MALADIES, REMEDES ; MÉDECINS DES
birmans; punérailles.
La nourriture peu substantielle et assez mauvaise des Birmans et l'excessive transpiration les préservent de beaucoup de maladies, que la bonne alimentation, l'aboi ida n.v du san* et le froid font éprouver aux Européens. Les maladies inflammatoires des poumons, les rhumatismes, la goutte, leur sont inconnus, ainsi que toutes les conséquences d'un tempérament sanguin. Les maladies qui leur sont communes avec nous , telles que les lièvres muqueuses et pernicieuses, ne sont pas aussi longues et aussi obstinées qu'en Europe, les symptômes n'en sont pas aussi effrayants , et rarement elles sont accompagnées de convulsions et de délire. Mais, au contraire , les Birmans sont très-sujets aux maladies causées par la débilité el le relâchement, telles que la dyssenterie, le tenesme, la diarrhée; et parmi elles la plus meurtrière est celle qu'ils appellent dapieck, ce qui veut dire « digestion gâtée ». Ceux qui sont attaques de cette dernière maladie , qui vient à la suite d'une dysseuterie ou d'une diarrhée mal soignée, ne peuvent rien digérer; ils rendent les aliments autant par la bouche que par les voies ordinaires, sans qu'ils aient subi la moindre altération, et les malades deviennent peu a peu si maigres, qu'il ne leur reste plus que la peau sur les os. Les Européens sont encore plus que les autres habitants du pays sujets à cette maladie, à cause des excès qu'ils commettent dans le manger, et encore plus de l'abus des liqueurs fortes qui se préparent dans l'Inde, comme l'arack de Batavia et le rhum du Bengale.
Une maladie propre à ce pays, et que les Birmans nomment teh, « la montante », est une espèce d'engourdissement qui , commençant d'abord aux pieds . s'élève peu à peu en s'étendant , et finit par un tel anéantissement de l'énergie vitale que le malade perd la parole el le sentiment. Ils l'attribuent aux vents; mais il faut en chercher la vraie cause dans le peu d'exercice que prennent les hommes a un âge avaucé, et l'abus qu'ils font des aliments visqueux et acides : aussi les jeunes gens, les laboureurs, et ceux qui maigre la loi, font usage des liqueurs
fortes, sont-ils exempts de cette maladie, fréquente chez les talapoins et ceux qui passent les nuits près des morts. L'unique remède qu'ils emploient est de se mettre trois, ou un plus grand nombre de personnes, à masser violemment et fouler quelquefois même avec les pieds, les membres du malade, pour exciter de la douleur, et ils font durer ce massage jus- 1 qu'a ce que le patient ait retrouvé le sentiment. L'expérience a prouvé que ce remède était souvent efGcace ; mais il est aussi souvent une cause de mort, et cela par suite de la force et de la vivacité avec laquelle on masse le patient. Ainsi il est arrivé de voir huit ou dix hommes vigoureux unir leurs efforts pour frotter avec une espèce de fureur tous les membres, le cou et la poitrine de personnes surprises d'un fort accès de teh , et la mort s'ensuivre, le malade ayant été pour ainsi dire étouffé.
Quoique le choléra fasse moins de ravages dans le royaume birman que dans quelques autres contrées de l'Inde , et qu'il n'y soit pas endémique , de temps à autre', cependant, il sévit avec assez d'intensité. Les habitants distinguent deux sortes de choléra, et ils les attribuent à de fortes indigestions. Dans un des deux il y a de suite évacuation, à la-
Selle succède immédiatement une sueur >ide, des crampes , les hoquets , la défaillance et la mort. L'autre est appelé choléra sec; et il passe pour le plus dangereux : l'estomac, dans ce cas, devient inapte à expulser par les vomissements ou les selles les matières qu'il renferme ; les souffrances et les convulsions sont plus terribles dans ce cas que dans l'autre, et la mort est plus prompte. Les Birmans ne peuvent apporter de remède effif-ace à cette terrible maladie ; ils la traitent avec des astringents, qui souvent en accélèrent la marche. Les chrétiens habitant le pays font usage d'un singulier traitement, qui paraît être de quelque efficacité : il consiste à frapper continuellement avec vivacité et sans interruption, avec deux doigts, le bras nu du malade, et cela jusqu'à ce que cette partie soit devenue rouge et douloureuse; c'est, comme on le voit, une sorte de remède révulsif; ils y joignent l'usage de quelques tisanes adoucissantes.
