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cette dégradation déplorable. Il est à remarquer que les femmes de cette race maudite passent pour les plus belles de l'Ile.
CA.RACTEBE DES SIKGHAXA1S , ETC.
Si l'on en excepte la classe supérieure, qui s'est fortement imprégnée des mœurs polies des Européens dans ce qu'elles ont de commun avec les habitudes des classes élevées de tout pays, le caractère singhalais manifeste les mêmes traits dis* tinctifs qui lui étaient assignes par les historiens au dix-septième siècle.
C'est un phénomène bien digne de l'attention soutenue du philosophe qu'alors que tout est soumis dans la nature phy» sique à un travail de continuelle I n risformat ion , l'homme seul paraisse ne subir aucune modification radicale, et, selou toute apparence , offre dans chaque climat le caractère de l'immutabilité.
En Orient il existe un terme moyen de développement qui semble constituer une barrière insurmontable et arrêter l'essor delà civilisation. Là moins qu'ailleurs l'influence de la conquête modifie les mœurs intimes , que ne peut entamer la transformation des institutions politiques. Les modifications successives apporteront un résultat plus satisfaisant
ries changements violents et rapides, t la surface voile toujours des germes de réaction qui ne manquentjamais d'entraver le progrès de la civilisation.
Les Singhalais paraissent atteindre à peine au niveau des Hindous; ils ne peuvent être comparés à aucune nation européenne. Us sont très»arriérés dans la culture des arts et des sciences. En somme, leur caracère est peu élevé, mou, indécis; ils n'ont que peu de vertus ou de vices saillants, peuvent être considérés comme un coin pose de sentiments moraux sans énergie, de fortes affections naturelles, et de passions modérées. Les classes élevées , néanmoins , montrent leur aptitude à s'élever à de certains égards au niveau intellectuel des Européens, et ne leur cèdent eu rien sous le rapport de l'habileté diplomatique.
Le système de castes a laissé dans le caractère national des traces profondes : les basses castes se livreront sans re-
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mords à la perpétration des crimes les plus grossiers, tandis que les castes supérieures gardent soigneusement le décorum et se montrent jalouses de garantir de toute souillure l'honneur de la famille.
La souplesse et la dissimulation , qui sont les traits distinctifs du caractère des Singhalais , leur donnent dans les affaires un avantage décidé sur les Européens , et leur font acquérir une influence marquée même sur les fonctionnaires qui se méfient le plus de cette influence.
Les Kandiens sont doués de cette énergie physique et morale qui caractérise en général les montagnards, et sont en cela supérieurs aux habitants des côtes, pour lesquels Ils professent un souverain mépris. Les habitants des basses terres , au contraire , se sont mêlés , par le moyen du commerce, avec leurs voisins du continent , et ont perdu , en conséquence, les traits caractéristiques qui distinguaient leurs ancêtres.
Les Singhalais d i ffèrent des Européens moins sous le rapport des traits que sous le rapport de la couleur , de la taille, et de la forme. La couleur de leur peau varie de l'olive au noir; leurs cheveux et leurs yeux sont généralement noirs ; leur taille moyenne est de cinq pieds quatre pouces, anglais : 1 mètre 625; ils sont remarquables pour l'agilité et la flexibilité plutôt que pour la force des membres; leurs traits sont généralement beaux et leur physionomie intelligente et animée. Les femmes- singhalaises sont bien faites, elles ont bonne mine, et plusieurs peuvent passer pour belles.
Les Singhalais , bien que courtois , ne sont point un peuple galant; ce sentiment raffiné est européen, et n'appartient point aux régions tropicales. Les femmes sont admises à rechercher les hommes qui sont l'objet de leur préférence avec une liberté qui dépasse toutes les bornes.
Dans certains cas , quand des amis intimes ou des personnages d'un rang élevé visitent sa maison , le chef de famille envoie sa femme ou ses filles passer la nuit avec l'étranger dans sa chambre; c'est pour eux un honneur et une joie de pouvoir obliger leurs hôtes d'une manière aussi délicate.
La plupart des Sinçhalais se marient.
Le choix et les préliminaires sont régies par les chefs de famille avec l'autorité la plus arbitraire. Quand la combinaison est avancée, la partie qui se rétracte est passible d'une action judiciaire en diffamation.
