ERS
d'espèces très-variées Il y aurait
beaucoup à recueillir et à apprendre pour un botaniste dans ces vastes forêts, encore mal explorées. Le savant qui s'en est le plus occupé est un prêtre italien (le père Giuscppe , dit \'Jimé), qui a passé près de trente années dans la mission du Pégou; il a beaucoup recueilli d'objets d'histoire naturelle, et les a envoyés en Europe dans les premières années de ce siècle ; il est probable que l'on n'aura pas dédaigné le fruit de son travail et de ses études. »
Règne animal. — Nous avons essayé, d'après le docteur Cantor, dont le Journal de la Société Asiatique du Bengale a publié un travail fort étendu sur ce sujet (1846) , de faire connaître les résultats les plus récents des recherches des zoologistes sur la faune de l'Iudo Chine. Nous donnerons cette analyse à la suite de notre description de la Cochin-Chine ; et nous y renvoyons ceux de nos lecteurs qui s'intéressent plus particulièrement aux progrès des sciences naturelles. Nous nous bornerons, pour le moment , en ce qui concerne l'empire birman , à quelques renseignements généraux, que nous emprunterons surtout à Crawfurd et au mémoire de M. Leconte (1). — Ce que nous avons à dire ici se rattache a l'aspect du pays, à ses harmonies naturelles, au degré de civilisation que les Birmans ont pu atteindre, aux ressources générales dout ils disposent, soit pour l'alimentation , soit pour l'agriculture, soit pour améliorer les moyens de transport et assurer ou augmenter l'aisance de la vie domestique.
Le nombre d'animaux de différentes espèces est prodigieux dans les provinces birmanes, depuis les grands Quadrupèdes jusqu'aux insectes; mais il
(i) Nous ferons observer que dans noire tableau zoologique nous avons dû nous restreindre aux mammifères et aux reptiles, et que dans le résumé suivant la classe des oiseaux et celles des poissons et des insecles-n ont pu être envisagées d'un point de vue scientifique , les nombreux mémoires sur ces différentes branches de la zoologie de l'Indo-Chine étant épars dans divers recueils, et n'ayant encore été concentrés, que nous sachions , dans aucun travail d'ensemble. Nous avons cependant donné déjà quelques indications utiles k ce sujet, dans notre introduction, p. aîg.
est remarquable que certaines espèces manquent entièrement, entre autres le chameau, le lion, l'âne, le mulet, le loup , le renard , etc.
Parmi les grands quadrupèdes, celui qui attire naturellement l'attention est I éléphant , dont il semble que l'Indô- Chine soit la patrie de prédilection. Ces animaux abondent surtout dans le Pégou , le Siam et le Laos ; mais ce n'est guère que dans ce dernier pays qu'on remploie comme bête de charge : dans Ava et dans le Siam on ne s'en sert que comme monture ou comme animal de parade. On nous dit que l'éléphant atteint dans le Birmah des dimensions énormes ; mais nous n'avons sur ce sujet aucun détail précis : nous savons seulement que tout éléphant dont la taille dépasse trois mètres un tiers est réservé pour le souverain, et qu'il n'est pas permis de le vendre (1). Les Birmans, selon M. Leconte, en distinguent trois espèces : la première , dont les mâles ont de grandes défenses , les femelles n'en ayant que de très-petites ou en étant même dépourvues; la seconde, dont les mâles ont de petites défenses; (a troisième , enfin , dont les mâles sont privés de défenses ; et ceux-ci sont les plus mauvais et les plus féroces. Dans Ava, s'il faut en croire Crawfurd , tout éléphant sauvage ou domestique est considéré comme propriété royale; et tuer un éléphant, même sauvage, est un délit qui rend passible d'une amende considérable. Le roi , par faveur spéciale, autorise ses femmes, ses concubines, ses frères, ses fils et quelquefois, mais trèsrarement, quelques-uns des grands dignitaires de l'État à se servir de l'éléphant comme monture. Le roi entretenait du temps de Crawfurd un millier d'éléphants, divisés en deux classes, ceux déjà apprivoisés et dressés pour le service, mâles pour la plupart; et un grand
(i) Nous remarquerons que certaines relations inentiunneut des éléphants de quatorze pieds anglais de haut ; mais aucun voyageur, que nous sachions , ne dit avoir mesuré ces géants de l'espère, et le fait seul que tout éléphant dont la taille dépasse trou mètres et un tiers est réservé pour le souverain indique clairement que les éléphants qui déliassent dix à onze pieds doivent être excessive-
nombre d'éléphants femelles, uniquement employées pour attirer les éléphants sauvages, et maintenues à cet effet dans l'état à demi sauvage , sur la lisière des forêts. Ces deux corps sont placés sous deux chefs différents : l'un appelé le sen<tvoun, « ou gouverneur des éléphants », et l'autre a oh -ma ou aongma-woun , ce qui signifie « gouverneur des séducteurs femelles. » Crawfurd s'est assuré que les éléphants du roi se recrutent régulièrement par ce moyen, et par la reproduction dans l'état demidomestique que nous venons d'indiquer :
ce dernier fait est digne de remarque.
