‹ Java, Siam, CantonChapitre 14 sur 16 · II · texte numérisé non relu

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4M JAVA. MAIf. CANTON.

neni même pas moralemeiit tant de mères eetipables. — Sous cette pénible impression se termine notre journée d*excursion, et, en devisant sur ces tristes choses » nous passons la soirée à écrire tons trois près du feu d'un aimable homme. If. Hancock.

A Canton, il n*y a rien qui ressemble à un h6lel, à un caravansérai » à un gite public quelconque pour le voyageur Les négociants européens logent les touristes qui leur sont adressés, et le Gouvemetir de Hong-Kong a bien voulu nous recommander à celuiHci. Il est en général tout seul dans son a bungalow n , passant ses matinées à étudier des centaines de thés différents ; car il est « Tea-taster y> *(dégttstateur de thés) pour la maison Gibb , et il nous montre son laboratoire, où chaque pincée du végétal précieux est , par poids égaux , répartie dans des eaux à différents degrés de chaleur, et où chaque décoction de thé, provenant de plantations diverses, est humée par lui en gorgées sérieuses, puis minutieusement et savamment classifiée. De Tappréciation de notre hôte dépendent Tachât de milliers de caisses et le bénéfice de plusieurs millions pour Gibb-Gibb and C\

Après le bruit de la journée, nous n'entendons plus dans notre paisible demeure* que le choc sourd de deux bâtons frappés Tun contre l'autre parle veilleur de nuit de notre hôte. Sha-Myen, Tîlot où

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Mais quittous la ville des morts; le. soleil va se coucher; pour revenir à notre demeure., il. nous fout encore traverser la ville des vivants, dont les portes ferment le soir, et il ne serait pas tentant de découcher de ce côté-ci. Nous revenons donc par le tombeau d'un Ming, général tartare qui a subr jugué Canton, il y a quelques siècles, et dont la dépouille est gardée par des. lions , des chameaux , et àes guerriers sculptés dans le granit.

Soudain, tandis que nous pressons le pas^ dans les sentiers boueux et déserts qui longent les murs en terre d'un petit village presque en ruine , nous voyons à trois pas, dans des herbes abattues par la gelée, un petit panier en nattes, cousu à son orifice; quelque chose semble remuer dedans ; la natte molle se soulève, puis retombe; avec un couteau nous entr' ouvrons le tissu grossier, et nous trouvons un pauvre petit être nu, bleu et glacé de froid , âgé peut-être de vingt-quatre heures : à peine rendu à la lumière du jour, il vagit plaintivement ; au bout d'un instant, d'autres cris lui répondent , ils s'échap*peut d'un buisson voisin, et un autre enfant s'y débat aussi contre la mort. Celui-ci a sans doute été jeté par-dessus le mur, car il semble fracturé, et sur un espace de cinq cents mètres , le long de ce sentier, nous comptons bientôt sept moribonds, âgés de quelques heures seulement; les uns sont atteints de la lèpre , les autres sont presque entière-

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ment gelés ; on d*eax a on coup de coatean dans lé côté! Je ne puis vous dire combien noire cœur se soulève de pitié, de douleur et de colère à la vue de ces enfants qui gisent là tellement meurtris on gelés, que rien ne saurait les rendre à la vie. Sept, en moins d*un quart de lieue , n*est-ce pas le spectacle le plus affreux et le plus navrant? Pour notre pre« mier jour en Chine, le hasard nous fait voir on exemple de la plus affreuse des cruautés ; cherchant encore au milieu des immondices , nous ne pouvons découvrir un seul de ces pelits êtres qu*on puisse espérer de sauver : ici le sang coule, là le froid a glacé ces membres frêles , plus loin Tenfimi empoisonné vomit en râlant ; mais les tàm*tams des* fortifiacations nous avertissent qu*il faut courir, pour ne pas trouver notre retraite coupée; et, p<M*tant dans le cœur la plus poignante des tristesses, nous hâtons notre marche, et au bout d'une heure nous arrivons à Sha-Myen , concession européenne.

