COMMERCE
Comme complément à ce que nous avons dit de l'économie domestique, et des habitudes du pays, et surtout connue introduction à l'esquisse que nous allons tracer des ressources et des coutumes commerciales de l'empire birman, nous dirons un mot du système des poids et mesures. C'est encore ici Crawfurd qui nous paraît être la meilleure autorite (1).
L'unité des mesures de longueur est la coudée royale, ou taong. Crawfurd a eu, pendant ses conférences avec les dignitaires birmans, l'occasion de comparer soigneusement Yétalon oui lui a été présenté au yartf anglais, et l a trouve exactement de 19 pouces 1/10, ce qui équivaut, à très-peu de chose près, à
(i) Les valeurs assignées par Crawfurd ne s'accordent parfaitement ni eutre elles ui avec les évaluations des mesures anglaises telles que nous les prenons dans X Annuaire du bureau dts longitudes. — Il ne faut donc considérer les chiffres que nous avons adoptés (pie comme des approximations ; et ces valeurs sont probablement un peu au-dessous des valeurs réelles.
1ND0-CUINE. 377
0 mètre 4,851 . Cela posé , les subdivi- Il n'y a point, à proprement parler, de sions du taong sont les suivantes : monnaie chez les Birmans : for et Parmètre, gent informe ou en lingots la remplacent. Le Chwa, ou 1/2 taong*( empan) = 0,2425 Les payements, comme en Chine, se fout Le maih, 2/3 du l'hvra ( palme) = 0,1616 en pesant dans des balances les poids de Le Chu, 1/8 du maik (doigt). . = 0,0202 métal fin (ou, s'il s'agitde menus achats,
Le mo-yau, 1/4 du t'hit = 0,0050 je plomb ) convenus , en échange de la
Le n'hon, 1/6 du mo-yau. . . . = O.ooos denrée ou du travaij livrés. Nous avons
Le cha-lïhyi , l/io du n hon. . = 0,00008 déjà donné que|que8 explications sur les
et ses multiples : différentes espèces de lingots d'argent
mètres. | en circulation (p. 281 et 282); nous
Le tan, de 4 faon?s (brasse) = 1,94 n0us contenterons d'ajouter ici que l'or
Le ta ou bambou. • JMJ et |'argent quj paraissent sur le marché
li££tt2SEfcZ 1,358:20(1) sonttouioursPlusoumoinsalter«i,etque
Le taing, de 7,000 tabngs = 3 396,00 les P"* «■ denrées haussent ou baissent
Le gauvt, de 4 kosas. . .= 5,432,30 en raison composée de leur abondance
Le oudjana, de 40 gawots = 217,312,00 ou de leur rareté, et du plus ou moins de
Les poids sont les suivants : Pureté des "W" avec ,eS(lu£,s se jonl
x** jiviua auu», ica ou. » (eg payemeuts La m0nnaie basse dans
Lepaiktha (ou viss des Euro- les d'Ammarapoura, Rangoun et
péens) = 3,65 liv. avoir du Basséin, est de plomb; mais ce inétal
poids an«la.ses ( selon Craw- Mofr. tfa pfls ^ p|usFtoujours la même va-
Letyif (ou «frite Européens),' ' leur. Cette valeur croît ou d.minue à
loo- partie du paiktha. . . . 0,01655 proportion de son abondance ou de sa
Lttnath, 1/4 du ttkal 0,00413 rareté sur le marché. Quelquefois un
Le mu (ou mou />), 1/2 de mafh. 0,00206 tikal d'argent avec alliage équivaut à
Le6ai, 1/2 du mu 0,00103 200 tikals de plomb, quelquefois à 1 ,000
le rwé, 1/4 de bai. otooo^ et plus. A Rangoun, ou le marché des co-
Le petit rwé, 1/2 du rwé (2). . . 0,00012 m M( ^ approvisionné, et où il
Les mesures de capacité sont : se lait beaucoup de ventes au détail , on Le tcn (ou panier de rix) devrait met d'un côté dans la balance les petits peser ( dit Crawfurd ) 16 v iss de morceaux de plomb qui serveut de monriz mondé ou 58 2/5 Ut. avoir du paie, et de I autre la chose que Ton poids, soit environ 26,5 achète, et il en est ainsi pour la plumais ne se compte généralement part des àenrêes . mais il en est d'autres,
que pour. telles que le poisson frais , certains fruits
¥*Zât («du sait = recherchés, etc., dont la valeur est
Up*Tlh do saral '. \ \ '. = M double de celle de plomb; et d'autres
Le salé, 1/4 do pyi = 0,4 denrées que l'on donne au double du
Le lamé, 1/2 do salé = 0,2 poids du métal. Dans les anciennes pro-
Le lamyet, 1/2 do lamé = 0,1 vinces de Martaban , Tavoy et Merguy,
La seule mesure agraire que nous >>s avaient adopté pour monnaie cou-
trouvions mentionnée avec quelque exac- rante des médailles d etain mal trappees,
titude est • avec • emPremte d'un henza, qui forme
' „ . , pour ainsi dire (commé nous l avons
Le pé, de 25 bambous en i quarré; cha- J } , armes birmane8. que bambou de 7 coudées birmanes, ' Mmmttrt.a avtir\*nr o«r ,.nt mn-
4*j . Jest-à-dire ( selon Crawfurd ) envi- Le commerce extérieur est entière-
■ ' * ron 7,569 yards carrés, ou 309 yards ment exercé par les étrangers , comme
" r- «arréa de plus qu'un acre et demi, ce les Chinois, les Anglais et les ïran-