Avant la couquête de l'Arakûn, sous
Badonsachen, la petite vérole faisait un incroyable ravage des pauvres habitants du royaume, moins par sa maliguité et le préjudice que causait un mauvais traitement, que parce que ceux oui n'en étaient pas attaqués, craignant la contagion, voyaient mourir leurs parents et leurs voisins sans leur donner aucune assistance, et abandonnaient souvent les lieux habités. Les Arakânais conduits en esclavage dans le royaume, etqui avaient quelquefois heureusement pratiqué l'inoculation, introduisirent cette méthode,
3ui a depuis sauvé la vie à beaucoup d'inividusdetoutâge. Les missionnaires et quelques aventuriers européens, se disant médecins , ont cherché à y introduire la vaccine; mais jusqu'à ce moment l'usage de ce traitement préventif est peu répandu et presque inconnu. Les Birmans, ainsi qu'on a déjà été à même de le juger, sont fort peu avancés dans l'art de guérir. — La bonne médecine est fondée sur des connaissances anatomiques approfondies, sur de longues études de l'organisation humaine , et sur les modiGcationt que le traitement doit subir, tant par suite de la diversité des tempéraments que par la nécessité d'avoir égard aux influences des localités. Godama, qui paraît avoir voulu parler de tout dans ses sermons, sans connaître l'anatomie, assigne le nombre d'os, de veines, de nerfs et de parties dont se compose le corps humain. De plus, dans un livre classique de médecine birmane, il est dit que le corps est composé de quatre éléments ; l'air, l'eau, la terre et le feu, et qu'il contient le germe de quatre-vingt-seize maladies; qu'elles sont causées par les pensées affligeantes , par les saisons , et les aliments ; que celles produites par les pensées ont leur siège dans le cœur; que celles occasionnées par les saisons et les aliments l'ont dans le ventre , et qoe les symptômes des maladies doivent s'observer dans les cinq sens, la vue, l'ouïe, etc. Nonobstant ces belles counaissances, la médecine birmane consiste toute dans l'emploi de diverses racines , écorces d'arbres et autres simples, que les Shans, spécialement, trouvent en abondance dans leurs bois , et parmi lesquelles il y en a peu qui aient quelques vertus propres à guérir les maladies. Les médecins birmans
L'UNIVERS
font aussi un emploi excessif des épices, telles que le poivre long, le piment, la noix muscade, le girolle, etc. Ils vont souvent eux-mêmes rechercher les racines médicinales dans le temps des éclipses de soleil et de lune, parce qu'ils croient qu'elles ont alors une vertu bien supérieure. — Tout Birman , quel qu'il soit, peut exercer la médecine sans être assujetti à faire des études, à subir un examen quelconque; un diplôme n'est pas exigé, et l'on n'a besoin de l'autorisation de personne. Il n'est pas rare de voir des gens qui se livraient aux plus rudes travaux manuels , et sachant à peine lire, devenir tout à coup médecins et docteurs. Lorsqu'un Birman est malade, il est curieux d'entendre toutes les personnes qui viennent le visiter ; car il n'en est aucune, quel que soit son sexe , qui ne veuille donnerson opinion, et faire prendre une médecine appropriée à la maladie. — Quand les médecins sont appelés à visiter un malade, ils apportent avec eux un petit sac, qui contient une variété de tronçons de roseaux ou de bambous, contenant des poudres, des pilules, etc., qu'ils ont préparées eux-mêmes. Après avoir fait quelques questions, ils ouvrent le sac pharmaceutique, présentent au malade quelques pilules qu'ils lui font prendre dissoutes dans l'eau chaude , et en se retirant ils laissent trois ou quatre doses qui doivent être administrés pendant le jour et la nuit ; comme ils savent que la confiance des malades est d'autant plus grande que le médicament est plus désagréable à prendre, ils sont prodigues de préparations qui ne laissent rien à désirer sous ce rapport. Quelquefois il arrive que dans les maladies aiguës les médecins restent pendant des heures entières dans la maison du malade, et dans les forts accès donnent eux-mêmes les médecines. Le remède n'est pas encore arrivé dans l'estomac qu'ils demandent au malade s'il éprouve du soulagement : si celui-ci répond que oui, ils s'empressent de lui redonner le même médicament. Si le malade dit, un peu de temps après, qu'il ne se sent pas mieux , ils changent , et font usage d'une autre poudre ou pilule, et ils chargent de tant de remèdes échauffants l'estomac du pauvre malade, que celui-ci meurt du traitement plutôt
que de la maladie; cela arrive le plus souvent aux personnes riches et d une santé forte, qui dès qu'elles se sentent malades font appeler de toutes parts médecins et docteurs; ceux-ci veulent tous donner leur médicament particulier, et l'on assure que dans beaucoup de circonstances, lorsque deux individus de condition différente ont la même affection sérieuse, le riche, entouré de méde- * cins, court plus de risque que le pauvre.
— Les médecins birmans ne consultent ni la nature des excréments ni la couleur de la langue , mais ils observent les pulsations des artères ; ils le font à la fois en deux endroits différents avec chacune des deux mains; ainsi ils tâteront en même temps le pouls au poignet et au pied ; s'ils battent également , ils disent que le sang est « égal » ( ils pensent que lorsque le sang est vicié ou altéré , les pulsations observées dans deux régions différentes du corps sont inégales); peu leur importe, d ailleurs, que le pouls soit faible, fort, ou intermittent ; et comme les artères battent jusqu'au dernier soupir, ils continuent toujours cette observation sur les diverses parties du corps pour voir si le sang est bon , et ils y joignent jusqu'au dernier moment l'administration de leurs médicaments.
— Souvent aussi les médecins prescrivent la diète; elle consiste dans l'interdiction d'aliments de certaine qualité.
Dans la fièvre et quelques maladies aiguës , non-seulement ils n'interdisent
Sas la nourriture, mais ils affirment que ans ces cas l'alimentation ne peut aggraver le mal. Ils pensent que les purgâtions sont contraires à la guérison de ia fièvre, et qu'elle doit se traiter avec des médicaments chauds et irritants; souvent ils en agissent ainsi avec les personnes qui ont une petite fièvre accidentelle, et le résultat de la médication est pire que le mal lui-même : il en résulte fort souvent que les fièvres, qui étaient assez légères dans le principe , deviennent, par suite du traitement, aiguës et pernicieuses. On assure que c'est parce qu'ils manquent de bons purgatifs qu'ils out de la répugnance à purger les fiévreux : le seul purgatif qu'ils emploient est l'huile de ricin.
