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OROGRAPHIE ET HYDROGRAPHIE ; GÉOGHAFH1B GÉNÉRALE ET PO- LITIQUE

1 /ensemble des pays Annamites présente, au point de vue géographique , un caractère particulier : celui d'un développement de cotes qui reproduit, sur une échelle un peu moindre, au sud et en arrière du continent chinois, la saillie grandiose qui distingue ce continent. Cette grande ligne extérieure paraît annoncer un développement intérieur analogue; mais la chaîne de hautes montagnes qui bordent la côte resserre le pays cochinchinois proprement dit en une zone qui a un peu plus de vingt lieues d'étendue dans sa plus grande largeur.

Par le nord, c'est-à-dire par le Tong- King, la Cochinchine se lie géologiquement à la Chine, et affecte dans son relief orographique , comme dans la direction des cours d'eau qui la sillonnent, le parallélisme à l'équateur ; tandis que par le sud elle participe évidemment aux tendances orographiques et hydrogra-

fihioues du reste de I Indo-Chine , dans a direction du méridien.

La chaîne* de montagnes frontières du Tong-King peut encore être considérée comme parallèle à la chaîne Yul.lng, et la direction divergente des principaux fleuves du Tong-King ainsi que duSong- Ka (que Crawfurd nomme Song-Koi) affecte le même parallélisme, avec inclinaison vers le sud-est; mais à partir de là les autres vallées principales de l'Inde postérieure perdent entièrement ce caractère. Au sud du Seng-Ka et de deux fleuves parallèles qui en sont rapprochés, mais dont le cours est beaucoup plus restreint, une courte chaîne de montagnes transversales divise le royaume de Tong-King en partie septentrionale et partie méridionale. Entre cette chaîne

et la chaîne limite du nord s'étend la grande plaine du pays riverain du Tong- King. A part cesdounées orographiques générales, il règne encore une grande incertitude sur le relief et la constitution géologique de ce pays.

La chaîne de montagnes entières de la Cochinchine est la première et la plus orientale de celles qui traversent l'Indo-Chine du nord au sud. On ignore où commence son embranchement dans le nord des pays élevés du Yunnan :

c'est probablement entre les sources du Seng-Ka et du Lan-fshan-Klang {Kiou- Long ou Mae-Khaun ) , vers l'ouest , au pays frontière des Papes ou Lo/os; car c'est là que la chaîne de montagnes que nous décrivons s'écarte le plus de la côte pour entrer dans les terres et se joindre au massif montueux du Yunnan méridional. En venant de la vallée cultivée du Tong-King, il faut plusieurs journées de marche vers l'ouest pour traverser cette suite de montagnes désertes et atteindre les provinces de Laos. De cette extrémité septentrionale la large masse montueose traverse, dans la direction du sud-sud-est, plusieurs centaines de milles d'un pays encore inconnu , et qui doit être habité par le peuple des Mol ou Ae-J/oï. Ce n est donc que du côté de l'orient que les Européens ont pu entrevoir quelques parties de cette chaîne et explorer quelques-unes de ses saillies. Elle sépare ainsi Ja province riveraine orientale de la Cochinchine des terres intérieures que truver>e le fleuve Maè-Kliaun ou May-Kong, dont le cours supérieur appartient nu Laos, et qui reçoit dans son coûts inférieur le nom de Cambodje. Au sud, on peut considérer le cap Saint-Jantes comme limite méridionale de cette grande chaîne de montagnes de la Cochinchine, limite qui se trouve placée , d'après les observations du capitaine Aoss, sous le 10°

16' 4" de latitude septentrionale, et les 105° 44' de longitude orientale du méridien de Paris.

Nous devons à Jean-Louis Taberd, évéqued'Isauropolis, vicaire apostolique de Cochinchine, Cambodje et Ciampa , les renseignements les plus précis qui aient encore été publiés sur la géographiederempireCochinchinois(l). Ce savant missionnaire avait joint à son beau travail sur la langue annamite, indiqué au bas de cette page, une carte de Cochinchine, dont celle que nous publions est la réduction, et où le cours du May-Kong ( écrit par Faberd Meycon et Mecon ) est trace d'une mauière trèsdifférente de ce que nous voyons dans les cartes de nos géographes les plus modernes. — Nous reviendrons sur ce ' grand cours d'eau lorsque nous traiterons plus particulièrementde la province de Cambodje ; embrassons d'abord d'un coup d'oeil général la géographie des paysd'Annam.

Plusieurs géographes, Malte -Brun entre autres , ont pensé que le nom de Cochinchine était d'origine japonaise (Cotchin-Djina)itl signifiait contrée à l'ouest de la Chine. — Taberd pense au contraire que ce nom est d'origine européenne et introduit par les Portugais, qui, trouvant quelque ressemblance entre la côte d'An nain et celle de Cochin, ont désigné le pays par le nom de Cochin-China : le fait est que les naturels, aussi bien que les Chinois , ne le connaissent que sous le nom d'Antiam (2).