' ù nui équivaudrait (à très peu de chose çais , et il se fait plus spécialement
près) à beciare 0,71 Jans |»Ava et le bas Pégou. En de-
, i» « • • hors des grandes villes , le commerce
d- (° UM *1 1 "leT "S,ne 1D* £ ofi^ÏÏÏÏLire. à la nourriture et
'T.riTjS'iST^UH. Crawfurd, I. aux vÀements est plutôt un échange
.raine de l'nrbos urtcatorius , et le rwé est qu'un achat ou une vente ; les habitants
la feve de Yadhcmnura pwonina. des lieux dans lesquels abondent le riz,
878 L'UNIVERS
le coton , etc., vont échanger ces pro- dilations ne sont pas aussi hasardeuses
duits dans d'autres parties du royaume, que celles de nos négociants, qui, ap-
où l'on récolte le gingembre , le tabac, portant directement d'Europe, trouvent
l'indigo, etc. Dans tous les villages de souvent, en arrivant à leur destination,
ï'Ava le riz est ordinairement la den- les marchés encombrés des marchandises
rée avec laquelle on se procure le pois- sur lesquelles ils comptaient le plus
son, les légumes et les autres choses pour faire des bénéfices : les produits
nécessaires à la vie. Les Shâns font un français qui sont déposés à fiourbou
commerce étendu, parce qu'ils transpor- n'en sortent qu'a haut prix , et en géné*
tent dans toutes les autres parties du ral ce sont des objets de rebut de toutes
royaume le lapech , ce the grossier nos manufactures. Notre commerce se
dont nous avons eu plusieurs fois Toc- fait sur une trop petite échelle; nos né
casion de parler précédemment, et qui se gociants travaillent plutôt pour eux que
boit (ou se mange) dans les funérailles pour une raison de commerce, qui doit
et dans la conclusion des marchés et vivre comme une dynastie; on sacrifie
des procès. A l'égard du commerce ex- trop souvent à un bénéfice actuel tout
térieur, les Chinois de Yunnan descen- l'avenir des relations importantes qu'on
dent par Kanton et par le fleuve Irawad- pouvait se créer. « Aussi (fait observer
dy, et avec de grandes barques transpor- M. Leconte) le commerce français ne
tênt à Ammarapoura leurs produits, jouit-il pas à l'étranger de toute la con-
parmi lesquels 6ont spécialement des sidération possible; il faut bien le dire
soieries ouvrées, du thé, du papier, et que chacun le sache : en vain le gou-
diverses sortes de fruits et autres baga- vernement fera-t-il les plus grands ef-
telles; ces barques s'en retournent char- forts; si les marchands ne veulent pas
gées de coton , de soie écrue, de sel , de entrer dans une autre voie, ces efforts
plumes d'oiseaux , de cevoni, qui, selon seront inutiles. »
M. Leconte, est un vernis noir que les Toutes les marchandises qui vont dans
Birmans extraient d'un arbre, et qui, le royaume birman, qu'elles y soient ap-
étant préparé et puritié par les Chinois, portées par des navires arabes ou par des
forme ce vernis laque que nous admirons navires anglo-indiens (country ships ,
tant en Europe. ou même par des chinois, sont de prove-
Les grands entrepôts que l'Angleterre nance anglaise et prises dans les grands
a placés sur tous les points de l'Inde et dépôts de l'Inde. Quatre maisons auglai-
dans les mers de la Chine lui ont tout ses et deux ou trois arméniennes exploi-
à fait assuré le monopole du commerce tent ce vaste pays ; elles sont établies à
dans cette partie de l'Orient, et il est Ammarapoura, Rangoun et Rasséin;
tresdiflicile aux marchands français, tout le reste du commerce se fait par
malgré tous les traités possibles , même des Arabes, des Chinois et quelques
les plus récents , de tenter la concur- chrétiens de race portugaise,
rence. En effet, les grands vaisseaux an- Le commandant Leconte émet l'opi-
glais portent les produits britanniques, nion que de tous les pays de l'Inde Ava
qui sont en général de bonne qualité, serait celui où le commerce français
même pour les objets les plus communs, pourrait tenter avec le plus de chances
et dont l'usage est le plus général, dans de succès une lutte sérieuse contre
leurs grands établissements de Bombay, l'industrie anglaise : il voudrait qu'une
Madras, Calcutta, Singapour et dans lés société française établît une maison à
Krts de la Chine où flotte depuis peu Ammarapoura avec succursale à Ran-
ir pavillon; de tous ces lieux le coin- goun; qu'elle y eût des agents sûrs et
merce d'escale ou de cabotage s'établit bien payés ; qu elle se contentât dans les
avec des navires, n'importe sous quel commencements de petits bénélices;
pavillon , montés par des équipages qu'elle n'envoyât que des produits de
arabes , lascars, malais et chinois, dont bonnequalité, aun prix modéré, etc., etc.