Les conclusions auxquelles Crawfurd a été omené, par ses observations personnelles sur les moeurs et le degré d'intelligence de l'éléphant , méritent aussi mention particulière. Selon lui, on a beaucoup exagéré la distinction d'instinct, l'intelligence et les qualités de cet animal. « Le courage et la sagacité de l'éléphant ont été beaucoup trop vantés, ainsi que sa modestie ou sa pudeur. Sa taille, sa force, sa trompe surtout, constituent réellement sa supériorité :
si l'homme a été regardé comme le plus habile des animaux, parce qu'il possède des mains , l'éléphant est le premier des quadrupèdes parce que la nature l'a pourvu d'une trompe. Sans cet admirable instrument , il est douteux que l'intelligence de l'éléphant dût lui assigner un rang plus élevé que celui qu'occupe un animal méprisé, ae la même famille : le cochon! » Les meilleurs éléphants viennent des districts montagneux et en particulier du Laos; ceux du Pégou ne sont point estimés , parce que, bien que forts de carcasse , ils ont les membres faibles et les défenses trop petites.
Le cheval de grande taille est inconnu à Ava, comme, au reste, dans tous les pays asiatiques à l'est du Bengale. Les Birmans ont cependant un grand nombre de chevaux , petits, fort légers et durs à la fatigue. Les districts qui en produisent le plus sont ceux du Pégou, selon San-Germano ou Leconte; ils y sont rares, au contraire , s'il faut s'en rapporter à Crawfurd, et ils abondent au Laos, d'où on en amène tous les ans pour les vendre à la capitale. Nous croyons l'assertion de Crawfurd la plus exacte, en ce qui concerne le Pégou,
L'UISIVERS.
pays très-humide, comme il le fait observer, et où l'on peut difficilement se servir de chevaux. Le cheval de race birmane pure est plus estimé que celui du Laos : les parties birmans sont fort recherchés à Calcutta, et on en transporte jusqu'en Europe. Dans le pays on n'a pas l'habitude de le ferrer et l'on s'en sert presque exclusivement pour la selle. Le roi et le gouverneur de Rangoun ont des voitures européennes, qu'ils ont reçues en cadeau de négociants anglais ou autres : le roi seulement peut les faire traîner par des chevaux , mais il est rare qu'il s'en serve, surtout pour se montrer en public. L'étiquette orientale veut qu'il se fasse voir presque toujours monté sur un éléphant. Le roi et les princes du temps de Crawfurd se montraient habiles a conduire eux-mêmes , parfois, l'éléphaut qui leur servait de monture.
Au Birman, comme dans les autres contrées de l'Inde postérieure , deux espèces du genre bœuf se montrent particulièrement nombreuses : le boeuf proprement dit (nwa), et le bufUe ( kouwé) ; celui-ci surtout dans le bas pays, où il atteint des dimensions extraordinaires, tandis que l'autre domine dam les provinces septentrionales. Le buflle, comme dans I Inde gangétique, est principalement employé pour l'agri»
culture; le bœuf, presque exclusivement comme bête de somme, et pour le transport des marchandises (1).
Le rhinocéros unicorne est fort commun dans tout le bas pays. Il a été constaté dans ces derniers temps que le rhinocéros bicorne existe dans la province de Ténassérim. On voit aussi des
(i) Les Birmans attellent à leurs grands chariots quatre et souvent six bœufs. Le colonel Syinea dit avoir rencontré une fois un chariot que quatre bœuf* vigoureux entraînaient au grand galop, sous la conduite d'une jeune paysanne, qui maniait les guides et un grand fouet avec un sang-froid et une dextérité remarquables. Les chariot! birmans paraissent être construits solidement et avec soin, et passablement commodes pour voyager. Symes parle également d'une raravanc de seize chariots tirés chacun par six boeufs, et contenant , avec des marchandises , des familles entières, femmes, enfants, singes, chats, perroquets et toute la fortune du conducteur.
ours dans cette même partie du pays et dans le Martaban.
Le nombre des cerfs et des daims est prodigieux ; il y en a une espèce de grande taille, que les Birmans appellent zat : les gouverneurs dans le Pégou tolèrent la chasse de cet animal ; et les Européens trouvent toujours de sa chair sur le marché de Rangoun. Pour les tuer ou emploie généralement de gros chiens; mais il y a aussi une chasse aux flambeaux (ou aux fanaux), qui permet d'en faire un grand carnage.