La division la plus convenable de la Cochinchine proprement dite est cellequi lui assigne trois parties : celle du nord , celle du centre et celle du sud. — La

(1) Le mémoire, peu connu, de Taberd sur la géographie de la Cochinchine a été traduit en anglais et inséré dans le Journal de la Société Asiatique du Bengale, vol. VI, p. 737 et suivantes : avec un supplément , vol. Vil ( i838 ), p. 3i7 et suivantes. — L'cvéque Taberd, peu de temps avant sa mon, avait fait imprimera Sérampoure un dictionnaire cochinchinois-lahn et latin-eochinchinois, en a vol. in-4*; 1 838.

(2) An Nam : « paix du Sud » ; prononcé quelquefois Ai Nam ou En Nam. — Voir, à cet égard, le mémoire de Taberd , vol VI, du Journal de la Société Asiatique de Cal* cutta, déjà cité, p. 738.

première commence au 17* 30/ environ de latitude, et se compose de trois provinces ou préfectures, appelées Quang- Binh, Quang Triou Dinh-Cat et Quang- Du"c (selon l'orthographe de Taberd).

Ces trois préfectures forment ce que nous appelons vulgairement la haute Cochinchine ou Hue, d'après le nom de la capitale, qui se trouve dans la préfecture Quang-Dttc, aussi quelquefois Phu- Xuân , et récemment, par un caprice vaniteux du souverain, Phu-Thù'a- Thién, c'est-à-dire , « province placée sous l'influence directe du ciel ».

La Cochinchine du centre s'étend du 10° 46' à 16° de latitude, et comprend six provinces ou préfectures. La première est Quang-Nam ou Phu-Cham, qui commence aux montagnes appelées Ai-} dn, vers le seizième degré de latitude nord ; c'est dans cette province qu'est situé le beau port de Touron, que nos navigateurs appellent Tour a ne et les Coch inchinois Hàn . A quatre ou cinq lieues dans le sud de cette baie se trouve la ville de Phaiphô (le Fai/o ou Faifou des voyageurs ) , qui a été pendant longtemps le centre du commerce avec Tes pays étrangers. — Les

{merres qui désolèrent le royaume vers a fin du siècle dernier ont porté un coup mortel à la prospérité de cette ville : elle est habitée en partie par des Chinois, qui entretiennent un négoce assez actif avec leurs compatriotes. Le pays est pittoresque et fertile, quoique montueux; les Coch inchinois tirent du sudouest des montagnes une cannelle que l'on préfère en Chine à celle de Ceylan. Trois jours de marche conduisent de cette province dans la province voisine de Quang-Ngai ou il m- y g ni, qui a moins de largeur, mais qui s'étend du bord de la mer jusqu'aux montagnes habitées par les Moi, la plus terrible, selon TaDerd , des tribus sauvages qui occupent la grande chaîne des côtes. Ou y cultive aussi de la cannelle, mais le sucre en est la production principale.

Pendant long temps les incursions des sauvages de la montagne, qui cherchaient à se remettre en possession de la plaine, ont nui au développement de la population cochiuchinoise; mais depuis un demi- siècle à peu près ces tribus barbares ont été définitivement refoulées

INDOCHINE

dans leurs forêts, et la province est devenue beaucoup plus populeuse.

De Hoa-Ngai on passe dans Tune des plus belles provinces du royaume, où de 1780 à 1793 se trouvait la capitale de l'un des usurpateurs connus sous le nom de Tây-So'n ou « montagnards de l'ouest ». C'est la province de Çui-Nho'n,

3ue quelques-uns appellent Qui-Phu et 'autres Binh-Dinh : elle possède plusieurs bons ports, mais le plus beau et le plus vaste est celui de Cua-Già. On voit partout, dans cette province, de ces tours en briques , à demi ruinées, érigées lorsque le pays appartenait à l'ancien et puissant royaume de Ciampa , passé depuis un siècle environ sous la domination des Cochinchinois. Les cocotiers abondent ici : l'huile de coco , les cordages préparés avec ses Gbres, la noix d'arèque et un peu de soie forment les principales branches du commerce du pays.

Vient ensuite la province de Phu- Yén, disposée en amphithéâtre, et qui présente a la vue de beaux champs de riz et des jardins d'aréquiers et de bétel, au milieu desquels sont dispersées les humbles habitations des riches cultivateurs.

Cette province fournit les meilleurs chevaux de tout le royaume. Elle est séparée de la province de Nha-Trang, ou JBinh-IJàa, par une montagne très-é levée , nommée en conséquence DèoCa, ou « la grande montagne ». Cette province a une étendue de six journées de marche. C'est ici qu'un officier français construisit une ville forte de même nom

3ue la province, à trois ou quatre lieues \in beau port, vis-à-vis l'îfe Tré-Behe. Cette ville soutint deux sièges contre les rebelles, l'un en 1792, l'autre en 1798. La population est peu considérable ; elle cultive cependant avec succès le mûrier, et fait un commerce assez important en soie. La province produit aussi une es* pèce de baumier, amyris ambrosiana, • dont le suc. d'une couleur noirâtre, n'est pas intérieur en parfum au liquida mbar.

