DOMINATION PORTUGAISE
(De 1505 à 1658).
Avant d'esquisser les faits concernant les Portugais, il convient de résumer les géographes et les voyageurs du moyen âge, alin de faire comprendre nettement la situation de l'île à l'arrivée des nouveaux venus.
D'après les écrits de saint Ambroise, un Tliébain nommé Scholasticus paraît avoir visité l'Ile à cette époque. Il décrit exactement les mœurs des habitants, leur alimentation, etc. 11 fut détenu six années par un des souverains malabares, et à l'occasion d'une guerre civile il recouvra sa liberté.
Au neuvième siècle nous trouvons les Arabes monopolisant encore le commerce de Ceylan avec l'Ouest. Abu-Zeidal-Hasan fournit un récit détaillé de l'i le et de ses habitants dans un commentaire servant de préface au voyage de deux marchands arabes.
Une autre description de cette île fameuse se trouve dans les voyages de
Marco-Paolo, le célèbre voyageur vénitien du treizième siècle. A cette époque les hommes et les femmes vivaient dans un état de quasi - nudité ; les hommes étaient impropres à la guerre, et des troupes mercenaires défendaient le pays . Leurs seuls approvisionnements étaient du riz et du sésame; ils extrayaient de l'huile de cette dernière graine. Ils se nourrissaient de lait, de riz, de chair, et buvaient du vin extrait des arbres ( palmiers ). L'Ile produisait des pierres précieuses d'une magni licence incomparable : rubis, saphirs, topazes , améthystes , etc. On dit que Je roi avait le plus beau diamant qui ait jamais été vu : de la longueur de sa main, de la grosseur de son bras, sau» tache , étincelant comme le feu, et d'une valeur infinie. K nul aï K an envoya offrit en échange la valeur d'une ville entière, mais le roi répondit qu'il ne l'échangerait pas pour les trésors du monde entier, parce qu'il lui venait de ses ancêtres. Dans cette île se trouve une haute montagne, dont le sommet, très-escarpé, ne peut être accessible qu'à l'aide de chaînes de fer, etc.
A un demi-siècle de là , Ceylan fut visitée par sir John Maundeville, natif de Saint-Alban; elle renfermait des déserts infestés de serpents, de crocodiles, et de bêtes féroces ; il y avait aussi des races d'éléphants gigantesques. Le roi était nommé à l'élection. L'Ile jouissait de deux étés et de deux récoltes par année.
En 1340 les Vénitiens obtinrent , par bulle du pape, l'autorisation de conclure avec le sultan d'Êgypte un traité de commerce qui les conduisit à établir avec Ceylan des relations très-activeset trèsavantageuses, dont ils furent en possession jusqu'à la découverte de Vasco de Gama.
Le récit du Vénitien Nicolo de Conte mentionne un arbre, le talipot i lu lapât des Hindous ; corypha umbraculifera des botanistes ) qui ne portait pas de fruit , dont les feuilles avaient huit verges de longueur sur huit de largeur ; elles étaient si minces qu'étant pliées elles pouvaient tenir dans la main ; elles servaient de parapluie et de papier à écrire.
(1615 et 1517.) Corsalie, de Florence, rapporte que le commerce d'éléphants
6ît i/mnvERS*
était très-lucratif à Ovlan. Le Portugais rira à Colombo à la tété «Tune flotte de
Barbosa ( 1516) dit que cette tle était dix-neuf vaisseaux, et se disposa à cons-
appelée parmi les Indiens «Ténasséri m », traire une forteresse en exécution des
ou Vile des délices. clauses du traité ; il fut attaque vivement
Vers la fin du seizième siècle , Césars par les indigènes, qui prirent bientôt la
de Fédrici donne un récit exact de la pé- tuite, terrifies de la discipline des Euro-
chedes perles (1). 11 mentionne le cin- péens et de leur artillerie. Le monarque
namome , le poivre, le gingembre, la singhalais se trouva ainsi contraint de
noix d'arek , comme aussi les manu- laisser ériger les forts et de payer uo
factures de cordages , îaits du coir tire tribut consistant en epices
de la noix de coco ; il y parle aussi do éléphants, etc. cristal, des yeux de chat, des rubis, etc., Les dissensions civiles des Singhalais
qui s'y trouvent en abondance. et la présence des Portugais dans l'île
A f époque des découvertes de Vasco en firent une proie facile pour la domide Gama l'Europe était en feu. Les nation étrangère. A la mort de Prack- Portugais, ne pouvant avoir decompéti- ramabahou, en 1527, une guerre de suc teurs, négligèrent tout ce qui pouvait cession éclata, et ne prit tin que par l'effet assurer la conservation de leurs déeou- du désintéressement de Sakallawalla , vertes. Ils commirent la faute de faire frère de l'empereur, à qui un parti puisservir la violence à la propagation de la santavait offert la couronne; il la fit metfoi catholique. Cette faute ne put être tre sur la téte d'un héritier plus direct, réparée par la politique, plus habile, qttireçutlenomdeM^ayaoartoam d'Alhuquerque et de ses successeurs, et Sur ces entrefaites, les Portugais, conduisit finalement à leur ignominieuse conduits par Lopez de Bretto , avaient expulsion de l'Ile* avidement profité des commotions iotes-
Ceylan était alors divisée en trois tines des indigènes pour ériger à Co-
prindpautés distinctes. Praaekrama IX lombo des fortifications permanent»;
possédait la plus importante , dont le se croyant alors eja état de lutter avec
siège était à Cotta ; le nord était dans les avantage, il se livrèrent à des actes de
mains des Malabares, et le centre sous la violence et de rapacité qui les rendirent
domination d'un roi à Gampola ou Kan- odieux aux Singhalais,. ,, , ,.,t danowera. Les indigènes, ne pouvant résister à
A l'arrivée des Portugais à Ceylan, force ouverte, se vengèrent de leurs
Su'tls découvrirent par accident, les in» oppresseurs par des meurtres isolés, f te.
igènes furent saisis d'étonnement par la Lopez en profita pour commencer lek
nouveauté de leur aspect physique, de hostilités sur une grande échelle. Attaque
leurs mœurs, de leurs armesàïeu, etc.Le par une multitude furieuse , il fut con-
mouarque, inquiet, assembla un conseil traint de se réfugier dans la forteresse
des grands pour délibérer si l'on ferait de Colombo , dont la garnison fut
la guerre avec cette race formidable, menacée dé la famine. Le gouverneur
L'un des gouverneurs provinciaux , en- de Cochin lui ayant envoyé du renfort,
▼oyé pour les reconnaître, recommanda il parvint à disperser les indigènes et
d'éviter les hostilités. Dès lors les Por- à s'emparer de leur camp. Les Sinsha-
tugais furent admis à envoyer deux am* lais, cependant , revinrent bientôt a la
bassadeurs, qui furent bien accueillis, charge. Un corps d'infanterie considé-
Des présents furent échangés, et un rable, au milieu duquel se trouvaient des
traité d'amitié fut conclu avec le roi éléphants armés d'épées attachées à leurs
de Portugal. Selon Rîbeiro , on arrêta trompes, attaqua résolument les Portu-
que l'tle payerait un tribut annuel de gais, et mit d'abord le désordre dans leurs
250,000 Ibs. de cinnamome, et qu'en re- rangs ; mais de Bretto ayant ordonné dt
tour le roi de Portugal s'engagerait à diriger un feu bien nourri sur les clé-
protéger Ceylan contre tous ses ennemis, phants, la colonne d'attaque fut rompue
En* 1518 Lopez Su are/. Alvarengo ar- par ces animaux, épouvantés du bruit
de la mousqueterie, et les Singhalais fu-
(t) Ce »ovageur à déjà été cité, p. 338 de rent de nouveau mis en déroute. Les
vainqueurs prirent la rille, et i
est
rent tout ee qui leur tomba sous la main. Le monarque singhalais, voyant toute résistance désormais inutile, ouvrit des négociations, et conclut un nouveau traité; mais les derniers événements avaient appris aux Portugais que la conciliation était un moyen plus sur que la violence pour faire accepter leur domination.
Ceylan fut un moment sur le point de recouvrer son indépendance. Emmanuel, roi de Portugal , ne pouvant porter le faix de ses immenses possessions coloniales , ordonna la destruction du fort de Colombo. 1^ commandant de Lerne n'exécuta que partiellement ses instructions, et y laissa une garnison insignifiante. Les Maures , qui avaient eu le monopole du commerce des échelles du Levant, envoyèrent un corps de cinq cents hommes à Ceylan, pour en expulser les Portugais; mais ils furent repoussés
Cr les indigènes, qui ainsi conservèrent ir ennemi au cœur du pays.
Le roi ayant tenté d'exclure du trône ses enfants du premier lit, une guerre civile éclata, et il périt assassiné.
(A. D. 15S4.) Son (lis atné, Bhuwanekabahou f//, lui succéda. Un parti ayant entrepris de venger la mort du vieux roi, son frère puîné, Maya-Dunnaï, fut chargé d'étouffer l'insurrection. A son retour, il obtint un gouvernement provincial, et fonda la ville de Sîtawaka.
Mais les dissensions civiles semblaient avoir choisi Ceylan pour leur séjour permanent, et devaient la conduire à sa décadence politique. Le nouveau monarque ayant manifesté l'intention de désigner son petit-fils pour successeur au trône, et avant rencontré une vive opposition, il appela les Portugais à son aide. Les résistances ayant été vaincues, il lit fond™ une statue de son petit-fils , portant une couronne d'or, et l'envova, par ambassade, à Lisbonne, où ce simulacre de roi fut en effet proclamé roi de Ceylan par Jean III de Portugal, sous le nom de Don Juan (1541). Le monarque portugais put dès lors se considérer comme le véritable souverain de cette belle Ile.