Certes, je Tavoue bien franchement et je prie les Missions de me le pardonner, je n*avais jamais voulu croire à Texposition des petits Chinois! Je me disais que puisque les bêtes féroces soignent leurs petits, il ne devait pas y avoir de pays où IV bandon des enfants fût devenu une coutume. Qu'il y ait des crimes isolés, des infanticides comme dans certains quartiers de nos capitales, c'était, pensais-je, là, commechex pous , une triste conséquence des c(h

lèrès OU des misères humaines; a* était, selon moi et selon mon ignorance , pure question de cour d'assises chinoise , exploitée en Europe et exagérée par les correspondances qui nous parvenaient et qui étaient encore amplifiées dans chaque paroisse.

Ah! maintenant que j*ai vu la plaie comme Thomas, je suis convaincu et je m'incline! Je verrai toute ma vie ces sept enfants jetés aux gémonies, à la porte de la première ville chinoise que nous visitons, ces sept enfants que nous fait découvrir, riotre première promenade au hasard dans la campagne de Canton. Je ne m'étonne plus désormais du chiffre de vingt ou vingt-cinq mille auquel les An-nèles de la Propagation de la Foi portent , si je m'en souviens bien, le nombre des enfants exposés par an dans les grands centres chinois.

De ces tristes chiffres et de ce qu'il nous a suffi d'une heure pour voir aujourd'hui , que pouvonsnous conclure, sinon que l'exposition est bien véritablement une coutume nationale, et que l'abandon des enfants, qu'il commence par la vente ou finisse, par le meurtre, ne révolte pas le moins du monde un bon nombre de mères chinoises, qui ont évidemment un caillou à la place du cœur ? Il nous reste à chercher jusqu'où cet usage, — puisque c'en est un ! — porte en soi l'impunité aux yeux des Chinois, et nous saurons assurément si les mandarins ferment les yeux sur ce point ou s'ils ne condam-

nent même pftB moralement tant de mères coupables. — Sous cette pénible impression se termine notre journée d'excursion , et^ en devisant sur ces tristes choses » nous passons la soirée à écrire tous trois près du feu d'un aimable homme, M. Hancock.

A Canton» il n'y a rien qui ressemble à un hOIel, à un caravanséraî , à un gîte public qneleonque pour le voyageur Les négociants européens logent les touristes qui leur sont adressés, et le Gouverneur de Hong-Kong a bien voulu nous recommander à celui-ci. Il est en général tout seul dans son « bungalow m , passant ses matinées à étudier des centaines de thés différents; car il est « Tea-taster v *(dégustateur de thés) pour la maison Gibb , et il nous montre son laboratoire, où chaque pincée du végétal précieux est , par poids égaux , répartie daus des eaux à différents degrés de chaleur, et où chaque décoction de thé, provenant de plantations diverses, est humée par lui en gorgées sérieuses, puis minutieusement et savamment classifiée. De l'appréciation de notre hôte dépendent l'achat de milliers de caisses et le bénéfice de plusieurs millions pour Gibb-Gibb and O.

Après le bruit de la journée, nous n'entendons plus dans notre paisible demeure* que le choc sourd de deux bâtons frappés l'un contre l'autre parle veilleur de nuit de notre hôte. Sha-Myen, l'ilotoù

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nous logeons, étail encore, il y a dix ans, un banc \

de boues, couvert & marée haute, rendez-vous des .