la nourriture coûle fort peu de chose Cela suppose , avant tout, que l'établis-
et qui n'ont qu'un très-faible salaire, sèment d'une maison française dans les
Les grands dépôts n'expédient dans tous deux villes citées ne rencontrerait au-
Jes pays indiens qu'à coup sûr; les spé- cune difficulté. Nous ne partageons pas
INDO
Il cet égard les convictions de M. Leçon te ; mais , en admettant même que les difficultés que nous prévoyons fussent surmontées, nous doutons fort que dans un pays où le commerce est surtout un commerce de détail , des Français pussent soutenir la concurrence avec les pacotilleurs anglo-indiens, arabes, arméniens, et métis-portugais, ui sont depuis Ion - temps en possession 'alimenter les marchés d'Ava et du Pégou, de marchandises principalement d'origine anglaise et de meilleure qualité que celle que nos détestables habitude nous font généralement exporter dans les pays d'outremer. C'est là , au reste, une question qui mériterait d'être examinée de plus près; et il faudrait avant tout que quelques essais d'importation française, consciencieusement dirigée, missent notre commerce à même de juger jusqu'à quel point les produits de nos manufactures pourraient être favorablement accueillis par la population birmane; nous devons donc nous borner à enregistrer l'opinion de M. Leçon te et à appeler sur ce point l'attention de nos armateurs.
« La bonté des ports du Pégou (dit M. Leconte) et les excellentes productions du royaume birman y attirent un assez grand nombre de navires, moins cependant que dans le siècle dernier ; ils y viennent non-seulement de toutes les parties de l'Inde , mais encore de la Chine et de l'Arabie. » Après quel-
Jjues observations sur les avantages et es inconvénients relatifs que présentent la rivière de Basséin et celle de Rangoun. If, Leconte remarque que plusieurs ports sur la côte du Pégou et même dans l'embouchure de quelques bras de PIrawaddy nous sont à peine connus. Il termine son rapport de la manière suivante :
« Les navires qui vont de la Chine, de la cote de Malaeca et du Ténassérim au Pégou, sont pour la plupart anglais, et portent des chargements d'arec et de certains produits chinois, comme le nankin, la porcelaine commune, le thé, etc. Les choses oui se vendent assez bien sont le sucre, les mousselines du Bengale, les toiles de Madras, et spécialement les mouchoirs blancs et de couleur, dont les Birmans s'entourent la
tête et dont la consommation est prodigieuse, puisqu'ils n'ont pas l 'habitude de les laver. Les velours de couleur pour les vêtements d'étiquette et d'apparat sont très-recherchés , ainsi que les niépines ; il en est de même des étoffes imprimées à couleurs vives (andrinoplesî).
Autrefois , et on s'en souvient à peine , les vaisseaux de commerce français fréquentaient Syriam et plus tard Rangoun. Ils y apportaient de File de France divers articles, dont ils retiraient un grand bénéfice, tels que des miroirs, des fusils , de la quincaillerie et surtout des ustensiles en cuivre, métal dont les Birmans font un grand usage et qui ne se trouve pas dans le royaume; ils portaient pareillement des étoffes de laine de diverses couleurs, dont ils trouvaient un grand débit : les habitants s'en servent comme couvertures pour la nuit, ou les portent sur leurs épaules en guise de manteau. Aujourd'hui les Anglais seuls font ce commerce. Parmi les objets principaux que l'on transporte au Pégou on peut aussi ranger les noix de coco, qui sont très-recherchées et dont les Birmans sont friands; les navires en se rendant à cette destination en prennent souvent des chargements entiers aux Iles Audaman et surtout aux Nieobar; on importe d'Europe des drogues aromatiques, des raisins secs, des amandes; les Arabes apportent du café, des dattes, etc. — Les navires qui vont au port de Rangoun ne peuvent remonter la rivière sans y avoir préalablement envoyé prendre un pratique du fleuve; ils mouillent en dehors de l'embouchure.