Dunoaî, sur ces entrefaites, avait obtenu l'aide des Maures du continent; mais ils ne purent tenir devant l'artillerie des Portugais. Sîtawaka fut prise ,
reprise et incendiée, et Bhuwaneka retourna en triomphe dans sa capitale. Il périt à peu de temps de là, d'une mort accidentelle.
i .:i mort du roi fut te signal d'un redoublement d'anarchie. Les Portugais crurent le moment propice pouréteudre leur domination sur la province ouest.
Mais Donnai, qui avait beaucoup appris au contact des Européens, parvint aies repousser. A cette époaue Don Juau ou Dnarmapaia fut réellement élevé au trône, et le baptême chrétien lui fut administré, ainsi qu'à beaucoup de nobles, avec une grande solennité.
Le jeune prince alors marcha contre l'insurrection, reprit Sttawaka, la mit en cendres , et força Dunnaï à prendre la fuite. Pendant ce temps une révolution s'opérait dans les esprits, surtout dans les provinces maritimes. Vue nouvelle religion agitait les esprits, minait sourdement l'esprit de caste, et amenait les classes inférieures au christianisme.
A la mort de Dunnaï , les Portugais envoyèrent une force imposante prendre possession de Sîtawaka. Radjah-Singha, quatrième fils de Donnai, et l'un des princes les plus remarquables dont Ceylan ait pu transmettre les noms à la postérité , les attira dans une embuscade pour éviter leur formidable artillerie, leur livra un combat terrible à, l'arme blanche, et les contraignit à chercher un refuge dans le fort Colombo (1581 ).
Les Portugais, alarmés de la victoire de Singha, sollicitèrent des secours de Goa, et avancèrent dans l'intérieur du pays avec d'extrêmes précautions militaires. Néanmoins, Radjah-Singha ayant posté deux pièces de canon masquées sur le bord de la rivière, ouvrit le feu, et empêcha le débarquement de la flottille portugaise, dont les troupes furent obligées de se retirer une seconde fois dans Colombo.
Singha, à son tour, devint agresseur prit Cotta, et la détruisit. Son ambition prit un grand développement; il fit mettre a mort les membres de la famille royale qui étaient opposés à ses desseins, et entreprit de réduire le fort de Colomln) par la famine. H aurait eu plein succès, si un parti considérable de mécontents ,
L'UNIVERS
soulevés par ses cruautés, ne Pavait contraint de lever le siège.
Les Portugais eu rent ensuite de grands succès dans les provinces maritimes; mais ils négligèrent de les consolider, et furent expulsés par un jeune prince de la famille royale (dont le père avait été lâchement assassiné par Radjah-Singha ) , Kounappou-Bandara , connu sous le nom de Don Jhon depuis sa conversion au christianisme.
Ce prince , révolté de la conduite des Portugais, qui dans plusieurs occasions lui avaient indignement manqué de parole, résolut à la fois de se venger de ces étrangers, qui opprimaient ses compatriotes, et de Radiah-Siugha, le meurtrier de son père. 11 se mit à la téte des mécontents , s'entoura de tout l'appareil du pouvoir suprême, se défit, par le poison, de Don Philippe {K'irabahou )y autre prince converti élevé par les Portugais sur le trône de Kandi , et marcha contre l'usurpateur son rival.
Radiah-Singha, bien qu'alors âgé de cent vingt ans, fit un nouvel effort pour s'emparer de la couronne. Il fut défait par Don J ohn, qui avait mis sur pied toutes les forces dont il pouvait disposer. Comme il sentait sa fin approcher, il appela des prêtres du culte de Bouddha, qu'il avait cruellement persécutés, et n'ayant pu obtenir d'eux le pardon de ses crimes , il les fit périr par le feu.
A sa mort , Don Juan demeura seul souverain légitime de Ceylan. Doux, pieux, affable, il fut un précieux instrument dans la main des Portugais; mais incapable d'énergie, il ne put empêcher Kounappou-Bandara (Don John) de proclamer son indépendance sous le uom royal de ffimala-Dharma.
Le commandant portugais, deSouza, incité par les promesses du vice-roi de Goa, marcha en hâte contre l'usurpateur, et entreprit de réduire complètement nie deCevIan. A Negombo, son armée, déjà encouragée par la présence de Dona Catharina , fille de don Philippe et héritière du trône de Kandi, fut renforcée par l'adjonction de Djanière , chef puissant qui marchait à la tête de vingt mille indigènes. Il ne tarda pas à s'emparer de Kandi, où Dona Catharina fit son entrée triomphale. Mais les Portugais, échauffés par le succès, se li-
vrèrent de nouveau à des actes d'immoralité et de cruauté qui leur aliénèrent entièrement le pays. Don John seconda habilement les projets de vengeance de ses compatriotes. Il rendit Djanière suspect au général portugais.
3ui poignarda ce chef , et se priva ainsi u concours de ses troupes , qui se débandèrent et se joignirent à celles de Don John. Celui-ci réussit enfin à attirer l'armée portugaise dans les gorges des montagnes qu'elle devait traverser pour opérer sa jonction avec des renforts, et la détruisit complètement.
Pour s'assurer de la possession permanente de Dona Catharina , la seule personne de marque qui eût échappé au désastre , Don John eut recours a une coutume outrageuse des Singhalais, mentionnée par Knox ; elle fut contrainte ,
Kur échapper au viol, en public, de ceepter pour époux; par son moyen il obtint une inQuence décisive sur l'esprit de ses sujets, ainsi que la soumission absolue des petits chefs. Cette journée fatale abaissa tellement les Portugais , que pendant quatre années ils furent contraints de se claquemurer dans Colombo et Galles, et de s'abstenir de toute tentative de quelque importance. Don John en profita avec beaucoup d'habileté et de prévoyance pour fortifier le pays de manière à rendre très-difGciie une invasion européenne.
Les Portugais de Goa envoyèrent enfin une nouvelle escadre, sous les ordres de Don Jérôme de Azevédo, pour tenter de recouvrer leur magnifique conquête ; mais le terrain accidenté empêchant les Portugais de tirer parti de la grande supériorité de leur discipline et de leurs armes , ils furent encore une fois refoulés dans la forteresse de Colombo.
La force ouverte ayant échoué, les Portugais eurent alors recours à la trahison , mais sans plus de succès ; plusieurs assassins qu'ils expédièrent contre le prince kandien rencontrèrent le sort que méritait leur criminelle tentative.
Telle était la situation, quand les Hollandais, qui avaient de grands intérêts dans cette partie du monde, songèrent à Ceylan comme point de transit pour leurs relations commerciales avec la Péninsule indienne. Kn conséquence, une
LNDOCHINE.
des compagnies hollandaises des Indes Orientales envoya trois vaisseaux, sous les ordres de I amiral Spilbergen ( en 1601 ), pour préparer de longue main une prise de possession. Après avoir entamé avec le dissave de Batecalo des relations infructueuses, auxquelles présidèrent la ruse et la violence, les Hollandais envoyèrent un agent à l'empereur de Kandi, avec des présents convenables. Le monarque lui ayant fait un accueil extrêmement favorable, l'amiral partit pour la capitale, où il fut reçu avec des honneurs magnifiques.
Le* fêtes terminées , et l'amiral étant pressé de s'expliquer sur l'objet de sa mission, il déclara qu'il était envoyé, moins pour nouer des relations commerciales que pour offrir, de la part de son maître, un traité d'alliance contre les Portugais. L'empereur accueillit sa proposition avec de grandes démonstrations de joie , offrit son intervention auprès des états pour obtenir qu'il fût autorisé à construire des forts militaires où il le jugerait utile, et lui accorda
{jour la nation qu'il représentait tous es avantages commerciaux qu'il sollicitait.
Les Hollandais accueillirent ces nouvelles avec un enthousiasme qui se refroidit un peu lorsqu'on apprit que l'expédition de la compagnie hollandaise rivale, sous les ordres de Sébald de Weerd, avait été reçue favorablement à Kandi.
Ce dernier amiral, ayant conclu avec Don John un traité d'alliance dans le but d'attaquer Pointe de Galles, jeta l'empereur dans une vive irritation en relâchant des vaisseaux portugais qu'il avait capturés. Dans une entrevue qu'il eut à cette occasion avec le monarque, l'ayant apostrophé avec une familiarité insolente, un engagement s'ensuivit dans lequel l'amiral et cinquante des siens furent tués. Cette affaire n'eut cependant point de suites graves, le flegme hollandais superposant l'intérêt mercantile à toutes les considérations de l'ordre politique ou moral.
Don John ( YVimalaDharma ) passa paisiblement les dernières années de son règne. Sa mort attesta une fois de plus la démoralisation de l'esprit national.
Sénérât, frère du roi, assassina le prince d'Ouva , son compétiteur à la régence
40e Livraison. (Indo-Chine.)
et à la tutelle des fils de Don Johu, et, après une période très-courte , obtint la main de Dona Catharina , et avec elle la souveraineté de Ceylan.
En 1612 les Hollandais reprirent l'exécution de leurs projets, et conclurent un nouveau traité d'alliance offensive et défensive avec les Siughalais. Us obtinrent le monopole du commerce et la permission de construire un fort à Kottiaar, près Trincomalée. Les Portugais, alarmés, prirent secrètement la campagne, et réduisirent ce fort, dont ils massacrèrent les défenseurs. Senérât leva des forces, et vengea le massacre de ses alliés. Ces actions donnèrent lieu de part et d'autre à de très-grands préparatifs de guerre, qui demeurèrent sans effet.