pélicans, des corps morts apportés par le courant, et de toutes les infections imaginables. Après la . prise de Canton en 1857, les négociants désirant ardemment reprendre un commerce jadis si florissant, se désolèrent de ne trouver que des ruines à la place des factoreries , et voulurent les reconstruire. Mais les plénipotentiaires alliés préférèrent convertir ce banc en une île artificielle, et des quais de granit furent construits, pour encadrer ovalement la concession, qui mesure deux mille buit cent cinquante pieds de long sur neuf cent cinquante de large : le tout coûta 325,000 dollars, dont un cinquième fut payé par la France et quatre autres par TAngleterre. Le 3 septembre 1861, les lots farent mis en vente, et les négociants anglais y portèrent tant d'entrain, que les lots — dé douze mille pieds carrés seulement — montèrent jusqu'à 9,000 dollars. En six ans, il y a déjà là une petite bourgade anglaise, une église protestante, un u criquet ground » , un terrain d'entraînement pour les courses, des villas spacieuses et des ttgodowns» magnifiques pour les grandes maisons théifères de la Chine. Un sentier sépare le territoire britannique du territoire français. — Sur le nôtre, il y a des touffes d'arbres incultes, des ordures, des chiens errants^ des chats, des taupes, mais pas une maison!

4S8 JAVA. 81AM. QANTON.

Pour nous , heureux d*avoir trou? é un gite , nous avons à remercier aussi ceux qui nous ont accom* pagnes aujourd'hui : le matin, c'a été le consul anglais; à midi, dans Tintérieur de la ville, le docteur Grey, et ensuite, dans la campagne, If. Hantok. Le docteur Grey, qui connaît à fond la Chine, avait, il y a deux ans, servi de guide ici à Son Altesse Royale Monseigneur le Duc de Brabant. A Hong- Kong, comme ici , tons sont sous le charme <[e ce Prince, qui a été le premier voyageur d'un sang royal pénétrant jusqu'à PEmpire du Milieu. Hs nous disent avec quelle ardeur, quelle instruction et quelle affabilité, il cherchait sur sa route tout ce qui passionne les âmes généreuses. Il espérait pousser plus avant ses pas investigateurs , quand de tristes messages sur la santé du Roi Léopold P' le rappelèrent soudain dans sa patrie, où, rapportant les fruits fécondés par la comparaison des peuples lointains, il devait , après avoir accompli un grand voyage , commencer un grand règne.

16 février 1867. — Reprenant nos excursions, et guidés par un domestique chinois, qui n'a d'autre mission que de nous ramener à Sha-Myen, dès que nous prononcerons ce nom, nous parcourons le centre de la cité, qui est un vrai labyrinthe. Pourtant de longues artères droites^ étudiées d'avance sur le plan de la ville, nous servent de point de re-

père : ce soat les rues de « k DroUure immaculée» (le J)ôttIeTard Haussmann de Canton), de a TÉfernâtle Pureté » (qui correspondrait au boulevard de la Madeleine), de k la Bienfaisance et de T Amour det Peuples » (boulevard de Sébastopol) I Bref, les nofiis les plus emphatiques de sentences morales et absiraîtes ont été donnés par les Chinois à leurs saleiS" corridors dallés, et il est amusant de voiries inscriptions qu'ont placées au-dessous, pendant Toccofmtion alliée , les loustics gaulois ou irlandais : l€s voies chinoises du a Savoir clairvoyant 9, de a la Virginité raisônnée » , de « TAmour » et de tt TEspérance n , ont été rebaptisées : « Impasse de rOpéfa-Comique , rues de la Mère-Michel , du Sergent-^lsidore et des Pig-tails ! » •

Mais la gaieté passe vite dès que nous entrons dans les cours des prisons : là, dans des cages de bambou de quelques mètres carrés, sont entassés des centaines de misérables ! Presque nus , grelottants , enfoncés jusqu'à mi-jambe dans une boue fétide, portant sur leur figure et sur leur corps la pâleur de la faim, des meurtrissures et des plaies, ils attendent en fourrière le sabre du bourreau! Les uns se jettent sur les sapèques que nous leur donnons à travers les barreaux de leur bouge ; tandis que d'autres, grimpant et se contournant, tendent fébrilement les bras, semblables à des bétes fauves qui se débattent dans leur cellule et qui meurent de f^iim, Tout à coté est

