels l'année suivante. — Sir Stamford Railles est mort avant d'avoir pu répondre aux chargea que fait peser &ur lui le récit de DoefT. — U question ne ppui êire étudiée que sur les pièces officielles : elle est d'ailleurs tout à fait étrangère au sujet qui nous occupe.
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L'action du directeur Doeff est louable, parce qu'elle présente un caractère vraiment patriotique. Mais il paraît malheureusement que l'intérêt personnel n'y a pas été étranger. Doeff repoussa les négociateurs avec une noble fierté ; mais il employa la ruse et les menaces pour leur faire payer à prix d'or leur inutile séjour au Japon. — Waardenaar dut repartir avec I agent anglais ( Daniel Ainslie) sans avoir rien obtenu et après avoir payé, sur le montant de la vente de sa cargaison , une somme de 80,270 tails (plus de 160,000 fr. ), à laquelle s'élevait la dette delà factorerie hollandaise au gouvernement japonais, depuis trois ans. Voici le détail de cette singulière transaction.
Déterminé à rester opperhoofd, à garder entre ses mains la factorerie et tout le commerce, Doeff se servit habilement de la haine que les Japonais portaient aux Anglais; il rappela à propos l'aventure du Phaéton, les nombreux suicides qui l'avaient suivie; il mit à profit la bonne volonté des interprètes avec lesquels il était depuis longtemps en relation.— Il fit venir à Dézima les cinq interprètes en chef ; en présence de Waardenaar, il leur fit connaître les faits qu'on lui annonçait; il leur déclara qu'entre toutes ces nouvelles , la seule qui lui parût admissible était la conquête de Java par les Anglais, attendu que les navires mouillés dans le port étaient effectivement anglais. L'idée seule de ces
grands changements politiques frappa e stupeur les Japonais; la responsabilité qui pesait sur les autorités de Nagasaki leur inspira une profonde terreur. Une seconde fois des navires anglais, abusant de leur confiance, avaient pénétré dans la baie! — Aussi les interprètes accueillirent-ils avec empressement le
Slan suivant, que leur proposait Doeff.
in devait tenir cachée l'histoire de la conquête, et annoncer seulement qu'on avait envoyé de Batavia un nouveau président pour le remplacer dans le cas où les autorités japonaises s'opposeraient à ce qu'il conservât plus longtemps des fonctions qu'il occupait déjà depuis bien des années ; mais que le gouverneur de Batavia désirait, avec l'assentiment du gouverneur de Nagasaki, conserver à Doeff les fonctions de présideut, afin de le dé-
dommager en partie de la longue interruption du commerce. Après la réussite de cette première partie de son plan, il proposa d'acheter les cargaisons des deux navires, de se charger de la vente de ces cargaisons et de l'achat des marchandises de retour qu'il revendrait ensuite aux commissaires anglais.
Doeff et les interprètes s'attachèrent ensuite à convaincre les Anglais de la nécessité d'accepter les offres de Doeff et d'éviter ainsi l'effusion de sang et les malheurs de toute espèce qui résulteraient de la connaissance de la vérité. La haine violente que le gouvernement japonais portait aux Anglais, depuis la funeste aventure du Phaéton, devait faire redouter les plus terribles conséquences , dans le cas où l'expédition serait reconnue pour anglaise. Ces considérations présentées avec chaleur, avec une insistance solennelle, eurent l'effet qu'on en avait espéré. Les commissaires anglais acceptèrent les conditons qui leur étaient offertes. Les navires passèrent pour américains, Doeff resta chef du comptoir, et Dézima fut un moment le seul point du monde encore hollandais de fait (l).
En 18U M. Cassa revint à Dézima, toujours comme opperhoofd ; il apportait la nouvelle des grands événements de 1813, annonçait l'insurrection de la Hollande en faveur de la maison d'Orange, la probabilité de la prochaine restitution des colonies hollandaises occupées par les Anglais. Sir S. Raffles et M. Cassa espéraient lever ainsi toutes les objections de Doeff et le déterminer
(i) Le docteur Ainslie, qui, selon Doeff, visita Nagasaki en qualité de médecin américain, fui , s'il faut en croire les mémoires de sirStamford Raftles, accueilli avec beaucoup de bienveillance et avec une hospitalité cordiale par les Japonais ; il partit enchanté de leurs manières, de la société des femmes p dont la condition lui parut très-douce et les habitudes pleines de distinction. D'après cet te même publication, il serait possible que le docteur Ainslie eût été reconnu pour être anglais. Il y est positivement dit que les Japonais lui parlèrent de ses compatriotes avec beaucoup d'estime, et lui exprimèrent la conviction où ils étaient que jamais les Anglais ne se fussent compromis comme l'avait fait l'ambassade russe.