Le capitaine ou un de ses officiers se rend à la ville , qui en est éloignée de huit lieues, va de suite à la douane, et fait sa déclaration ; tout ce qui pourrait , par la suite, se trouver à bord en surplus est considéré comme contrebande. Le navire arrivé devant Rangoun doit être désarmé; les canons, les fusils, les autres armes et les munitions qu'il peut avoir à bord , sont transportes à terre ; tout récemment encore on était obligé d'y faire porter aussi le gouvernail (t).
(i) Le commerce européen ou étranger est donc encore soumis dam» ce* pays aui mêmes humiliations que celle* que uous avons signalées au JajKm.
L'UNIVERS
Le premier soin du capitaine est de faire un cadeau pour le roi et d'en donner un moins considérable au gouverneur; il doit être muni de beaucoup de petits objets de la valeur d'une roupie environ (2 fr. 50 c), tels que mouchoirs pour mettre à la tête , et en donner en présent pour lever les entraves qu'il trouve sur son chemin , et conséquemment il en rencontre fréquemment. Le droit que payent les marchandises est de 12 pour 100, dont 10 pour le roi et les 2 autres partagés entre les principaux fonctionnaires de Rangoun ; comme les marchandises pourraient être évaluées parla douane à un taux plus élevé que la valeur réelle , les négociants anglais sont dans l'usage de payer les droits en nature. Les navires' qui retournent en Chine et dans les îles de la Malaisie prennent des chargements de gomme laque, de cachou et de ventricules de poissons. Les Chinois emploient la gomme laque et le cachou pour les teintures , et les ventricules pour faire de la colle. Les principales denrées qui s'exportent par l'Occident, c'est-à-dire pour le Beugale et la côte de Coromandel , sont les huiles de bois (1), de pétrole, et par-dessus tout le bois de teck , qui est supérieur à celui de tous les autres pays (2); le prix en est très-modéré,
(i) Gurjun (qu'il faut probablement prononcer gardjoune), ou huile de bois : produit «l'un dipterocarpus, obtenu par entaille profonde ou excavation dans le corps de l'arbre, et à laide du feu qu'on y allume. Ce dipterocar* pus se trouve en grande abondance tout le long de la côte. Boit, dans ses Considérations of ln* dia, mentionne particulièrement le commerce que les Portugais faisaient de celte buile dans les premiers temps de leurs expéditions aux Indes. Elle est employée, depuis un temps immémorial, en Arakàii et dans le Birman, et est d'ailleurs connue dans toute l'Inde, où on-s'en sert priuci paiement avec le dammer pour le calfatage des embarcations, pour défendre les bois de construction des attaques des fourmis blanches, etc., etc. On a essayé d'importer et ite huile en Europe ; et c'est un fait curieux que la douane de Loudres n'ait voulu l'admettre que comme un produit manufacturé.
(a) Le teck d'Ava , comme bois de construction navale, est regardé comme inférieur a celui de Malabar ; mais des expériences faites avec soin ont prouve qu'il était plus propre
quel que soit le nombre des navires en charge; mais comme la plupart de telles pièces sont équarries à la hache et font un grand encombrement , que les planches sont sciées à la main : beaucoup de navires préfèrent aujourd'hui
firendre les bois à Maulméin, parce que, 'équarrissageetledébitse faisantà l'aide de machines, les chargements se trouvent plus de choix et mieux assortis; l'entrée dangereuse du Salwen porte cependant encore beaucoup d'Anglais à
E référer Rangoun pour y charger des ois de construction. A Rangoun, comme à Maulméin , il y a des constructeurs européens qui, vu l'abondance des matériaux et le bas prix de la main-d'œuvre, y construisent des uavires pour divers négociants étrangers.
Comme il est défendu de sortir de l'argent du royaume , des visites fréquentes et scrupuleuses sont faites à bord des navires ; et comme la moindre contravention entraînerait In confiscation du navire pris en faute, il en résulte qu'aucun ne quitte le port sans prendre des bois ou tout autre chargement permis, tels que le sésame et les grains qui servent à la nourriture des animaux. L'exportation des chevaux est aussi permise; mais il faut une autorisation spéciale du gouvernement. Quant au riz , qui est si abondant au Pégou. et au froment, qui ne le serait pas moins si les indigènes donnaient plus d'extension à sa culture, l'exportation en est sévèrement défendue; cependant le roi accorde quelques licences Le schabandar ( le capitaine du port) de Basséin, qui est ar-
qu'aucun autre pour la coustruction des machines, des affûts, etc.
