‹ Japon, Indo-ChineChapitre 78 sur 101 · VERS · texte numérisé non relu

VERS

Malais de Keddah. Ils la classent en pi»

sieurs variétés, qui sont :

1° La grande canne, « large cane », ou tubbou (terme générique ) biUong yang tieda berabou , qui , comme l'exprime cette désignation, ne présente presque pas de cette poussière cendrée qui se remarque sur plusieurs autres espèces.

Les Malais la regardent comme moins douce que le tubbou itam ;

2° Tubbou bittong berabou , « powdery bark cane » , la canne à écorce poudreuse;

3° Tubbou mèrah, canne rouge, dont le jus passe pour être plus acide que celui des deux variétés précédentes;

4° Tubbou rot tan , a ratan cane », la « canne rotin >, mince et dure ;

5° Tubbou kookou karbau : « buffalohoof cane », la « canne sabot de bufïle », dure, à écorce d'un bruu chocolat ;

6° Tubbou itam, canne noire, espèce estimée des Malais, et qui atteint une hauteur de douze pieds anglais (3œ,66).

Les Chinois ont choisi la première variété, qu'ils regardent comme donnant plus de jus, et moins chargée de principes colorants.

La hauteur moyenne de la canne, quand elle est bien cultivée, est ici d'environ sept pieds ( 2m, 13) entre les deux nœuds extrêmes; il n'est pas rare d'en trouver de dix ( 3œ,05) et même de douze pieds (3m,66) dans des terrains vierges. Les Chinois sont certainement bien supérieurs à toutes les classes des cultivateurs indigènes des bords du détroit, surtout par cet instinct héréditaire, cette patience industrieuse qu'ils appliquent dans tous leurs travaux ; et cependant ils sont loin encore des résultats qu'ils pourraient atteindre si leurs habitudes routinières et leurs préjugés leur permettaient de s'aider de la science et de l'habileté des Européens.

Un planteur de Java regarderait comme bien grossiers, malpropres et trèsinsuffisants les procédés qu'ils emploient pour la fabrication du sucre brut. Après avoir bien nettoyé le sol et creusé des sillons, on dispose les plantes de cannes en rangées distantes de six pieds ( i œ,83) les unes des autres ; on laisse entre les plants un intervalle de deux pieds et demi ou deux pieds sept pouces (On,?6 ou Qm,78). Les sillons ou petits fossés

qui séparent chaque rangée de ses voisines ont une profondeur de un à deux piedsCO^aoàO^ei).

Les mois à'aorU et de mai sont ceux que Ton regarde comme les plus favorables pour planter ; mais on voit dans les champs des cannes de tout âge. Les Chinois n'ont pas les capitaux qu'il leur faudrait pour mettre de l'ensemble dans leurs opérations; et si leur récolte entière se trouvait mûre à la fois, ils n'auraient pas assez de moulins pour presser leurs cannes. Le temps qu'elles mettent à mûrir dépend à la fois de la qualité du sol et du soin que l'on met à leur culture; ce temps est ordinairement de quatorze mois, dans des conditions favorables; autrement elles n'arrivent à maturité que dans le seizième et même dans le dix-huitième mois.

On compte en moyenne environ trois mille quatre cents pieds ou souches de canne par ortong; l'oriong est d'environ un acre et un tiers ou cinquante-quatre ares. Chaque souche est de cinq à huit et parfois dix cannes.

La terre est sarclée quatre fois et les cannes émondées cinq fois, sans les dépouiller entièrement de leurs feuilles, entre l'époque de la plantation et celle de la coupe. Un catty de poisson pourri sert d'engrais à chaque pied ou souche de canne. Voici l'état approximatif des frais de culture, jusqu au moment où les cannes sont prêtes à être charriées au moulin.

Frai* de culture de 100 orlongs ( 54 hect. ) pendant une saison de quatorze mois.