Des missionnaires italiens avaient découvert, dit-on, au Pegou une racine qui
INDOCHINE
avait à peu près la même vertu que lejalap, et une autre qui avait celle de l'ipécacuanha; mais les médecins birmans tiennent à leurs anciennes méthodes, et ne veulent que difficilement adopter de nouveaux médicaments, spécialement quand ils viennent des étrangers. Nous avons déjà rapporté comme quoi ils contraignent les femmes en couche à souffrir l'action d'un feu ardent capable de les rôtir ; ils leur font prendre en même temps des médecines très-chaudes et toniques, pour faciliter la sortie de Carrière-faix et des lochies; ces malheureuses ne peuvent ainsi accoucher sans éprouver de graves désordres dans leur santé, et il arrive fréquemment de voir succéder à l'accouchement l'hémorrhagie, l'inflammation de l'utérus, la diarrhée et la fièvre pernicieuse : aussi on en voit beaucoup qui succombent. Malgré cette mortalité chez les femmes, le nombre en est toujours prodigieux, et l'on estime, dit M. Leconte, qu'il est triple de celui des hommes (I). Quand les médecins (ajoute-t-il) voient que la maladie qu'ils traitent ne cède pas aux remèdes après un certain nombre de jours de soins et de prescriptions , ils ont recours à un subterfuge pour mettre leur réputation à couvert, et déclarent avec une gravité toute doctorale que si le mal résiste à tant de bons et excellents médicaments, c'est qu'il est causé par de mauvais tiâts ou par le maléfice des sorciers : car les Birmans sont persuadés que ces êtres privilégiés occasionnent souvent dans l'organisme des désordres et des phénomènes extraordinaires, entre autres le iappen, qui, suivant eu3f, est un morceau de chair, d'os ou de tendon , engendré et introduit par leur maléfice dans le corps humain. Les Birmans croient que les nàts président aux arbres , aux montagnes , aux terrains , etc., et entre tous un cer-
(i) Au sujet de» maladies des femme* et des soins que leur donnent les médecins birmans, nous trouvons ce fait singulier, mentionné dans le voyage d'Alexaoder, savoir, qu'un médecin birman entreprend la cure d'une jeune femme à la condition que s'il la gueril, elle devient sa propriété, et si elle meurt; le docteur paye ce au el/e vaut aux parents (p. 18 )!
tain «ôVdes bois, qu'ils distinguent des autres et qui est appelé nâ/zo. C'est ce mauvais esprit qui a la réputation d'être l'auteur d'un grand nombre de maladies ; si ce n'est lui , c'est un sorcier, et les médecins ont l'effronterie de dire que l'attouchement du pouls les en informe. Il est alors ordinaire que les malades aient recours à quelques pratiques superstitieuses , et ils apprêtent, comme ils le disent, la médecine des sorciers. S'ils croient que la maladie | ro vient du nrf/so, les médecins prescrivent des offrandes de riz, d'aliments piquants, de poulets rôtis, de fruits, etc., lesquelles offrandes sont en définitive à leur profit, et ils font ensuite, ainsi qu'ils le disent, « danser le ndtzo ». Alors une femme flétrie , qu'ils appellent l'épouse de ce mauvais nût , danse au son du tambourin et de quelques autres instruments, dans une tente dressée à cet effet, et dans laquelle les parents du malade mettent quantité de fruits et d'autres choses qu'ils offrent au nât, et oui sont un bénéfice de plus pour le charlatan. Elle se met à gesticuler, à faire des contorsions, et se déclare possédée du mauvais esprit : alors elle
I prononce des paroles incohérentes , que es Birmans croient être la réponse du nâtzo sur l'état du mabde et l'issue de la maladie. Si cette étrange consultation ne convient pas, il reste toujours au médecin la ressource de dire que la puissance et la malice du nàtzo sont supérieures à tous les remèdes.
Des missionnaires qui avaient étudié la médecine et la chirurgie furent envoyés dans ce pays il y a plus d'un siècle; ils firent tous leurs efforts pour amener les Birmans à reconnaître l'absurdité de leur traitement des maladies, et cherchèrent à combattre leurs superstitions. Ils réussirent quelque peu dans les lieux où ils avaient établi leur domicile; mais il leur fut impossible d'ôter au peuple son attachement pour les antiques usages. Les Birmans ne comprennent pas qu'il y a des maladies qui par leur nature sont de longue durée : ils sont tellement pressés de se guérir,
3u'ils pensent que deux ou trois doses 'une bonne médecine doivent sufiire.
Quand après l'avoir prise ils voient que le mal ne diminue pas au bout de quelques jours , ils jugent le médecin
L'UNIVERS
inhabile, et recourent à un autre; si celui-ci ne les guérit pas promptement, on en fait appeler un troisième, et si par hasard après les prescriptions de ce dernier, la maladie ayant parcouru ses périodes , le malade entre en convalescence , alors ce médecin acquiert une grande réputation de capacité.
A l'époque où M. Leconte recueillait les notes dont nous faisons usage, l'abbé Domingo, curé de Rangoun, exerçait la médecine parmi les chrétiens qui habitent cette ville et un certain nombre d'indigènes bouddhistes, qui, se trouvant fréquemment en contact avec les étrangers , sont un peu moins superstitieux qu'ailleurs et ont moins de préjugés; ils reconnaissaient la capacité du bon missionnaire, et des gens en place avaient même souvent recours a lui. Il traitait également les pauvres et les riches avec le plus parlait désintéressement; et comme il était bon, simple et tolérant , sa clientèle était très-nombreuse.