la pagode des tortures, où sont rangés, par gradation dans la dotileur, les instruments les pins afireax. La a cangue » et les a lattes n pour fouette^r jusqu'aa sang, sont des douceurs en comparaison des petits appareils qae je vais vous citer. — Cinq baguettes de bois, longues de vingt centimètres, sont intercalées entre les doigts de chaque main et de chaque pied, puis solidement liées de chaque côté , de telle sorte qu'elles compriment fortement les phalanges. On met Faccusé à genoux, et on Tattache à un pieu; puis, avec des cordes de quelques mètres, on tire par coups saccadés sur les baguettes : ainsi, chaque fois, les phalanges, qui craquent, sont douloureusement distendues et presque arrachées. — Ici, une simple corde passée datis une poulie, élève au-dessus de terre un malheureux suspendu seulement par un pied et une main , tandis que la tète et le reste du corps resteniballants. — Là, on fait entrer le prévenu dans une cage , et on lui lie les mains derrière le* dos : la partie supérieure de la cage se compose de deux planches munies de pointes de fer qui, en se rapprochant, serrent le cou du patient sans laisser glisser sa tète : on élève ces planches de telle sorte que rhomme ue soit pas pendu, s'il se tient sur Textrémité des orteils des pieds. Dès que ces orteils crispés fléchissent, il reste accroché par la gorge et macéré par les piquants; il lui faut donc sautiller sans cesse, alternant pour point d'appui contre le bout

extrême des pieds et les os maxillaires! — Puis viennent les pinces pour arracher les ongles et les yenx; — les étrilles à dix lames de rasoir pour ratisser la peau et la fendre jusqu'à un demi-centimètre de profondeur ; — les bouteilles à huile , comme celles de nos mécaniciens, pour verser dans ces fentes de Thuile bouillante; — le pal, sur lequel on fait tourner un homme comme une toupie ; — en on mot plus de cent appareils plus raffinés les uns que les autres, et destinés à extorquer les confessions des prévenus. Bien souvent ceux-ci meurent au bout de douze heures de souffrance ! Dès qu'ils avouent, Ils sont condamnés; le dilemme devient pléonasme, et la mort y trouve son compte toutes les fois que la torture n'est pas exploitée par les bourreaux en extorsions pécuniaires. Le patient agonisant fait alors apporter par les siens tout l'argent qu'il possède; et, si les inquisiteurs se déclarent satisfaits, il est libéré! Cette pagode des tortures m'a inspiré un tel dégoût et m'a tellement bouleversé , que je ne puis la détailler davantage! Je ne crois pas qu'il y ait au monde quelque chose de plus atroce que la cruauté judiciaire du Céleste Empire, et je me suis senti incapable d'affronter plus d'un instant une pareille officine de douleurs et d'agonies. Deux grandes galeries donnent sur ce temple, et contiennent une douzaine de divinités réputées propices aux patients : à grand'peine nous nous frayons un passage entre

des milliers d'adorateurs brûlant des cierges et de l'encens , offrant à leurs idoles des poulets et des porcs, afin que leurs parents qui se tordent à cette même heure sous les coups , sur les pointes de fer, ou entre les pinces des interrogateurs, échappent à la mort!

Nous nous arrachons vite à ce quartier maudit, et nous gagnons la ville hante , où nous savons que sont situées les Missions étrangères. Là, dans une mo^ deste cabane de planches presque en ruine, nous sommes reçus par Monseigneur Guillemin, évéque de Canton. Le vénérable prélat a les traits de saint Vincent de Paul , et sa parole française pleine de douceur et d'onction nous va droit au cœur. Accompagné da Père Guérin, qui a perdu la santé à évangéliser dans les terres malsaines de l'intérieur, du Père Bernon, qui a été soldat avant d'être apôtre et qui a encore tout le cachet entraînant de notre armée, Monseigneur Guillemin nous montre les fondements de la cathédrale qu'il construit et qui sera le plus beau monument chrétien de la Chine. Quel contraste entre l'humble et misérable demeure du serviteur de Dieu, et le temple sacré qu'il élève ; entre la croix de charité et remplacement arraché à la barbarie! C'est ici même, en effet, qu'étaient les palais du fameux gouverneur Yëh ! La mémoire exécrée de cet homme cruel qui a fait couper tant de têtes, et qui s'esicomplu dans le despotisme le plus sanguinaire, sera ef-

facée ici par les bienfaits des missions consolatrices des affligés, et protectrices de ceux qui souffrent.