En 1613 Sénérât perdit son droit à la couronne par la mort de Dona Catharina. L'ambassadeur hollandais , Marcel lus de Boschouder, prêta serinent entre ses mains comme tuteur de ses enfants. Son humeur hautaine l'ayant fait échouer dans une négociation dont les Sinuhalais l'avaient chargé auprès de la république batave, les Portugais, débarrassés de leurs rivaux européens, poussèrent leurs conquêtes dans les provinces maritimes. A peu de temps de là, Don Juan, leur roi mannequin, mourut, léguant son royaume entier au roi de Portugal, qui tut reconnu par les chefs indigènes, à l'exception du roi de Kandi, Sénérât.
En 1630 Constantin de Sao, commandant des forces portugaises, apercevant les dispositions hostiles de ce monarque, prit les devants, rassembla toutes les forces qu'il put lever, et envahit le pays. Après des combats terribles et des alternatives de succès et de revers, son armée fut complètement anéantie, et de ce moment les Portugais furent contraints de renoncer à leurs projets de conquêtes sur Ceylan.
En 1634 Sénérât mourut, après un règne prospère de trente années, léguant à son fils Singha la plus grande portion de l'île et n'attribuant au fils de Don John qu'une province insignifiante.
Les Portugais, irrités de la suprématie commerciale des Hollandais, tentèrent une nouvelle invasion, et furent de nouveau repoussés. Singha, voulant mettre
L'UNIVERS
fin h leurs perpétuelles agressions , conclut avec les Hollandais un traité d'alliance qui leur assurait le monopole du commerce des épices. Les allies réussirent à s'emparer de tous les points fortifiés, sur la côte orientale : les fortifications furent rasées. Les garnisons portugaises eurent la permission de sortir arec armes et bagages , et furent transportées à Nagapatam.
En 1640 la guerre fut reprise arec un redoublement de vigueur. Douze vaisseaux hollandais parurent inopinément devant Colombo, qu'ils n'attaquèrent cependant pas, cette fois. Ils se portèrent rapidement sur Negombo, qu'ils prirent d'assaut; chassèrent ensuite les Portugais du fort de Galles, et mirent cette place à l'abri de toute surprise de la part de leurs adversaires.
Cependant, les dissensions intestines, combinées avec les luttes des deux nations européennes qui s'y disputaient la suprématie, contribuèrent à effacer graduellement de ce pays les traces des travaux accumulés pendant plusieurs siècles de civilisation. La guerre civile ayant éclaté entre Singha et son frère , ce dernier prit la fuite, et se rendit à Goa, où il embrassa le christianisme.
En 1642 nonobstant le traité conclu entre Jean IV de Portugal et la république batave, et qui maintenait les parties intéressées dans leurs possessions respectives, les hostilités reprirent , et la guerre fut poussée avec une fureur égale des deux cotés.
En 1644 les Hollandais, sous le commandement de Caron, reprirent Negombo , retombé peu de temps auparavant dans les mains des Portugais. Ils fortifièrent de nouveau cette place avec le plus grand soin. De 1646 à 1654 il y eut cessation d'hostilités entre les Hollandais et les Portugais. Singha, voyant que la rapacité des Hollandais surpassait celle de leurs rivaux , travailla à se délier de ses engagements avec les deux parties, et a isoler le pays du champ de leurs opérations, en augmentant par tous les moyens artificiels l'inaccessibilité naturelle de ces contrées.
Vers cette époque une rupture éclata entre les Hollandais et l'empereur à IVcasion de l'enlèvement de quelques-uns de ses éléphants, apprivoisés par le
commandant de la forteresse de Negombo. Ce chef militaire ayant été tué dans le conflit, Maatsuvker, le gouverneur des établissements hollandais, négocia avec adresse pour rétablir les relations d'amitié avec le roi , et finit par prévaloir sur les Portugais et maintenir les intérêts commerciaux de son pays.
L'armistice entre les Européens ayant expiré en 1655, les hostilités furent reprises et les Portugais chassés de Caftura et de Pantura.En 1658 le drame fut clos par le siège de Colombo. Après une lutte prolongée, dans laquelle les assiégés, rendus furieux par la famine, se livrèrent à des actes de meurtre et d'antropophagie, les Portugais furent expulsés, et sortirent avec tous les honneurs de la çuerre. Ainsi tomba Colombo, une ville fortifiée qui avait été en leur pouvoir pendant cent cinquante ans, et qui était à peine inférieure anx meilleures forteresses européennes.
Telle fut la fin d'une lutte dont le résultat final, bien que longtemps ajourné, pouvait être aisément prévu comme celui auquel devait aboutir la ligne politique suivie par la nation dont elle affectait les destinées. Les Portugais n'avaient jamais conquis Pile entière de Ceylan; encore moins avaient-ils su tirer parti de l'occupation des provinces maritimes. Ils sembleut avoir usé i /a conquête pour elle-même, et à fa propagande religieuse pour satisfaire leur bigotisme et leur fanatisme outré, >onseulement ils ne se livrèrent point à la culture du sol, mais ils condescendirent à peine à en faire circuler les produits, et se contentèrent de quelques postes militaires dans le but de tenir en respect les indigènes. Sans doute les vices excessifs des commandants doivent être flétris par la plume de l'historien ; mais le blâme principal doit être dirigé contre la cour de Lisbonne et ses vice-rois de Goa , chez qui Tabsenoe de plans politiques pour le gouvernement de leurs vastes possessions orientales est d'une évidence frappante pour tout observateur impartial.
DOMINVriOlf HOLLANDAISE
En apprenant la nouvelle de la prise de Colombo , Radjah-Singha pressa les
Hollandais de lui livrer cette place, aux termes de la convention , et s'indigna que le traité n'eut point été soumis à sa ratification. Les Hollandais s'excusèrent sous le prétexte spécieux qu'ils avaient à prendre des ordres en Europe avant d'adopter une mesure aussi importante, et ne perdirent pas de temps à mettre leurs postes militaires à l'abri de toute insulte. Singha, de son côté , prit toutes ses mesures pour les affaiblir et les affamer; mais tes Hollandais le menacèrent de représailles immédiates s'il persistait dans cette conduite hostile , notamment en s'abstenant d'exécuter la convention relative à l'expulsion des Portugais.
Sur ces entrefaites, la conduite cruelle du monarque provoqua une insurrection générale dans l'intérieur, laquelle ne manqua son effet que parce qu'elle était conduite par des chefs timorés.
Apres des alternatives de revers et de succès, Singha fit exécuter les rebelles, et continua de se livrer à des actes de cruauté et d'oppression intolérables , au nombre desquels se trouve l'empoisonnement de son ûls, dont la popularité lui portait ombrage , ainsi que l'assassinat des nobles qui lui avaient été fidèles dans l'adversité.
Les Hollandais, dont l'objet principal était de monopoliser le commerce du pays, employèrent toutes sortes d'artilices et de bassesses pour maintenir leurs relations sur un pied amical avec les indigènes , et pour étendre leur occupation. Le roi ne fut pas dupe de leurs flatteries, retint leurs ambassadeurs comme otages, sous toutes sortes de prétextes, et les attaqua à l'improviste toutes les fois qu'il en eut la possibilité.
Louis XIV et le grand Colbert, dont l'attention s'était portée depuis quelque temps sur les riches établissements des Hollandais dans les Indes orientales, envoyèrent, en 1672,1kl. de la Haye, vice-roi des établissements français dans l'Inde, à la téte d'une petite escadre, qui mouilla dans la baie de Trinquemalle ( Trincomall ). M. de la Haye députa une ambass.ide avec des présents à la cour du roi de Kandi , dans le but d'arriver à prendre position dans cette magnifique baie , ce qui aurait eu une grande importance pour nos établissements sur la côte de Coromandel. Sin-
gha reçut magnifiquement les envoyés français , et les autorisa à enrôler un bon nombre de ses sujets à leur service et à construire dans la baie un fort, qui ne tarda pas à tomber au pouvoir des Hollandais, l'escadre de M. de la Haye ayant été attaquée sans déclaration de guerre et contrainte de se retirer devant des forces supérieures. Dans cette circonstance, comme dans tant d'autres de la même nature, les espérances que la France aurait pu fonder sur le courage et l'intelligence des chefs auxquels le gouvernement confiait le commandement d'expéditions importantes ont été déçues de la manière la plus déplorable , par suite de la mauvaise et incomplète organisation des expéditions, et par l'abandon où le gouvernement a laissé, au bout de quelques années, les agents honorables qui s'étaient, en vain, dévoués à l'exécution des plans les mieux conçus pour développer notre commerce et assurer notre influence dans l'Orient (1)!
Radjah-Singha mourut en 1687, après avoir régné cinquante-cinq ans, et laissa le trône à son 01s , qui prit le nom de }Vimala- Dharma-Souria II. Il eut un règne paisible de vingt-deux années, s'appliqua a restaurer la religion bouddhiste, et tut gouverné par le sacerdoce. L'état militaire de Ceylan fut tellement négligé, que l'empereur n'avait pas mille hommes en état de faire usage des armes à feu qu'ils avaient en leur possession.
Il eut pour successeur son fils Koundasala, qui monta sur le trône eu 1707. Ce mou.irque régna trente-deux ans, et se li vra à des actes de débauche et de cruauté qui faillirent lui coûter la v ie. Il fut le dernier de la race des monarques singhalais.
En 1721, à la mort de la reine de Kandi, Rumph, gouverneur hollandais, envoya une ambassade de condoléance à la cour. La politique des Hollandais était de se dire les humbles sujets d'un roi qu'ils tenaient, en quelque sorte, prisounier dans ses États, en même temps qu'ils appauvrissaient ses sujets par leurs exactions et leur rapacité.