Des barres de teck de Maulméin, de sept pieds anglais de long et de deux pouces d'équarrissage, reposant sur des appuis, à la distance de six pieds l'un de l'autre, et chargées de ii 37 livres ( poids anglais ), ont rompu en 3,73 minutes , après avoir fléchi de quatre pouces. — Le teck de Malabar donne à peu près le même résultat. Une charge moyenne de 870 livres a suflî pour faire rompre les autres espèces de teck. Les extrêmes de ces expériences sotit très renia r-
Îuables : un échantillon de teck de Rangoun est rompu avec une charge de 65o livret, tandis qu'il en a fallu 1,16a pour rompre un barreau de teck de Malabar.
mateur, est à peu près le seul en ce moment qui jouisse de cette faveur, et il fait de grands bénéfices. »
Peur de plus grands détails sur le commerce birman, nous sommes forcé de renvoyer à l'ouvrage de Crawfurd, déjà tant de fois cité , enap. vi du deuxième vol., et p. 137 à 140 del'appendix. Nous ne quitterons cependant pas ce sujet sans dire quelques mots sur les espérances que les renseignements recueillis dans ces dernières années ont fait concevoir de rétablissement probable d'un commerce direct entre Calcutta et la Chine par le nord de l'empire birman (1).
La distance directe de Calcutta à la frontière chinoise de Yunnan est d'environ cinq cent quarante milles, ou cent quatre-vingts de nos lieues ordinaires (mémedistance que de Calcutta à Agra ). La route à parcourir peut se diviser en trois portions; 1° de Calcutta à Siihet; 2° de Silhet, à travers Catchar, à Mannipour ; 3° à travers l'empire birman.
De Calcutta à Silhet la communication par eau est ouverte en toute saison; on remonte ensuite la rivière Barak, appelée dans leSilhet \eSurmah,k travers Catchar (capitale Khaspour). Le Barak est navigable jusqu'à Kalanaga- Ghât, mais pendant l'été seulement jusqu'à Talayn. Les monts Khainbunda, qui forment plutôt un plateau élevé, séparent Catchar de M an ni pour : la route passe sur ce plateau, et se dirige vers la limite orientale montagneuse que quelques géographes appellent les monts Mirang. 11 faut traverser cette chaîne, descendre dans la vallée de Koubo (dont nous avons eu déjà occasion de parler au sujet des négociations pour la fixation des limites, du temps du colonel Burney) et atteindre la rivière Mnythi, sur laquelle se trouve la première ville frontière birmane , Monnjou.
Il faut compter à peu près 420 milles :
De Calcutta à Silhet, presque toujours par eau , 250 milles;
De là à Kalanaga-Ghât, G5 milles ;
De Kalanaga-Ghât à Monnfou :
Pour traverser les monts Khainbunda (bonne route), 40 milles ;
Pour traverser le plateau de Mannipour, 30 milles ;
Pour traverser les monts Mirang, 3& milles.
Les peuplades que l'on rencontre sur la route, à l'est de Silhet, sont : les Catchar îs, puis les habitants du haut Mannipour et les montagnards des environs; tous différant des Bengalis, et appartenant au même groupe que les Thaïs et les Shâns, les Birmans et les Siamois; tous gens d'humeur indépendante , fort actifs, pauvres, mais contents dans leur indépendance. Ils bâtissent leurs villages dans les gorges les plus élevées et sur les sommets les plus inaccessibles des montagnes. Ce sont des hommes trèsvigoureux et infatigables, qui feraient d'excellents porteurs pour le transport des marchand ises à travers les montagnes.
De Monnfou sur la rivière Ningthi .
à l'Irawaddy, il faut compter soixantedix milles, distance directe. On ne sait rien, absolument rien sur cette portion du trajet; mais il est permis de supposer que cette partie du pays, comme le reste de l'Indo-Chine, présente des chaînes parallèles de montagnes courant nord et sud , et peu élevées, dont la traversée n'offrirait pas d'obstacles sérieux. Sur l'Irawaddy, urès de Koutha mio , sous le 24e degré de latitude, nous tombons sur la grande route de caravane qui conduit d Ava à la province chinoise d'Yunnan, en passant par Bamo. Nous avons appris à connaître, par le journal du capitaine Hannay, l'importance commerciale de cette ville, la plus considérable de l'empire birman au nord. Deux fois l'an , au commencement et à la fin de la saison sèche, une caravane chinoise arrive à Bamo, et y vend ses marchandises : quel-
Îues marchands seulement se rendent Ava. Ce marché est fréquenté depuis des siècles, et il l'était beaucoup plus autrefois qu'il ne l'est maintenant. Marco- Polo visita ces contrées, en qualité d'envoyé de Kublaï-Khan , à la fin du treizième siècle : c'est le premier voyageur qui nous ait donné quelques renseignements sur ce marche et sur la route qui
y conduit de la province d'Yunnan. Le (i ) Voir - Journal of the Anode Society of commerce y est encore considérable, et eneol, february 1848 : une note sur ce sujet consiste principalement dans I échange ir le baron Otto des Granges. de divers produits de Yunnan et des au-
LTJNIVERS.