Le sanglier est fort commun dans toutes les forêts. Dans les villages on nourrit peu de porcs, mais il n'en est pas de même dans la capitale et à Rangouu , où les étrangers eu font une grande consommation. Les Birmans sont friands de la chair de cet animal, et ils estiment que c'est la plus exquise de toutes , mais la coutume du pays leur défend de s'en nourrir.
Le chien domestique se rencontre partout , dans un état internu ùiaire entre l'indépendance sauvage et la domesticité réelle, errant dans le voisinage des habitations ou séjournant en troupes plus ou moins nombreuses dans l'intérieur même des villes et des villages. Ces quadrupèdes , vagabonds, mendiants et
EU lards sont tous de même race, ressemlantun peu à uos chiens courants, de couleur grisâtre, fort laids et très-sales. Leur nombre, dans de certaines localités, dépasse certainement celui des hommes. Quelques variétés de nos chiens européens sont très-recherchées par le roi et les grands seigneurs du pays, surtout quand ces animaux sont bien dressés à toutes sortes d'exercices. Pendant le séjour du commandant Leconte à Rangoun , le capitaine d'un navire marchand (de Nantes) avait vendu un caniche 800 francs au prince de Prôme.
Les Birmans élèvent quelques chèvres et quelques moutons de petites races, la plupart venus du Bengale. On rencontre le lièvre dans \ - s bois, mais en petite quantité. Il est fort petit, et sa chair est peu savoureuse.
Les singes sont en grand nombre, et d'espèces fort diversifiées par la grandeur, la couleur et la ligure. On en voit en troupes considérables sur les bords
IIS DO-CHINE
del'Irawaddy et de ses affluents, surtout au Pégou. (l'est un spectacle fort amusant pour les voyageurs qui remontent ou descendent ces rivières, que de voir ces animaux se livrer des combats , faire mille gambades et grimaces, donner la chasse aux petits poissons, aux crabes et aux écrevisses qui restent à sec sur le rivage à la marée descendante.
Les oiseaux domestiques ne. sont pas très-nombreux. Ce sont les mêmes espèces que chez nous, à peu près; le dindon manque cependant dans les bassescours birmanes. Les gallinacés à l'état sauvage abondent ; mais ils ne paraissent pas comparables (selon CraWfurd ) aux espèces de plusieurs pays voisins, soit pour la richesse de leur plumage, soit pour l'excellence de leur chair. Leconte affirme, néanmoins, que le paon des forêts est un manger très-délicat.
Les pigeons sont répandus dans tout le royaume ; et il suffit de leur faire un colombier pour qu'ils se multiplient a Tinfini : il y en a de sauvages entièrement verts. Les tourterelles sont aussi fort communes. Les moineaux, que l'on trouve partout, inondent, pour ainsi dire, les campagnes, et dévastent souvent, malgré toutes les précautions des cultivateurs, les champs ensemencés.
Les corbeaux et les corneilles sont extraordinairement multipliés, peutêtre parce qu'ils trouvent du riz cuit en abondance, soit celui qu'on offre dans les temples , soit celui qu'on jette aux nâU. Dans les villes et villages on voit des troupes immenses de ces oiseaux voraces, qui sont tellement hardis, qu'ils entrent dans les maisons pour y dérober tout ce qu'ils trouvent de comestibles : on prétend même qu'ils vont jusqu'à découvrir les pots et les vases et arracher des mains des passants la chair ou le poisson. Les aigles, les milans , les vautours, d'espèces souvent différentes des nôtres, sont aussi très-nombreux par tout le pays. Les oiseaux aquatiques , surtout ieséchassiers et les pélicans, sont fort communs. On les voit se promener par bandes sur les bords des fleuves et des étangs. Parmi les palmipèdes, on trouve l'oie sauvage , beaucoup de canards d'espèces tres-variées , entre autres le lienza (hans des Hindous ), dont la chair est délicieuse et fort re-
cherchée par les voyageurs et les résidents européens. Plusieurs oiseaux terrestres se tout remarquer parla beauté de leur plumage; les plumes sont pour les Chinois uu objet de commerce.
Le nombre des perroquets est immense : cet oiseau , dit M. Leconte, est abhorré par les Birmans , à cause des dégâts considérables qu'il cause aux arbres fruitiers, sur lesquels des troupes nombreuses viennent s'abattre , gâtant et rongeant les fruits avant qu'ils n'aient atteint leur maturité et les fauant tomber a terre. Pour les épouvanter et les éloigner, les paysans suspendent des clochettes au cou des bœufs et des autres animaux domestiques : ils s'efforcent aussi de mettre en fuite ces hôtes incommodes et les moineaux en tendant d'un arbre à l'autre de longues cordes avec dt s sonnettes et des chiffons de diverses couleurs que le vent fait voltiger ; et en même temps qu'ils agitent les cordes ils poussent des cris, et parviennent ainsi à garantir, au moins en partie, leurs récoltes de la dévastation qui les menace sans cesse.