(i) H fout lire le* détail* de l'expédition de la Have dans le Journal d'un Voyagr des Grandes Indes , etc. ; Orléaus et Pari», 1698,
in-ia.
L'UNIVERS
L'arrivée de Vam -Imhoff , en 1736, fit naître une lueur de prospérité sur les établissements hollandais dans Ceylan.
Malheureusement, son gouvernement fut de courte durée; et en 1761 les actes d'oppression des Hollandais excitèrent une insurrection furieuse des Singhalais , qui détruisirent les plantations et massacrèrent un grand nombre d'habitants. Sous le rèçne de Sri-ffedjaya-Singha, les provinces kandiennes recouvrèrent un peu de calme et de prospérité relative. Sous celui de son successeur, h'irti Sri-Stngha, les hostilités éclatèrent entre les Hollandais et les K indiens ; après des alternatives de succès et de revers , les Hollandais furent affranchis des humiliations auxquelles les soumettait l'orgueilleuse cour de Kandi, et obtinrent, par un nouveau traité , la concession de Putlam et de Batecalo.
L'arrivée du gouverneur Falck, en 1765, parut promettre à la domination hollandaise un avenir plus honorable et plus prospère que celui que lui avaient préparé l'avarice et la rapacité de ses prédécesseurs. D'un caractère droit, humain et ferme à la fois , d'un esprit éclairé et rompu aux affaires, Falck eut bientôt compris les avantages et les inconvénients de la situation : il régla sa conduite en conséquence. L'agriculture fit de rapides progrès sous sa longue administration. L'intégrité et l'ordre furent introduits dans toutes les parties du gouvernement. Le revenu augmenta; les Hollandais se rendirent indépendants des Kandiens pour le commerce de la cannelle, et a'autres produits furent introduits à des conditions avantageuses. Malheureusement, l'exemple de Falck ne fut qu'imparfaitement suivi par ses successeurs. Le désordre et Tinsubordination ne tardèrent pas à s'introduire de nouveau dans toutes les branches du service. L'armée , en particulier, tomba , au bout de quelques années , dans une désorganisation presque complète; et quand Tes Anglais se déterminèrent à attaquer les établissements hollandais, il était aisé de prévoir qu'ils ne rencontreraient qu'une faible résistance. Le sceptre de Ceylan devait passer aux mains qui venaient d'achever la conquête de l'Hindoustan.
Esquissons en peu de mots cette époque de transition qui a préparé l'asservissement de Ceylan au pouvoir de l'Angleterre.
Kirti-Sri , dont la jeunesse avait été excessivement déréglée , devint un des plus ardents promoteurs de la restauration du bouddhisme. 11 mourut en 1778, et la couronne échut à son frère Radjahdhi, qui régna paisiblement jusqu'en 1798. Ce fut pendant son règne que l'attention du gouvernement britannique s'arrêta sur l'importance de racquisitjon de Ceylan , dont il occupa les pronom maritimes en 1796. Quatorze ans plus tôt, vers la fin de la guerre d'Amérique, le gouvernement de Madras, qui a» ait déjà, en 1766, envoyé une ambassade au roi de Kandi, et conclu un traité avec ce prince, avait essayé de mettre à exécution le plan d'opérations conçu contre les possessions hollandaises de Ceylan.
Une expédition , sous les ordres de sir Edward Hughes, fut dirigée par lord Macartney sur le magnifique port de Trincomâlî, qui capitula, en 1782, après une courte résistance. Un ambassadeur ( Hugh Boyd ) fut en même temps envoyé à la cour de Kandi; mais il échoua complètement dans sa mission , parce que les Kandiens ne voulurent ajouter aucune foi aux promesses de ce nouvel ambassadeur, auquel ils rappelèrent qae les Anglais avaient manqué i /'exécution du traité de 1776, qui les obligeait à faire la guerre aux Hollandais.
Sur ces entrefaites , l'amiral anglais étant retourné à Madras, pour se refaire, après avoir laissé une faible garnison à Trincomâlî , notre célèbre Suffren vint mettre le siège devant cette place, et la prit après trois jours de lutte. Trincomalf, dont les Hollandais avaient recouvré la possession à la paix de 1783, fut repris par les Anglais, sous les ordres du général Stewart, en 1794. Au commencement de 1796 Stewart parut devant Negombo , qui se rendit immédiatement. Il en fut de même de la forteresse Colombo, cette capitale des provinces maritimes, qui fut réduite presgue sans coup férir. Galles et les autres torts suivirent promptement l'exemple du siège du gouvernement. Le manque total de discipline et de subordination parmi les troupes hollandaises et
les dissensions qui depuis longtemps régnaient parmi les officiers civils et militaires avaient préparé le triomphe des Anglais. Il fut complet en ce qui touchait aux possessions delà Hollande dans 111e de Ceylan. L'indépendance du roi de Kandi ne pouvait désormais tarder à être menacée. La civilisation singhalaise, en pleine décadence comme cr Iles de toute l'Asie , livrait une race abâtardie et corrompue aux chances d'une lutte inégale, dont nous allons indiquer les principales phases et constater les résultats.
DOMINATION ANGLAISE ( 1796 à 1849).
Après la prise de possession complète des côtes de Ceylan, en 1796, un ambassadeur fut envoyé à la cour de Kandi , qui en dépêcha un de son côté à Madras; cependant le résultat des négociations trompa encore , cette fois, l'attente du gouvernement anglais. Radjahdhi refusa les offres, soi-disant avantageuses, qui lui étaient faites.
Oylan tut déclaré colonie de la couronne britannique en 1798; l'honorable M . North y fut envoyé pour remplir l'office de gouverneur. Mais ce ne fut qu'en 1802 que If s rapports administratifs de la colonie avec la Compagnie des Indes cessèrent entièrement.
Pour saisir la portée des événements qui vont être racontés , il importe de rappeler au lecteur que le territoire qui appartenait alors à la Grande-Bretagne formait autour de l'île une bande s'étendant, dans quelques parties à six, dans d'autres à trente, et au nord à soixante milles dans l'intérieur. Les provinces de l'intérieur, coupées de toute communication avec la mer, et occupant la plus grande partie de l'Ile, étaient encore au pouvoir du monarque kandien.
A la mort de RadjahSingha, en 1798, une révolution importante eut lieu à la cour de Kandi. Le monarque étant mort sans enfants , la nomination de son successeur, conformément à la coutume , appartenait au premier adigaar. Celui-ci, pour satisfaire ses vues ambitieuses, choisit et fit adopter par les grands du pays , à l'exclusion de la famille royale, un jeune homme âgé de dix-huit ans, nommé Kaunésamy, dénué d'éducation,
et n'ayant pour toute recommandation qu'une figure distinguée. Sri-/Vickrama- Radjah (tel était le titre sous lequel le nouveau monarque fut couronné ) ne fut, comme on peut le concevoir, qu'un simulacre de souverain placé à la téte de l'État, dont les rênes étaient tenues par l'ambitieux adigaar, Pilamé Talawé.
Le premier usage que ce ministre fit de son influence fut de se servir de l'autorité du roi pour faire périr tous ceux qui avaient contrarié ses plans.
En «février 1799 M. North eut une première conférence avec lui à Avisahavellé. Il se plaignit des Malabares , les compatriotes du roi , qui visaient , selon lui , à annuler le pouvoir des chefs indigènes à la cour de Kandi ; mais ses desseins sinistres demeurèrent encore voilés. Dans les conférences suivantes il proposa ouvertement plusieurs plans dont la réalisation devait avoir pour effet de le substituer officiellement au roi , et de placer le pays sous la protection des forces britanniques. Un projet de traité fut discuté, et les agents du gouvernement anglais se montrèrent évidemment disposés à entrer jusqu'à un certain point dans les vues du ministre. Toutefois le gouverneur ne voulut prendre d'engagements définitifs qu'après avoir obtenu du roi la permission d'envoyer une ambassade accompagnée d'une force militaire suffisante pour commander le respect des populations.
Le double but de cette ambassade fut de maintenir des relations amicales avec Srî-Wickrama et de traiter de matières politiques d'une grande importance.
Le général Macdowal, commandant en chet des forces britanniques, homme habile et très-conciliant, fut nommé pour remplir cette mission. L'ambassade se mit en route avec une escorte d'une magnificence imposante, portant au roi de riches présents , au nombre desquels se trouvaient un élégant carrosse d État à six chevaux, une botte à bétel avec des ornements d'or massif qui avait appartenu à Tippou-Sultan, etc. Le général fut bien reçu, et les négociations commencèrent ; mais dès la seconde audience le plénipotentiaire anglais ayant proposé que le roi de Kandi admit dans sa capitale un corps de troupes anglaises, destiné, assurait-on, à défendre, au
LTNIYfcRS.
besoin, son pouvoir et sa personne....; (ju'une route fut percée au travers du royaume pour assurer les communications entre les postes anglais de Colombo et Trincomall, etc., le roi se refusa formellement à accepter ces conditions, et témoigna une aversion radicale pour toute espèce de relations suivies entre ses sujets et les Européens. Conséquemment, la négociation échoua complètement , mais se termina par un échange de présents magnifiques.