très provinces chinoises voisines contre les produits de Birmah et des pays du nord, c'est-à-dire des Bhar Khamtls, des Mismts et des Singphos, jusqu'à Assam et jusqu'au Tibet. Les articles de ce commerce sont, selon Crawfurd, dont les assertions sont confirmées par Hannav :
1. Exportations de la Chine: Cuivre, orpiment, mercure, cinabre, alun, étain , plomb, argent, or, porcelaine, peintures, chaudronnerie, tapis, rhubarbe , thé , soie grége et soieries, velours, miel, musc, panier, éventails, etc. I<a soie et la rhubarbe sont les articles principaux. Crawfurd estime que l'importation de soie grége n'est pas de moins de vingt-sept mille paquets ou ballots, qui représentent , année commune , une valeur de plus de 80,000 livres sterl. ou environ 2 millions de notre monnaie.
2. Importât ions en Chine, de hirmah : Coton, nids d'oiseaux, ivoire, corne , serpentine , pierres précieuses , plumes et divers produits des manufactures anglaises. Le coton seul figure dans cette, liste, toujours selon Crawfurd,
5our la valeur moyenne de 14 millions e livres ou environ 228,000 livres sterl., prèsdeO millions de francs. Les plumes,
S rincipalement celles d'une belle espèce e geai bleu , sont recherchées par les Chinois pour orner ies habits de cérémonie des mandarins : les saphirs sont employés comme boutons pour les bonnets de ces hauts fonctionnaires : les cornes de rhinocéros et de cerfs sont travaillées en coupes ou employées pour leurs proriétés médicinales, etc. L'importance es importations et exportations réunies varie de 400,000 à 700.000 livres sterling, c'est-à-dire de 10 à 18 millions de francs, environ.
Ces données complètent et rectifient celles que nous avons indiquées dans notre introduction, pape 242.
Si l'attention des spéculateurs, encouragés par la protection du gouvernement de 1 Inde anglaise , se portait sur l'établissement des communications commerciales directes que nous venons d'indiquer, le commerce entre le Bengale et ses dépendances à l'est et la Chine pourrait prendre avant peu d'années un grand développement.
Silhet deviendrait dans ce cas l'entrepôt de ce nouveau commerce. Le trans-
port des marchandises aurait lieu du Bengale à Silhet par eau, et, par l'intermédiaire des Chinois , de Bamo à Silhet par terre. L'opium et les draps anglais formeraient probablement deux des principaux éléments de ce commerce d'échange du côté de l'Inde anglaise , tandis que les richesses minérales du Yunnan , le thé et la soie écrue, constitueraient les principales branches d'importation du côté des Chinois. Il serait a désirer, sans doute , qu'on pût s'assurer, par une exploration sérieuse , de la nature et de l'importance des produits de la province d'Yunnan , et la difficulté serait d'y pénétrer dans ce but; mais on pourrait se contenter de rencontrer la caravane chinoise à Bamo. L'établissement de liaisons convenables avec les marchands chinois qui fréquentent le marché d'Ava faciliterait grandement l'exécution de ce plan; et il ne serait évidemment pas impossible, d'après ce que nous savons déjà des excursions de
auelques paeotilleurs birmans et shâns ans la direction d'Assam , de déterminer les uns et les autres à tenter quelques essais d'échanges par la route que nous avons indiquée. Il faudrait que Ton
Sût compter, dansce but, sur le concours u gouvernement birman, et depuis la déposition de Tharawaddy la cour d'Ava paraît disposée, ainsi que nous l'avons vu, à favoriser le développement du commerce extérieur.