Les bornes de cette analyse nous obligent à renvoyer aux ouvrages déjà cites pour la description des cérémonies du mariage. Une particularité qui concerne les grands consiste à consulter les horoscopes des parties, afin de voir s'ils sont en concordance parfaite. A près avoir fait des présents à sa fiancée, le prétendu invite ses amis à un repas de noces; les conjoints vivent ensemble un temps d'épreuve, qui ne dépasse pas une quinzaitie; après quoi le mariage est confirmé ou anuulé. Le douaire de la femme consiste généralement en meubles, ustensiles de ménage et bétail, mais rarement en terres. Le lien du mariage a peu de force; les séparations sont fréquentes. En ce cas , le douaire est restitué. Chaque individu divorce jusqu'à cinq et six fois avant de contracter une union parfaitement assortie. En cas de séparation, le mari prend les enfants mâles et l'épouse prend les filles.
L'adultère était réprouvé par les ioi> du bouddhisme. Dans ce cas, l'époux offensé divorçait et déshéritait les eafaaU de sa femme. Il renonçait, ipso facto, a la propriété de l'épouse. Il était oblige de la nourrir pendant la grossesse el d'élever l'enfant jusqu'à l'âge adolescent. Les mariages entre parents d'un degré d'affinité plus rapproché que les cousins étaient prohibés et punis par la loi.
La polyandrie est encore plus répandue parmi les Singhalais que la polygamie; elles sont également contraires à la religion du pays. Une épouse peut avoir jusqu'à sept maris; mais ces maris doivent toujours être frères ; les Singhalais , même des castes supérieures, y voient un moyen de resserrer le lien de famille et de concentrer l'influence de la propriété.
La chasteté n'est pas la vertu des Singhalais. La prostitution légale est inconnue à Ceylan. Sous la dynastie kandienne les prostituées étaient fouettées et mutilées; mais l'habitude des liaisons illicite» est presque universelle : elle est
INDO-CHINË.
tolérée par les mœurs en tant qu'elle n'enfreint pas la loi des castes. Toutefois, nul hum me ne peut épouser une femme qui a abandonné son mari avant que celui-ci n'ait fait alliance avec une autre femme. En cas d'adultère, la loi autorisait le meurtre de l'infidèle par l'époux lésé, la mutilation facultative de son complice ou, au moins, la fusti-
Ijation des coupables et le divorce. Les emmes déploient dans leurs intrigues amoureuses une habileté prodigieuse et une grande sollicitude pour leurs cavaliers servants. Mais la passion de l'amour n'a pu triompher du préjugé des castes.
Chaque famille est généralement peu nombreuse. Les mères allaiteut le plus souvent leurs enfants. L'éducation physique est pou précoce , les enfants ne pouvant marcher et parler avant l'âge de deux ans.
La vie de famille est très-développée chez les Singhalais; l'affectiou mutuelle des parents et des enfants a donné lieu à des traits de dévouement que l'histoire a enregistrés. Les préjugés, la superstition et la misère, ne réussissaient cependant que trop souvent à contre-balancer ces dispositions naturelles. Quand l'astrologue déclarait l'enfant ne sous une mauvaise étoile, les parents avaient coutume de le laisser mourir de faim, de le noyer, ou de le brûler vif. Un premier-né n'était jamais traité avec cette cruauté. La cause assignée à l'infanticide était la nécessité de resserrer la famille dans des limites en rapport avec les moyens de subsistance. Ce crime ne fut réprimé avec efficacité que lorsque la domination anglaise eut sévi contrôles coupables, en même temps qu'elle augmentait par de sages mesures le bienêtre du peuple et généralisait l'aisance dans les familles.
Les Singhalais ont généralement peur de la mort; au moment suprême ils invoquent les démons, dont ils redoutent la malignité. Les plus basses castes seules négligent les cérémonies funéraires.
Les classes élevées brûlent leurs morts, pour prévenir la putréfaction; les pauvres, en général, les inhument. Pendant trois à quatre jours les femmes se livrent a des lamentations officielles et au panégyrique du défunt. Mais elles s'affec-
41* livraison. (Indo-Chinb.)
tent peu ; à la mort de leur mari , leur affaire principale est de lui donner un successeur.