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à obéir .comme autrefois oux ordres émanés de Batavia*, mais Doeff jouait toujours l'incrédulité. Il eut recours à la tactique qui avait si bien réussi Tannée précédente : les interprètes, dont la vie était sérieusement compromise dans le cas où la vérité se ferait jour, le servirent de tout leur appui.
Cette fois cependant Cassa s'était préparé à la lutte ; il avait dressé des contre-batteries. Sans les servantes d'une maison à thé, sur l'appui desquelles il comptait, il eût vraisemblablement triomphé. Il parvint à gagner deux des interprètes, et obtint d^eux non pas qu'ils révéleraient toutela vérité, qui eût été leur arrêt de mort , mais qu'ils feraient leur possible pour déterminer le gouvernement à rejeter la demande faite en faveur de Doeff. Mais celui-ci avait parmi ces femmes des espions, qui lui firent savoir ce qui se tramait contre lui. Il menaça les interprètes gagnés de découvrir au gouverneur toute la vérité, quoi qu'il dût en coûter. Cette menace leur lia les mains, et son prétendu successeur fut encore une fois renvoyé. Sir S. Raffles jugea superflu de renouveler ses tentatives dans les circonstances critiques où se trouvait alors l'Europe. Il cessa d'envoyer des navires; et comme ce n'est qu'en 1817 que M. Bloomhoff arriva pour prendre les fonctions de président , Doeff acheta la gloire de son triomphe au prix de plusieurs années passées sans commerce , sans appointements et sans aucune des ressources que lui procuraient les navires européens.
Le Japon possède maintenant, à ce qu'on nous assure, des interprètes anglais, russes et hollandais , qui depuis 1830 sont distribués sur différents points de la côte pou r se trouver à portée si quelque navire étranger venait à s'en approcher. Il est étonnant que le docteur Parker , dans le récit qu'il a fait de sa tentative avortée en 1837, ne parle pas d'eux ; il est possible que, trouvant M. Gutzlaff dispose à servir d'interprète, ils aient jugé convenable de ne pas faire voir qu'ils comprenaient Faniilais. C'est ainsi sans doute qu'ils ont découvert le projet du missionnaire; c'est cette découverte qui aura amené
la brusque attaque du bâtiment auquel on n'avait pas, comme d'habitude, signifié l'ordre de se retirer.
Le docteur Siebold parle de querelles qui ont eu lieu de son temps avec des baleiniers anglais, qui auraient violé l'entrée du port japonais, soit contraints par la nécessité , soit uniquement pour satisfaire leur curiosité. Mais comme depuis cette époque quelques-uns de ces baleiniers ont obtenu du bois et de l'eau, il paraît que l'animosité des Japonais contre les Anglais s'est un peu calmée dans ces derniers temps, à moins toutefois qu'elle n'ait été ravivée par la tentative du docteur Parker, que l'on a dû prendre pour anglais, dans l'ignorance où l'on est au Japon de la différence qui existe entre l'Angleterre et les États-Unis d'Amérique.
Dans ces dernières années, le succès de la grande expédition anglaise dirigée contre la Chine , en démontrant que le Céleste Empire, en dépit de ses protestations emphatiques, pouvaitétre contraint à renoncer au système d'isolement qu'il -' avait maintenu jusque alors , a ramené l'attention des publicistes et des spéculateurs sur l'empire japonais, place, par une volonté plus ferme , il est vrai, et appuyée par des moyens de résistance plus efficaces, dans des conditions analogues. — Pendant notre séjour à Java en 1844-1845, nous eûmes connaissance d'une tentative faite à cette époque
f>ar le roi de Hollande pour amener e gouvernement japonais à examiner sérieusement s'il ne serait pas dans l'intérêt du Japon d'aller au-devant des tendances inévitables de la civilisation et du commerce européen, et d'ouvrir
graduellement ses ports aux navires es nations autres que la nation hollandaise. Cette tentative, si remarquable par son point de départ, comme par le but honorable qu'elle se proposait, loin d'avoir eu le résultat que méritait cette généreuse initiative, semble avoir, au contraire, confirmé les Japonais dans leur système d'exclusion.