Les intérêts généraux de notre commerce ont conduit dans le port de Rangoun un certain nombre de nos navires de guerre, et quelques-uns de nos bâtiments de commerce s'y montrent de loin en loin. Les Français ont été, en «énéral , bien accueillis dans les Rtats birmans pendant ces courtes apparitions. Ixi Chevrette, corvette de l'Etat, commandée par M. Fabri et ayant à son bord l'un de nos naturalistes les plus distingués, M. Charles Bélanger, était au Pégou à la fin de l'année 1827. Les travaux de M . Fabri et de ses coopérateurs ont considérablement augmenté les renseignements que nous possédions sur cette partie du monde asiatique. Les observations de M. Charles Bélanger n'ont encore été publiées qu'en partie; mais les travaux hydrographiques de l'expédition ont été l'objet d'un compte-rendu
inséré aux Jnnales maritimes et coloniales (année 1829). Le plan de l'entrée de la rivière de Rangoun a été levé avec beaucoup de détails, ainsi que celui de la branche nord -ouest de Plrawaddy, jusqu'à Dannobion; la branche nord-est de la même rivière a été levée jusqu'à Pégou, ancienne capitale du royaume de même nom.
Le 30 mars 1843 , c'est* à-dire seize ans après le départ de la Chevrette, la Fortune^ autre bâtiment de l'État, sous le commandement de M. Leconte, mouillait devant Rangoun, qu'il saluait de vingt et un coups de canon, et ce salut lui était rendu coup pour coup.
U fut convenu que le gouverneur de Rangoun recevrait lo commandant Leconte, avec sa suite, le 2 avril suivant, et avec la chaussure européenne. Pendant les deux jours d'attente le commandant français reçut la visite de toutes les notabilités de race européenne. L'évémie d'Heliopolis , missionnaire arrivant d'Europe et devant se rendre à la résidence d'Ammarapoura , vint le voir, accompagné du cure de Rangoun, d'un autre missionnaire et de l'évêque arménien schismatique d'Kutichès. L'abbé Domingo , curé de Rangoun, est Tyrolien ; il résidait au Pégou depuis douze ans. Homme de grand sens et très-spirituel , parlant et écrivant correctement le birman et plusieurs autres langues ; imprimant lui-même son catéchisme en langue birmane , exerçant la médecine pour les pauvres, jouissait dans le pays d'une considération extraordinaire.
C'est dans la conversation et les communications de ce bon missionnaire et observateur éclairé que M. Leconte a puisé les renseignements qu'il a publiés, et dont nous avons fait usage pour compléter nos recherches.
Le 2 avril, à dix heures du matin, le commandant Leconte descendit à terre, accompagné de quatre personnes de son état-major et de deux officiers mariniers en uniforme, le sabre au côté. Des chevaux avaient été préparés pour eux : le cortège se dirigea vers le vieux gouvernement , éloigné d'à peu près un demi -mille; des gardes armés de fusils ornés de fleurs bordaient la haie. Arrivés à la grande salle d'audience, on fit proposer au commandant d'ôter ses bot-
tes, il s'y refusa très-positivement; on n'osa pas insister, et il entra avec sa suite dans la salle, où se trouvaient réunies plus de cinq cents personnes.
Des orchestres, places des deux côtés, faisaient une musique assourdissante.
A gauche se trouvait une troupe de bayadères eu costume brillant; au milieu de la salle étaient assis les principaux chefs, en grand costume d étiquette, resque entièrement de velours bordé et roché en or. Au fond était un trône vide ; vis-à-vis, près de la porte d'entrée, on avait plaeé un fauteuil et des sièges ur ie commandant et les officiers de Fortune. Au-devant de ces sièges, une grande table portait un repas copieux et splendide, servi à l'anglaise.
La distance de cette table au trône était de huit à dix pas.
Peu d'instants après l'arrivée du commandant Leconte, le gouverneur de Rangoun parut, dans une espèce de calèche traînée par huit hommes; deux parasols dorés, insignes de ses hautes fonctions, étaient portés au-dessus de sa personne; sa tête était couverte d'un bonnet ressemblant assez à la tiare papale , mais avec une simple couronne en feuilles d'or, il portait une longue robe en velours violet , bordée d'un large galon en or : il entra par le fond de la salle, et alla s'asseoir sur son trône ; l'interprète s'approcha de lui en rampant à genoux les deux mains à terre. La conversation s'établit avec le Secours de M. Fizeau , enseigne de vaisseau , qui traduisait les paroles de l'interprète, celui-ci parlant assez mal l'anglais. La conférence, qui n'avait aucun caractère politique , ne paraît pas avoir été de lougue durée : le gouverneur se leva, et se retira avec gravité; à peine etait-il sorti que la musique et les danses recommencèrent, et, sur l'invitation du maître des cérémonies , les officiers français se mirent à table. Après avoir assisté quelques instants aux danses des bayadères, le commandant remonta à cheval avec sa suite , et retourna à l'embarcadère avec les mêmes honneurs qu'il avait reçus lors de son débarquement.