Les Singhalais sont superstitieux au plus haut point. Le plus léger accideut, tel qu'un éternument au début d'une affaire, les frappe de l'idée que quelque désastre va les atteindre. Dans la période Mes couches les femmes sont réputées impures; personne ne peut approcher de la maison où elles se trouvent qu'après les purifications légales.
Dans le temps du chômage, les Sinhalais forment des réunions aux amulams ou maisons de halte pour les voyageurs, pour discuter les actes du gouvernement ou des sujets d'iutérét énéral se rattachant à l'agriculture; arrivée d'un étranger leur fournit l'occasion, toujours ardemment désirée, de satisfaire leur curiosité concernant les mœurs et coutumes des autres peuples.
Les habitations des Singhalais sont en général petites, basses, construites de lattes crépies d'argile. Les maçons ou les charpeutiers ne son t employés que par les classes élevées , chacun d'ordinaire construisant sa propre maison.
Chaque habitation est en elle-même un établissement indépendant, où la famille produit tout ce qui est nécessaire à son entretien ou à ses besoins journaliers.
Les maisons n'ayant point de cheminées, le feu est fait dans un coin, en sorte que le plafond est noirci par la fumée.
Ces maisons de la classe noble ne sont ni construites avec élégance ni meublées avec richesse. On ne se sert pas de tables ; on s'assied sur des nattes , et l'on mange par terre. On accorde un tabouret aux étrangers, et leurs mets sont placés sur un autre tabouret qui est à côté d'eux. Dans les provinces maritimes les habitudes et le luxe des Européens ont depuis longtemps prévalu.
Le régime ordinaire du peuple est d'une grande simplicité : il se compose de riz assaisonné de sel , et d'un peu de légumes , parfumés de jus de citron et de poivre. La viande est rare : celle de bœuf est interdite par leurs usages , et le poisson n'est pas toujours abondant : lors même qu'il abonde, les basses classes préfèrent le vendre aux Européens.
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La classe élevée est un peu plus luxueuse ; elle mange de cinq à six mets différents, dont deux consistent en viande ou poisson et les autres en légumes.
L'eau pure est la boisson ordinaire; ils ont quelquefois recours à l'oraek, avant le repas, pour stimuler l'appétit. Les femmes servent leurs maris a table en silence, mangent ensuite, et donnent les restes aux enfants.
Les Singhalais se visitent peu entre eux : les relations de ce genre, même de parents à parents, n'ont aucun caractère d'intimité ou d'affection. Si l'hospitalité reçue dépasse la durée d'une nuit , le visiteur offre ses services à son hôte pour l'aider dans ce que celui-ci peut être en train de faire.
Les femmes surpassent de beaucoup les hommes dans le choix et l'arrangement de leur toilette; et les hommes semblent approuver ce genre de supériorité , réservant leur dignité pour un grand étalage de domestiques, en armes, devant et derrière eux. En général, la richesse de la toilette fait compensation à la simplicité des logements et des ameublements.
Sous la dynastie kandienne il fallait un privilège royal pour porter des souliers et des bas. C'est la coutume chez toutes les classes d'emprunter des vêtements et des bijoux pour aller en visite. La pauvreté d'une grande partie du peuple est telle, qu'ils n'ont pas même un habillement complet, quelque modeste que soit à tous égards le costume d'un Singhalais des classes inférieures.
En général il n'y a qu'un lit dans les familles pauvres; les hommes couchent dessus, tandis que les femmes et les enfants couchent par terre , sur des nattes.
Malgré la rigidité de l'esprit de caste, chose bien remarquable, les hommes ont les uns pour les autres une politesse et des égards marqués ; cela tient à ce que les grands sont ambitieux de popularité et le peuple avide de faveurs.
La position insulaire de Ceylan et l'absence de stimulant international semblent avoir paralyse chez ce peuple le développement spontané des arts de la civilisation. L'influence d'un soleil vertical peut avoir contribué, avec d'autres causes, physiques , à entretenir les
Singhalais dans un état voisin de la médiocrité, sous le rapport du progrès moral ; mais les monuments, dont les ruines imposantes attestent encore qu'à une époque très-reculée la civilisation avait atteint à Ceylan un niveau beaucoup plus élevé que celui auquel elle a réussi a* se maintenir dans ces derniers siècles , indiquent que les arts comme la religion v ont été importés du continent ( probablement ou principalement du l>hakkan et du Siam), et auraient pu s'y développer d'une manière durable, si l'organisation (ou plutôt la désorganisation) politique et les commotions intérieures l'eussent permis. Les causes de ce développement imparfait et de cette décadence précoce mériteraient d'être étudiées avec soin.
