‹ Japon, Indo-ChineChapitre 56 sur 101 · POÉSIE. — SCIBNCES ET ARTS DES BIRMANS · texte numérisé non relu

POÉSIE. — SCIBNCES ET ARTS DES BIRMANS

D'après ce que rapportent les Européens qui habitent Hangoun , il est très* difficile de déterminer de quel idiome dérive la langue birmane, c'est-à-dire celle de l'ancien royaume d'A va, qui est la plus généralement répandue; car, ainsi qu'il a été déjà dit ailleurs , elle est altérée parmi le peuple dans quelques provinces , et dans d'autres , excepté pour les gens en place , le langage est tout à fait différent. La langue nationale, qui se parle dans l'A va , le Pégou et le Martaban, a une force et une grâce qui, selon certains observateurs, manquent aux langues européennes (?). Avec quelques particules explétives, dont on accompagne un mot, on donne au discours le ton de gravité, de soumission, de grâce et d'affabilité , qui convient au rang et à la qualité de la personne à laquelle on s'adresse. Les nombres singulier et pluriel sont indiqués dans le discours par quelques particules, qui expriment en même temps la qualité essentielle de la chose dont on parle. Par exemple, qu'on veuille direun magistrat, on dira men-taba , c'est-à-dire • magistrat une personne » ; en parlant d'un grand talapoin , on ne dit pas simplement ponghi, mais bien ponghi-t aba, c'est-à-dire « ponghi une personne ■>; un homme en général se dira tajauch; un animal, tachaun ; d'unetchose ronde, un œuf par exemple , on dira u to/on, c'est-à-dire un œuf rond ; enlin , si l'on

INDOCHINE

veut exprimer une chose qui est plate, on dira pin tabla, c'est-à-dire une table plane; etc. Quant aux choses qui ne sont pas animées, et qui manquent de cette propriété dont il vient d'être parlé, on adopte la particule kou : ainsi tily nil, son, etc., qui veulent dire un, deux , trois , etc., deviendront , til kou, nil kou, son kou , etc., c'est-à-dire une chose , deux choses , trois choses , etc. La langue birmane est, de toute manière, difficile à apprendre pour un Européen, et cela pour une foule de raisons. La première est la construction, qui diffère totalement de la nôtre; la seconde est dans les nombreuses aspirations gutturales et nasales avec lesquelles les voyelles se prononcent; la troisième est dans la terminaison presque uniforme qu'ont un grand nombre de mots, bien qu'ils diffèrent totalement dans leur signification. Un ou deux exemples rendront cela évident. Za, par exemple, veut dire avoir faim; zau : riz cru ; %àt sel. De même, ta veut dire empêcher; tha, surgir; thau* conserver; chiaa, tarder; chia, tomber; chia à exprime en même temps attendre et tiere ; enfin , l'extrême difficulté de cette langue provient encore de ce que les différentes expressions sont, pour ainsi dire, comme autant de phrases différentes , et de ce qu'un verbe qui a servi pour exprimer une action ne peut plus servir pour une autre. En voici un exemple : nous pouvons employer en français , le verbe « laver » pour exprimer faction de nettoyer le linge, les étoffes, les mains, etc. Mais dans la langue birmane , chaque chose qui se lave exige un terme différent et même une autre phrase : ainsi , pour laver les mains il y a un verbe qui n'est pas le même que celui qui exprime l'action de se laver la figure, laver le linge avec du savon , le laver simplement avec de l'eau , laver le corps, les vases , etc.

L'alphabet est composé de quarantequatre lettres radicales, dont plusieurs viennent de l'alphabet pâli. Elles sont toutes formées de courbes , de cercles , et d'arcs de cercle; elles s'écrivent horizontalement de gauche à droite, et cela contrairement à ce qui se pratique dans tout l'Orient. L'aspect de cette écriture est assez régulier ; on la trace

avec un stylet, qui laisse une empreinte blanche sur des feuilles de palmier séchées et noircies, ou sur du prabaich (1), qui est une espèce de papier grossier, fait avec du rotin macéré, détrempé dans l'eau et noirci avec du charbon

t'oint au suc de quelques plantes, et dont es feuilles sont repliées comme celles d'un paravent. — Parmi les quarantequatre lettres, il y a sept voyelles, dont deux e, un muet, l'autre ouvert; et deux o, dont un long et l'autre bref. Les noms n'ont point de déclinaison, et Ton ne distingue leurs divers cas que par certains articles que l'on met après eux. Ainsi, la maison se dit en birman eim si; de la maison, eim i; à la maison, eim a; la maison, accusatif, eim go; par la maison, eim ga. Le pluriel se reconnaît en ajoutant la particule do ; ainsi, les maisons, eim do; des maisons, eim doi, etc. Il n'y a point de différence entre les genres; seulement quand on veut dire la femelle d'un animal, à son nom générique on ajoute le mot mà : ainsi chien en birman se dit choè; pour exprimer la chienne on dit choè ma. Les verbes n'ont point de terminaisons différentes dans leurs temps ; on distingue le présent par l'addition de la particule si; le passé, bi; et le futur, 011. L'impératif se distingue encore en y ajoutant tà, après l'interrogatif /à, et le gérondif lien.

La versification n'offre pas plus de variété que le chant et la musique. Les Birmans ont beaucoup de livres historiques et instructifs écrits en vers , lesquels sont tous composés de quatre monosyllabes (selon M. Leconte ) , et il

(i)"Dans ces deux premiers paragraphes, empruntés presque littéralement à M. Leconte, nous avons conservé son orthographe, autant que possible ; mais nous sommes porté à rroire qu elle représente fort imparfaitement la prononciation birmane. Nous ferons remarquer, en passant, que partout où M. Leconte écrit eh, Crawfurd , Alexandcr, etc., auraient écrit k. — Quant au papier, que M. Leconte désigne par le mot prabaich, Alexander nous dit que ce papier ( fait, selon lui, d'une toile frottée de noir de lampe; selon Crawfurd, fabriqué avec les fibres du jeune hamhou et frotté d'un mélange de charbon et d'eau de ri* ) s'appelle, dans la langue vulgaire, parueek,

LUMVERS.

n'y a que les deux derniers d'un chapitre qui soient rimés. En se reportant à la cosmographie et à la cosmogonie des Birmans, à leurs croyances et à leur goût prononcé pour le merveilleux et l'emphatique , on se persuadera facilement que leur poésie peut plaire même à l'oreille délicate d'un Européen. Le Birman est généralement porté à la lecture des livres de poésie , et souvent même cette lecture est faite en chantant par des personnes qui ont une belle voix et que I on paye à cet effet, ainsi qu'il a été dit en parlant des funérailles. Un grand nombre encore s'appliquent aux compositions poétiques, pour lesquelles tous les livres qui traitent de Go'iama, des nâts, etc., leur offrent d'abondants matériaux.

Nous dirons ici quelques mots du drame birman.

Le Ramadzat ( Ramayana) et autres poëmes ou histoires des temps fabuleux ou héroïques fournissent ordinairement les sujets des drames birmans.

Les personnages qui figurent nécessairement dans les compositions de cette nature sont : un roi, une reine, une princesse, un ministre d'État et un monstre. Ces personnages sont représentés presque exclusivement par des nommes, parce qu'on regarde comme inconvenant et indécent qu'une femme soit actrice.

Chaque troupe a un directeur, qui dresse ses acteurs à l'aide de notes courantes, qui ne contiennent que quelques chansons et la substance des rôles.

Nous devons à un Anglais ( M. J.

Smith) l'analyse de l'un des principaux drames héroïques birmans, « Mananhurry, ou la princesse de la ville &Ar~ gent(l), «dont nous avons grand plaisir a offrir l'extrait suivaut à nos lecteurs.

