SCÈNE VU
JARVIS, puis GODWIN.
jarvis, seul.
Que cela fait de bien de pleurer !.. pourquoi donc est-ce que j’éprouve une émotion si douce quand j’entends cet air-là... (il essaie de se le rappeler.) Pourquoi ne me le chante t-on pas plus souvent... ah! je sais... c’est que ma fille n’est pta là... autrefois, elle me le chantait tous les jours; aussi, dans ce temps-là, J'elais heureux, je marcha» le front levé et je pouvais regarder le ciel !.. maintenant mon front est si lourd qu'il retombe sans cesse, lourd... lourd...
(Il laisse tomber son front sur si main.) *
'GODWIN, ouvrant une porte latérale, cl s’adressant à son conducteur.)
Merci, mon ami, merci, veuillez acceptez cette couronne pour h peine que je tous ai donnée. (Il entre.) Pardieu, M. Van Chier, vous avez là nn suppléant d’une intelligence rare... Tiens, ce n'est pas notre dortenr... il faut que le diable s'en mêle , pas une figure suspecte... tous fous, véritablement tons... je croyais cependant être an moins sur les traces de l’un des trois; allons il tant y renoncer... ah ça! mais, quel est donc cet homme , qui ne fait pas plus attention à moi que si je n'étais pas entré... peut-être quelque pensionnaire de Van Claer.
(S'approchant de tut.) Monsieur...
JARVIS, levant ta tête et le regardant.
Monsieur...
(Il retombe dans sa rêverie.)
GODWIN
En voilà tin qui n’esl pas rattsenr; pardon.
Monsieur, mais je voulais tous demander...
JARVIS, parlant vite.
L’heure qu'il est? il est dix heures , il est dis heures. Il est dix heures.
conwiN.
Ah! ah!... savez-vous où je pourrais retrouver M. Van Claer?
JARVIS
Van Claer, Van Claer, je connais ce nom-là... un médecin, n’est-cc pas?
oonwitf.
Sans doute.
jarvis. parlant toujours très vite.
Il est en Angleterre , je me souviens parfaitement , c'est le médecin du roi Charles.
Je ne me trompais pas, la tète est dérangée... oui. Monsieur, l'ancien médecin du roi Charles II , mais le roi Charles II pst mort.
itnvis.
Ah!
GOniriN.
Vous ne le saviez pas?
JARVIS
Non.
Gomvrv.
Eh bien! je vous l’apprends.
JARVIS
Comment nomme-t-on le roi, alors?
co ow tx , prêt a sortir.
On le nomme Jacques.
JARVtS.
Oh ! oui , je me rappelle... un roi qui a des prisons el des échafauds.
GODWIN , a part, revenant.
Ccci devient suspect.
JARVIS
Van Claer n’est pas le médecin d’un pareil roi...
GODWIN
Vous avez raison, Van Cher a quitté l’Angleterre. Van Claer est en Hollande, et nous sommes chez lui...
JARVTS*
Ah ! ali ! nous sommes chez lui... je voudrais lui parler alors.
GODWIN
• C’est comme moi,,, car je Je cherche.
JARVIS
GODWIN
Jimi.
Kli bien? chercUons-le ensemble...
GODWIN
Non . attendons-le plutôt ici.
JAnvis.
C'est que je voulais le voir tout de suite , j'ai quelque chose d'important à lui dire.
godwin.
Qu'ost-cc que c’est V
jarvis.
l'n de mes amis qui est fou , et qui va se lier h la parole d'un homme...
GODWIN
Mais pourquoi voulez-vous qu'il ne se Gc pas h la parole de cet homme ?
JARVIS
Parce que cet homme le trompera. Il pleure , cet homme , U dit qu'il veut revoir sa ülle , ne croyez pas à ses larmes... fermez la porte . fermez la porte... si vous le laissez sortir, il ne rentrera pas.,, c’est un traître ! un parjure ! ah! ah ! mon Dieu ! (Il retombe la trie sur ta table.)
GODWIN
C'est f trnnge! que diable est-ce que c'est que cet homme... un fou, assurément... Pourquoi uc m'en a-t-on pas parié?.. Monsieur... (Lui frappant sur l'épaule.) Monsieur.
JARVIS
Ah! c’est loi ma vieille Marguerite... eh bien, as-tu préjiaré le souper !..
COUVAIN.
Non , il n'est pas qnest...
JARVIS
Non? et pourquoi?., tu dis qu'il est venu un agent de JcB'ries, qui a fait des perquisitions, qui a pris tous les papiers , reçus, correspondances, factures... est-il possible!., mais s’ils ont pris mes factures, c'est fait de moi !.. je suis perdu !.. je suis déshonoré...
GOUWIN.
Eh bien, mon cher, écrivez, réclamez vos papiers et on vous les rendra.
JAUV1S
Croyez- vous? donnez-moi une plume et de l'encre.
UODWIN.
En voilà. Signez la réclamation, de votre nom, et je ne doute pas qu’on n’y fasse droit.
JARVIS
Donnez, donnez. (Il écrit) A qui fant-ii que je m'adresse?
GODWIN
Au rai.
JARVIS
Sire, faites-moi rendre... (ücontluue tombas.) C'est fini.
GOUWIN.
Et maintenant, signez.
jtnvts.
Il faut que je signe ?
GODWIN
Sans doute.
JAnvis.
De mon vrai nom, ou de mon faut nom.
GODWIN
De votre vrai nom.
Tenez,,, judas,,,
Judas!..
JARVIS
C'est mon vrai nom.
GODWIN
Judas! Vous êtes Anglais, n'est-ce pas?
JAI1VIS
Je ne suis plus d'aucun pays,
GODWIN
Comment, vous reniez voire pays?
JARVIS
Non ! c’est mon pays qui me renie.
GODWIN
Mais si vous pouviez y rentrer?
JARVIS
Impossible.
GODWIN
Qui vous en empêche.
JARVIS
Lui.
uonwiN.
Qui , lui ?
JARVIS
Le spectre... il est là... sur le rivage... il me menace du doigt.. Tenez , tenez... ne le voyezvous pas?..
GODWIN
Si fait, je le vois; mais pourquoi vous en veut-il?..
JARVIS
A moi?., pourquoi il m’en veut ? Mais vous ne savez donc pas que c'est moi qui suis cause de sa mort? vous u'assistiez pas à ses derniers momens ?
GODWIN
Non.
JARVIS
Alors, vous étiez le seul ; car Londres entière était venue à son supplice... II y avait foule aui fenêtres, foule sur les toits, foule sur la place I C'est une chose si belle et si rare , que de voir un juste mourir !
(Cordelia parait à la porte, effrayée et écoulant.)
GODWIN
Ah ! ah ! voilà que cela se débrouillé.
(U tire son agenda de sa poche.)
JARVIS
Avant le moment fatal , il se mit à genoux, pria tout bas, puis il demanda à parler.
Que voulait-il dire ?
JARVIS
Il voulait accuser, à la face de Londres, celui qui l’avait amené là... U voulait lui rendre la honte en échange de la mort... c'est bien pis , la honte !
GODWIN
El que dit-il, alors?
JARVIS
Ce qu’il dit., écoutez : Anglais, je meurs pour m'étre fié à la parole d'an lâche. . . que mon sang retombe sur la tète de ce misérable...
commua, s'avançant et se montrant tout-à-coup.
Mou père !
JARVIS, Jetant un cri terrible.
Ah!
codwin , à part,
i Ççst lui, ç'esUarvis.