L'adigaar cependant manqua à ses*engngeinents , son influence ayant été insuffisante pour obtenir aucun des résultats promis. Les Kandiens ayant demandé, de leur coté, la permission d'avoir dix navires qui pourraient faire le commerce avec les ports anglais , sans avoir à subir de visites ni de taxes, la politique du gouvernement britannique leur fit essuver un refus formel. Dès lors l'adigaar travailla à fomenter des troubles qui devaient, dans sa pensée, aboutir à une invasion des possession!
anglaises. Le mouvement projeté eut lieu en 1802. Les Kandjens firent un appel à tous les hommes en état de porter les armes. Les sujets britanniques furent pillés, maltraités et emprisonnés. Le gouvernement anglais, s'étant assuré par une enquête que ces hostilités devaient être imputées à l'adigaar, adressa une remontrance en septembre à la cour de Kandi. Toutes les mesures conciliatoires avant été rejetées par l'adigaar, les Angfais prirent la résolution d'obtenir réparation à main armée. Dans la pensée du ministre kandien. cette tournure des événements devait favoriser ses ambitieux desseins, en lui permettant de faire main basse sur la personne du roi au milieu de la confusion générale.
Les forces britanniques, sous les ordres du major l< néral Maedowall , se mirent en marche vers l'intérieur en février 1808. Elles se composaient du cinquante et unième régiment, de deux compagnies d'artillerie du Bengale, de deux compagnies du dix-neuvième de ligne, européen, de mille hommes d'infanterie indigène , d'une compagnie de M. liais et un petit corps de pionniers. Une autre division de l'armée marcha de Trincomalt, sous les ordres du lieutenant-colonel Barbut. Le 19 les deux
postes importants de Galle Gederah et Gôrîegamme furent emportes après une légère résistance. Après avoir laissé des garnisons dans plusieurs autres forteresses , l'armée anglaise marcha rapidement sur la capitale, qu'elle trouva évacuée et incendiée sur plusieurs points.
Le trésor public avait été enlevé, ainsi que beaucoup d'objets de valeur; mais une grande quantité de munitions de guerre et du canon tombèrent entre les mains des vainqueurs.
Sur la demande des habitants des provinces du nord et de Test, les Anglais placèrent sur le trône MoulouSaxcmy, frère de la feue reine. La politique anglaise ne se montra pas prudente dans cette circonstance : Moutou-Sawmy, ayant été dégradé par le rot, son beaufrère , pour une faute grave , ne jouissait d'aucune considération parmi les chefs ; d'ailleurs , on ne permettait a ce prince de jouir d une ombre de royauté qu'à la condition de laisser dépouiller ti monarchie kandiennedes seuls district!
de quelque importance dont elle rut conservé la possession. Ce marché honteux valut aux Anglais et à leur protégé l'animadversion de la plupart des cheft.
Après avoir abandonué la capitale an troupes britanniques, l'adigaar avait pris position avec le roi Srf-WiJirami a Gangaranketty , place presque /accessible, à environ dix-huit milles de la capitale. Il commença de la à manoeuvrer pour attirer l'àrmee anglaise dans des embûches et la détruire en détail. Il alla jusqu'à indiquer aux Anglais la route qu'ils devraient faire suivre a leurs détachements pour arriver a Gangaranketty, promettant de leur livrer la personne du roi s'ils voulaient envoyer une force suffisante. Apres des fatigues infinies et sous un feu continuel, pendant une marche de près de trente milles, les deux colonnes d'attaque, formées à la demande de l'adigaar luimême, et qu'il espérait bien détruire ea détail, parvinrent à opérer leur jonction devant la place, et s'en emparèrent. Les Anglais mirent le feu au palais, et retournèrent à leurs quartiers.
L'arrivée de la saison pluvieuse entravant la marche des hostilités, le colonel Barbut tint garnison à Kandi arec une force de mille hommes, qui lui suf-
fit pour s'y maintenir contre l'armée entière Je feunemi.
Km mars le maha-modcliar (I) reçut une lettre confidentielle de l'adigaar, dans laquelle ce dernier proposait la déposition du roi | et l'établissemeut de sou propre pouvoir. Bientôt après , à la suite de plusieurs conférences, le major général Macdowal conclut un traité portant que le roi fugitif serait livré au gouvernement britannique, que l'adigaar Fil. mu- Talawé serait investi du pouvoir suprême dans Kandi, sous le titre de outoun-koumarayen, « le grand prince » ; qu'il payerait annuellement trente mille roupies à Moutou-Sawmy, qui tiendrait sa cour à Jaffuapatam ; que le fort Maodowall , avec son district, la route militaire de Trincomall , et la province des sept Korles seraient cédés a sa majesté britannique; qu'enfin une suspension d'armes entre les deux puissances aurait lieu immédiatement. Étrange et peu honorable conclusion, au point de vue politique comme au point de vue moral , de cette campagne entreprise par les Anglais, en apparence au profit d un roi de leur choix, qu'il» réduisaient, contre son gré, au rôle de pensionnaire, d'un scélérat ambitieux, et qu'ils devaient plus tard livrer lâchement à une mort certaine! La punition suivit de près cette conduite aussi imprudente que criminelle. Le général anglais, comptant, dans son déplorable aveuglement, sur l'exécution da traité conclu avec l'adigaar, se hâta de regagner Colombo avec une partie de farinée.
A peu de temps de là, la petite vérole, la fièvre et la famine ayant causé d'immenses ravages parmi les troupes qui formaient la garnison de Kandi, les indigènes reprirent courage, firent des levées en masse , et vinrent mettre le siège devant Kandi. Les Anglais, incapables de défendre la capitale, l'abandonnèrent avec les honneurs de la guerre,
(i) Les fonctions de ee dignitaire, sons les rois de Kandi, primaient être assimilées à celles de nos généraux dans l'intérieur. Sous l'administration anglaise il parait que le titre de maha-modeliar' désigne le fonctionnaire du rang le plus élevé parmi lea officiers indigènes, civils ou militaires.
et se dirigèrent sur Trineomatl , emmenant avec eux Moutou-Sawmy. Les articles de cette capitulation furent signés et échangés entre le major Davies et l'adigaar. Malgré ces garanties, les troupes anglaises et leurs chefs, cernés . de toutes parts, démoralisés par les obstacles que leur présentaient la perfidie des Kandiens et les accidents 'du terrain, mirent bas les armes, après avoir livré le malheureux Moutou-Sawamy sans condition, furent dirigés , par couples isoles, sur Kandi et inhumainement massacrés. Moutou-Sawamy et cinq de ses parents livrés avec lui furent mis à mort par le roi.
La nouvelle de cette désastreuse campagne fut reçue avec enthousiasme par les Kandiens , et causa une grande consternation à Colombo. Le courage des indigènes s'enflamma. S'apercevant que les Anglais n'avaient pas de ressources suffisantes pour conduire la guerre avec vigueur, ils entreprirent de disperser le reste des forces anglaises et se préparèrent à attaquer Colombo , la capitale des possessions britanniques. Ils furent refoulés dans leurs limites , grâce à l'admirable énergie du capitaine Beaver.
S|ui , avec une poignée de troupes, fit ace à toutes les nécessités de la situation sur tous les points du pays. Les indigènes rencontrèrent dans leurs tentatives subséquentes, pendant la même année et en 1804, des adversaires non moins redoutables dans les capitaines Polock et lohnston (1). Les Kandiens furent, partout où ils se montrèrent, mis en déroute, et le roi, voyant son impuissance pour l'agression , chercha de nouveau un abri dans le sein de ses montagnes.
En 1804 les Kandiens, qui n'avaient cessé de harasser le pays frontière , firent de grands préparatifs pour attaquer les établissements anglais. En février 1805 une invasion générale du territoire britannique eut lieu en effet ; mais l'arrivée de renforts considérables
(ij Ce dernier, qui avait pénétré jusqu'à Kandi , abandonné à son approche par les indigènes, dut se hâter de batlre en retraite sur Trincomall, où il n'arriva qu'après des efforts surnaturels de persévérance, de juge-
LTTTÎTVERS.
d'Angleterre et de Madras permit d'agir avec vigueur : les Kandiens furent de nouveau mis en déroute sur tous les points, et se retirèrent avec de grandes pertes dans leur pays.
De 1805 à 1815 il y eut une suspension , à peu près complète, d'hostilités. Cette période, de lugubre mémoire, n'offre rien de notable dans les affaires de Kandi, sinon celles de la cour ellemême . où les plus mauvaises passions de la nature humaine enfantèrent les plus horribles forfaits que la plume d'un historien ait jamais retracés. Sri- YYickrama, devenu soupçonneux et cruel, entreprit de régner par la terreur. Tous ceux qui contrariaient ses vues ou qui avaient trempé dans les anciennes révoltes furent livrés à des tribunaux d'exception, et subirent les supplices les plus révoltants. Les uns eurent les yeux arrachés et les articulations coupées; une mère fut contrainte, pour échapper au viol , de broyer dans un mortier les têtes de ses enfants décapités en sa présence; des prisonniers de guerre furent empales; des exécutions innombrables eurent lieu; personne , pas même les chefs des prêtres, ne put se croire en sûreté... D'abord terriliés par ces actes de cruauté, les chefs et le peuple ne virent bientôt plus dans Srî-Wickrama qu'un tyran dont les caprices sanguinaires avaient forcé les plus grands seigneurs kandiens à se réfugier chez les Anglais, et dont l'oppression les menaçait d'une ruine complète ; et mûrs pour'la révolte, ils n'attendirent plus pour secouer le joug que l'approche d'une force britannique.
L'occasion d'agir ne tarda pas à se présenter au gouvernement anglais.