« Les Birmans, dit M. Leconte , s'adressent de préférence aux Européens pour le traitement des blessures et des maladies qui nécessitent des opérations chirurgicales. Ils n'ont pas de chirurgiens, et ordinairement ils ont recours à ceux qui se trouvent accidentellement dans le pays, surtout aux missionnaires, oui savent tous tirer du sang au moyen ae la saignée, et qui par l'habitude qu'ils ont de panser les plaies et appliquer, les onguents et remèdes convenables, font beaucoup de guérisons. I,e sang des Birmans n'étant pas aussi actif que celui des Européens, une simple application d'eau-de-vie camphrée suffit le plus souvent pour guérir même de graves blessures. Les missionnaires font fréquemment usage d'un onuuent composé de cire, d'huile, de tabac, et de résine, et ils en obtiennent les résultats les plus satisfaisants. » — Les Birmans reconnaissent depuis fort longtemps la nécessité de tirer quelquefois du sang; jamais cependant ils n'ont pensé à le faire dans le traitement des maladies, mais seulement lors de l'inflammation des blessures et des plaies. Voici comment ils s'y prennent : ils entaillent superficiellement en plusieurs endroits le membre affecté avec un couteau, et puis ils appliquent une espèce de ventouse.
Indépendamment de ce que la nourriture des Birmans est peu substantielle, comme ils ne prennent pas d'exercice, et qu'ils font un usage excessif du gnapi (qui, ainsi au'il a été dit ailleurs, est du poisson salé corrompu ), ils sont souvent sujets aux maladies de la peau. Le royaume est rempli de lépreux , lesquels habitent en dehors des villes , dans les lieux isolés; et comme il leur est permis de se marier, leur maladie se propage de plus en plus ; ces malheureux, après les talapoins, sont à peu près les seuls mendiants du pays. Dans les villes de Tavoy et de Martaban , qui ne font plus partie du royaume , la lèpre est si commune, qu'il n'y avait avant l'occupation anglaise presque aucun habitant qui n'en fût en quelque sorte infecté, et cela spécialement dans la ville de Martaban : c est pour cette raison que les Birmans appellent la lèpre mal de Martaban.
Comme la mort est le plus souvent la suite naturelle des maladies, le récit de ce qui se pratique aux funérailles paraît devoir trouver ici sa place, et fera le complément de cet article.
« A peine quelqu'un est-il mort, son corps est lavé dans toutes ses parties et enveloppé dans une toile blanche. Ensuite se fout les visites de condoléance des femmes et des amis, lesquels, laissant les proches parents du mort exhaler leur douleur avec des cris et des pleurs, prennent soin de pourvoir à tout ce qui est nécessaire pour les obsèques. Cela consiste à faire construire un cercueil en bois de teck avec un piédestal, à préparer du bétel et du lapech, à en présenter à tous ceux qui accourent, à faire venir des musiciens, etc Les Birmans, et encore plus les Pégouans, qui ont de l'aisance , se servent de la musique dans les funérailles, et les instruments sont les instruments ordinaires; mais les airs qu'on joue sont différents de ceux qu'on entend dans les autres fêtes.
« Dans ces circonstances (dit M. Leconte ) les Birmans ont une coutume remarquable, qu'ils appellent samenkienzu (ce qui veut dire : réunion d'amis ). Cent ou un plus grand nombre de personnes se réunissent en une espèce de confraternité, avec l'obligation de se secourir mutuellement dans toutes les occasions,
INDOCHINE
et spécialement dans celle des funérailles (1). Ainsi, le jour même de la mort d'un Birman tous ceux qui composent la société dont il faisait partie viennent apporter de l'argent , du riz ou quelque autre chose qui puisse servir aux parents du défunt, pendant qu'ils sont en proie à leur douleur, et cela avec d'autant plus de profusion que le luxe dans les funérailles est généralement considérable; tous ont l'ambition de les faire plus splendides et plus somptueuses que ne leur permet leur fortune. Indépendamment du cercueil, du bétel et du tapech, les dépenses de la société consistent dans les aumônes qu'elle distribue aux talapoins et aux pauvres ; ces aumônes sont des fruits de diverses espèces, des toiles blanches de coton et de la monnaie. Pour les magistrats et les gens en place, on dore ordinairement le cercueil ; mais les riches n'en obtiennent la permission qu'à force de présents. Le corps est gardé dans la maison plus ou moins de temps , selon la dignité du défunt, le genre de maladie et le jour du décès.
?,es vieillards et ceux qui se sont distingués par quelque action d'utilité publique sont gardés deux ou trois jours, si les grandes chaleurs le permettent. Les enfants qui ne laissent ni frère ni sœur après eux , et ceux qui meurent subitement , doivent être immédiatement ensevelis : ceux qui meurent le jour de la pleine lune doivent l'être avant minuit du même jour ; il est expressément défendu de passer cette heure.
« Tout étant disposé et préparé, on procède à la pompe funèbre. Les mendiants, les talapoins et les pauvres, marchent en tête; ensuite le plus grand nombre possible de femmes vêtues de blanc, qui sont une espèce de religieuses, portant des paniers remplis de bétel et de fapech, suivent les talapoins des divers couvents on baos qui vont deux à deux. Le nombre de personnes qui compose le cortège est en rapport avec la fortune de ceux qui font les funérailles; et ils y mettent tant d'émulation , qu'il y a des familles qui sont réduites à une extrême misère pour en
(i) La souscription destinée à couvrir les dépenses des funérailles est ouverte pendant les sept jours qui suivent le décès. (Crawfurd.)
avoir fait de trop magnifiques. Après les talapoins, vient le cercueil, qui, lorsqu'il n'est pas doré , est peint eu rouge; il est porté par huit ou pair un plus grand nombre de personnes, qui sont des parents ou des amis du mort, ou des membres de la confrérie à laquelle il appartenait; sur le cercueil sont étendus les plus beaux vêtements qu'il possédait. Viennent ensuite les musiciens, puis les femmes, les 01s et les parents les plus proches, tous vêtus de blanc et pleurant à qui mieux mieux, criant et appelant à haute voix le mort, et lui faisant diverses demandes. Dans les funérailles d'un fonctionnaire public, avant le cercueil marchent ses gardes ou satellites, portant les ustensiles, insignes de la dignité dont il était revêtu, et qui consistent en sa boite à bétel , son vase en or pour boire, son crachoir, sa pipe, son sabre, son miroir, etc. Quand le décédé est sans parents, des femmes sont payées pour l'accompagner en pleurant.