• Neuf princessesde la ville d' Argent, séparée de la demeure des mortels par une triple barrière (la première de roseaux épineux , la seconde de cuivre en fusion ; la troisième, un Betou ou démon), ceignent leurs ceintures enchantées, qui leur donnent le pouvoir de traverser l'air avec la rapidité d'un oiseau , et visitent une belle forêt dans les limites

(t) Spécimen of Ou Surmese Draina, etc.; vol. VIII du Journal de la Société Asiatique du Bengale, ae partie, juillet 1839.

de Vile du sud ( la terre ). Pendant qu'elles se baignent dans un lac , elles sont surprises par un chasseur, qui jette sur la plus jeune d'entre elles son filet magique ou nœud coulant et l'emmène chez le jeune prince de Pyentsa , qui , frappé de sa beauté merveilleuse , en fait sa principale reine, quoiqu'il ait épousé tout dernièrement la fi I le de l'astrologue royal. Leprinceest obligé, peu de temps après, par l'ordre du roi son père, de marcher à la tête de l'armée , contre des rebelles. L'astrologue profite de son absence pour expliquer un songe qu'a fait le roi, en lui persuadant qu'il n'a d'autre moyen d'apaiser le mauvais génie qui en veut à son pouvoir, qu'en lui sacrifiant la belle Mananhurry (celle qui a supplanté la fille de l'astrologue dans les affections du prince). La mère de celui-ci, ayant appris le danger dont la bien-aimée de ce fils chéri est menacée, va la trouver, et lui rend sa ceinture enchantée, qui avait été ramassée par le chasseur sur le bord du lac et présentée par lui à la vieille reine. La princesse retourne immédiatement a la montagne d'Argent; mais, en chemin elle s'arrête chez un saint ermite, qui s'est retire sur le bord de la forêt, et, après lui avoir raconté ses aventures, elle lui confie une bague et quelques drogues magiques qui permettent à celui qui les possède de franchir sans danger les barrières qui séparent Vite du sud de la montagne d'Argent. Le jeune prince, ayant réussi dans son expédition , retourne à Pyentsa , et n'y trouvant plus sa bien-aimée repart immédiatement pour aller à sa recherche. Arrivé sur les confins de la belle forêt , il y entre seul, visite le pieux ermite, qui lui remet la bague et les drogues enchantées ; franchit les barrières, et, après des aventures sans nombre , arrive entin à la ville de la montagne d'Argent. Il fait connaître son arrivée à la princesse eu laissant tomber la bague enchantée dans un vase rempli d'eau que l une des tilles du palais va porter au bain de la princesse. Il se présente au roi père de sa bien-aimée, et lui fait la demande de sa main : le roi ne veut consentir à cette union que lorsque Je prince se sera soumis aux épreuves qu'il lui désiguera et en sera sorti victorieux. Le prince accepte sans hésiter : il dompte

INDO-CHUSE

des chevaux et des éléphants sauvages, bande un arc dont de simples mortels n'auraient pu faire usage , et tire une flèche avec une vigueur et une adresse merveilleuses ; enfin, et pour couronner tous ces exploits, il parvient à distinguer le petit doigt de Manan parmi les doigts des princesses ses sœurs, qu'on lui présente au travers d'un écran! Le roi ne peut résister à cette preuve éclatante d'amour et de discernement, et les amants sont unis! »

Le style de ce drame, dont M Smith nous a uonné quelques exemples, est métaphorique et emphatique au dernier degré (I).

indépendamment des bibliothèques que conservent les talapoins dans leurs baos, il en existe une considérable et , dit-on, fort curieuse dans le palais du roi , à Ammérapoura.

Bien qu'il soit rare de trouver chez les Birmans une personne qui ne sache ni lire ni écrire, parce que, ainsi qu'il a été dit , on a la coutume de confier dès leur jeune âge les enfants aux talapoins, les sciences ont fait peu de progrès parmi eux. Excepté quelques-uns qui s'adonnent à la profession d'avocat et à l'étude du Dammasat (codes des lois), tous les autres aiment mieux passer les jours dans l'oisiveté , causant et mâchant le bétel , et si quelquefois ils se mettent à lire , ils prennent quelques livres chez les talapoins , dont les bibliothèques se composent principalement des ouvrages

?ju'ils sont, d'après leurs institutions, orcés d'étudier, tels que la Sacla, qui est la grammaire de la langue pali; le Magata, le fini et le Padimot, qui traitent de leurs règlements ; le Sotlan , qui est la règle pour la manière de vivre. Outre ces livres, il y en a encore un autre, qui vient de Godama, et c'est une

(i) Parlant des dangers qui menacent le prince, l'ermite dit : « Chaqur pas de celle « route fatale est aïeui à l'égard de celui « qu'où vient de franchir! »

Le prince, après avoir reçu la bague, etc., exprime sa reconnaissance a l'ermite dans les termes su i van ts :

• Si le* cheveux de votre révérence étaient « loogs de plus de trois coudées, ma véné- « ration pour voua irait plus loin ( ou serait « plus longue) encore 1 »

de leurs principales écritures : il s'appelle Abldama; il traite des idées et des conceptions ou volontés qu'ont tous les êtres animés dans les différents états heureux ou malheureux , et ce livre est réputé le plus difficile à comprendre de tous. L'étude des talapoins est plutôt de mémoire que d'intelligence; chez les Birmans on estime plus la mémoire que le raisonnement, et celui qui a lamémoire la plus heureuse est réputé le plus savant : on trouve des talapoins qui ont appris de cette manière le Uni, qui est un ouvrage assez étendu. Tous ces livres bon t écrits en langue pali ; mais le texte est toujours accompagné de l'interprétation birmane, à peu près comme le français se trouve a côté du latin dans les livres d'heures, paroissiens, etc.; presque tous ces ouvrages ont été portés de Céylan dans le royaume birman et pays adjacents par des talapoins ou des brahmiues. Le Beden, livre d'astrologie judiciaire , dont nous avons déjà eu l'occasion de parler, est aussi écrit en pali.

Quant aux livres écrits en birman , ils sont fort nombreux ; mais ce sont pour la plupart des productions dépourvues de génie, où l'on ne trouve qu'une phraséologie sauvage, froide et incohérente.

Cependant , il y„ a quelques ouvrages écrits par des hommes sages, pour l'instruction des rois et de la jeunesse, dans lesquels on rencontre de bons enseignements moraux, et des principes non-seulement d'une politique saine et ferme, mais même du machiavélisme le plus réfléchi. Parmi ces livres, celui qui mérite la première place est intitulé Aporazabon : c'est une espèce de roman , dans lequel parait un vieux ministre, appelé Aporaza, à qui le roi et les chefs adressent diverses questions sur le moyen de gouverner les peuples. Kn voici quelques passages, qui pourront en donner une idée; ils ont été recueillis par le père San-Germano.

Un jour le roi demanda à Aporaza ce qu'il devait faire pour rendre son royaume florissant et peuplé. Voici ce que lui répondit le vieux ministre :

« 1° Prendre à cœur les affaires de vos « sujets comme s'ils étaient vos propres « enfants ; 2° diminuer les redevances et • les droits de transit; 3° proportionner

L'UNIVERS

« les impositions aux moyens de cha- « cun; 4° être libéral; 5° demander et « vous informer souvent comment vont « les affaires du royaume ; 6° aimer et •» estimer vos bons et fidèles serviteurs ; « 7° être poli avec tous , et leur parler « humainement. Vous devez encore « faire de manière que le pays augmente « en population , et qu'il acquière de « l'honneur et de la réputation auprès « des nations étrangères. Vous ne devez • point maltraiter les riches; au con- « traire, vous devez les soutenir et « veiller à leurs intérêts. Vous devez en- « core avoir des égards pour les géné- « raux des armées , et les ministres qui « gouvernent au nom du roi ne doivent ■ point être repris et abaisses devant « le peuple. Vous ne devez point mé- «• priser l'homme doué de prudence et « d'adresse. Vous devez être» juste et « modéré dans vos tributs , et les pro- « portionner aux productions et au « commerce : cela se confirme par « l'exemple des fruits avant qu'ils soient « mûrs. Voyez (dit le vieux ministre) « quand les fruits sont cueillis dans « létat de maturité, ils sont savoureux t et apréables au goût; au contraire, ils « sont insipides , amers et âpres quand « on les cueille verts. Le riz récolté à « temps fait notre nourriture; il est, « au contraire , privé de substance « quand on le recueille avant sa matu- « rite. »•

Le vieux ministre conseilla encore au roi de ne point fermer les portes de son royaume , c'est-à-dire de donner accès aux marchands étrangers pour le faire fleurir par le commerce. Peu de temps après être monté sur le trône, le roi ayant appris qu'un chef des Shans , à la tête d'une troupe nombreuse, venait faire des excursions dans ses États, fit appeler Aporaza, et lui demanda conseil sur le parti qu'il devait prendre dans cette occasion. Le vieux ministre lui répondit : « Seigneur, ce n'est point seulement le feu qui brûle et fait du bruit qui cause la mort ; mais l'eau aussi, qui de sa nature est froide , coule tranquillement et sans bruit, la donne à ceux qui s'y plongent et sont submergés. Pour détruire votre ennemi, laissez de côté l'impétuosité du feu , et imitez la froideur et la lenteur de l'eau.