Plusieurs négociants indigènes, qui étaient sujets anglais , avant parcouru l'intérieur du pays pour les besoins de leur commerce, furent traites comme espions , et renvoyés horriblement mutilés : les uns eurent le nez coupé, d'autres furent privés d'un bras , d'autres de leurs oreilles. Deux seulement de ces infortunés parvinrent jusqu'à Colombo dans un état affreux. Bientôt après, un parti de Kandiens passa la frontière, et mit le feu à un village des possessions britanniques. Une déclara-
tion de guerre contre le monarque kandien suivit immédiatement cet acte, le
10 janvier 1815. L'armée expéditionnaire devait former huit divisions , parties de Colombo, de Negombo, de Galles, de Trincomalî, et de Batécalo. Après des combats insignifiants, les Anglais s'emparèrent des fortes passes de Galgederah et de Gôriegamme , et le 14 février ils entrèrent, sans coup férir, dans la eapitalede Kandi. Le roi s'enfuit dans les montagnes ; mais il fut bientôt découvert, et fait prisonnier par un homme d'une caste inférieure, qui avait d'abord hésité à mettre la main sur son roi. Srt-Wickrama eut h lâcheté de demander grâce de la vie. Après avoir subi toutes sortes d'outrages , il fut conduit sous escorte à Colombo , où
11 continua de se livrer, dans sa vie privée, à des actes d'extravagante inhumanité. Il est digne de remarque que l'opx>sition formidable qu'il avait dévelop- )ée par ses cruautés inouïes avait eu >our origine la prétention affichée par ui de défendre les droits et privilèges des classes pauvres contre l'oppression et l'injustice de l'aristocratie et des nobles.
Quinze jours après ta chute du roi, dans une assemblée solennelle tenue à Kandi par le gouverneur, entouré des officiers anglais, tant civils que militaires , et les chefs kandiens , le roi de la Grande-Bretagne fut reconnu souverain de l'île entière de (> vlan: U conservation des anciennes formes du gouvernement fut garantie , ainsi que les coutumes, les lois et la religion du pays.
Mais quelque sincère que fût l'adhésion des chefs au moment de la signature du traité, ils ne pouvaient continuer longtemps leur concours à l'action du gouvernement britannique; il y a dans toute nationalité dont les éléments n'ont pas été dissous une virtualité collective qui ne saurait se prêter à ces fusions contre nature que n'a pas lentement préparées le travail des siècles.
Le nouveau pouvoir politique ne tarda pas à être en butte à une opposition formidable : sa politique oVhuinanité et de condescendance ne tarda pas à être prise pour de la faiblesse; ses infractions involontaires aux usages et coutumes du
pays forent bientôt prises pour des vexations préméditées; bref, les indigènes arrivèrent à demander ouvertement aux Anglais si le moment n'était pas venu pour eux de quitter le pays.
Quelques chefs ne tardèrent pas à lever l'étendard de la révolte, et l'insurrection gagna rapidement tout le pays. 11 serait trop long de s'arrêter sur le détail des désastres et des souffrances intolérables qu'endurèrent les habitantset les troupes britanniques. Le pays fut littéralement bouleversé, et ne rentra dans l'obéissance qu'après que la plupart des chefs eurent été exécutés ou déportés.
Quand les hostilités eurent cessé , un changement complet eut lieu dans le gouvernement des provinces kandiennes. On paralysa l'influence des chefs de district en les plaçant sous l'autorité de magistrats britanniques chargés d'administrer la justice, de percevoir les taxes; et tous les chefs inférieurs, au lieu d'être nommés annuellement par le che f principal, reçurent l'institution direct* du gouvernement. Non-seulement cet arrangement consolida la domination britannique , mais il fut une amélioration réelle pour |a condition des indigènes , qui avant l'adoption de ces mesures ne pouvaient jamais compter que justice leur serait rendue, parce qu'ils n'avaient pas assez d'argent et d'influence pour tenir téte aux magistrat* corrompus qui étaient chargés de la dispenser.
L'aspect de la société européenne dans Ceylan subit également une modification importante sous le gouvernement désir Robert Brownrigg, par l'effet de la dispersion dans l'intérieur de l'Ile des fonctionnaires civils et militaires, qui avaient jusque alors été concentrés dans les villes principales des provinces maritimes. Cette mesure, qui priva ces localités de leur plus grand charme sous le point de vue social, était politiquement nécessaire : toutes les améliorations qui ont été effectuées dans l'intérieur doivent être attribuées en grande partie à l'habile administrateur qui avait prévu que l'activité européenne s'exercerait sur le nouveau champ qui lui était offert en combinant l'accomplissement des devoirs civils ordinaires avec des entreprises agricoles.
Sous le rapport financier la situation de Ceylan avait été jusque là déplorable. Le budget de chaque année offrait un déficit considérable, que le gouvernement local s'efforçait de mettre à la charge de la métropole, que ses enfants semblaient prendre à tâche de considérer comme une mine inépuisable.
Après le départ de sir Robert Brownrigg,sir Edward Barnes, le nouveau
fuverneur, appliqua toute son énergie la formation de grandes routes dans la province centrale; il tira parti, dans cette vue, du système de rajakaria, ou travail forcé, chaque subdivision de caste étant mise en demeure par son propre chef, qui recevait de l'autorité britannique une rétribution proportionnelle aux résultats qu'il avait obtenus ; ce système , qui mettait en jeu le ressort de l'intérêt personnel , eut pour effet de maintenir dans une stricte dépendance ces chefs, qui autrement n'auraient pu qu'être opposés au gouvernement régulier.
En 1834 on établit dans la colonie un conseil législatif, dans lequel six membres consultatifs , dont trois indigènes, furent admis. A peu de temps de la les corvées ou travaux forcés furent abolis , et les indigènes passèrent en un jour d'un état pire que l'esclavage à la plus complète liberté. Cette mesure enlevant aux riches leurs moyens d'oppression sur la masse, une conspiration ne tarda pas à se former au sein de l'aristocratie des nobles et des prêtres, qui furent impuissants à entraîner la masse dans leur rébellion. En 1835 plusieurs d'entre eux furent poursuivis
Kur trahison devant la cour suprême, ur acquittement, dû a la composition du jury, ne laissa pas de dévoiler au peuple ce que les castes supérieures avaient tenté contre ses libertés.
Les grands changements recommandés par la commission d'enquête produisirent une rapide amélioration dans la condition du peuple. L'accroissement de la culture indigène et la formation de plantations de caféiers et autres plantations profitables furent la conséquence de ces excellentes mesures.
En 1837, sous l'administration de l'honorable Stewart Mackenzie, les privilèges des castes furent abolis, et la
L'UNIVERS
liberté civile fut établie dans tous les rangs de la société. Les plus pauvres acquirent ainsi des droits, tandis que l'importance et la dignité des plus riches fut diminuée.
Sir Colin Campbell fut nommé au gouvernement de l Ile en 1841. A son administration se rattachent des souvenirs durables par les succès obtenus par les planteurs de café, la rapide augmentation des plantations, et la prohibition imposée désormais aux officiers civils d'acquérir des terres et de se livrer à des entreprises agricoles. Quelques symptômes d'insurrection se manifestèrent parmi les Kaudiens en 1842 ; mais la rapidité des communications entre les provinces maritimes et centrales et l'immense supériorité des ressources dont le gouvernement anglais peut disposer rendaient d'avance et rendront toujours inutiles des tentatives de cette nature.
En 1847 lord Torrington fut appelé à succéder à sir Colin Campbell. De grandes espérances sont fondées sur cette magistrature civile, destinée à faire disparaître les défectuosités de l'administration militaire, oui jusque alors avait régi l'Ile. Mais la richesse des dons de la nature et les besoins peu étendus des habitants, non moins que les influences bureaucratiques de la métropole, seront toujours un grand obstacle au progrès de la civilisation dans ce pays.
Au moment où nous terminions cette partie de notre résumé historique on recevait en Europe la nouvelle d'un nouveau mouvement insurrectionnel parmi les Kandiens. Cette tentative, dirigée par un prétendant de bas étage aidé de quelques prêtres fanatiques, avait été promptement réprimée, il parait certain toutefois que la répression a été non-seulement impitoyable , mais marquée dans ses détails d'un cachet particulier de précipitation et de cruauté dont le gouvernement anglais aurait pu aisément éviter la souillure.
MOEUHS ET COUTUMES.
Mœurs judiciaires. — Sous les dynasties kandiennes les lois nationales , ou plutôt les coutumes par lesquelles la plupart des questions étaieut réglées ,
encouraient les fréquentes infractions
de l'arbitraire royal; ceji'étaient point, comme plusieurs écrivains l'ont suppose, les lois de Manou qui régissaient les Singhalais. Les coutumes avaient toute puissance entre parties jouissant d'une égale position sociale ; mais rien ne résistait à la corruption judiciaire , profondément enracinée dans les mœurs.
L'usure était défendue sous la dynastie primitive; sous le dernier règne même, où la licence la plus effrénée trouvait faveur, le roi s'opposa à ce que ses parents prétassent à 40 pour 100 par an. On tolérait le prêt à 30 pour 100, auquel se livraient les Mores , qui étaient les principaux banquiers de l'intérieur du pays. Quand les Singhalais prêtaient de l'argent , c'était à condition qu'il ferait retour avec une bonification de âO pour 100, sans égard à la durée du prêt, que ce fût pour douze mots ou pour douze ans. Le paddy et le sel , les deux grands objets de consommation, étaient à l'occasion prêtés aux mêmes conditions. Le créancier pouvait néanmoins saisir les propriétés de son dent* teur, et vendre son épouse et ses en* fauts, s'il n'était pas remboursé à la fio de chaque année.