Manufactures. — Des outils aussi simples que possible suffisent aux Singhalais pour travailler l'or et l'argent avec une surprenante dextérité, et ils exécutent des articles de bijouterie qui trouveraient des admirateurs plutôt que des imitateurs en Europe. Les minerais de fer et de manganèse sont les seuls dont les indigènes aient su tirer parti; leurs procédés de fonderie, comme tous leurs autres procédés industriels, sont d'une extrême simplicité. Cependant, le forgeron singhalaisest presque an niveau des forgerons européens , et sa forge est pourvue de bons outils.
La poterie, quoique grossière, est souvent d'une forme élégante et d'antique apparence. Ils excellent dans Vébénisterie, et exécutent les meubles les plus élégants à des prix raisonnables.
Languis et littérature; sciences; IDBBSCOSMOGRAPHIQURS, etc. —
La langue de Ceylan est une langue a part, bien que, comme la plupart des idiomes indiens, on la suppose dérivée du sanscrit. Les connaisseurs admirent beaucoup la mélodie de ses mots et l'analogie de ses composes avec ceux du grec ; elle est riche, expressive et, quoic|ue compliquée, suftisamment méthodique. Telle est sa variété d'expressions et sa richesse synonymique, qu'on petit dire qu'elle contient trois vocabulaires distincts : un pour la cour et la politique , un antre pour la religion, un troisième pour la conversation familière. Ce n'est pas tout : comme les Sinchalnis ont des castes
hautes et nasses, ae même us ont des hauts et bas dialectes. Le premier est surtout adopté dans les annales et les écrits bouddhistes, et le second dans les relations usuelles. Il y a peu de livres écrits en bas dialecte ; cependant, telle est son importance, que les traductions de l'Écriture sainte et du Common Prayer, celles employées dans les écoles, toutes les proclamations et la correspondance administrative sont rédigées dans ce dialecte vulgaire.
Le portugais ceylanais diffère de son prototype européen , principalement par l'adoption de nombre de mots de singhalais primitif et de tâmoul. 11 est fort usité, non-seulement parmi les descendants des Portugais, mais aussi parmi les Smghalais des provinces maritimes.
Le tâmoul se parle dans les provinces du nord.
L'importance de la connaissance grammaticale de leur langue maternelle est fort appréciée par les indigènes de l'intérieur ; c'est en effet la seule branche d'instruction à laquelle ils dotinent une attention suffisante. L'étude du pâli et même du sauscrit est, en outre, assez répandue parmi les prêtres.
La lecture et l'écriture sont devenues d'un usage presque aussi fréquent qu'en Angleterre; mais elles sont généralement restreintes à la population mâle* Aujourd'hui cependant que l'instruction élémentaire est mise à la portée des deux sexes et encouragée par le gouvernement, on peut raisonnablement s'attendre à ce que les femmes participent à ces avantages , et que le niveau intellectuel de la population s'élève graduellement avec la vulgarisation des notions utiles.
La langue dans les provinces maritimes s'est détériorée, par l'effet du contact avec les étrangers : elle s'est conservée à peu près pure dans les provinces de l'ancien royaume de Kandi.
Les livres smghalais sont tous manuscrits; mais la matière employée et le mode d'écriture les rendent plus durables que nos manuscrits européens.
Les livres singhalais sont écrits sur les feuilles de deux espèces de palmiers, le talapat ( ou talagaha : singh.), corypha umbraculifera , et le palmier éventail, borassus jtabelliformis. Les caractères
ne. m
sont tracés ou plutôt gravés sur ces feuilles à l'aide d'une stylet ou poinçon en fer, et frottés ensuite d'une composition qui les fait ressortir en noir, comme de véritables inscriptions. On trouve quelques anciens manuscrits formés de feuilles de cuivre très-minces.