O roi! rappelez-vous que l'éléphant sauvage et furieux s'adoucit avec la femelle ; donnez à ce chef quelqu'une de vos parentes en mariage, et vous verrez

S |u'il cessera tout désordre. » Une autre ois, deux petits rois , s'étant mutuellement déclaré la guerre, recoururent tous deux au grand roi birman pour lui demander appui et assistance. Le roi , selon sa coutume, consulta Jfwraza, qui lui répondit en ces termes : « Une fois deux coqs se mirent à se battre devant un paysan. Après un long espace de temps, les deux adversaires, épuisés, ne pouvaient plus s'élancer l'un sur l'autre : alors l'homme de la campagne, courant sur eux, les prit tous deux. C'est ainsi , ô roi ! que vous devez vous comporter dans cette circonstance :

laissez ces deux rois se battre entre eux ; et quand vous les verrez privés de force,

Srécipitez-vous sur eux, et emparez-vous e leurs États. »

Un homme de basse extraction était monté sur le trône par les intrigues d'un -vieux mandarin. Celui-ci voulut ensuite faire lepuissant et commander en quelque sorte au roi lui-même , qui, après avoir dissimulé pendant quelque temps, pensa enfin à s'en défaire. Se trouvant donc un jour en présence d'un grand nombre de courtisans et de celui par les intrigues duquel il était monté sur le trône , il lui adressa la parole, et lui demanda ce que l'on faisait du aen, qu'on élève autour des pagodes, quana une fois ces édifices étaient dorés et peints (le zen est un échafaudage très-élevé, formé de bambous et de grosses cannes, sur lesquels s'assoient ceux qui dorent et peignent les pagodes). « On a l'habitude, dit le vieux mandarin, de l'abattre et le détruire, afin qu'il ne gêne pas la vue de la pagode et qu'il n'en gâte pas la beauté. » — « Justement , repondit le roi , pour monter sur le trône j'ai eu besoin de toi , comme les doreurs et les peintres ont besoin du zen ; mais maintenant que j'y suis monté , et que je suis obéi et respecté comme roi , tu es devenu inutile et tu ne servirais même qu'à me troubler. » En même temps il le chassa du palais et le relégua dans un village. Pendant que ce mandarin subissait son exil , il se déchaîna un jour une horrible tempête. Durant cetoura-

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an, le courtisan exilé, s'étant misa regarer la campagne, observa que les grands arbres qui résistaient à la force du vent et ne pliaient point finissaient par être rompus ou déracinés , et qu'au contraire les hautes herbes et les bambous, qui se courbaient sous la puissance du vent , se redressaient après l'orage. « Oh ! se dit-il alors en lui-même, si j'avais suivi ]'e\emple de ces bambous et de ces roseaux , je ne me trouverais pas réduit maintenant à un aussi misérable état. »

Après ce petit aperçu de YAporazabon, San-Germano donne quelques sentences extraites d'un livre intitulé Loghanidi (ou Loganit'-hi), c'est-à-dire règles et instructions sur la manière de vivre dans le monde. Nous en citerons

rfiiialmipcimoc *

« Ce qui fait la beauté et le prix d'une femme, c;est le soin qu'elle a de son mari. »

« La richesse d'une femme, c'est la beauté ; celle du serpent , c'est son venin. »

■ La richesse d'un roi, c'est son armée bien fournie de soldats et de braves officiers ; celle duu talapoin, c'est la stricte observance de ses devoirs. ■•

« Dans le monde, celui-là compte beaucoup d'amis qui est doux et poli dans sou langage; au contraire, celui qui est rude et désobligeant dans ses manières est évité de tout le monde. On peut les comparer au soleil et à la lune : le premier de ces astres, par sa splendeur éclatante et la force de sa lumière, chasse les planètes et les étoiles quand il se montre à Inorizon, et il est contraint de finir son cours dans le ciel , seul et sans aucun cortège; la lune, au contraire, avec sa pile et douce lumière, se promène dans le firmament au milieu des étoiles et des constellations comme accompagnée d'une suite nombreuse. *

■ A l'époque où nous vivons , la considération et l'estime ne s'attachent qu'aux richesses. Qu'importe que l'on soit d'une vile naissance , que l'on soit difforme , qu'on ait peu de jugement, que l'on soit ignorant? Pourvu qu'on ait de l'argent on sera recherché et vanté par tout le monde. Soyez pauvre, au contraire , vos amis et vos parents vous abandonneront pour courir après ceux qui possèdent, car dans ce monde c'est l'argent qui fait les parents et les amis, etc. »

On peut consulter au sujet de la littérature birmane, en général, le mémoire deBuchanan inséré dans lesixième volume des Asiatkk Researches. D'ail-

leurs, la langue birmane peut maintenant être étudiée hors des pays où elle est parlée, grâce à la publication de plusieurs ouvrages intéressants, parmi lesquels il convient de distinguer les grammaires des docteurs Carey et Judson et le dictionnaire de ce dernier. — 11 est permis de douter, cependant, que l'étude de cette langue puisse avoir d autre but utile que celui de faciliter les recherches historiques, les Birmans possédant, à ce u'on assure, un assez grand nombre 'ouvrages de ce genre. Quant à la littérature en elle-même, elle est évidemment de peudevaleur. — Les beaux arts ne présentent pas un résultat plus satisfaisant.

Nous avons peu de détails sur l'architecture birmane; M. Leconte fait remarquer qu'elle est fort simple dans son caractère oriental, et que les édifices publics sont, ainsi que les habitations des particuliers, bâtis sur un plan à peu près uniforme. La description que cet auteur nous donne des ponts construits sur les principales rivières nous fait supposer ce ne sont pas, à proprement parler, ponte, mais bien des jetées qui avancent plus ou moins dans le fleuve, et qui se terminent par de beaux escaliers fort commodes ; ce sont des massifs de charpente en grosses pièces de bois de teck, propres à résister à l'action d'un courant rapide. On en voit de soixante à soixante-quinze mètres de longueur; comme les escaliers qui les terminent sont fort larges, on construit à l'extrémité une grande salle entourée de bancs, sur lesquels les seigneurs et les gens riches vont respirer l'air frais du fleuve. On y traite quelquefois les affaires, comme on le ferait dans nos bourses en Europe. Enfin , toute l'étendue de ces ponts ou jetées est couverte de kiosques dont le plus élevé est celui qui surmonte le salon. Ces édifices sont généralement peints en rouge foncé.

Lors du voyage que Tharawaddy fit à Bangoun en 1841 , on lui fit élever un palais dans la nouvelle ville, près de la grande pagode. C'est une immense charpente en teck, du centre de laquelle s'élève une grande pyramide quadrangulaire tronquée, surmontée de kiosques superposes. Sa hauteur est estimée par M. Leconte à soixante-dix mètres au moins: elle est à jour- A une élévation

362 L'UNIVERS

de près de vingt-cinq mètres du sol , on II renferme, disent les fidèles , des che-

remarque une plate-forme sur laquelle veux de Godama, et est réputé saint

était placé le trône au milieu des plus parmi tous. Ce bel édiûce est assis sur

riches ornements : le roi y passait une uuetrès^randeplate-fonnecarrée,élevée

5 rau de partie des jours, et y donnait au- de sept à huit mètres, et cette place est ience publique , à la vue de tout le couverte de peuple pendant les jours de peuple groupe dans le voisiuage. On ar- féte. On y arrive par de larges escaliers, rivait près de sa personne par un bel on y entre par de grandes portes situées escalier, qui dans toute sa longueur était au milieu des quatre faces. La base de garni d'officiers et de gardes. la pagode est octogone, et elle s'élève Les pagodes et les grandes statues, avec sous celte forme à peu prés jusqu'au les quais qui bordent quelques étangs, tiers de sa hauteur. Cette pyramide sont les seuls ouvrages en maçonnerie; tronquée se termine par une sorte de tous ces édifices sont construits en bri- corniche, qui a peu de saillie et qui est ques et en terre argileuse recouverte d'un couverte de sculptures en relief ; elle se enduit ou sorte de stuc peint et quelque- prolonge ensuite dans les airs en cône fois tout doré; ainsi sont faites toutes ces renflé d'abord et puis évidé gracieusepagodes dont l'aspect parait si beau et si meut jusqu'à son sommet; sa couronne, imposant. — Les édifices que les Euro- en or massif, est un réseau dentelé qui péens désignent par ce mot de pagode ne n'a pas moins de cinq mètres de diatnèressembleut eu rien aux temples de l'lude; tre; toute sa surface est dorée, et entreleur nom birman est shou (prononcez tenue avec le plus grand soin. L'aspect chou). Ce sont des massifs de maçonnerie, en est grand, et d'autant plus imposant Dans l'intérieur de quelques-unes de ces que les autres pagodes qui l'entourent, constructions , cependant, il y a une pe- au nombre de cent au moins , semblent tite niche où l'on place une statue de Go- être placées là pour servir de point de dama. Kl les on t toutes à peu près la même comparaison et la faire ressortir da\ anforme, se terminant en cône allongé dont

les côtés, ainsi que ceux des chapeaux chi- rhes tout autour du monument, c'est-à-dire

nois, sont des courbes concaves. Comme dans des niches pratiquées dans le revêtement,

c'est un acte méritoire de construire une Ces »tatuettes ont été enlevées pendant la

pagode, le nombre en est prodigieux, et guerre, par les Anglais, et dispersées dans

dans les villes on les groupe presque l'Inde anglaise ou en Europe. Les petites pa-

toutes dans le voisinage de celles qui f°d« qui entourent Sh ou-Djén avaient été

ont la plus grande réputation de sain- M*»™! dévastées, à 1 exception d une seule,