C'est le 25 janvier 1861 que le vice-roi Laou céda à perpétuité ce lieu à Mgr Guillemin pgur le culte caliiolique. Cet espace de deux cent quatrevingts mètres de long sur cente trente de large est entouré de murs : c'est la citadelle sainte d'où rayonnent les missionnaires qui vont porter le bien dans les provinces du Kwang-Tong et du Kwang-Si. Mais les fonds ont manqué pour faire encore de ce terrain de ruines le centre de bienfaisance tel que le rêve la Mission.

Pourtant il y a déjà là le remède à bien des douleurs ! Mgr Guillemin , nous menant à droite au fond de son enclos, nous ouvre la porte d'une maison carrée : nous entrons dans une vaste salle que garde une Sœur de charité, et nous ne comprenons point au premier abord ce que signifient une vingtaine de sortes d'auges de bois, sur lesquelles sont étendues des couvertures grossières et de couleur foncée. La Sœur soulève celles-ci, et que voyons-nous? plus de deux cent cinquante petits enfants rangés là, les uns ù côté des autres : c'est la récolte de la semaine I Si quelques-uns semblent vivaces , la plupart sont livides : douze ou quinze se meurent déjà, quatre viennent de mourir! Et aussitôt, devant nous, ces corps inanimés sont enlevés à leurs frères d'infortune : le cœur se serre quand on voit ainsi côte à

côte ces enfants parmi lesquels la mort se hâte de faire des vides. Pauvres petits anges qui râlent en commençant à vivre, et qui vivraient si leurs infâmes parents ne les avaient jetés par le froid sur les chemins et contre des cailloux! Bien plus, on nous dit que les Chinois leur font boire quelque liqueur forte avant de les offrir à la charité publique, et c'est là la cause de tant de morts!

Chaque matin les Chinoises chrétiennes élevées par les Sœurs partent avec une hotte, et, a chiffonnières d'enfants w , elles vont par les ruelles, dans les faubourgs, près des buissons, des murailles, des terrains déserts , et elles rapportent les pauvres petits êtres qu'elles trouvent les moins meurtris. Dans le principe, les Chinois vendaient avec complaisance les enfants qui leur semblaient superflus; puis ils ont renoncé à cette coutume, agacés de voir élever par d'autres ceux dont ils devaient avoir charge. Mais on nous fait une remarque curieuse : en moyenne, sur cent enfants exposés, il y a quatrevingt-dix filles et dix garçons seulement.

Avec plus de ressources pour payer des « chercheuses d'enfants » , pour élever ceux qu'elles trouvent, et surtout pour augmenter le nombre des Sœurg de France , on recueillerait ici des centaines d'enfants par jour ! Car « Texposition » étend, comme une taché d'huile, ses tristes ravages. Par pauvreté surtout, par apathie souvent, par une mo*

raie faussée toujours, les familles les plus régulières et les plus légitimes, mais qui s'estiment déjà assez nombreus^es, se débarrassent ainsi, dès les premières heures, des nouveau -nés qu'elles trouvent de trop !

En dehors de l'impression douloureuse qu'inspirent ces quelques sauvés du grand naufrage, rien n'est plus extraordinaire que cette coutume dans ses écarts, pour celui qui la considère de sangfroid. Ainsi, dans le Kong-Tcheou, avant les derniers ravages des rebelles , il était presque inouï de voir des enfants exposés. On les tuait dans l'intérieur de la famille, me dit le. Père Guérin, mais on ne les jetait pas sur les chemins ou dans les champs. A Canton même, certains quartiers ne donnent aucune recrue à la crèche, d'autres ne cessent de l'approvisionner.