Leurs traités religieux sont écrits en prose ;Jes autres sujets sont versifiés.
Dans toutes ces compositions le style et les expressions sont dans le mode oriental le plus exagéré. Ils aiment beaucoup les complications du style; plus il est artificiel, plus ils l'admirent.
Les sciences existent à peine chez les Singhalais; les nombres sont représentés par des lettres dans leur arithmétique primitive, mais ils ont eu, plus tard, recours aux chiffres tâmouls. Leurs connaissances géographiques sont également restreintes. Les plus anciens ouvrages topographiques sont le Ka»
daimpota, le Lanka ffistrie, et le fiawenakatawa. Ils n'ont aucune notion positive d'astronomie; mais ils sont adonnés à toutes les superstitions astrologiques , qui exercent une graude influence sur toutes les actions de leur vie. Les études astronomiques, sans être prohibées par la religion de Bouddha, sont cependant considérées comme portant atteinte aux saines doctrines.
Les sciences médicales sont dans l'enfance à Ceylan ; l'étude en est également, sinon prohibée, au moins discréditée par la religion nationale. Les connaissances chimiques et pharmaceutiques ne sont pas moins restreintes. Leur chirurgie est dans un état grossier; leur physyologie est complètement fantastique; leur pathologie est fondée sur des hypothèses absurdes; leur nosologie n'a pas d'autres fondements que leur pathologie.
Les Singhalais ne possèdent ni grands écrivains ni monuments littéraires portant le cachet du génie. Le système de castes a eu une influence fatale sur la marche des sciences, l'essor des idées et le progrès des arts. En vain cherchonsnous une littérature historique qui nous guide dans nos investigations concernant l'état primitif d'un peuple intéressant à tous égards ; nous ne trouvons que d'informes et mystérieuses annales , fourmillant d'exagérations, et portant
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à chaque feuillet l'empreinte de la bigoterie sacerdotale.'
Les Singhalais ont beaucoup de livres en vers et en prose sur la morale , l'origine des castes , la grammaire , la poésie, l'histoire, la médecine, l'astrologie, la géographie de l'île, et diverses branches de littérature communes aux nations orientales ; mais les livres bouddhistes sont partout l'objet d'un respect exceptionnel.
Les principaux livres historiques sont le M a ha- f l'anse et ses commentaires appelés Tika, Radjah- Ratnacari, Radjdh'iy'ali, Pond jaawali, etc.
L'art de la musique est dans l'enfance chez les Singhalais. Ils affectent de dédaigner la musique européenne, confessant au ils sont inhabiles à la comprendre. Ils n'ont aucun style particulier d'architecture : dans aucun pays on n'en trouve une plus grande variété, et nulle part ailleurs les différentes gradations dans le progrès de l'art ne sont plus clairement perceptibles. Le témoignage de Knox atteste qu'il est actuellement en pleine décadence. La statuaire est presque entièrement limitée à la représentation de Bouddha ou des dieux.
Le système du monde, tel que se le représentent les Singhalais , n'est, ainsi que la géographie bouddhiste, qu'un monstrueux amas d'erreurs. Chaque monde est tenu pour un système compliqué de cieux et d'enfers, de continents et de mers , de cercles rocheux , habités par des dieux mortels , des démons et d»'S diables , et autres variétés étraiiges d'êtres fabuleux. Les Singhalais lettrés sont aussi complètement versés dans les détails de ce système fantastique que dans tout ce qui concerne leur village et leur propre famille. On peut lire dans les ouvrages originaux tout ce qui se rattache à leur cosmogonie, et qui n'est ou du moins ne paraît être qu'un tissu d'imaginations extravagantes. On comprend que les aspirations passionnées , refoulées par les misères de l'existence terrestre, trouvent une sorte de compensation àse rejeter dans les régions du merveilleux et de l'inconnu. Leur météorologie et leur phvsique, en général, participent de cette disposition de leur esprit a se complaire dans le fantastique et le fabuleux.