•*.*a la L^.to,,.. jonl,;c qu'un chirurgien major de I artillerie de Ma-

teté. Leur hauteur varie, depuis cinq J (| d *> Campbe|i) était parvenu à

mètres jusqu a la dimension la plus gt- mJt dl| .„ Dan\ uaJpavi„0K situé du

Santesque. Elles sont toutes surmontées M gud dlf bnd , ,e x [rouve une im

'un tl, OU couronne de fer fondu OU de Godama, de dimensions tellement gigantes-

forgé, souvent dorée, semblable a un qiIe>, qu'un officier anglais avait pu placer son

parasol , découpée à jour et entourée de Ht dans la maiu gauche de l'idole. — Le vieux

clochettes, qui, résonnant au moindre vovageur Ralph Fitch, qui avait visité ce

vent , produisent un bruissement assez temple en i586, te décrit avec une exactitude

doux, qui ne déplaît pas à l'oreille. Le telle, que cette description représcule encore

Shou- Dagôn . ou grand temple de Ran- avec une fidélité admirable les traits principaux

goiiu, est le plus remarquable du *t plusieurs détails du monument, « ce qui

royaume : sa hauteur est d'environ cent prouve à la fois (dit Crawfurd) la véracité de

trente-cinq mètres; c'est probablement l'écrivain et l'immobilité de la société bir-

rédifice le plus élevé de toute l'Asie (I). mane Nous croyons que cela prouve seule-

r ment que les Birmans ont conserve leurs habi-

(i) Alexander ( qui écrit Shoè-Dagvon ) tudes religieuses ou au moins leur respect pour

parle de ce temple avec admiration. Il le dé- les formes extérieures du culte bouddhiste.

comme octogonal à la base, conique dans Leur civilisation nous parait avoir subi, au conta partie supérieure, et haut d'environ trois traire, de grandes modifications depuis deux cent treute pieds. Des statues ou statuettes siècles et demi; et nous la croyons en déea- ( probablement toutes daGodama) , en marbre dence, comme celle de tous le» peuples de l'ex-

et eu bois, étaient placées dans de petites ni-

tage; on l'aperçoit de fort loin, reflétant une seule salle il y a souvent vingt ou

les rayons du soleil, et dominant les trente statues de mêmes dimensions, ali-

arbres des forêts voisines de Rangoun. gnées contre le mur; elles sont de chaque

Mais comme le sol est humide et le côté d'un Godama placé au milieu , ou

climat généralement pluvieux , et que la bien le dieu est placé de l'autre côté de

végétation est active, pour peu aue l'en- la salle, vis-à-vis cette rangée. La taille

tretien d'une pagode soit néglige, ce oui de cette dernière statue est en géuéral de

arrive souvent , les semences apportées neuf coudées : c'est oelle qu'avait le dieu

par le vent y germent et deviennent des d'après les saintes écritures; M. Le-

arbres,dont les racines, s'insinuantdans conte en a remarqué deux à Rançoun,

l'édifice, le fendent et le mettent en rui- / qui n'avaient pas moins de dix mètres;

nés. Aussi ces monuments , dont quel- une était assise ayant à ses pieds une

ques-uns sont gigantesques, ne sont autre statue, de taille ordinaire, couchée

pas susceptibles de traverser les siècles sur le ventre et en adoration; l'autre

dans leurs belles formes élancées , mais était couchée de côté sur une sorte de

resteront des masses informes ou ©ont- lit de plus d'un mètre de longueur,

ques , comme les tumulos phrygiens La sculpture des bas-reliefs sur bois

des temps héroïques que l'on trouve fixe quelquefois l'attention : les Birmans

encore dans les champs troyeos. y ont acquis un certain art par l'habitude

Aux quatre angles de presque toutes qu'ils ont d'en orner l'intérieur des baos,

les plate- for m es des pagodes sont pla« des salles publiques et les cercueils des

cées d'énormes et grotesques statues talapoins.

d'animaux, principalement de noya 's Les Birmans n* entendent pas le dessin

(dragons ailés), aussi maçonnées en bri- et ne comprennent pas la perspective;

ques et enduites de stuc à l'extérieur. On leurs peintures sont bizarres , fantasti-

ren contre de pareilles figures , mais plus ques, et ont quelque chose de sauvage,

petites , dans les escaliers des baos. Ils ne peignent pas trop mal les fleurs,

A Rangoun , au milieu de cette villa mais encore sont-ils bien au-dessous des

de pagodes qui se trouve dans le voisi- Chinois sous ce rapport,

nage du Shou-Dagôn , sont des baos et La construction de leurs charrettes

des salles publiques pour les pèlerins : est digne de remarque, non-seulement

ces dernières sont de grandes galeries par sa simplicité, mais encore parce

en bois, qui ne sont murées que d'un qu'ils n'y emploient pas de clous. Les

côté; elles sont remplies de statues de excellents bois que produit le royaume

Godama ou de ses disciples ; la sculpture offrent aux habitants d'abondants maté-

en est médiocre, et ne mérite pas l'éloge riaux pour construire des barques de toute

2 ne quelques voyageurs en ont fait, grandeur, dont un grand nombre sont

rodama et les autres saints person- d'un seul tronc d'arbre ; on en voit d'une

nages y sont généralement représentés dimension gigantesque; la forme de

la téte nue et rasée : assis à terre, les quelques-unes est bien entendue, et elles

jambes croisées à l'orientale, les deux sont susceptibles d'atteindre une grande

mains sur les genoux, les doigts longs vitesse à la rame. Les ùalons, ou pirogues

et pendants, et toujours la même figure de guerre, ont jusqu'à quarante rameurs ;

sans expression. Quelques-unes sont en celles-là ne sont jamais d'une seule pièce,

maçonnerie, un très-petit nombre en Au milieu est placé un pavillon, qui sert

marbre blanc avec incrustation ; mais gé- de cabine au chef qui se trouve à bord ,

néralement elles sont en bois , les vête- et qui est surmonte d'un parasol doré ,

ments peints de diverses couleurs, ou si la dignité dont le chef est revêtu lui

couvertes de petits miroirs et autres permet d'étaler cet insigne. Si la proue

petits plaques brillantes incrustées avec est basse, fendante et pointue, la poupe

assez d'art. — Les statues et figures que est large et très-elevée; un fauteuil est

les Birmans ont dans leurs maisons sont placé sur sou sommet, dans lequel s'as-

souvent en marbre ou en pierre ; on leur seoit le patron ou timonier,

enchâsse quelquefois sur le sommet de Les Birmans travaillent assez bien

ia téte un diamant ou un saphir entouré les métaux, et font des ouvrages assez

d'une couronne de petits rubis. Dans remarquables en orfèvrerie. Au moyen

L'UNIVERS

de soufflets cylindriques à piston, ils donnent au feu une activité capable de fondre presque tous les métaux. Avec du laiton ils font des vases à boire, d'une forme presque demi-sphérique, et d'autres ustensiles de ménage ; avec le fer fondu , ils font des poêles à frire qui ont beaucoup de profondeur. « Je ne pense pas (dit M. Leconte) que dans nos fonderies en fer, on pût obtenir beau* coup'mieux que les couronnes de toute taille, pour les pagodes, et qui sont d'un grand débit; elles sont gracieuses , légères et découpées en dentelle. »

L'art de fondre les cloches et les clochettes est très-estimé chez les Birmans : les pagodes ont généralement deux ou trois grandes cloches qui sont placées au pied du monument et que Ton tait résonner en les frappant extérieurement avec un bois de cerf. Tous ces édifices ont, ainsi qu'il a été dit, des clochettes attachées a leurs couronnes ; on a aussi l'habitude d'en toujours suspendre au cou des bccufs.

La très-grande simplicitéqu'ont les Birmans dans leurs habitations et dans leurs vêtements nuit chez eux au développement des arts et des métiers. Excepté un nombre plus ou moins considérable de maçons, de menuisiers, de charpentiers et de forgerons qui sont employés à la construction des maisons , des navires , des couvents de talapoins , des pagodes, on n'observe point cette variété de professions que le luxe et la vanité ont introduites dans les pays plus civilisés : chacun est capable de construire et de réparer sa petite maison de bambous, et chaque femme peut coudre les vêtements nécessaires à sa famille. A l'exception des habitants des grandes villes, qui, pour la plupart, s'adonnent au commerce et à quelques-uns des arts dont il a été question , tous les autres , dans les petites villes et les villages, hommes et femmes, se livrent à la culture du riz, du coton, de l'indigo, etc. : au temps de la récolte, les hommes vont avec leurs chariots ou bien avec de petites barques chercher leur approvisionnement, et les femmes restent ordinairement à la maison, à filer et à tisser des étoffes pour l'usage.de la famille.

Dans le royaume d'Ava , où l'on recueille beaucoup de soie , on tisse des

étoffes dont se revêtent habituellement les habitants des grandes villes ; ceux des petites villes et des villages en ont au moins un vêtement pour paraître dans les jours de fête et de cérémonie. Bien que les étoffes de soie et de coton n'aient pointée lustre et cette perfection que l'on remarque dans les nôtres et dans celles des Chinois; bien qu'elles n'aient pas non plus cette finessse des toiles de Madras et de la mousseline du Bengale, elles sont cependant remarquables par leur force et surtout par l'éclat de leurs couleurs.