Hastm.1

Terrain défriché , ou frais de défrichement de» lerres boisées. . . 2 ,000 Cinquante niliirateurs chiuois, à 5

piastres par mois 3,500

Inspecteur chiuois, à 10 piastres par

niois 140

Instruments d'Agriculture 100

Logements des cultivateurs. ... 50

Contributions 75

JKugraia ( S» piculs de poisson , ou

1 catty par souche de canne ) et

Total des frais pour la lre année. . . 6,881

Frais pour la 2- année 3,8?. I

(après déduction de 2,000 piastres pour les défrichements, et 60 pour les frais de construction des maisons).

Il faudrait tenir compte en outre des frais d'entretien des terres et maisons , de l'intérêt du capital engagé dans l'entreprise et des dépenses imprévues.

Un moulin se compose de deux cylindres verticaux, de granit ou de bois; dans ce dernier cas, on choisît dans les forêts de la frontière les arbres les plus gros et les plus durs. Le mouvement est donné par une paire de buffles attelés à une longue barre recourbée, Gxéc à l'axe central. Les cylindres ont ordinairement deux pieds de diamètre et reposent sur une plate-forme en bois, élevée de deux pieds seulement au-dessus de l'aire circulaire que parcourent les buffles. Entre le moulin et cette espèce de chemin de ronde, de niveau avec lui, on enterre une barrique destinée à recevoir le vesou. A chaque moulin sont attachés six buffles, que l'on attelle par paires ; on relaye toutes les deux heures; chaque attelage sert pendant quatre heures ; en tout, on ne relaye que six fois dans les v ingt heures, à cause des repos et temps d'arrêt accidentels.

Un vaste appentis ouvert da tous côtés recouvre le moulin et la batterie qui en est séparée par l'espace qu'occupent les buffles; elle n'est élevée que de trois ou quatre pieds au-dessus du sol. Le four, qui est voûté, est construit solidement avec des briques et du mortier. La batterie ne se compose que de trois chaudières en fer. Le vesou , au lieu d'être amené du moulin par un tuyau, se trans-

Eorte avec des seaux dans une grande arrique; auprès d'une des chaudières se trouve placé un réservoir dont le fond est garni d'un siphon ; enOn l'appareil est complété par une cuve à refroidir, où l'on verse le sirop chaud clarifié. Les cannes sont transportées à dos d'homme jusqu'au moulin, où on les coupe en tronçons de longueur convenable. Un seul homme suffit à fournir des cannes au moulin ; un autre homme est employé à le débarrasser des cannes déjà pressées. Ce n'est qu'après avoir passé trois fois entre les cylindres que le résidu des cannes est rejeté, comme bagasse, (ampas); bagasse que l'on mêle avec le bois à brûler quand celui-ci est trop cher . Comme on le voit , il y a une grande perte de temps , que l'on éviterait avec un moulin moins imparfait, fonction-

L'UNIVERS

nant sans relâche , et où il serait inutile servoi r en bois , à fond plat, qui sert à le de passer les cannes plus d'une fois, clarifier ; on laisse déposer toutes les ma-

On s'est assuré par l'expérience que à l'aide du siphon on le transvase dans

cent cannes avaient été pressées en neuf la seconde et enfin dans la troisième

minutes au premier tour, en douze mi- chaudière. Dans cette dernière on verse

nutes au deuxième, et au troisième en environ un sixième de tchoupah (1), ou

huit minutes. Les douze minutes qu'il même davantage, de chaux fine de co-

a fallu employer pour la deuxième opéra- quille, pour activer l'opération. De temps

tion sembleraient prouver que le moulin en temps on examine attentivement le

On peut évaluer à deux mille cinq cents le verse dans la cuve à refroidir. Après la quantité moyenne de cannes pressées l'y avoir laissé quelques minutes, on le par journée de douze heures; en suppo- jette dans des jarres en terre cuite, de sant qu'il n'y eût pas de temps perdu en forme conique, faites pour contenir cinrelayant,comme un or/on^ rapporte envi- quante eut lys (2) de sucre chacune, ron vingt mille quatre cents cannes, un Douze heures de travail d'un moulin seul moulin serait occupé près de huit fournissent ordinairement de quoi remjours (à douze heures par jour) à les plir douze de ces formes, et chaque presser. Avec une machine convenable jarre, après le terrage , donne de vingtet un travail incessant, la même quan- quatre à vingt-cinq cattys de sucre, dont tilé de cannes pourrait être pressée en vingt cattys environ de nonne qualité, le dix-huit ou vingt heures. Un cent de reste fortement coloré. Ces jarres sont cannes prises au hasard a donné 32 remplies peu à peu avec le sirop tiré de gallons (chaque gallon de 116 onces; la cuve à refroidir; on y verse chaque 145 litres, chaque litre de 800 gram- fois le quart à peu près de ce qu'elles mes) de vesou; vingt heures de marche peuvent contenir, pour permettre à la d'un moulin ont produit trois piculs cristallisation de se former. Ou les rançe (de GOkil. environ) de sucre terré, de ensuite sur une plate-forme de kibong,