Le convoi est suivi par les parents éloinés, 1rs amis, les esclaves et les suordonnés. Généralement , toutes les funérailles sont accompagnées de beaucoup de peuple, même celles des pauvres, parce que cela est considéré comme un acte de piété et de convenance. La plus grande partie de cette suite se compose de tous ceux qui sont appelés par les voisins, qui vont criant et invitant tout le monde à accompagner le mort.
« Le convoi arrivé au lieu des sépul* t lires, le plus ancien des talapoins fait un sermon, oui consiste toujours dans la répétition des cinq commandements aux séculiers, et des dix bonnes œuvres que chacun est obligé de faire; lorsqu'il a terminé, il fait la remise du cercueil aux fossoyeurs (1) ou gens commis aux sépultures, qui élèvent dessus un bûcher, auquel ils mettent le feu. Pendant qu'il brûle, les mendiants des baos font la distribution des aumônes aux talapoins et aux pauvres , et ils offrent en abondance
(x) Selon Alexamler, les morts sont brûlés quand la famille peut faire les Irais de la cérémonie; autrement, ils sont enterrés dans des fosses étroites, profondes de irois pieds environ, où on les fait entrer de côté, enveloppés d'une natte.
du bétel et du lapech à tous ceux qui ont assisté h la cérémonie. »
Tous les cadavres ne sont pas brûlés ; on enterre ceux des personnes mortes subitement ou de la petite vérole, ainsi que ceux des femmes mortes en couches.
Les funérailles des femmes en couches ou en état de grossesse sont soumises à des formalités particulières. — Le corps doit être avant tout exorcisé: car si on omettait cette précaution I aine de la femme reviendrait , comme esprit malfaisant, visiter le lieu où la pauvre victime résidait de son vivant! — 11 faut ensuite une permission expresse de la police pour obtenir que le corps d'une femme. enceinte soit brûlé. — Crawfurd a publié dans son journal un document curieux à cet égard : c'est la pétition d'un peintre birman , ainsi conçue :
« Pétition du peintre Ngatwanlha , . de Rangoun.
« La femme du pétitionnaire étant morte en état de grossesse, il demande la permission d'accomplir les cérémonies funéraires, selon la coutume du pays. »
Sur quoi , le rewoun, ou second gouverneur, donne Tordre suivant :
« Ordre. — Que les funérailles, ainsi que le demande la pétition , se fassent suivant la coutume.
« En Tannée 1183, troisième jour du décours de la lune , Tobhaony , le Secrétaire écrit Tordre du rewoun. »
Au bas de la pétition est la liste des frais à payer par le mari , et dont voici la traduction littérale :
TUalt.
Pour permission d'ouvrir l'abdomen 30 »
Amende imposée au mari 30 »
Frais de justice 30 »
Permission de brûler le corps. ... 15 » Au bourreau pour ses peines. ... 17 8 Au principal olficier de paix pour
avoir assisté à la cérémonie. ... la»
Au secrétaire , pour enregistrement. 10__»
Total. . . . 147 «
Le mari se rend au champ du repos , précédant le cercueil et agitant violemment, en tous sens, deux épées (Dd) dont il est armé. — Le divorce est prononcé sur les lieux par l'officier public. — Le corps de la femme est alors ouvert par un - brûleur de morts » ; le
fœtus, extrait du sein de sa mère, est montré aux assistants. — Le mari fait trois fois le tour du cercueil , rentre chez lui, se lave la tête, revient au cimetière , et le corps est brûlé avec les cérémonies ordinaires. < — Au Pégou Tusage a substitué à Téviscération réelle l eviscération en effigie; le corps de la mère est représenté par an bananier dont on ouvre le tronc pour en retirer la moelle qui représente l'enfant (l).
Les noyés doivent être enterrés au bord du fleuve, de la rivière, ou de Tétang, où l'accident est arrivé.
l«e troisième jour après la cérémonie des funérailles (selon M. Leconle) , les parents du défunt, vêtus de blanc, accompagnés des intimes et de quelques amis , retournent au lieu du bûcher, recueillent les restes des os brûles , qu'ils mettent dans uu vase de terre cuite qu'ils déposent ensuite dans la terre. Ceux qui possèdent quelques biens y érigent un monument en brique. Pendant huit jours après le deces on veille toutes les nuits dans la maison du mort; il y a beaucoup de personnes qui y prennent du thé, des douceurs faites avec leur sucre de palmier, ou même avec celui de la canne , et surtout du lapech, qui , comme il a été dit précédemment, est une espèce de thé grossier fermenté, qui a la vertu de priver de sommeil. Les nuits se passent en conversations et en lectures de livres d'histoires et de poésies , lectures faites de préférence pjrdes personnes que Ton paye et qui ont une voix belle et sonore ; tout cela a pour but de divertir et récréer les esprits affligés des parents du mort. Après ces huit jours, la fête se termine par un festin de charité , donné aux talapoins et à tous ceux qui ont participé aux funérailles.
