‹ Jarvis l'honnête homme, drame en deux actesChapitre 11 sur 48 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

>*me souviens pas de ce qui est arrivé... ce que je sais , c’est que ces trois misérables ont pris la fuite. Alors, pauvre enfant , elle m’a reconnu... elle a prononcé mon nom... et elle s’est évanouie dans mes bras.

MARGUERITE

Je crois qu’elle revient à elle ?

11ARRY.

Comment l’aviez- vous laissée sortir, dame Marguerite? M. Jarvis était donc absent? où est-il ?

Silence !

CORDELIA, revenant à elle.

Oh ! mon Dieu!

HARRY

Cordclia !

CORDELIA

Harry!.. où suis-je?

IIARRY.

Chez voire père... et auprès de moi. Ne craignez plus.

CORDELIA

Ah ! vous voilà donc?., combien je désirais vous voir!..

IIARRY.

Je me suis mis en route dès que la santé de mon oncle me l’a permis.

MARGUERITE

Chère et imprudente demoiselle, comment avez-vous osé sortir , toute seule, et par cette nuit!

HARnv.

Vous n’avez pas craint d’inquiéter votre père ?

CORDELIA

Mon père ! mon père!., mais, Harry, vous ne savez doue rien ?

IIARRY.

J’arrive.

CORDELIA

Il y a trois semaines qu’il est arrêté.

HARRY

Votre père !

CORDELIA

Il y a trois semaines, entendez-vous cela, M. Harry , trois semaines que je ne l’ai vu , que je suis sans nouvelles de lui , que je ne sais s’il est vivant, s’il est malade, s’il est mort. Ab! vous comprenez tout ce que j’ai souffert , vous qui vivez depuis trois ans avec le père et avec la fille, et qui avez pu mesurer dans toute son étendue l’aflection qui les unit l’un à l’autre ! trois semaines sans voir mon père, moi, qui jusque-là , ne l’avais pas quitté un seul jour ! ce que j’ai versé de pleurs , ce que j’ai essuyé d’affronts , ce que j’ai fait de démarches vaines pour obtenir des geôliers de mon père la permission de le voir , ne fùt-ce qu’une minute, de lui parler, ne fùl-oc que pour lui dire adieu, il est inutile que je vous l’apprenne... pleurs, prières, démarches, rien n’a réussi '.celle nuit encore, cette nuit, j’élais décidée à la passer à genoux sur le seuil de la Tour. Ma persévérance aurait touché peut-être quelques-uns de ces- cœurs de fer.... je pleurais, je priais depuis une heure, quand trois jeunes seigneurs sont passés... que m’ont ils dit? je l’ai oublié, mais ils.

J A R VIS

m'entraînaient , les lâches , et sans vous , sans votre courage... te l’a-l-il dit, Marguerite, t'at-il dit que je lui dois la vie et l'honneur?

MARGUERITE

Il a défendu son bien , Mademoiselle.

Il AKRY.

Malheureuse Angleterre! quand finira tout ceci?.. Votre père est arrêté, lui, le meilleur, le plus juste des hommes! au fait, je le lui avais prédit : les indignes Anglais qui nous gouvernent ne devaient lui pardonner ni son attachement à la religion réformée, qui est la satire de leur apostasie , ni sa popularité , qui , dans un jour de tumulte, pourrait faire un drapeau de son nom !... mais enfin , on n'a pas pu l’arrêter comme coupable de trop de vertu!., quel prétexte ont-ils pris?., que lui reprochent-ils?..

CORDELI A.

De n’avoir pas fait une tache ineffaçable à sa réputation d'homme de bien. Vous avez vu souvent à la maison sir Frédéric Burdett, un des vieux amis de mon père ?

U AUBY.

Oui.

CORDELI A.

Eh bien! un sentiment de fidélité mal entendue l’avait fait entrer dans le parti de ce pauvre duc de Momnoulh, le lils naturel du feu Roi. Sir Frédéric a une fille, une de mes amies d’enfance. Prévoyant que l'expédition du duc ne réussirait pas, il écrivit à mon père, lui fit part du complot dans lequel il allait entrer, et lui recommanda sa fille dans le cas où il la laisserait orpheline ; mon père brûla cette lettre , mais il y répondit , cette réponse fatale a été trouvée dans les bagages de sir Burdett, après la malheureuse affaire de Sedge-Moor , où le duc de Monmouth a été fait prisonnier et où sir Burdett a perdu la vie. La réponse de mon père ne contient que ces .wules paroles : « Sois tranquille , Burdett, ta fille sera la mienne.» Mais, dans les jours où nous sommes, en fallait-il davantage pour que mon père fût arrêté ?

nVRRY.

Ah! Mademoiselle! Mademoiselle! je comprends; on l’accuse de n’avoir pas révélé le. complot dont il avait connaissance?

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