Sremière et deuxième qualité; ce qui ou de bois de palmier fendu, élevée de onne environ vingt-quatre piculs par deux pieds au-dessus du sol, à l'abri d'un orlong. Dans les meilleures terres on hangar fait de matériaux légers. Sous la pourrait compter snr vingt-cinq piculs. plate-forme se trouvent des conduits eu Une gouttière amène le vesou du mou- gros bambous , fendus dans leur Ionlin dans une cuve enterrée presque jus- gueur, et destinés à recueillir la mélasse. qu'au bord ; c'est avec des seaux, comme Douze jours après avoir rempli les on l'a vu plus haut , qu'on le transvase formes, quand la mélasse a bien déde là dans la cuve voisine des chaudiè- goutté , on pose sur la surface des gares. Le contre-maître , ou premier ou- teaux d'argile humide et bien pétrie. On vrier, est occupé à verser le vesou dans change deux ou trois fois cette argile, les koalies, ou chaudières basses en fer. Il qui enlève chaque fois une partie de faut observerqu'ellessontencaisséesdans sucre.

un ouvrage en maçonnerie bien enduit de On fait sécher le sucre terré au soleil

plâtre à I intérieur, qui s'élève d'un pied dans des baquets de bois; on l'emballe en-

ou même davantage au-dessus de leurs suite dans des paniers d'osier, garnis

bords, afin d'empêcher l'écoulement du intérieurement de feuilles de palmier,

sirop en ébullition. Dans aucune des La quantité de mélasse que l'on obtient

phases de l'opération on n'accorde une est, en poids, la moitié à peu près de celle

grande attention à la température du li- du sucre, peut-être un peu davantage ,

quide; c'est une affaire de tact et d'expé- à cause de l'eau qui est mêlée à Tarple.

rience. Quand l'ébullition est trop v]0- Comme la mélasse est peu recherchée,

deux tout au plus.

tières étrangères dont il est chargé

INDO-CBINE. 649

les Chinois n'apportent pas an grand Produit.

soin à sa fabrication. Elle est générale- jooo piculs de beau sucre lerré à

ment pleine de fourmis mortes, de mou- 6 p. le picul, et 400 cassonnade

ches et autres insectes, qui pullulent noire à s p. 7.1e picul. . . . 13,400

dans les sucreries. 2M<H> ganianga de mélasse a is

On n'a pas encore essayé de distiller P«*» ,c

du rum ; les Chinois tirent une espèce Total des recette*: . . . 17,345

d'arrack de la distillation d'un mélange Des dépenses ll,58i

fermenté de riz et de mélasse. Profit net : Piastres 4,764

mes que ceux indiqués plus haut; à cette loueT*uean mou,m a une. Plastre Par Jour'

différence près , qu'au lieu de verser le MM buf«M nl domestiques.

sirop concentré dans les formes à terrer, Dépense quotidienne d'un moulin en ac-

on le répand dans des baquets plats, tivité.

dans lesquels on le remue avec des pelles , k . . j,^.. m"u

en bois jusqu'à ce qu'il soit assez cris- Undul,"d!J' 00 k U fabrical,on

tallisé pour pouvoir être emballé. Il con- Un ,,ommeVhargé de i'entrêti'en du feu.' o.w

tient en général beaucoup trop de mé- Un pourToyeor du moulin 0,25

lasse pour convenir à l'exportation. un homme pour dégager la bagasse et

Nous avons supposé qu il fallait qua- porter le veaoa à la chaudière. . . . 0,30

tre mois pour faire la récolte des cannes Un conducteur poor les buffles. . . . 0,20

et fabriquer le sucre, et nous avons cal- Coupe des cannes et Irsnsr^rt au moulin, t.oo