Les Birmans ont un talent particulier pour tresser le rotin taillé en lames trèsfines ; ils font ainsi leurs bottes à bétel et une partie de leurs vases pour boire , et les couvrent de ce vernis que nous appelons « de la Chine », et que les Chinois tirent en grande partie du royaume birman. Ils font aussi usage de poteries, dont on fabrique de grandes amphores qui sont d'une belle apparence , mais aune grande fragilité.

Avant de terminer cet article, il est convenable d'ajouter qu'en outre des motifs déjà donnés qui empêchent le développement de l'industrie, il faut tenir compte des obstacles que les habitudes despotiques du gouvernement apportent sous ce rapport a la production. Le goût et le génie national porteraient les Birmans vers le luxe et les arts : mais dès que le roi ou les chefs apprennent qu'il existe quelque part un artiste ou un ouvrier habile, ils le contraignent à travailler pour eux, et ils ne lui donnent pour salaire qu'une protection fort précaire (1).

C 1LF.N DRTER BIRMAN', CLIMATS ET SAISONS.

Les astronomes et les astrologues du royaume birman sont, ainsi qu'il a été dit ailleurs, des brahmines venus, les uns du côté du Bengale, les autres de Ceylan ou de la côte de Coromandel :

(i) Des artistes européens sont allé* à diverses époques, dans le Pégou pour s'y établir ; mais ils se sont tous vus obligés de se retirer dans le Bengale ou à la côte de Coromandel , parce qu'on les forçait à travailler pour les chefs; en outre, un pauvre artiste est toujours exposé aux caprices du roi , qui peut, à sou gre, permettre ou prohiber les vêtement* et objets de luxe de nouvelle mode.

on les distingue des Birmans par leur année solaire, à chaque troisième année

costume en coton blanc. Ils sont géné- ils ajoutent un mois de plus : ainsi elle

ralement fort estimés, parce qu'ils pra- ne se compose pas exactement de douze

tiquent l'astrologie judiciaire , dans la- mois ; depuis déjà longtemps le premier

quelle les Birmans ont une grande foi , jour de l'année birmane tombe le 1 2 d'à-

et parce qu'ils prédisent les éclipses et vril. Le matin de ce jour n'est point le

règlent le calendrier. C'est surtout à la commencement de Tannée, mais c'est

cour qu'ils jouissent d'une grande con- selon que le soleil a lini son entière ré-

sidération : il y en a toujours un certain volution dans l'écliptique , et les Bir-

nombre, pour répondre aux questions mans savent qu'elle s'accomplit-en trois

qu'on leur adresse , afin de trouver les cent soixante-cinq jours et un quart

heures propices ou défavorables à telle environ (t).

ou telle entreprise, et le roi ne fait jamais Le commencement de l'année est tou-

rien sans les consulter. jours annoncé par un coup de canon , à

Parmi les brahmines du palais, on . . . , .

en choisit un qui doit veiller sur l«hor; J^»™, SJaZ"ông.

loçe d eau qui s y conserve , et dont ZELlmg, tha-deUyvot, ta-chaong^en,

voici la forme : on remplit un vase d'eau J^wf, lya-tho, ta-Ldvai. ei ta-laong.

laquelle on pose une petite tasse Houf en pLmom |a gigniflcaiioo précise,

trouée par le fond ; cette tasse, se rem- chaque mois est divisé en deux parties déter-

plissant peu à peu , finit par s'enfoncer mjDéeS par le cours et le décours de la luue.

dans l'eau. Immédiatement on en place u x" f0Ur du mois est appelé le premier

jour du mois est appelé une autre de même forme, qui s'y plonge jour du croissant ou cours de la lune • le 16' également , et chaque descente de tasse jour du mois est le premier du décours de la indique une certaine heure, que l'on k

La nouvelle lune , le huitième jour de

sonne en frappant un certain nombre de son cours, la pleine lune et le huitième jour

coups avec un marteau de bois sur une du décours «ont jours fériés, surtout les nou-

grande feuille de cuivre. On compte ve,,M el pl*»nes lunes. La semaine birmane

soixante heures ou plutôt narfs, trente correspond a la nôtre et a celle des Hindous, pour le jour et trente pour la nuit, et »onî5J d" J,our* £ la sema;ne, sont Dd°nnes

romme la durée des iours et des nuits P" C"wfurd ( vo1- P ,07) et P** l*™*? comme la ™^ des jours « ( tMe» chronologiques, dans un appendice au varie toujours dans le cours de I année , de la g£u Miati Ju Bengale ), les tasses sont aussi de différentes gran- dans le mémt ordre et avec les deurs.de manière que celles qui servent mcnîes 9igniflcation5 quc dans notre calenpour les nuits dans le solstice d hiver, drjer Birmans ont quatre ères ou époservent aussi pour le jour au solstice qUes . ,„ u grailde époque, qui commence d'été. Le jour, comme fa nuit, est divisé avec l'an 69 1 avant J.-C. ; Yépoaue sacrée, en quatre parties égales, et à chaque quart qui date de la mort de Godama, 543ansavaut de jour ou de nuit un homme , par l'or- j.-C. ; 3» IVr* de Prôme , an 79 de J.-C, et dre du brahmine, monte près de la cloche \Q Vèr* vulgaire, la plus usitée, con-esponqui est placée dans le grand vestibule du dam à l'an 639 de J.-C. La date du traité palais, et bat alternativement sur la clo- d'Yandabô, 34 février i8a6, correspond au che et un grand tambour pour indiquer quatrième jour du décours de la lune raies quarts et les heures qui sont écou- ™V (q"« Cravvfurd écrit aussi ta-baong),

lés. Comme les heures birmanes n'ont ,l87, dcJ,er? Tulgf,re A~ °1 TZl

„„„ Y» j„,'. i-„ nni„hi.»iicM d'asser amples détails sur le même sujet dans

pas la même durée , les nombreuses , . h dc Ruchanan (vol. Vi deV 4Ù-

pendules que le roi a reçues en présent Reuarchts)% déjà cilvé. Nous engades Européens ne sont pour lui qu un nos c0JnsuUer M merooirc> qui

objet de CUriOSlté(l). ,raite de b ^Hpon et de la littérature des

Les mois sont lunaires de Vingt-neuf Birmans, surtout d'après San-Germano; et

et trente jours alternativement, et parce ^x du jy. j. Leyden • sur les langues et la

que douze mois lunaires ne font pas une . littérature des nations de l'Iudo-Chine , »

Asiatick Researches, vol. X , p. i58 et suiv.

fil Voir, pour quelques détails curieux au

»ji.'d. h'JZJ* .e«,p», le Journal d. j^îss^A^jasiaiS'js

Crawfurd , vol. II, p. 108. avons conservé rortheariplic

L'UNIVERS

Ammérapoura ou à Rangoun. C'est pour les Birmans le moment de la descente d'un grand nût parmi eux, et ils croient que chaque année a son nât tutélaire.

Pendant les trois jours qui précèdent celui où commence Tannée , tous les hommes, excepté les talapoins , et toutes les femmes et jeunes filles, oui l'habitude de se divertir en se jetant mutuellement de Peau , avec de grosses seringues de bambous , et ils s'en inondent des pieds à la tête. Les étrangers ne sont point exempts de ces joyeuses attaques de la part des femmes et des jeunes filles , et ceux qui veulent éviter de mouiller leurs habits doivent s'abstenir de sortir. « Je me trouvais à Raugoun le 12 d'avril. (dit M. Leconte); je fus prévenu officiellement de cet usage; les personnes de IVt.it-mnjor qui étaient jeunes bravèrent le danger, ainsi que les hommes de l'équipage, et ils y trouvèrent une occasion de s'amuser. Des ordres sévères avaient été donnés à mou sujet, et je pus vaquer à mes affaires et à mes promenades sans recevoir une goutte d'eau; car, comme j'avais eu une occasion solenuelfe de me montrer en public , j'étais connu de tout le monde. »

« Quant à la division des taisons et à la température de l'air, il faut distinguer le royaume d'Ava de celui de Pégou. Dans ce dernier, qui commence au Marlahan et finit à la ville de Prome, les moussons alternatives du sud ouest et du nord-est y produisent deux saisons : celle des pluies et celle de la sécheresse. Depuis la lin d'avril ou le commencement de mai jusqu'au mois de juillet , les venta du sudouest apportant les vapeurs de la mer sur les forêts du Pégou, elles s'y condensent, et se dissolvent en pluies très-abondantes, qui tombent journellement à celte époque, au commencement et à la fin de laquelle les pluies sont presque toujours accompagnées de vents impétueux ; l'atmosphère est remplie d'électricité , les éclairs brillent et la foudre gronde avec d'horribles fracas, tombe sur les pagodes, les édifices, les arbres élevés, et tue des hommes et des animaux. Depuis le mois de juillet jusqu'à la fin de septembre les pluies sont moins abondantes, sans tonnerre ni éclairs; ensuite la mousson cesse et fait place à celle du nord est . qui s'établit et dure jusqu'au mois d'avril; le temps se met au beau, et la sécheresse devient continuelle. Il y a des années où il pleut dans le mois de février, mais la pluie est fine et de peu de durée.