« Les Birmans ont beaucoup de superstitions concernant le transport des morts au lieu de la sépulture; une d'entre elles est qu'il ne peut se faire par le sepieutrion ou par l'orient , et par ce motif le lieu des sépultures est situé à l'occident, et au midi des villes et des villages. Tous ceux qui meurent
(i) Voir dans Crawfurd, vol. I , p. 48a et 483 , les détails relatifs à la femme ( birmane ) du docteur Piice, morte eu couches, d'une allnque de choléra.
dans une ville murée doivent passer par une seule porte, qui est appelée «porte du deuil » ; et c'est par elle aussi que doivent sortir les condamnés que I on conduit au dernier supplice ; si quelqu'un meurt dans les faubourgs, il doit faire le tour extérieur des murs, aucun mort ne pouvant entrer dans la ville. »
SUPERSTITIONS DES BIBM AHS.
La nation dont nous décrivons les mœurs est peut-être une des plus superstitieuses du monde. Non-seulement les Birmans ont une confiance aveugle dans l'astrologie judiciaire, mais ils ont foi aux devins, à l'interprétation des songes, et ont un nombre infini d'observances superstitieuses. A peine un enfant est-il né, que l'on se hâte de demander au brahmine quelle est la constellation qui dominait au moment de la naissance; on écrit le jour et l'heure sur une feuille de palmier; cet écrit est conservé pour servir de base aux calculs des devins que le nouveau-né aûra l'occasion de consulter dans le cours de sa vie.
Dans le Béden, qui est, comme il a été dit, un traité d'astrologie judiciaire , les étoiles sont divisées en un grand nombre de groupes ou constellations distinctes, qui ont des noms d'hommes , d'animaux, et d'autres choses matérielles; les Birmans croient que beaucoup d'hommes, de femmes, etc., ont subi une métamorphose , et qu'ils ont été placés au nombre des constellations , auxquelles ils attribuent différentes vertus correspondantes à la cause qui leur a fait donner le nom qu'elles portent. Ainsi, par exemple, on raconte de la manière suivante l'événement merveilleux qui a fait briller au firmament la constellation du Navire : « A l'orient du Pégou, une géante, voulant un mari , prit la forme d'une femme ordinaire paraissant posséder une grande fortune ; par ce moyen elle parvint à son but. Après sa mort , et comme on la transportait au lieu de la sépulture , le chariot sur lequel on la conduisait avec grande pompe fut soudainement renversé, changea de forme, et s'éleva au ciel sous la figure d'un navire : de là vient que tous ceux qui naissent sous cette constellation sont de laide figure, mais riches; ils ont le na-
23* Livraison. (Indo-Chiite.)
turel brusque, et les hommes spécialement sont de grands spéculateurs. »
Au sujet d une autre constellation , appelée la Vête de cerf, on raconte également que * un roi allant à la chasse rencontra une biche pleine, laquelle mettait au monde un petit faon, dans un lieu couvert. Le roi ramassa ce petit animal , qu'il fit élever soigneusement, et qu'il prit en si grande affection qu'il allait tous les jours le visiter. La reine en devint si ennuyée et si jalouse qu'elle fit tuer secrètement le pauvre favori, et il fut transformé en constellation. Quand le roi apprit ce triste événement, il devint tellement chagrin qu'il en mourut.
Voilà pourquoi ceux qui naissent sous la constellation du Cerf sont susceptibles de mourir de chagrin. »
Outre le Béden, les Birmans ont un autre gros livre appelé Deitton , qui traite des signes et des présages favorables ou funestes, et qu'ils consultent non-seulement sur le choix du bois qui doit servir à construire leurs maisons, leurs barques et leurs charrettes , mais aussi sur l'aspect du soleil , de la lune et des planètes; sur les aboiements des chiens , les chants des oiseaux , et même encore sur les mouvements involontaires des membres. Suivant cet étrange manuel, les bois propres à la construction se distinguent en diverses espèces : d'abord le bois mâle , dont l'arbre est cylindrique et aussi gros au sommet du tronc qu'au pied ; le bois femelle, qui est plus gros au pied qu'à I autre extrémité; le bois neutre, dont l'arbre est renflé dans son milieu ; le gigantesque, qui est plus gros au sommet qu'à son pied ; enfin le bois de singe , qui étant coupé « tombe, dit M. Leconte, loin du lieu où était planté l'arbre >. Ceux qui habitent une maison de bois mâle, en tous les temps et en tous les lieux, et dans n'importe quelle affaire, sont sûrs que tout leur réussira. Si la construction se fait avec du bois femelle, ceux qui l'habiteront jouiront constamment d'une bonne santé. Mais, si le bois est neutre, ils n'auront que des misères; et s'il est gigantesque, ils mourront prochainemeul. On ne nous dit pas ce qui adviendra dans le cas où la maison serait construite en bois de singe.
Les divers nœuds qu'on rencontre
L'UNIVKRS.
dans les pièces de bois dont sont faits les escaliers, les barques, les charrettes, etc., fournissent aussi des pronostics dont le Deitton signale toute l'importance. Il examine la signification de certains trous et autres accidents de terrain ; celle des rencontres faites en voyage, selon les jours de la semaine; celle des mouvements involontaires des yeux, de la tête, du front , etc.
Il se préoccupe non moins gravement des aspects et de la marche des planètes.
• Quand elles approchent du disque de la lune ou le traversent , c'est toujours de mauvais augure; tel royaume ou tel pays sera détruit ou ruiné. Quand le soleil à son lever est d'un rouge foncé, c'est que cet astre est terrible et poursuit des meurtriers; s'il est trop resplendissant, c'est un signe de guerre.