S'appuyant sur l'exemple de la Chine,
Sue des événements inattendus venaient e forcer à multiplier, malgré elle , ses points de contact avec toutes les nations de la terre , le roi de Hollande , dans sa lettre au siogoun , faisait remarquer que
L'UNIVERS
la proximité dans laquelle se trouve le Japon de la colonie anglaise de Honkong et de l'embouchure du Yangtse-kiang, ouverte aujourd'hui aux navires européens, entraînerait fatalement cet empire vers une crise prochaine, dont il paraissait prudent de prévenir les conséquences par des concessions capables de satisfaire les Européens. Guillaume II engageait donc formellement le siogoun a ouvrir nonseulement le port de Nagasaki , mais deux ou trois autres ports, soit dans l'île de Nippon, soit dans celle de Yézo , aux navires étrangers, sans distinction de pavillon.
« Vous comprendre? facilement, ajoutait le roi de Hollande, que mon intérêt devrait me suggérer des conseils contraires à ceux que je vous donne, puisque, aussi longtemps que vous persévérerez dans le système actuel, ma nation sera seule à exploiter le monopole de votre commerce; mais c'est précisément l'amitié dont vous nous avez favorisés de préférence aux autres peuples qui nous impose le devoir d'appeler vos regards sur l'avenir qui vous menace. Si vous refusez plus longtemps de prendre parmi les natipns commerçantes la place que vous devez tenir, on vous forcera dans vos retranchements, et vous serez humilié comme le Céleste Empire vient de l'être. £pargnez-vous cette honte, en temps opportun , par des mesures généreuses qui vous concilient l'estime et la sympathie des puissances européennes. »
Deux années après la remise de ces sérieuses exhortations la réponse du siogoun est venue détruire l'espoir qu'on avait pu concevoir enfin que ces îles lointaines s'ouvriraient au commerce et aux idées du monde européen. Le sens de la réponse du souverain japonais au monarque néerlandais, son fidèle allié, est reproduit ici aussi exactement que possible : « J'ai suivi avec attention les événements qui ont amené une réforme fondamentale dans la politique de l'empire chinois. Ces événements mêmes, sur lesquels s'appuient les conseils que vous m adressez , sont pour moi la preuve la plus claire qu'un royaume ne peut jouir d'une paix durable que par l'exclusion rigoureuse de
tous les étrangers. Si la Chine n'avait jamais permis aux Anglais de s'établir sur une vaste échelle à Canton , et d'y prendre racine, les querelles qui ont causé la guerre n'auraient pas eu lieu, ou les Anglais se seraient trouvés si faibles, qu'ils auraient succombé dans une lutte inégale. Mais dès l'instant qu'on «'est laissé entamer sur un point, on est devenu plus vulnérable sur les autres.
Ce raisonnement a été fait par mon trisaïeul lorsqu'il s'est agi de vous accorder la faculté de commercer avec le Japon , et, sans les témoignages d'amitié sincère que vous avez souvent donnés à notre pays, il est certain que vous auriez été exclus , comme l'ont été toutes les nations de l'Occident. A cette heure que vous êtes en possession de ce privilège, je veux que vous continuiez d'en jouir; mais je me garderai bien de l'étendre à quelque autre peuple que ce soit, car if est plus facile de maintenir une digue en bon état de conservation
Sue d'empêcher l'agrandissement des rèches qu'on y laisse faire. J'ai donné à mes officiers des ordres en conséquence; l'avenir vous prouvera que notre politique est plus sage que celle de l'empire chinois. »
Il paraîtrait donc désormais impossible de déterminer le gouvernement japonais à se départir des règles qu'if a adoptées à l'égard des étrangers, depuis l'extirpation du christianisme! Il semble même superflu d'ajouter aux preuves que nous avons déjà citées de l'importance immense que ce gouvernement attache à maintenir dans un isolement relatif les populations aux destinées desquelles il préside. Nous croyons devoir cependant, dans un intérêt historique, terminer cet exposé par le récit des tentatives les
filus récentes qui , dans l'ordre chronoogique, ont suivi la démarche solennelle du souverain néerlandais.
Dans un supplément du Sinqaporc Frets Press, en date du 21 mai 1846, se trouvait une relation détaillée d'un voyage au Japon entrepris par un baleinier américain sous le commandement du capitaine Mercator Cooper. Cette expédition avait pour but immédiat de transporter dans leur pays quelques naufragés japonais que le capitaine avait recueillis en partie sur 1 fie de