« Dans le royaume d'Ava, cVst-a dire depuis la ville Prome jusqu'aux «6* et «7* degrés de latitude septentrionale, l'année se divise en trois saisons : celle du froid , celle de la chaleur , et celle des pluies. Les quatre mois de novembre, décembre, janvier et février constituent le temps froid : depuis le commencement de mars jusqu'à la fin de juillet, c'est celui de la chaleur ; et les quatre autres mois font la saison des pluies. Le froid n'est sensible dan» l'Ava et le Pégou que peudant la nuit et les matinées, et il l'est davantage dans le premier de ces deux pays, qui est le plus au nord. Dans les mois de novembre et de décembre la rosée blanche est assez abondante; mais on ue voit jamais de neige ; la grêle, qui tombe quelquefois vers la fin d'avril, peut donner aux Birmans quelque idée de la neige et des glaces de nos hivers. Dans tout le royaume l'époque du froid est la plus belle et la plus délicieuse; c'est le temps où l'on fait la récolte du riz el dus autres grains, et celui où l'on cultive avec le plus de succès toute espèce de légumes ; ceux apportés d'Europe y viennent à merveille.

« L'été n'est pas, comme chez nous, précédé d'un riant printemps, et le passage du froid au chaud est très-brusque ; tellement que c'est dans les mois de mars et d'avril que Ion éprouve les plus grande* chaleurs : le thermomètre s'élève de 3o.à 3a degrés centigrades à l'ombre. C'est vers cette époque que les arbres renouvellent en partie les feuilles, qui sont en général persistantes , comme dans tous 1rs

Says situés dans la zone torride. Le royaume 'A va, quoique placé par une latitude plus élevée que celui du Pèfou, éprouve rependant des chaleurs plus fortes et de plus longue durée : (tendant ces temps chauds et secs l'atmosphère est remplie de vapeur ; une brume épaisse couvre pendant les nuits l'Irawadd y et ses nombreux embranchements cl ne se dissipe que vers le milieu du jour. Dans le Pégou , la pluie commençant à tomber vers la fin d'à v ni ou le commencement de mai , l'atmosphère se purge des lors des vapeurs suffoquantes, et, le sol étant humecté par les eaux, la chaleur diminue et devient supportable. Au contraire, dans l'Ava , après quelques pluies abondantes qui tombent dans le muis de mai (il y a souvent des années où il n'en tombe pas du tout), le vent du sud-ouest , à cause des monlJirues qui du nord au midi séparent l'Arrakàn d'Ava, et le Siam du Pégou , prenant aveo rapidité son cours du sud au nord, transporte les nuages qui ne se fixent pas, et pendant le même temps cesnuagesse fondent en pluies très abondantes dans les foréis de Siam et du Pégou, ainsi que daus les montagnes d'Assam et du Thibot. lie sont ces grande» pluies, surtout celles du haut

pays, qui juillet et

dam les moi* de juin , juillet et août , ces grandes inondations et débordements de l'Irawaddy , qui , comme ceux du Nil, sont cause de la fertilité des campagnes. Quelquefois l'eau s'élève jusqu'à la hauteur de dix mètres au-dessus du niveau qu'elle avait au mois de février, époqne à laquelle les eaux sont les plus basses : alors le fleuve s'élargit de telle sorte, que dans beaucoup d'endroits on ne peut voir d'une rive à l'autre. Le sol , engraissé par le limon que les eaux en se retirant y oui laissé, ce qui arrive ordinairement vers la fin d'oelobre, est propre à produire et à faire croître toute espère de végétaux utiles.

m Après les grandes pluies qui tombent jusqu'au commencement de juin, et qu'on appelle

Eemières pluies, il se passe souvent pre» de m mois et demi dans l'Ava sans qu'il tombe

de l'eau j mais depuis le mois d'août jusqu'au commencement d'octobre il pleut ordinairement : c'est ce que les Birmans appellent les secondes pluies, qui sont plus ou moins abondantes. Cest alors que les habitants se mettent à planter du rit, i semer du coton, du sésame, de l'indigo et du tabac, qui n'est pas inférieur i celui d'Amérique, etc. Quand par malheur la deuxième pluie vient à manquer, la récolte ne suffit pas aux besoins de la population , et il y a disette; mais dans ce pays elle n'est pas à craindre, parce que les pluies étant toujours abondantes dans le bas Pégou , on y récolte une quantité prodigieuse de riz, et les habitants s'empressent d'envoyer à ceux de l'Ava le surplus de ce qui leur est nécessaire. Quoique les Birmans n aient pas l'habitude de manger du pain, ils cultivent cependant le fromeut : la plus grande partie est envoyée à Rangoun, où il sert de nourriture aux étrangers, et us particulièrement à faire le biscuit pour les navires; quelquefois aussi on en fabrique dans la capitale pour les provisions des fonctionnaires civils et des officiers militaires lorsqu'ils vont en campagne, car ils ont pu remarquer qu'il est plus commode que le rix pour le transport. Avec le froment nettoyé seulement de sa balle, rois dans du lait et me» laugé du suc d'un palmier , les Birmans font une espèce de bouillie très-substantielle et bonne au goàt ; ils font aussi un mélange a\ec du ris, diverses sortes de grains de fruits sauvages et avec le* racines de quelques arbres,

Î'ils font préalablement ramollir ; et lorsque tout est bien amalgamé ils le foui cuire dans de l'eau. Eu outre, les habitants de l'Ava ont déjà, depuis quelque temps, commencé i cultiver le manioc, lequel ne recherche pas l'humidité et n'est pas difficile sur la nature du terrain, et qui dans l'occasion peut secourir les plus pauvres contre la famine. « De Rangoun à Amméraponra, daus le voi-

sinage du fleuve, l'air est généralement bon et salubre ; dans quelques lieux déterminés, cependant, il se présente des cas de fièvre intermittente , peu maligne et qui cède facilement au traitement par le quinquina , et plus encore à l'emploi du sulfate de quinine. Mais dans l'Arrakàn, dans l'île Neg rais et sonvoisinage, au nord d'Ammérapoura, et surtout dans les bois et les montagnes voisines du royaume de Siam , l'air est généralement mauvais : tous ceux qui s'arrêtent en ces lieux et y donnent, même pendant une seule nuit , sout attaquée de fièvres d'uue nature pernicieuse à laquelle beaucoup de malades succombeut. Il en est de même de ceux qui habitent le long du fleuve et qui en boivent l'eau. Dans l'intérieur du pays les Birmans font quelquefois usage de l'eau de pluie, qu'ils recueillent , mais beaucoup plus de celle des puits, qui est généralement bonne. Ces puits sont peu profonds et fort larges; ils en tirent l'eau au moyen d'une bascule. Un homme, les deux pieds posés sur le bord , pèse avec la main, de haut en bas, sur un bambou lié à l'extrémité d'nne longue poutre à laquelle se trouve attaché un grand seau , lequel lursqu'il est rempli d'eau s'eleve avec facilité par l'effet d'un contre-poids placé i l'autre bout de la poutre. Les seaux dont ils se servent sont quelquefois en bois ou en terre cuite ; mais ceux dont l'usage est le plus fréquent sont faits avec du tissu de rotin enduit d'un vernis épais.

a Dans tout le royaume on peut habiter le voisinage des lacs sans en éprouver aucun effet nuisible : l'action du soleil, raréfiant extrêmement l'atmosphère, affaiblit les vapeurs de ces lacs et leur enlevé leurs qualités délétères. »

PRODUCTIONS MINÉRALES ET VHGR- TALR8; ANIMAUX.