Le Deitton dit qu'il y a sept mauvais mois, pendant lesquels il faut s'abstenir de se marier, de faire construire une nouvelle maison , de se couper les cheveux, sous peine de mourir noyé, brûlé, ou de toute autre mauvaise mort : ces mois sont les quatre pendant lesquels Venus ne paraît pas sur l'horizon, celui dans lequel il y a quelque éclipse, celui qui suit un tremblement de terre, et enfin celui par lequel commence l'année.
« Si Mercure s'approche de la lune, c'est signe que les digues des rivières seront endommagées et que l'eau se desséchera; si Saturne s'approche du même astre , c'est l'annonce que SUT les frontières il y aura des guerres; et si c'est Mars , tout se vendra à un prix excessif. Si cette dernière planète passe à gauche des Pléiades, il est certain qu'il y aura un grand tremhlement de terre, et il en est de même de beaucoup d'autres signes qui se prennent de la position des planètes et de l'apparition des comètes. *»
Les événements les plus simples, les rapprochements les plus évidemment dus au hasard, ont aussi une signification importante. Ainsi, pour neciter que quelques exemples de ces extravagances, si une poule pond son œuf sur du colon, celui auquel elle appartient deviendra pauvre; si quelqu'un en peine d'un procès rencontre eu son chemin une personne portant une pioche ou un balai, le procès sera long, et il sera trompé.
Quand dans les fiançailles, selon la coutume , on va porter du bétel dans la maison du fiancé , et que le vent envoie des feuilles dans le chemin, c'est signe que le mariage aura une mauvaise fin , et que les époux se sépareront, etc..
« Dans divers endroits, le Deitton parle des pronostics qui doivent se prendre du coassement des corbeaux , de l'aboiement des chiens, de la manière dont les abeilles font leurs ruches, leur disposition et les différents lieux où elles es placent; de la manière dont les poues pondent; des auuures particuliers que donnent divers oiseaux , comme le vautour, le corbeau, etc., lorsqu'ils se posent sur le toit des maisons. Ce livre traite aussi des signes que donnent les souris quaud elles rongent diverses choses , et des formes variées des trous u'ellesfont. Knsuite il parle des songes, e l'heure à laquelle ils ont lieu et des d-fferentes choses songées, et il en tire divers pronostics bons ou mauvais pour celui qui a rêvé. •
Ce que nous avons dit de ce livre suffit pour démontrer qu'il se borne à enregistrer toutes les folles croyances que les astrologues, sorciers, devins, magiciens et autres fanatiques ou imposteurs ont pris soin (dans l'intérêt de leur profession) de propager parmi les peuples de l'Inde gaugelique et de l'Indo-Clune. Aucun système, aucune théorie ne parait s'efforcer de lier entre eux ces faits prétendus, pour lesélrver à l'état de science ou de doctrine révélée.
Le DeiWm est l'indice du niveau intellectuel que les Birmans ont atteint, et où les observateurs européens les trouvent stationnaires depuis trois siècles.
M. Leconte, d'après San-Germa no, se donne la peine d'expliquer comment et dans quelles circonstances les devins sont consultes, les horoscopes calculés, la chiromancie pratiquée, etc. .Nous ne le suivrons pas sur ce terrain, et nous nous contenterons d'ajouter quelques détails sur les talismans en vogue parmi les Birmans et qui sont pour la plupart d'origine hindoue. Mous dirons aussi un mot de quelques recettes superstitieuses et de quelques habitudes étranges qui nous ont semblé dignes de figurer dans le déplorable catalugue des excentricités de notre espèce, et nous nous hâte-
INDOCHINE
rons d'envisager la société birmane sous d'autres aspects.
« Les Birmans ont une grande foi dans les talismans ; ils en ont de diverses sortes, qu'ils suspendent a leur cou en guise de collier ou portent en bracelets, et ils leur attribuent certaines vertus, comme de prémunir contre les maladies, les enchantements, et les sortilèges. Ils en ont un dont usent particulièrement les soldats, et qui consiste dans l'introduction entre la chair et la peau de morceaux de plomb ou d'un autre métal (t), et ils se croient alors invulné-
' (0 Cette coutume, Tune des plus étranges
7 ut aient été constatées cbea les peuples de Indo-Chine, parait être fort ancienne, et s'étendait encore il y a un siècle ou deux à une partie du corps où l'imagination européenne la plus désordonnée n'aurait certes pas deviné son application.
On trouve a cet égard des indications précises dans quelques anciens voyageurs peu connus, entre autres dans :
Ralph Fiteh, marchand anglais, qui visita (Inde Postérieure de i583 à 1 591, et publia son journal, cité assez souvent parCrawfurd;
Gasparo Balbi, joaillier vénitien, qui était au Pégou vers la même époque, et dont la relation a été publiée à Venise en i5go (petit in-i» );
François Martin de Fitré % marchand français, qui voyageait dans ces contrées en 160a , et qui, par ordre du roi, publia son journal à Paris, en 1609 ( petit vol. in-a4) (a);
François Martin parle de cette incroyable coutume comme étant particulière au royaume de S uni : Fitch et halbi , comme appartenant au Pégou : — le fait est qu'elle a prévalu, à une certaine époque et pendant longtemps, dans les deux pays. — François Martin s'exprime ainsi :
« ... A ce royaume de Siam y a une loy « fort estrange, laquelle a été intentée pour « eropesrher la grande brutalité des hommes... « Par leur loy sont constraint» porter à... « trois on quatre clochettes , faites fort sub- •< tîlement d'or, argent ou cuivre doré, eha- « cune de la grosseur d'une noix, toutes « rondes, sans aucune ouverture, et au-de- « dans y a de petites ehambreties , rendant « chacune un son différent, qui est fort « doux et plaisant. D'autres en ont de petites « comme avelines, en ont plus grand nombre,
(a) Le récit de François Martin rat précède d'une ■ Ode sur le vnvafte du « fur François Martin de Vttre », algoee de mademoiselle de Beau lieu.