Idées eelig i fuses ; les Bouddhas; le sacerdoce, etc. — L'Histoire des Bouddhas ou héros divinisés et réformateurs chargés périodiquement de la régénération sociale , trahit le même penchant à l'extraordinaire et au surnaturel qui se manifeste dans toutes les traditions et croyances religieuses de ces peuples. Leur morale peut se réduire à trois préceptes : Abstiens-toi du mal, pratique toutes les vertus, et réprime les mouvements de ton cœur. Ces commandements n'ayant pas assez de force pour entraîner les hommes au bien , il a fallu y ajouter les encouragements de la religion et ses menaces : bonheur infini dans l'avenir, ou souffrances d'une immense durée, selon que la vie terrestre aura été méritoire ou souillée d'impuretés.
Gautama- Bouddha, l'un des plus grands réformateurs bouddhistes, était un philosophe pratique énrinent, qui n'employait pas son temps en curieuses investigations idéologiques, mais qui déduisait de la connaissance approfondie de la nature humaine les règles du gouvernement (1). Selon lui, les sept grands moyens pour arriver à la connaissance, la sagesse, et la délivrance de la transmigration, sont : la contemplation , ta découverte de la vérité, l'effort persévérant, le contentement, l'extinction des désirs passionnés, la tranquillité d'esprit , l'égalité d'humeur, fin ztoér*l, /a pureté, l'excellence et la sagesse de ces préceptes ne sont surpasses que par ceux du législateur des chrétiens: i\s attestent l'immense supériorité de Gautama-Bouddha sur ses contemporains.
Il y a deux catégories de prêtres : ceux de l'ordre supérieur sont appelés upasampada, ceux de l'ordre inférieur sont dénommés samanaïria. Tous les prêtres de l'Ile se rattachent à deux grandes corporations académiques : la malwhattewihare et l'asgirie-wihare. Environ trois mille prêtres sont attachés à la première et mille à la seconde. Elles sont gouvernées par quatre recteurs ou evéques , appelés mahanniakou-unanci et annaniakou-unanci , et nommés par te gou-
(t) Voir, pour quelques détails sur Gao- U ma -Bouda ha et »ur les doctrines bouddhistes, p. 148 ; 149» 3a6, 3»8 et 3>9 4e
reniement. Ils sont astreints à faire observer les précédents et les règles écrites, dont il n'a jamais été dévié.
Leur éducation et leur ordination sont régulières et spéciales. Avant de prendre les ordres ils sont soumis à un noviciat et à des examens de divers degrés.
Les deux chefs du sacerdoce, qui résidaient à Kandi , avaient droit de remontrance envers le souverain quand il s'écartait des dix préceptes imposés à la royauté.
Les prêtres sont soumis au célibat.
Pour retourner à la vie laïque ils sont obligés de se dépouiller de leur robe jaune et de la jeter à la rivière.
Pour être admis dans le sacerdoce il fallait n'être affecté d'aucune maladie, n'être point dans les liens de l'esclavage, n'ëlre pas messager du roi, avoir obtenu le consentement de ses parents, avoir atteint sa vingtième année , être muni d'u ne coupe et d'un vêtement sacerdotal.
Le nombre des prêtres à Ceylan est très-considérable ; leurs têtes sont tenues pour sacrées, aucun barbier ne peut les raser. Ils vivent de mendicité ou de dons. Ils sont considérés comme supérieurs aux dieux, qu'ils n'adorent jamais; quand ils prêchent, ils invitent les dieux à faire partie de leur auditoire. Personne ne peut s'asseoir en leur présence. Ils pratiquent la médecine avec une certaine habileté, mais ne peuvent recevoir aucune rétribution. Ils vivent en communauté, et sont voués à la pauvreté. Ils doivent s'abstenir de tout contact avec le sexe, sous peine d'interdiction et de pénalités sévères.
Le culte de Bouddha, de ses reliques et images, est observé au soleil levant, à midi , et au soleil couchant ; le service çlu soir dans le temple principal, à Kandi, ressemble beaucoup au cérémonial d'une grand' messe dans nos églises.