0 la belle et touchante œuvre que celle des Crèches chrétiennes en Chine! Maintenant que j'en puis parler de visu, je voudrais faire voir à ceux qui nient « l'exposition des petits Chinois « , la modeste demeure qu'a bâtie Mgr Guillemin, — ces auges remplies d'enfants apportés en une semaine , ces quatre Sœurs françaises occupées nuit et jour à les soigner, — ces salles où sont entassés ceux de l'année dernière et d'il y a deux ans , — ces groupes d'enfants de trois à quatre ans qui jouent dans la cour, — r enfin ces écoles d'orphelins et d'orphelines

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adultes qui ont grandi sons Taile des Missions et qui leur doivent la vie et Tinstruction.

Mais, au seuil de cet enclos, où Yêh dressait des listes de cent hommes à décapiter par nuit, il y a maintenant un a registre d'entrée », tenu par rÉvéque français pour tous les enfants chinois qu'il cherche à rappeler à la vie , et voici un chiffre plus fort que mes humbles paroles et qui marque la réception des douze derniers mois :

4,883 enfants ont été en un an trouvés abandonnés, ont été recueillis, baptisés et soignés ici. Cette recherche a coûté 4,245 francs, ce qui fait 87 centimes par tête (la valeur d'une livre de laine en Australie!). Le personnel employé à Tintérieur de la crèche se compose de 4 Sœurs françaises, de 15 Sœurs chinoises, de 30 orphelines et de 7 domestiques. Avec Tentretien et la réparation de la maison, Tensemble des dépenses de ce chapitre n*est monté qu'à 14,534 francs.

Pour une somme à peu près égale , l'Évêque entretient l'orphelinat des garçons, où cent jeunes Chinois sont instruits, logés et nourris, et où sont hébergés de plus une vingtaine d'autres dont il paye l'apprentissage. Ces garçons se marient ensuite, et prennent pour femmes les pauvres filles recueillies comme ils l'ont été eux-mêmes; ils s'installent aux environs de l'église, et grossissent ainsi peu à peu le noyau d'une population laborieuse et honnête, ai-

mant l'Europe qui lui a envoyé des bienfaiteurs, aimant ses enfants qu'elle « n'exposera w jamais!

Tel est le bi'lan de Tœuvre charitable dont il nous est donné de voir les moindres détails. L'œuvre est en enfance» il est vrai , car les sommes allouées ne suffisent guère. Avec trois ou quatre feux d'artifice de moins dans nos fêtes publiques, que de milliers d'existences on pourrait sauver ici! Ajoutez-y les trente-six écoles réparties dans la province, où quatre cents enfants sont élevés, cinq petits orphelinats qui entretiennent une centaine d'enfants (le tout coûtant environ onze mille francs), et vous saurez à peine la vingtième partie du bien que font en Chine les Missions étrangères !

M février 1867. — Notre dimanche a commencé, comme si nous étions en France , par la bénédiction latine de l^Ëvéque à l'autel ; mais il a bien fini en Chine par les clameurs de plusieurs centaines d'enfants qui criaient derrière nous : a Fan-qwai ! fan-qwai ! (diables et chiens d'Occident) » .

S'il y a environ dix-huit mille chrétiens dans toute la province, il y en a deux mille à Canton. Nous trouvons ces derniers agenouillés en plein air sur le sol, tout autour de la cabane de feuilles sèches qui sert de chapelle provisoire. Puis l'Evêque, qui aime déjà tendrement le Prince, nous garde au repas de midi , avec neuf ipissionpaires de3 yilla^es

environnants. C'est un petit coin de la France : à nos pieds, un canon donné par Taraîral Jaurès rappelle les temps de guerre; mais aujourd'hui c'est de la conquête pacifique faite par le christianisme qu'il s'agit seulement. Que les heures nous parais-

' sent douces au milieu de tant*de cœurs amis, et que de curieuses et intéressantes aventures chacun nous raconte! Si j'ai été attristé depuis Singapour en

. voyant à quel point le commerce français est pauvre dans l'extrême Orient, et combien le pavillon tricolore n'y apparaît que rara avis in terris, l'impression générale que je ressens est moins désespérée et plus consolante aujourd'hui. Oui, c'est vrai : l'Angleterre, la reine des mers, est la dominatrice matérielle des empires asiatiques par son commerce colossal ; elle y importe ses cotonnades et elle en exporte pour des milliards les thés et les soies ; mais la France est le pays des idées , et elle les importe par ses missionnaires jusque dans les régions les plus inconnues de la Chine. Cette force morale, vivifiante et inépuisable, relevée par la pureté et la pauvreté de ses agents , illustrée par des martyrs et corroborée par la foi , setondons-la de tout notre cœur!