La classe des reptiles est très-nombreuse dans ces contrées, et les serpents s'y montrent dans de certaines localités en quantités prodigieuses. Une espèce particulière que M. Leconte désigne, d'après les indigènes, sous le nom de nau, paraît être fort redoutable. Nous hésitous, cependant, à ajouter foi aux récits merveilleux que ce voyageur reproduit au sujet de ce reptile et d'une certaine araignée qui lui fait la guerre. Dans tout le royaume, et spécialement en Ava, les habitants mangent de presque toutes les espèces de serpents, après leur avoir coupé la téte. I ,« > lézards de toute grandeur, de couleurs et d'habitudes variées, se rencontrent à chaque pas. On voit peu de crocodiles dans l'Irawaddy et ses principaux embranchements; mais dans les nombreux canaux et cours d'eau qui communiquent d'une rivière à l'autre ils sont prodigieusement multipliés ainsi que dans les étangs : on les voit étendus au soleil sur ces bords fangeux, prêts à s'élancer à l'eau au moindre bruit.
Après le crocodile, le plus grand des sauriens est le talagoja; les Birmans sont persuadés qu'avec le temps il se
376 LTO
transforme en crocodile ; sa chair et ses oeufs sont d'une excellente saveur. Le padat , autre espèce d'iguane probablement, atteint aussi de grandes dimensions ; sa chair est fort recherchée, et ressemble pour le goût à celle du poulet. Le caméléon se voit sur beaucoup d'arbrisseaux. Le tauthé est un autre lézard, de la longueur du caméléon, mais plus gros; son dos. d'un beau noir, a, selon M. Leconte, l'apparence du chagrin : il se tient ordinaire* ment blotti aux angles des maisons et des piliers qui les soutiennent, et fait la chasse aux souris et autres petits animaux ; il a une voix forte, qu'il fait entendre jour et nuit, et c'est probablement de son cri tau-tau qu'il tire son nom.
Les Birmans sont très-friands de la chair et des œufs des tortues de terre et de mer : on en fait la pèche, et on recueille leurs œufs sur les bancs de sable, où elles vont les déposer en quantité si considérable, qu'ils sont un objet de commerce, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. — On sale la plus grande partie de ces œufs pour les conserver.
Les rivières et les côtes sont très-poissonneuses, et les poissons paraissent appartenir aux mêmes espèces que dans l'Inde Gangétique; mais cette partie de l'histoire naturelle du pays birman n'aencoreétéque très-imparfaitement étudiée.
L'immense famille des insectes est riche au delà de toute expression. — La variété des papillons est infinie; on ne peut, dit M . Leconte, se faire une idée de la quantité de mouches, moustiques et cousins qui s'engendrent dans les forêts du Pegou pendant la saison des pluies. — Des nuages de moustiques viennent assaillir les barques qui naviuent dans les canaux du fleuve, et il est e toute impossibilité d'y dormir pendant la nuit : lorsqu'il y a nécessité de la passer sur l'eau , on ne peut écarter ces ennemis obstinés qu'en agitant sans cesse de grands éventails et en brûlant du tabac dont la fumée les éloigne. Il y a des villages, situes à d'assez grandes distances du fleuve, où les habitants, nonseulement pendant la nuit, mais aussi dans le jour, sont contraints de se tenir enfermés dans de grandes moustiquaires, où ils Oient, font leurs tissus, etc.
Les scorpions, dont la piqûre est quel-
quefois mortelle; les cent- pieds, dont la morsure occasionne pendant plusieurs heures une cuisson et une douleur insupportables ; les fourmis de toute couleur, abondent dans tout le royaume, et font le tourment des habitants. — Les Birmans sont friands de diverses espèces d'insectes, et spécialement d'une sorte de fourmis rouges , qu'ils font frire avec ses œufs ou qu'ils mangent en salade avec le gnapi ( elles ont une saveur acide et piquante, que les Européens mêmes ne trouvent pas désagréable). Mais ce qui fait leurs délices, c'est un certain ver ou chenille qui ressemble un peu au ver à soie, et qui se trouve dans le cœur d'un arbuste : on en envoie tous les mois à Amarapoura pour la table du roi ; ils se mangent frits ou rôtis, et en général les Européens trouvent que c'est un bon manger !
Nous terminerons ici cette énumération, assez singulière au point de vue alimentaire, et passerons, de notre description sommaire des productions de l'empire birman, à l'exposé des ressources et des habitudes commerciales du pays.