rables. Les figures de tigres , de chiens et autres animaux, que les Birmans se font imprimer sur les jambes sont autant de talismans qui préservent de toute attaque ennemie, et particulièrement de celle de l'animal représenté. Un des plus puissants est la figure d'un singe monstrueux, reproduite plusieurs fois sur un manche ou une poignée d'ivoire ou de corne de buffle. Les seigneurs birmans et tout le peuple croient qu'une pareille poignée communique au poignard et au sabre une vertu telle que celui qui les porte est en état de résister à une armée entière ! Voici l'histoire qui est racontée à ce sujet et sur laquelle est fondée leur croyance. Un certain nât, appelé Mannât, étant mort, passa dans le ventre d'un singe femelle, qui fut la mère d'un gros singe qu'on appela lianouman , parce qu'en venant au monde il eut la voix hanou, qui veut dire « de singe ». « Cet animal est d'une stature énorme; il a le don de l'agilité, par lequel il peut sauler jusqu'au ciel , et d'un seul bond franchir une mer de quarante oudjainas d'étendue; il possède aussi la faculté de se transformer en un petit singe ordinaire; il aune force immense, par laquelle il peut arracher n'importe quelle montagne et la transporter dans un autre lieu. Enfin il est doué de l'immortalité, et c'est pourquoi nul ne peut le tuer, excepté le seul et très-puissant
» jtisqnes à sept ou huiet, les mettent... en « couppant la peau du ventre, les faisant « couler entre la peau et près le muscle... « jusqu'au bout... etc. » ( p. 84 et 85 ).
Balbi est encore plus circonstancié , et son récit ajoute un fait très curieux au fait de l'opération; c'est qu'elle était pratiquée pendant le sommeil léthargique du patient, sommeil produit à l'aide d un certain breuvage ! — Nous renvoyons au texte pour de plus amples détails : P» 116, recto et verso.
Crawfurd, faisant allusion à celte même opération, assure que depuis longtemps on a cessé d'y avoir recours dans le pays d'Ava ; mais les soldats, comme il a déjà été dit, et les bateliers birmans s'introduisent encore fréquemment des morceaux d'or ou d'argent au bras , entre cuir et chair ; et A lexander nous apprend que les soldats auglais , dans la dernière guerre, ayant observé celte coutume, avaient soin par la suite de débarrasser leurs ennemis morU de ces talismans superflus.
L'UNIVERS
roi liamanen (1). Ce gros singe entend le langage humain et peut le parler. Un jour pensant que le soleil était un fruit bon à manger, il s'élança sur lui , le saisit avec les mains, et voulut par force l'emporter à terre. Alors le nât du soleil le maudit, et lui déclara que, pour le punir d'une telle audace, il serait métamorphosé en petit singe et perdrait tous ses dons de force > d'agilité et de puissance, jusqu'à ce qu'il apparût dans te monde le très-puissant roi Bamanen , lequel lui restituerait sa première forme avec tous ses dons extraordinaires, en lui passant trois fois la main sur le dos. Aussitôt que cette malédiction fut prononcée, Ilanouman devint un jeune petit singe incapable, faible et impuissant. Quelque temps après , le puissant chef liamanen, voulant déclarer la guerre au roi des géants (2) , et ayant appris la malédiction et la prédiction du liât du Soleil, comprit q\i' Ilanouman
{>ourrait l'aider dans son entreprise ; et 'ajrant mandé près de lui . il lui passa trois fois la main sur le dos; l'animal reprit sa première stature, et ses dons lui furent restitués. Le grand roi se servit de lui dans les plus difficiles entreprises ; avec son assistance , il obtint une victoire complète sur les géants, et enleva la femme de leur roi (3). Depuis cette époque les Birmans qui ont porté à la poignée de leur arme l'image d Ilanouman ont eu l'avantage sur leurs adversaires. »
Les médecins et les sorciers ont beaucoup de recettes que les amoureux emploient pour se faire aimer. Les Birmans non-seulement croient à l'existence des sorciers , mais ils en ont une frayeur qui va jusqu'à l'extravagance; et comme les femmes qui ont la prétention d'être sorcières se cachent avec soin , ils emploient beaucoup de moyens superstitieux pour les découvrir, parmi lesquels je raconterai l'épreuve suivante. Lorsque l'on soupçonne qu'une femme est sorcière (et il suffit pour cela de la dénonciation d'un ennemi), ou la conduit devant un magistrat, qui la fait mener au
(i) Ramait. Toute celte légende est empruntée, plus ou moins fidèlement, au Ramahyana.
(a) Rawana, roi de Ceylan.
(3) C'est-à-dire qu'il recouvra sa propre femme Si ta, enlevée au contraire par Rawana.
bord d'un étang ; rendue là, on la force à s'asseoir sur une petite barre de bois dont les extrémités sont posées sur les bords de deux bateaux , ensuite on lui jette sur la tête et sur tout le corps un vase rempli d'immondices ; par le poids de cette pauvre créature les deux bateaux s'écartent naturellement, et elle tombe dans IVau. Si elle va au fond, elle est promptement retirée, au moyen d'une corde faite avec des herbes vertes qu'on lui avait attachée au milieu du corps, et alors elle est déclarée innocente; mais si elle reste au-dessus de l'eau , elle est réputée sorcière, et ordinairement on la relègue dans quelque lieu isolé où l'air est malsain.
langue; écriture; littérature;