La dernière province de la Cochincbine centrale est celle de BlnhThuân, où était située la capitale du royaume de Ciampa. L'ancienne population, aujourd'hui considérablement réduite, i ett retirée aux pieds des montagnes,

abandonnant à ses nouveaux maîtres les bords de la mer et les parages sablonneux qu'on appelle « le désert de la Cochinchine ». Ciampa était jadis un État considérable, qui n a été connu des Européens qu'au temps de son déclin. Avant le quinzième siècle, ce royaume était borné au nord par le Tong-King, au sud par Cambodje , à l'est par la mer, à l'ouest enfin par les montagnes et le pays des Laos. Les indigènes sont nommés par les Cochinchinois Loi, et le pays Thuân, Thiêng, etc. Il résulte des chroniques javanaises que le Ciampa avait autrefois des relations fréquentes et fort actives avec les habitants de l'archipel Malais : au quinzième siècle l'em pereur de Java avait épousé une fiiïe du roi de Ciampa. Le bois d'ebène est trèscommun dans le pays, mais le bois le plus précieux, et qu'on en retire en assez grande abondance , est le bois d'aigle , dont la première qualité se vend, s'il faut en croire l'évêque Taberd, pour son

{joids en or : les Cochinchinois l'appelent ki-nam. Indépendamment de son parfum délicieux , il possède, à-ce qu'on assure, des propriétés médicinales.

La province de Binh-Thuân s'étend du 1 1 ■ 45' nord au 10° 46', où commence la Cochinchine du sud, qui comprend la partie du Cambodje conquise par les Cochinchinois. Cette province, d acquisition comparativement récente, appelée autrefois DôngNal, « champ des cerfs • , et connue des indigènes, et surtout des Européens, sous le nom de Sai- Gôn , est désignée officiellement sous celui de Giâ-Dinh; elle comprend huit préfectures : la première, qui touche à Bing-Thuân^ est appelée Biên-Hoa ou DCfng-Nai; la seconde, Phan-Yén ou Sài-Gùn^ dont le chef-lieu est la ville fortifiée de même nom ; la troisième est Dinh-Tu'à'ng , vulgairement Mi-Tho; la quatrième est celle de f^inh-Thanh^ ou Long-Hô; la cinquième, ChâurDô'c, OU An»Gianq ; la sixième est Xam-f any, et comprend l'ancien royaume de Cambodje. La septième, appelée Hà-Tiên, est connue des Européens sous le nom de Cancao. Cette préfecture étend sa juridiction de l'Ile appelée lion- Tram ( Hôn-Côcông, sur la carte de Taberd ), dans le golfe de Siam, jusque près du onzième degré de latitude nord. C'est

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l'Ile Kokmg de Crawfurd, qui la place par 10° 40' latitude nord et 103° 13' latitude ouest du méridien de Greenwïch, et qui se trouve située a l'extrémité de la ligne qui sépare le royaume de Cochinchine de celui de Siam : les Cochmchinuis y entretiennent un corps de troupes pour la sarde de la frontière, et c'est de là que lui vient son nom , qui signifie « lie de la garde ». Poulo-Oubi ( en co« chinchinois Hàn-Khoai, « Ne des ignames »), située par 8° 25' de latitude nord, forme l'extrême limitedu royaume au sud. Kntin, la huitième préfecture, connue vulgairement sous les noms de Go-Sat et Pursaty est la plus éloignée, dans le nord-ouest, de toutes celles qui sont placées sous le gouvernement de Saïgôn.

Cette énumération très - sommaire nous montre la Cochinchine divisée en dix provinces et dix-sept préfectures, attendu que la vaste province de Gia- Dinh en comprend huit a elle seule. Sil de ces préfectures sont sur le bord de la mer; mais en dehors des limites de la CochiucJ^ne du Sud proprement dite se trouvent, comme nous venons de le Toir, dans le nord-ouest de Saigon , et sous sa dépendance administrative, les deux préfectures que la carte de Taberd et son dictionnaire nous font connaître sous les noms de Nnm-f/ang-Trà'n et GoSât-Trâ'n, et qui n'ont été visitées par aucun européen.

Le Tong-King, qui depuis 1802 a été réuni au royaume de Cochinchine , compte douze provinces et quatorze préfectures; les provinces de Thanh et Nam ayant chacune deux préfectures.

Le Tong-King était autrefois séparé de la Cochinchine par une muraille, que nous trouvons indiquée sur la carte de Tabert sous le nom de Lui-Sà'y ( « grande muraille » ), par 17° 30' environ de latitude nord, à peu de distance et au sud de la rivière Sông-Gianh ou Gfanh-Giang ( selon la carte ). C'est au delà de cette rivière que parait commencer aujourd'hui la préfecture Nghè-An, appartenant à la province Thaunou Thanh. Les noms des treize autres préfectures sont: ThanliNôi, Thanh - Ngoai , llu'ngliàa , Nam-Thuo'ng , Nam- lia , liai' Dông, Kinh-BAC) So'n-TÛy ,Cao-Bôngr ! "ng-Ûâc, Thài-Nguyén, Tuyén-Quang

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