Le culte des dieux, esprits ou démons de diverses natures , paratt avoir existé de tout temps à Ceylan ; et nonseulement il s'y maintient depuis l'établissement du bouddhisme , mais il paraît avoir fait de grands progrès dans ces derniers temps. Les temples des dieux sont appelés deivalésy et les prêtres qui les desservent kapurals. Les temples où sont adorés les mauvais esprits sont désignés par le nom de
CoviUà's, etc. Au total, (kylan présente tous les symptômes de la décadence morale et intellectuelle, et de la désorganisation politique , au moment où les Anglais achèvent d'établir dans cette Ile magnifique leur domination , désormais incontestée. Aux Anglais donc est échu le devoir de travailler sans relâche à la régénération de la race singhalaise, dégradée depuis tant de siècles par l'ignorance et le fanatisme. Espérons qu'enfin celte noble mission sera comprise et dignement remplie.
Le dalâda, ou dent de Bouddha. — Cette relique était le palladium du pays ; le salut de l'empire était attaché à sa conservation. Ceux qui la possédaient avaient une influence toute-puissante sur les populations; aussi a-t-onvu, dans la partie historique, que les conquérants de l'Ile s'en sont emparés à diverses époques , et que les indigènes l'ont toujours reprise aussitôt que la fortune de la guerre leur redevenait favorable.
Les annalistes rapportent qu'elle avait été extraite de la bouche de Gautama- Buddha avant que ses restes mortels eussent été entièrement consumés par les flammes, et qu'elle avait le pouvoir d'accomplir toutes sortes de prodiges.
Son exhibition était toujours accompagnée de cérémonies dont la magnificence imprimait la vénération dans l'esprit de ces peuples superstitieux.
Fêtes. — Les fêtes publiques étaient des processions en l'honneur des dieux.
La présence du roi à ces solennités et la pompe extraordinaire qui y était déployée gravaient profondément les traditions religieuses dans l'esprit des populations. Elles avaient lieu périodiquement. Dans ces occasions les grandes injustices étaient redressées : le roi révoquait ou réintégrait les magistrats civils, selon qu'ils avaient mérité ou démérité dans I exercice de leurs fonctions.
Gouvernement. — La monarchie absolue paraît avoir été la seule forme de
gouvernement qui pût maintenir un orre durable parmi la plupart des populations asiatiques. — A Ceylan nul n'était qualifié pour le trône s'il n'était de la caste des radjahs et de la race solaire ; des individus appartenant à la Goewansé n'ont jamais été élus au trône qu'exceptionnellement et par l'effet de circons-
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tances extraordinaires, qui ne pouvaient être considérées comme un précédent.
L'origine assignée au pouvoir royal par les Singhalais est la même que celle qui lui est attribuée par les Européens. 1 À chute de l'homme, ou son passage d'un état immortel de pureté et de bonheur à un état mortel de perversité et de souffrance, a donné naissance au vice, à l'injustice et au crime. Pour mettre un frein à l'oppression, pour régler les prétentions exagérées des individus, il fallut des lois, et une force publique pour les faire exécuter.
Le premier chef du pouvoir exécutif, Mahasammata, ou * le grand élu », fut institué en couséquence : telle fut l'origine de la caste suprême ou royale , que l'on voulut faire remonter aux souverains bouddhistes de l'Inde, y compris la famille de Gautama-Bouddha.
Dans le principe ce magistrat suprême était avec le peuple sur le pied d'une parfaite égalité , l'utilité publique ayant été l'unique motif de l'institution.
Le trône était considéré, au moins théoriquement, comme héréditaire dans la caste solaire, et la loi de primogéniture était généralement observée. Quand une question de salut public forçait a y déroger, l'adigaar était chargé de désigner la personne royale , et son choix était soumis à la sanction des chefs et du peuple. Les quatre derniers rois qui montèrent sur le trône du Kandi furent élus de cette manière , et les personnes choisies étaient des princes du sang royal.
Les droits du monarque étaient, à beaucoup d'égards , excessifs : il était reconnu seigneur et propriétaire du sol ; seul il taxait le peuple, et contraignait à l'acquittement des corvées ; toutes les fonctions publiques étaient à sa disposition; tous les honneurs . comme tous les pouvoirs, émanaient de lui, et n'étaient distribués que sous son bon plaisir. Cependant il était tenu à l'observance rigoureuse de certaines coutumes nationales et à des règles écrites , dont la violation entraînait pour le peuple le droit de s'insurger en masse et de le détrôner.