Le lendemain de cette audience une pirogue de guerrearrivaitd'Ammarapoura, apportant la nouvelle du remplacement du gouverneur. Le nouveau gouverneur,
L'UNIVERS
l'un des favoris du roi , devait arriver vers la fin d'avril amenant avec lui un nouveau schabandâr (collecteur) ; celuici, Ignace Lanciégo, était le 61s de don Gonsalez de Lanciégo, qui avait été luimême schabandîîr du temps de Crawfurd(l). Les relations déjà établies entre
(i) Don Gonsalez de Lanciégo à l'époque où Crawfurd visitait la cour d'Ava, en qualité d,envo)édu gouvernement suprême des Indes Anglaises, était âgé d'environ cinquante ans; il avait résidé trente ans dans les États birmans. — Né rn Espagne, d'une famille noble , il avait élé envoyé dans son enfance à Paris, où il avait été élevé. — Venu au commencement de la révolution à Bourbon , dont son oncle maternel était gouverneur, il avait contribué à l'armement d'un corsaire, sur lequel il fit plusieurs campagnes pendant la guerre. Ce corsaire ayant été forcé par le mauvais temps de relâcher à Basséin, M. I.anciégo y débarqua , et fut amené par ses affaires dans le j>ort de Rangoun, où il s'établit en qualité de négociant.
Il y épousa la fille d'un Indo-Portugais , intendant pendant longtemps de ce même port, et dont une autre fille était la reine n° 4 du dernier roi. I)e Rangoun M. Lanciégo se rendit à la capitale, devint le favori du roi ( alors prince royal ), et par son influence obtint le poste de receveur général des donaues ( schahanddr ) a Rangoun. Quand la guerre éclata entre les Anglais et le» Birmans, il se trouvait à A va, où il était allé porter les receltes de l'année. Il suffit d'une ou deux lettres à lui écrites par des négociants anglais, lettres cependant insignifiantes, tombées entre les mains de ses ennemis, pour le reudre suspect, et, malgré les dis|K>sitions favorables du roi à son égard, il fut arrêté, jeté dans un cachot et mis aux fers. D'autres lettres de commerce étant arrivées à son adresse, ses ennemis prétendirent qu'il entretenait des relations coupables avec les Anglais, et l'on trouva des témoins qui jurèrent que «es émissaires avaient été vus dans le camp de sir Archibald Campbell. Le roi donna l'ordre de V examiner selon la coutume. On l'envoya donc chercher i sa prison ; on le soumit à la torture, et on confisqua ses propriétés. On ne le mit an liberté qu'à la paix, mais sans lui restituer ses biens. Son innocence fut cependant reconnue, et on punit ses accusateurs. A l'occasion de la mission de Crawfurd, on avait pensé qu'il pouvait être utile, et il avait été rappelé a la cour.
le commandant Leconte et le gouverneur qui allait être remplace furent interrompues par la disgrâce imprévue de ce dernier. Pendant le reste de son séjour au Pégou, M. Leconte eut souvent recours à lui pour faciliter les achats qu'il avait à faire à Rangoun. Une foule de petits obstacles, causés par les coutumes et les habitudes locales , étaient levés par l'intervention obligeante de ce dignitaire. La production de son cachet ou d'un écrit signé de sa main, faisait cesser toutes difficultés. — Les marins de la Fortune reçurent le meilleur accueil des habitants : on les engageait à entrer dans les maisons; on tolérait même qu'ils visitassent les pagodes et autres lieux sacrés où sont élevées les idoles. A Rangoun l'église catholique romaine a placé le signe de la rédemption sur un clocher en bois qui Ggure modestement au milieu des temples du bouddhisme. Sa cloche retentit au loin et appelle les fidèles à la prière. Pendant le temps que la Fortune lut mouillée devant la ville, tous les dimanches, dit M. Lecoute, trente marins de bonne volonté , conduits par des sous-officiers, allèrent entendre la messe. M. Leconte y alla lui-même, accompagné de ses officiers. Ce détachement d'hommes en grande tenue d'équipage de ligne, marchant silencieusement en ordre et sans armes, et rentrant de même à bord, produisit un grand effet dans le pays. I,a sagesse de leur conduite à terre dans les permissions qui leur furent accordées t tut remarquée de tous, et les Anglais eux-mêmes avouèrent que la manière d'être de nos hommes faisait contraste avec les rixes journalières qui ont lieu lorsque les matelots du commerce anglais vont en ville.
La Fortune quitta Rangoun le 30 avril 1843.
flous terminerons ici cette imparfaite esquisse des pays Birmans, nous réservant, lorsque nous traiterons des provinces de Ténassérim, de compléter, dans les limites qui nous sont prescrites, l'ethnographie de ces contrées , d'après les renseignements les plus récents.