Comme nous ne. saurions avoir la prétention de résumer ici en une sorte d'exploration scientifique de l'empire birman les observations recueillies par les voyageurs les plus éclairés , nous nous bornerons à donner à nos lecteurs une idée générale des productions du pays, et nous examinerons brièvement quelle application ces ressources naturelles ont trouvée dans l'industrie nationale ; quelle influence elles exercent sur le caractère et les habitudes des populations; quel avenir elles promettent au commerce et, d'une manière contingente, à la civilisation. Peu de pays sous ces divers rap* ports peuvent être considérés comme

{dus riches de leur propre fonds que ne 'est l'empire birman ; et il uous sera ta-

368 L'UNIVERS

cilede nous en convaincre par l'énumé- ceux oui cachent, vendent ou achètent ration rapide de ses productions dans ces rubis réservés. Crawfurd mentionne les trois règnes. avoir vu deux pierres fines participant à Règne minéral. — Les principaux mi- la fois du saphir et du rubis. — Le pronéraux dont l'existence a été constatée duit des mines est la propriété exclusive dans les pays sujets à la domination du du roi. Le plus gros rubis reçu par le roi souverain birman , et qui sont l'objet du temps de Crawfurd pesait cent vingtd'une exploitation plus ou moins régu- quatre grains. Aucun étranger n'a la perlière, sont : la pierre calcaire, le marbre, mission de visiter les gîtes gemmiferes. les pierres précieuses, la serpentine, le Le fer est de très-bonne qualité et fer, l'or, l'argent, le cuivre, l'état n . le très-abondant; mais les Birmans sont plomb, l'antimoine, l'ambre, le charbon si ignorants dans l'art de traiter le midé terre, le pétrole, le sel , le nitre ou nerai, qu'ils n'en tirent qu'un très-mé-

E lu tôt nitrate de potasse , le natron , etc. diocre parti. Une mine, située dans le ,e territoire birman peut se diviser, au voisinage de Miédu, fournit un fer qui, point de vue minéralogique, en quatre selon M. Leconte, égale l'acier pour la régions principales : — a. Le grand ter- dureté : les mines les plus exploitées se rain d'alluvion formé par le cours infé- trouvent près de la ville de Prôme. L'or rieur des fleuves Irawaddy , Sétang et se recueille en petite quantité dans les Salwen; — 6. Le terrain de formation sables de quelques torrents, dans la secondaire ou tertiaire, qui s'étend du rivière Sétang, dans celle de Pégou ou 18* au 19' degré de latitude nord jusque Bagû, et dans une autre au-dessus de près du 22e ; — c. La répion monta- Prôme ; d'où il est permis de conclure gneuse, de formation primitive, qui que les montagnes où ces torrents et ces nome A va au nord-est et a l'est; c'est rivières prennent leurs sources recèle Laos ou Lao, autrement dit le pays lent des minesd'or; mais personne n'ose des Shâns ; — d. Enfin , le pays élevé et se livrer à des recherches ou des tentatiraontueux qui forme la limite occiden- ves d'exploitation qui entraîneraient des taie des bassins de lira waddy et du K yen- frais et donneraient lieu à des exactions Dwen. La troisième de ces divisions de toute espèce ; et comme la consomparaît être de beaucoup la plus riche, raation de I or est excessive dans tout le On trouve dans le voisinage d'Ava des royaume, il faut que l'importation étrancarrières de marbre propre à ta statuaire gère alimente les marchés de ce précieux et de la plus belle qualité; on l'a jugé, métal. La majeure partie de celui qui d'après les échantillons apportés en An- se consomme dans le pays vient de la fileterre, égal à celui de Carrare. Les Chine, de la côte de Malacca et d'autres Birmans ne l'emploient, selon M. Le- lieux. Cetor s'emploie pourdes bracelets, conte (ou le père San-Germano), que desbagues, des rouleaux pour les oreilles pour faire des statues de Godama. Les et autres ornements à l'usage des deux pierres précieuses que l'on extrait du sexes , mais surtout pour la dorure des sol birman appartiennent principale- baos, des temples, des palais, qui, étant ment à la famille des saphirs et des ru- toujours exposés à la pluie et aux internes : on les recueille en creusant le lit pênes de l'air, ont souvent besoin d'être de certains ruisseaux et par le lavage réparés et redorés. L'argent se tire exdu gravier. Le saphir est peu estime; clusivement de mines qui se trouvent il n'en est pas de même du rubis : les dans le pavs des Shâns , non loin de la mines dans lesquelles on le trouve province chinoise d'Yunnan. Le princisont dans les pays de Palaon et de pal lieu d'exploitation, selon Crawfurd, Aoe'(l). Le roi y tient des inspecteurs est appelé llartwang : les entrepreneurs avec des gens armés. Toutes les pierres et miueurs sont tous Chinois. Crawqui dépassent un certain poidset unecer- furd estime le produit des mines à trois taine grosseur sont réservées pour le millions environ , sur lesquels les Chitrésorroyal, et il y a peine de mort pour nois payent au roi d'Ava un droit d'exploitation d'un vingtième à peu près , (i)Sont-ce les mêmes localités que Crawfurd soit 150,000 francs, désigne sous les noms de Moganlel Kyat pëan? Les Birmans, tOUS

de l'alchimie, sont fermement persuadés que les métaux communs peuvent être convertis en or ou en argent, à l'aide de certaines opérations mystérieuses.

Beaucoup de personnes aisées dissipent tous leurs biens en préparations chimi-

3ues pour arriver à cette transmutation ésirée, et les imposteurs , en possession des prétendues recettes infaillibles qui doivent conduire à la consommation du grand œuvre , trouvent , journellement encore, des dupes dans toutes les classes de la société birmane , sans en excepter la famille royale. Le cuivre, rétain, le plomb et l'antimoine existent certainement, et probablement en grande abondonce , dans le Laos , mais l'exploitation en est fort restreinte; en sorte que les Chinois importent annuellement du plomb et de l'étain. En général on peut affirmer que telle est l'infériorité industrielle des Birmans, que les richesses métalliques de leur pays leur sont à

ru près inutiles, et qu'ils sont réduits demander à l'importation étrangère des ressources que leur propre sol leur livrerait en abondance s ils savaient l'exploiter.

Le pétrole s'extrait en quantité considérable de puits situés à Ré nan-gyaoung, et que Crawfurd a décrits avec soin dans son Journal. Ce pétrole est trèsépais, et a l'odeur très-forte et désagréable; on le transporte dans toutes les parties du royaume, où on l'emploie principalement à l'éclairage; il sert aussi a enduire, presque tous les ans, les maisons construites en planches de bois de teck, auxquelles il donne du lustre, et qu'il conserve surtout en les préservant des attaques des fourmis blanches. On en exporte une très-grande

3uantité à Rangoun et Bassein, et de là ans les ports de la côte de Coromandel et du Bengale. La production totale annuelle est estimée par Crawfurd à vingtdeux millions de viss, ou plus de quatrevingts millions de livres acoir du poids.

Dans tout le royaume on recueille une très-grande quantité de nitrate de potasse (salpêtre ), qui se vend à vil prix, mais l'exportation en est défendue. Le sel abonde ainsi que le natron : ce dernier à l'état d'efflorescence ou d'incrustation , à la surface du sol , est employé, parles Birmans, en guise de savon ; le sel

24* Livraison. ( Indo- Chine.)

commun ou rouriate de f onde se recueille dans plusieurs lacs des provinces septentrionales. On trouve de tous côtés dans TA va (dit M. Leconte) une certaine terre alcaline que les Birmans appellent xappià, qui est employée pour blanchir les toiles. C'est probablement le natron ou carbonate de soude , dont nous venons de parler.

Régne végétal. — Parmi les productions végétales du royaume d'Ava , les plus remarquables, comme aussi les plus utiles , sont : les bois de construction , les palmiers , et les bambous ; le teck se rencontre en de vastes forêts dans tout le bassin de l'frawaddy et dans la province de Marlabau. sur les bords des principales rivières, mais seulement à dater du point où la marée cesse de se faire sentir. Le teck d'Ava est regardé comme inférieur à celui du Malabar pour la construction des navires , mais il lui est préféré pour toutes autres constructions? Après le bois de teck vient celui de thingan, hopœa odorata des botanistes , arbre de haute futaie , trèsabondant dans les provinces du sud et fort employé pour la construction des bateaux. Le bois de soundrie de l'Inde ( heretiera robusta ) y est aussi fort commun. Le bambou y atteint des dimensions extraordinaires; nous nous rappelons avoir vu la partie inférieure d'un jet de bambou du Pégou, apportée à Calcutta, et qui n'avait pas moins d'une vingtaine de pieds de long sur huit à dix pouces de diamètre. Un nœud de ces gigantesques bambous forme un excellent vase pour puiser ou conserver l'eau. Le mimosa catechu, que l'on rencontre dans toutes les forêts du pays, est aussi un arbre d'une grande utilité, tant à cause de la dureté de son bois, dont oh fabrique le plus grand nombre des instruments aratoires et des ustensiles de ménage, que parce qu'on en extrait, par la cuisson, du cachou {(erra japonica ) de bonne qualité, surtout dans les provinces septentrionales. Le cocotier et l'aréquier sont assez abondants dans le sud ; mais on en voit moins à mesure qu'on remonte la vallée de l'Irawaddy , et dans le voisinage de la capitale ils sont excessivement rares ; mais, en récompense, le palmier connu sous le nom de borassus flabeUiformis est

L'UNIVERS

universellement répandu et cultivé dans cette partie du pays. On en extrait, par incision, un suc qui soumis à la cuisson s'épaissit et se concentre en un sucre grossier {jagre ou jagri), dont il se fait une immense consommation. Les feuilles de ce même arbre s'emploient universellement pour couvrir les maisons [atap). On s'en sert aussi pour écrire ( avec un poinçon) les lettres courantes; Pécorce des* grosses côtes des feuilles fournit d'excellents liens pour les constructions rurales en bambou.