Chaux et huile de coco 0.05

cent orlongs pendant cette durée de forme8 aterrer(au Uersdeleur

temps : mais trois moulins suturaient valeur , leur durée moyenne étant de

si on les tenait constamment en activité, trois saisons).. . . : 0,60

comme ne manqueraient pas de le faire Tolâl Piastres ^ôô

des Européens. qUj met ja dépense de huit jours,

Frais de fabrication du sucre provenant nécessaire pour presser la récolte d'un

de la récolte de 100 orlongs. orlong , à 32 piastres.

Frais de premier établissement. j?n supposant ces prix invariables, le

pian™*. bénéfice net de chacune des saisons

Huit moulins à 200 piastres chacun. ifeoo guivantes devrait surpasser celui de la

Cinquante buffles à 10 piastres. . 500 emière de tout le ^pital employé à

F?a!s ac^VsoirW.: .* .' .' .' \ \ loo FacJiat de terres moulins ; bestiaux, etc

Récolte de 100 orlongs convertie en et a la construction des bâtiments, dont

sucre au* prix ci-dessus , dans la valeur a été portée tout entière à l'é-

l'espace de quatre mois 3,200 tat des dépenses.

Frais d'entretien et de réparations, Les Chinois ne reconnaissent pas vo-

perte* accidentelles. •••••• lontiers qu'ils retirent quelque bénéfice

Stir.""*: Z d« cette cllture; maisVtU il, ten-

iiiiereu au w»i«mu jgnt au monopole, et il est parfaitement

^ ï?.ul\ ••.•;* M2? avéré que plusieurs d'entre eux sont re-

Frais de cultnre établis pins haut. . MM tourn£ J quilUnt leurs sucre-

Total général des frais après la ùes avec des économies considérables.

première saison de quatorze Peut-être, néanmoins, serait-il plus

mois 12,581 v) 6agei ea commençant-une plantation de

... , sucre, de ne compter que sur une ré-

(1) La valeur de la u.astre espagnole varie , • de vingt-deux piculs , et

^*5S£^ ™ quantité proportionnée de mé-

LT"Sru^Pï! Ifsse, au'lieu du produit supposé p ta.

â7 i jLces cubique* 65, ou environ « gallon haut ; parce qu'il pourrait é tre d fficile

,/4, ou 5 liires 58o. - 800 gantangs font 40 main tenant de trouver des terrains eten-

dus d une fertilité uniforme.

L'UNIVERS

Les Chinois ont vendu leurs sucres jusqu'à huit ou neuf piastres espagnoles le nicul. On n'en importe plus guère dans l'île, ni dans la province de Wellesley , depuis que les producteurs indigènes peuvent, en cas de concurrence, encombrer le marché, faire baisser les prix, et rendre ruineuse toute spéculation de ce genre.

En 1836 quelques capitalistes européens commencèrent une plantation de plusieurs centaines d'orlongs a Bukit- Tamboon, province de Wellesley, et vers la même époque les propriétaires d'Otahiti (à Jtjer ltam, île du Prince de Galles ) entreprirent dans un but pareil le défrichement de cette propriété; mais les procédés de fabrication étaient à peu près les mêmes que ceux employés

jusqu'à ce jour par les Chinois , si ce n'est qu'à Otahiti le mouvement était donné par uue roue à eau.

Vers la Gn de 18-11, M. Donnadieu, planteur de l"!le Maurice, arriva à Pénang; après avoir visité les diverses plantations, examiné le terrain, après s'être informé du prix du bétail, de celui des salaires, et être entré dans tous les détails nécessaires, il adressa au gouvernement une demande de concession de terre à Jajavee, province de VVellesley , et commença aussitôt à défricher ei à planter des cannes. Son exemple fut bientôt suivi pa r d'autres capitalistes habitant antérieurement Pcnang ou arrivés depuis lors dans la colonie.

Voici un elal des propriétés, de V étendue des terres cultivées, etc.

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