Serment. — Dans les cas litigieux les parties étaient appelées a prêter devant les images de leurs dieux un serment solennel, accompagne «Tirnprécations. La partie qui la première était frappée d'infortune se trouvait par là même déclarée parjure. L'appareil de l'épreuve judiciaire par V huile bouillante était de nature à saisir d'épouvante ceux-là même qui se sentaient soutenus par une conscience pure.... Si l'action du corps bouillant avait pele la peau des doigts qui avaient subi l'opération , le patient était déclaré coupable et
Cyait uns forte amende à l'empereur, ss indigènes les plus intelligents n'svaient nulle foi dans ces épreuves. Dans les occasions ordinaires on jurait par les yeux de sa mère ou de ses eafants ; mais il y avait peu à compter sur ce mode de serment , l'amour de la vérité n'étant point un des traits caractéristiques du Singhalais.
Quand un vol était commis , les indigènes se livraient à des opérations magiques pour en découvrir les auteurs.
GZB
Ces pratiques tendaient nécessairement à favoriser la fraude et l'esprit de vengeance, et faisaient commettre bien des injustices.
L'inculpé de vol était, en cas de conviction, condamné à restitution, à une amende, partie au profit du plaignant, et à la prison ou à la fustigation.
Les contraventions aux lois étaient punies de l'amende ou de l'emprisonne»
ment. Le non- payement de l'amende entraînait la contrainte par corps, la privation de vêtements ou d'armes d'honneur et les travaux forces. La peine de mort ne pouvait être appliquée sans la sanction royale.
Un expédient efficace pour obtenir payement d'un débiteur était de le mena* car de se suicider par le poison , et de charger son âme du crime.
La peine capitale était appliquée au moven du pal , de la potence , et suivie de l'exposition du cadavre.
Les castes supérieures subissaient la décapitation par l'épée; c'était le mode de supplice le plus honorable. Les éléphants faisaient souvent l'office d'exécuteurs des hautes œuvres.
Les crimes entraînant la peine capitale étaient : la molestation, la persécution, le meurtre; le crime de lèse-majesté; la destruction d'arbres sacrés ; la dégradation de dagobahs; le pillage de propriétés sacerdotales ou royales ; le vol de grands chemins. Les femmes condamnées étaient mises daus un sac et noyées.
Les délits moins graves étaient punis de la mutilation , la fustigation, les fers, la prison, l'amende, le séjour dans les localités atteintes d'épidémies violentes.
Le dissave admettait souvent des circonstances atténuantes, parce qu'elles emportaient une amende à son prolit.
Les habitants d'une localité étaient passibles d'une amende solidaire en cas de suicides ou de meurtres dont on n'avait pas découvert les auteurs.
La juridiction la moins élevée était le gainsabac, ou conseil de village, composé des chefs de famille jugeant sans frais. Ces causes étaient susceptibles d'appel au ratla-sabaé, ou tribunal de district, composé de délégués de chaque village d'un même district. Ces institutions libres étaient indispensables dans
un pays où la propriété foncière était extrêmement subdivisée , par le partage égal entre tous les enfants, et ou la polyandrie entraînait des complications dans la détermination des droits des consanguins.
Quand les parties étaient processives , il leur était loisible d'en appeler successivement au koraal, au mohottala , au dissave, à Vadigaar, même au roi. SI l'une d'elles ne pouvait donner immédiatement suite a sa plainte dans ces diverses juridictions, elle s'etforçnit de rassembler une forte somme avec l'intention de porter la cause devant de nouveaux officiers de justice, qui n'hésitaient pas, s'ils étaient largement payés i à annuler la sentence de la juridiction inférieure.
La haute cour judiciaire se composait des deux adigaars, des quatre maha-di-
a'mtis ou dissaves , du maha-mahota, et de personnages qui étaient continuellement en fonctions auprès du roi.
S'ils se reconnaissaient incompétents, ils se rendaient au magui-madttwa , cour suprême présidée par le roi, siégeant sur son trône.
Une autre haute cour était le sakèballanda, composé des notables du district, tels que le lekam, le koraal, et le vidahn, qui avaieut des fonctions analogues a celles des ooruners anglais. La loi interdisait de toucher à un cadavre, même pour essayer de le rappeler à la vie, si le corps était celui d'uu noyé ou d'un pendu, avant qu'il eût été soumis aux investigations du saié-baUanda. En cas de suicide l'amende solidaire infligée aux habitants de la localité était partagée entre le dissave et les membres de la cour.
La propriété était divisée en deux classes : I udrawyawat, ou incorporelle, et la drawyawat, ou substantielle. La première comprenait tous les droits d'héritage, titres, privilèges, immunités, rang, réputation, caste, etc. La dernière embrassait une division quadripartite de propriété matérielle comprenant : les meubles, les immeubles, les choses animées, et les choses inanimées. Si elles étaient légalement obtenues par héritage, achat, travail , ou donations volontaires, elles demeuraient la propriété exclusive du détenteur, dont nul homme,
L'UNIVERS
quelque grand ou puissant qu'il fût, ne pouvait le priver.
Les lois concernant la propriété des décédés ab intestat l'attribuaient au plus proche parent du décédé, de préférence a sa veuve; celle venant de parents d'à* doption retournait aux héritiers légaux.
Le père adoptif sans enfants laissait à sa veuve la moitié de ses biens. Les meubles ou joyaux de famille, tels qu'armes de guerre, présents honorifiques, etc., ne descendaient pas à la veuve du mari ab intestat, mais à l'héritier légal de la propriété patrimoniale. Le droit d'aînesse était inconnu à Ceylan. En entrant dans le sacerdoce le fils renonçait à tous ses droits de succession , parce qu'il ne pouvait légalement engendrer des en* iants à qui il pût faire transmission.
La fille de caste supérieure oui se mésalliait était déclarée incapable de posséder, à quelque titre que ce fût.
L'insolvabilité pouvait entraîner l'esclavage comme conséquence. A la mort du débiteur, le créancier pouvait vendre ses enfants et ses petits-enfants. La dette primitive ne portait pas intérêt, le travail de l'esclave étant un équivalent.
Aucune caste ne pouvait se soustraire à l'esclavage en cas d'insolvabilité. Cependant , les membres de la haute caste Goewansé, étaient en général rachetés par ceux de leur caste quand ils étaient en danger de tomber sous l'esclavage d'une caste inférieure.
L'esclavagk a Ceylan. — Il y avait plusieurs sortes d'esclaves ; ceux de naissance, les esclaves vendus dans l'enfance par des parents inhumains, ceux condamnés à l'esclavage par le roi , les femmes qui par leur vie déréglée avaient perdu leur rang de caste, les^risonniers de guerre, ceux importés par des marchands d'esclaves, ceux qui s'étaient vendus librement.
La condition civile de la mère déterminait celle des enfants; la progéniture des femmes libres avait droit à la liberté, que le pére fût esclave ou non.
Les voleurs qui ne pouvaient faire une restitution septuple étaient condamnés à l'esclavage.
Le possesseur d'esclaves ne pouvait contraindre une femme à recevoir les hommages d'un homme de caste inférieure, libre ou esclave.
Il permettait à ses esclaves de posséder des terres et du bétail, ce qui élevait beaucoup leur condition.
L'esclave pouvait se marier et avoir une famille.
La religion bouddhiste prohibait le trafic des êtres humains et la détention d'esclaves.
Dans la division nord de 11 le , les Malabares faisaient un trafic régulier d'esclaves. Dans beaucoup de cas ceux-ci entraient en partage des produits de leur travail , et pouvaient arriver à l'opulence.
Ën général , l'esclave était traité avec beaucoup d'humanité.
Le service des pompes funèbres était exclusivement dévolu aux esclaves; nulle caste libre ne pouvait y être employée.
Le maître pouvait abandonner son es clave dans l'état de dénûment absolu.
L'esclave pouvait tester; mais s'il mourait, ab intestat, le maître était son héritier légal.
Les esclaves pouvaient témoigner en justice, même dans des transactions ou leurs possesseurs étaient intéressés.
Par la coutume du pays, le maître pouvait soumettre l'esclave à la torture par le fer rouge; les châtiments privés étaient le plus généralement : la fustigation , l'incarcération , les fers , la mutilation, et la vente.
I,es esclaves faisaient partie du mobtlier; ils étaient donnés en dot ou en héritage.
V esclave, quel que fût son âge, était estimé a environ 40 francs pour les mâles, et le double pour l'autre sexe.
Le gouverneur North entreprit de régulariser l'état civil des esclaves; mais il ne paraît pas que leur condition en ait été sensiblement améliorée sous son administration.
En 1816 les enfants nés d'esclaves après le 13 août furent émancipés d'un commun accord entre le gouverneur de l'Ile et les propriétaires, sur la proposition du premier magistrat, sir Alexander Johnston ; cette détermination fut sanctionnée par le prince régent.
En 1818 le gouverneur sir Robert Brownripg décréta que les esclaves qui ne seraient pas enregistrés dans un délai de trois mois seraient déclarés libres.
Le nombre des esclaves dans Jaffna-
patam et Trineomalî était à que de vingt-deux mille.
En mai 1821 sir Ë. Barnes décréta le rachat et l'émancipation graduelle de tous les enfants esclaves du sexe féminin ; le nombre total des femmes adultes esclaves était d'environ neuf mille, et les
cinq cents.
Enfin, après des atermoiements et des demi-mesures adoptées par les différents gouverneurs qui se succédèrent de 1822 a 18-14, l'esclavage fut définitivement aboli à Ceylan vers la fin de 1845, par Tordre de lord Stanley, ministre des colonies; les propriétaires ayant négligé la mesure de l'enregistrement ne reçurent aucune compensation.