Enfin , comme l'intérieur du tronc est mou et filamenteux, il est facile à forer, et les Birmans l'emploient à la conduite des eaux. Les forets renferment une grande quantité d'arbres utiles , et entre autres des arbres à vernis, Parbre à caoutchouc ; le pa-douk, espèce àeptero' corpus qui produit la gomme kino; un autre arbre de la même famille, duquel on . extrait le gurdjun ou « huile de bois » ; le qarclnia elllptica, qui produit une espèce de gamboge ; le nan-ta-rouk, ( llquidamber altingia ) , le Jkus indica (le bpurr, bârr des Hindous), le jicus religiosa (I) (peepul, pipeul, pipâl

(i)Decesdeuxarhres remarquables, qu'on retronvedans toute l'Inde postérieure, le premier, le bdrr ou bdtt ( de vall, « lier » ), se distingue par ses racines pendantes, dont plusieurs deviennent des troncs supplémentaires, et dont les plus fines sont employées dans diverses parties de l'Inde en guise de cordes : c'est le multipliant { waringlùn des Malais). Cet arbre ne se trouve pas sur les montagnes; on le considère comme sacré, et on ne se permet pas de couper une de ses tiges-racines ( précieuses pour divers usages par leur élasticité et leur dureté) avant d'avoir apaisé, par le sacrifice d'une chèvre, le génie de l'arbre. — Les Birmans le désignent, selon San-Germauo, par le nom de gonclan ; il est sacré i leurs veux parce que leurs écritures disent que c était sous son ombrage que Godama adressait ses prières au Bouddha, qui l'a précédé. Le pipai ( de pat « conserver » ) est encore en plus grande vénération, au moins parmi les Hindous; car il ne suffirait pas d'un sacrifice pour effacer le crime de blesser ou mutiler cet arbre saint, et heureusement le bois n'en est bon à rien : c'est l'arbre de science, bodhidrooma, de la mythologie hindoue, ou simplement bodhi, « savoir, »d'où le fameux bo des bouddhistes. — Il est à remarquer que les synonymes sanscrits , pour

des Hindous ) ; le soi ou saul, valeria rolmsta ou shorea robusta ; le ssisou,

pipâl, sont : nagbundhoo, h aimé par les éléphants », koonjurasltun , « nourriture pour les éléphants. •> — Gadjasshun et gadjbhukshuk ont des significations analogues et si vraies, que les fosses dans lesquelles on attire les éléphants sauvages sont , autant que possible, creusées près d'un pipâl ou d'un b&rr.

— Munaka, nom sanscrit de l'éléphant, vient de mun ( pron. : mlnn, meunn ) « penser, « comprendre. » — Le major Madden, dam un article des plus intéressants inséré dans le Journal de la Société Asiatique du Bengale, ( mai 1848 ) fait observer à ce sujet que les Hindous ont déifié la sagacité de l'éléphant dans Ganeish, et que peut-être ils out attribué celte sagacité à l'usage habituel des feuilles de pipai comme aliment! — Voilà une origine rationnelle de Y arbre de science. — Miltou ne craint pas d'affirmer que le figuier du paradis était le ficus indica, et que ses feuilles ont été le premier vêtement de nos premiers parents, etc. — Si nous nous laissons guider par les traditions et les étymologies, ajoute le major Madden, nous reconnaîtrons dans X'arbre de vie le enpressus semver virens, et dans Varbre de la science, bodhidrooma, le ficus religiosa on le ficus indica... Pline le Naturaliste observe que le fruit du ficus indica est rare et de la di* mension d'un pois, et qu'il acquiert en mûrissant au soleil une saveur délicieuse, « digne, ajoute-t-il, de cet arbre merveilleux. »

— L'un des noms sanscrits du ficus indica est vrikshadun : mot à mot, l'ordre qui nourrit. — Le Padma pourana contient à cet égard un passage remarquable, que nous ne pouvons nous refuser au plaisir de reproduire ;

<• Or il arriva que les femmes des Tre- « pourassotirst dansant autour de Vu<wattha « ( pipàl ), qui est le roi des arbres, cher- « chaientà cueillir les fruits qu'elles voyaient « pendre de ses branches élevées. — Vishnou, « prenant la forme d'un prêtre , leur dit « qu'elles ne réussiraient a se procurer le « fruit, obict de leur convoitise, qu'autant « qu'elles danseraient nues autour de l'arbre ; « elles obéirent à cette injouction, et Vi*h- ■ non , pénétrant à l'instant l'arbre sacré, a comme il pénètre tout sur terre et an « ciel, l'agita avec uu bruit semblable a celui « du tonnerre; les femmes, effrayées, se « pressèrent autour du tronc, qui prit immè- « dialement la forme d'un jeune homme nu « comme elles, et dont les embrasse rnenls leur « procurèrent le fruit qu'elles désiraient, en

— leur faisant perdre néanmoins l'innocence « qui donnait l'immortalité à leurs époux. »

INDO-OIINE

espèce de dalbergla qui atteint des dimensions gigantesques; \esitsaut, autre espèce de dalbergla ; le grand cotonnier à fleurs rouges, etc.; une variété infinie de lianes, parmi lesquelles on en cite une que Ton peut qualifier de dés altérante par excellence, car, suivant le capitaine Halsted, de la corvette Childers (Rapport sur l'île de Tchedouha :

Journal de la Société Asiatique, vol. X), un tronçon de cette liane, de deux pieds de long , a fourni plus d'une demipinte d'eau parfaitement claire et de bon odt ; des rottins de cent quatorze pieds e longueur sur un pouce et demi de diamètre ; des cactus , etc., etc.

La canne à sucre , appelée par les indigènes kran, parait avoir été connue dans le Birman depuis des temps reculés; mais à l'époque où Crawfurd se trouvait à Ava on ne cultivait cette plante qu'en petite quantité ; et on ne savait en extraire le suc que par la mastication : l'art d'en faire du sucre était ou paraissait inconnu. Selon M. Leconte cependant , les Chinois qui habitent Amarapoura ont commencé à y manufacturer le sucre de canne et à le raffiner dès la fin du siècle dernier; et aujourd'hui cette industrie a pris un assez grand développement dans les provinces" du nord, ou on fabrique, assuret-il , d'aussi beau sucre qu'au Bengale.

L'agriculture birmane a fait peu de progrès, et les Birmans se montrent, comme cultivateurs , inférieurs à tous les peuples qui les entourent. Heureusement, la fertilité du sol supplée en général à l'ignorance et à l'indolence des indigènes. Ici , comme dans toute l'Asie postérieure, le riz est la principale culture. Cette culture se fait à peu de frais dans les pro?inces méridionales, où la mousson pluvieuse détrempe et féconde le terrain. Il n'en est pas ainsi dans le nord, où, avec infiniment plus de travail, le riz {s'han ou sampa en birman) rend au plus de quinze a vingt pour un, tandis que dans le sud le produit est fréquemment de cinquante à soixante pour un. II en résulte que le riz est communément de cinquante pour cent plus cher dans le haut pays, où on en importe annuellement des provinces méridionales. Le maïs et le millet indien (hotcui sorghum) sont généralement

cultivés dans le nord d'Ava ; mais le produit , qui dans plusieurs autres pays s'élève à quatre et cinq cents pour un, atteint à peine ici cent pour un. Le froment vient à merveille : il est d'excellente qualité, et rapporte quarante pour un. Mais c'est un grain peu estimé, des Birmans, qui ignorent en général l'art d'en faire du pain (1). Crawfurd fait observer à ce sujet que si le haut pays d' Ava eût été habité par une des races de l'Occident, le froment, et non le riz, serait devenu, selon toute probabilité, la base de la nourriture du peuple. Les autres grains cultivés pour l'alimentation de l'homme sont surtout le phaseolus max ( mash-ki-dûl des Hindoustanîs ), le dolichos bengalensis , le cicer arirtinum (gram de THindoustan ), etc. La pistache de terre, arachis hypogœa, est également cultivée, mais en petite quantité, et non pas pour son huile, comme dans d'autres contrées de l'Inde maritime. Selon M. Leconte, les Birmans ont toutes les espèces de haricots connus, tous les légumes d'Europe viennent parfaitement dans toutes les parties du royaume, et ils possèdent des espèces qui nous manquent. S'il en est ainsi, plusieurs légumes, etc. , doivent être d'introduction récente dans le pays; car du temps de Crawfurd la yam ou igname venait d'être introduite de Malacca, la patate douce était à peine connue et la pomme de terre ordinaire ne l'était pas du tout. Des graines oléagineuses la seule qui paraisse être Pobjet d'une culture régulière en Birman est le sesamum indicum, le sésame, qui fournit une huile excellente, non-seulement pour l'éclairage, mais encore pour la friture et pour l'assaisonnement des aliments.

L'horticulture est dans son enfance.

Bien que la consommation en fruits, légumes, herbages, soit très-considérable, elle est alimentée par les champs, les bois, les étangs, bien plus que par des jardins , luxe à peu près inconnu aux Birmans. Les fruits sont les

(t) Le froment est appelé en birman g' h jim sampa et htla sampa. Le premier nom est lire de l'hindi ghëoun , « blé et signifie « blé-riz «; l'antre, « ril d.-i étranger» occidentaux ».

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