Dans leurs relations avec le monarque les chefs et les courtisans étaient soumis a un cérémonial et à des for-
mules d'étiquette à la fois principes et conséquences de ce servilisme dégradant qui caractérise les mœurs orientales. De même les cérémonies des funérailles royales et de l'intronisation affectaient une pompe et des formes mystérieuses calculées pour imprimer dans les populations des sentimeuts de vénération et de terreur.
Bien que la religion de Bouddha prescrivit la monogamie, le roi pouvait épouser autant de femmes qu'il lui plaisait, à la coudition qu'elles fussent de la caste royale; en conséquence, les rois de Kandi' avaient à les choisir dans la péninsule indienne. Quoique longue, fatigante et dispendieuse, la cérémonie du mariage était vivement désirée, parce qu'elle était accompagnée de fêtes et de réjouissances, pendant lesquelles un échange mutuel de familiarités était encouragé entre le prince et ses chefs et les formes de l'étiquettede cour étaient suspendues.
Les monarques kandiens gardaient devant les étrangers une réserve et une dignité cérémonieuse et splendide propres à inspirer une haute idée de leur puissance et de leurs richesses. Dans tes présentations oflicielles les ambassadeurs, comme les chefs indigènes, étaient soumis à un cérémonial humiliant, dont les Européens ne peuvent se faire aucune idée exacte, et qu'il faut lire dans le protocole original.
Foacfcs militaires. — La force du royaume consistait dans son inaccessibilité naturelle et dans la ruse plutôt que dans le courage de ses défenseurs; il n'y avait ni forts ni châteaux, mais le pays eutier de Kandi Ouda se composait de montagnes ou de collines si escarpées, qu'elles étaient comme des forteresses inexpugnables. Dans leurs guerres les Singhalais déployaient peu de valeur, bien qu'ils accomplirent beaucoup d'exploits notables comme stratagèmes. Ils faisaient une guerre de partisans pour épuiser l'ennemi, mais ne l'attaquaient jamais en rase ftaBipagOfl Ils ne hasardaient jamais une bataille qu'ils n'eussent pour eux toutes les chances ; par ce système de conduite et par la connaissance qu'ils avaient des habitudes des Européens, ils réussirent fréquemment a rcpousM-r Ici attaques des Portugais et des Hollandais.
C'était la politique de la cour de séparer la milice du peuple, autant que possible, eu temps de troubles. Il n'y avait ni général en chef ni ordres écrits; les commandements indépendants donnaient naissance à des divisions et à des denouciations mutuelles qui permettaient au roi d'exercer une surveillance active sur toutes les parties de la force militaire.
l"O\CT10.\> AIHKS; DIVISIONS TB&-
iu i ouialks, etc. — Les adigaars (ou adikârams) étaient des ministres d'État, qui avaient contrôle et autorité sur les chefs et le peuple. Ces hauts dignitaires étaient dans l'origine au nombre de quatre. Ce nombre fut réduit à un seul, jusqu'au temps de Radjah-Singha (1600), oui créa un second adigaar.
Dans la plupart des cas le roi gouvernait et régnait; quand il manquait d'énergie, les attributions royales étaient déléguées au premier adigaar. Ce ministre devenait alors l'arbitre du sort de son maître, et à l'occasion déposait le mannequin couronné, et prenait sa place. Le dernier roi de Kandi créa jusqu'à trois adigaars, afin de diminuer riiiûuence de ces grands officiers. Les adigaars avaient le commandement des troupes dans les districts placés sous leur autorité immédiate. L'un d'eux accompagnait le roi dans ses tournées, tandis que l'autre restait chargé du gouvernement de la capitale.
Après les adigaars le dignitaire du rang le plus élevé était le gadjanayakanilamé ( littéralement : « le chef des éléphants » ), dont les fonctions repondaient à celles de graud maréchal du palais.
Venaient ensuite les désapa lis, dessauves ou dissaves. Ces chefs de grand district ou province (appelés en conséquence dissavenies) avaient nonseulement l'autorité militaire et la surveillance de l'administration de la justice dans leurs lieutenances, mais l'inspection des comptes des revenus publics et des collecteurs de taxes. Dans les temps de commotions civiles, ou de guerre avec l'étranger, les dissaves se rendaient souvent indépendants de la couronne, et exerçaient toutes les prérogatives de la souveraineté dans leurs districts respectifs. Mais sous le gouver-