Castes. — Malgré l'esprit et la lettre des institutions bouddhistes, et l'influence dissolvante exercée sur les Singhalais par leurs conquérants européens, les distinctions de caste ont encore à
Ceylan une grande il ,
Chez les Cinghalais, comme parmi les Hindous, les quatre principales castes reconnues sont : khastria, ou radjahwansé, caste royale ; brah m ina-wansé, ou caste brahmine; wayssia-ivatisé ; shoudra-wansé , ou basse caste.
Voici les subdivisions des deux castes inférieures :
I. Wayssia- wansé ; 1, goewansé ou handourouwo ( wellalé des provinces maritimes ) , cultivateurs ; 2, nillemakareyea , bergers.
II. Shoudra-wansé; 1, karawé, pécheurs-, 2, tchandos ou dourawos , distillateurs (de vin de palmier); 3, achari, forgerons; 4, hannawli, tailleurs; 5, badda-hela-baddé, potiers ; 6, ambattia, barbiers; 7, radanaade, blanchisseurs; ■s, hall, tchaléas,ouécorceursde cannelle, appelés aussi mahabaddé; 9, hakourou, qui préparent le sucre de palmier, ou djagry ; 10, hounoubaddé, qui préparent la chaux de coquilles ; 11, pannayo, faucheurs; 12, villeduraï ; 13, doddaveddahs; 14, padouas, fondeurs de fer, exécuteurs; 15 , barrawabaldé, ou mahabaddé, cymbaiiers, etc.; 16, bandée; 17,pallarou; 18, oit; 19, radayo; 20, pall; 21, kionera-baddé.
Les pariâhs ou oui-castes, « hors de
attachés aux goewansé; les marrakkala, ou maures , qui assistent les karawé dans l'exercice de leur profession.
Les Singha lais considèrent l'ancienne race royale appelée sakya, ikshwaka, okaaka et souryawanse (1), comme leur caste supérieure; ils considèrent cette caste, ou race du soleil, et la race sacerdotale des brahmi nés comme supérieures à toutes les familles existant dans Ceylan (2).
Le goewansé ou wellalé est la plus nombreuse des castes singhalaises. L'agriculture a depuis longtemps cessé d'être leur unique occupation, les prêtres et les hommes d'État ayant été tirés de cette caste; en sorte que tous les rangs héréditaires et une grande partie de la propriété foncière ont fini par passer entre leurs mains. Les limites de. cette analyse nous obligent à renvoyer à l'ouvrage dePridham pour la description des costumes assignés aux divers rangs.
Le goewansé ne pouvait pas contracter alliance matrimoniale avec le shoudra-wansé sans encourir dégradation.
11 pouvait épouser une femme nillemakareyea; mais un homme de cette dernière caste ne pouvait s'allier à une femme goewansé, bien que cela ait été toléré tacitement. Cette prohibition de caste s'étendait à la table aussi bien qu'au lit, et réglait tous les rapports sociaux.
Tous les Singhalais étaient assujettis au service militaire; chacun se fournissait d'armes; les munitions de guerre étaient données par le roi. 11 n'y avait pas d'armée permanente; les combattants se retiraient chez eux quand l'ennemi était expulsé. Ils devaient concourir à certains travaux publics , tels que construction de routes, nivellement des montagnes , excavation de bains publics ; ils pouvaient être soumis à des corvées de quinze à trente jours selon l'étendue de leurs terres. La présence de certaines classes était de rigueur aux quatre grands festivals annuellement tenus dans la capitale , ainsi qu'à l'élection , au mariage, • funérailles d'un roi. La nature et
(i) Race solaire.
(a) Il ne parait pas, au reste, que , même parmi les chefs, il y ait à Ceylan aujourd'hui un seul individu d'à "
L'UNIVERS
le montant des taxes royales n'ont jamais pu être rigoureusement détermines par les recherches des Européens.
Les nillernakareyea sont peu nombreux ; ils s'occupent de pâturage et de culture , et sont exclus des emplois su- . | h -rieurs. Leurs taxes, qui etaientpayées en nature sous la dynastie kandienne, consistaient en riz, lait, beurre clarifié (gkl)% etc.
Les diverses subdivisions du shoudra-wanse étaient affectées au service du gouvernement et des castes privilégiées.
La première des castes inférieures est celle des karawé, ou pécheurs. Les grades de cette subdivision sont en port avec la division du travail.
Les maures de Ceylan sont une vigoureuse, active et entreprenante ; de même que les goewanse monopolisent les honneurs, ces juifs du pays monopolisent le commerce indigène. Bieu qu'usuriers et méprises comme tels , l'agriculture de Ceylan n'aurait pu se soutenir sans les avances qu'ils faisaient aux laboureurs. Leur principale richesse consiste en bétail. Ils étaient autrefois tenus à la corvée pour le transport des provisions royales et au payement de taxes en nature, telles que sel, poisson saie, etc.
La caste suivante, les madinno, douravos ou tchandos, étaient employés à extraire le suc de palmier pour les liqueurs fermentées ; l'usage en est contraire à la religion de Bouddha.
Les achan (ou atcharif) forment, selon quelques-uns, le premier rang de la caste intérieure, ils comprennent les professioos industrielles et artistiques.
Le roi pouvait les mettre en réquisition et les faire travailler gratuitement , sauf les charpentiers et les sculpteurs.
Les hannawli, ou tailleurs, sont peu nombreux ; ils étaient tenus de faire les splendides costumes du roi et de sa cour, et recevaient des terres en compensation.
Les badda-hela-baddé, ou potiers, étaient nombreux; parce que tous les vases souilles par le contact des castes inférieures dans les fêtes étaient détruits. Ils payaient pour leurs terres une taxe en argent, et fournissaient la cour de
importante. Ils payaient une taxe en argent pour leurs terres, et faisaient la corvée comme porteurs de bagages. Ils étaient chargés de raser Bouddha, daos le grand temple de Kandi , oe qu'ils faisaient en simulant l'opération devant une glace qui reflétait l'image du saint
avec lidofe.
Les radabaddé, ou caste des blanchisseurs, sont assez nombreux. Us payaient pour taxe foncière un vingtième du produit de leurs terres en riz en glume. Ils fournissaient le roi et sa cour de vêtements blancs et de tapisseries. Les familles qui lavaient pour la cour recevaient des terres libres de toute redevance en compensation. Ils n'auraient pu laver pour les castes inférieures sans se dégrader.
Les halee ou tchalias , chargés de la récolte de la cannelle dans les provinces maritimes , étaient tisserands dans l'origine, et s'occupaient seuls de la confection des filtres en toile destinés a épurer l'eau. Ils étaient tenus de payer une taxi en argent et de travailler aux jardins du roi. Ils fournissaient encore aux provisions royales une certaine quantité ét poisson salé. Les hommes seuls pouvaient épouser des femmes d'une caste inférieure.
Les hakourou, ou fabricants de sucre de palmier, formaient une cjsu eoaudérable. Pour leurs terres, ùs livraient annuellement au roi une ceiUi&e quantité de djagry. Ils faisaient le service de porteurs de palanquin. Ils fournissaieni de cuisiniers les goewansé.
Les hurma ou nouno-baddé , ou fabricants de chaux calcinée, payaient une taxe en nature et la taxe foncière en
Les paunayo, ou faucheurs, sont nombreux. Ils soignaient le bétail et les écuries royales, qu'ils approvisionnaient de fourrage, une fois par Les dodda-veddahs, ou payaient au roi une taxe en gibier.
Les padouas forment une caste dérable, qui compte plusieurs sious. Us payent une taxe en raire pour leurs terres, et font des corvées comme industriels et domestiques.
Les padouas-yamanou, ou fondeurs ét Les ambattia , ou barbiers , caste peu fer, payent la taxe foncière et la taxe en
nature comme les antres professions manuelles. Les paduas-ganalagambadayo ne peuvent ni manger ni se marier avec les autres, et sont voués aux fonctions les plus viles et les plus répugnantes.
Les barrawa-baddé , tisserands .de profession, payaient les taxes ordinaires, fournissaient aux établissements royaux une certaine quantité de toile, des légumes, ete. Certaines familles étaient chargées de battre le tam-tam dans les temples ou aux fêtes publiques, d'y jouer de certains autres instruments, d'y exe* cuter certaines danses, et recevaient des terres en pavement.
Les oli, petite caste dont l'office était de porter dans les processions l'effigie des démons appelés Assouriahs.
Les bandî, vanniers et (quelques-uns) mendiants de profession; les pallaron- Pilou ( sourds et muets), lés yaka-karou (adorateurs du diable), les korou (boiteux de naissance), etc.. sont des castes très-peu nombreuses et sur lesquelles on a peu de détails précis.
Les radayo , très-petite caste, mégissiers, vivant dans les bois.
Les pall, blanchisseurs des basses castes.
Les kinnera-baddé, petite caste chargée de fournir des cordes et des nattes aux magasins royaux.
Les gattarou , caste mise hors la loi pour certains crimes, et méprisée des plus basses castes.
La caste rhodia ou gasmundo , composée de gens dégradés pour avoir conservé les habitudes carnivores de leurs ancêtres ou pour crime de haute trahison, n'était admise à payer ses taxes qu'à distance. Ils mangent tout ce qui tombe sous leur main, même les cadavres d'animaux. Quand un rhodia voyait un goewansé, il était tenu de le saluer et de s'éloigner. Le caractère des rhodias correspond naturellement à leur triste destinée : ils sont complètement dénués de moralité. Les habitudes et les mœurs des rhodias présentent une analogie frappante avec celles des bohémiens.
La distinction ignominieuse qui séquestrait cette race, du reste de la nation et les vexations de toute espèce dont elle était l'objet depuis deux mille ans ont uns fin avec la dynastie nui maintenait