Les rapports des missionnaires avec lés mandarins varient beaucoup suivant les lieux et les circonstances : ici l'intelligence est parfaite; là les prêtres sont odieusement persécutés , moins en eux-

mômes, ce qu'ils préféreraient, que dans la personne de leurs ouailles.

Mais de tels obstacles n'arrêtent pas l'œuvre chrétienne, à laquelle il répugnerait de s'imposer, et qui se maintient dans cet admirable rôle : — recueillir les orphelins dont personne ne veut , sauver les enfants jetés sur les routes et soigner les malades qui l'implorent! L'étendue immense des districts fait du missionnaire un pèlerin dont l'allure ordinaire est la marche forcée : appislé sans cesse à quinze et vingt lieues , il s'y rend en hâte , couchant souvent sur la dure et plus souvent encore insulté : ses chapelles disséminées sont des buttes de bambou. Mais il sape la polygamie, il fait tomber la coutume barbare « des petits pieds » , il forme des cœurs honnêtes, et se fait, le front haut, auprès des mandarins et jusqu'à la cour de Pékin , l'avocat des malheureux injusiement opprimés. Pour subvenir à tant de labeurs , il touche cent vingt piastres (600 francs) par an, et je ne vous étonnerai pas en vous disant que les appointements de TEvèque de Canton (1,200 francs) réunis à ceux de tous ses missionnaires sont inférieurs au traitement minimum du dernier des dix ou quinze ministres protestants envoyés par les sociétés bibliques, et qui, dans leurs belles villas, vivent très - confortablement sans ennuis et sans troupeau. Aussi, depuis notre arrivée en Chine, n'avons-nous pas trouvé un

seul négociant anglais qui ne déplorât la stagnation lucrative de ses ministres, et qui n'admirât nos missionnaires pauvres, mais écoutés, hardis soldats de leur foi , abordant avec la fougue française les remparts d'une barbarie séculaire : ce sont les zouaves du clergé militant.

Quant à nous, la nuit vint presque nous surprendre dans cette atmosphère pure et française, bien faite pour réchauflor les cœurs qui commencent à souffrir

du mal du pays Mais nous rentrons au logis,

pensant qu'au bout d'un an nous reverrons la terre natale, et que nos courageux hôtes de ce matin y ont, par force d'âme, renoncé presque tous pour la vie!

Dans notre rentrée vers Sha-Myen , nous sommes bientôt arrêtés net au beau milieu de la a rue de l'Amour » . Une foule au trot, venant en face de nous, nous heurte d'une façon sauvage, et force nous est de chercher refuge dans une boutique remplie de poissons puants et d'œufs conservés dans de Tacide urique. Nous voyons alors défiler devant nous le plus baroque des cortèges : une vingtaine d'hommes niontés sur des poneys zébrés cheminent les uns derrière les autres, criant « Hou-ouh, tou-ouh! » (circulez, circulez!); et comme la ruelle n'a qu'un mètre et demi de large, il nous faut être lestes pour que les chevaux n'appuient pas leurs fers sur nos crteils. Ces cavaliers majestueux portent d'une main une pique, et de l'autre agitent leur longue (jueuç

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de cheveux pour fouetter leurs montures (ici, la queue sert à tout, à battre les chiens, les femmes et les chevaux, et à monter au ciel !) — L'escadron, égrené comme un chapelet, escalade ou descend à l'aventure les marches glissantes qui relient les différents niveaux d'une rue chinoise. Viennent, à la file, des licteurs en rouge , portant des fouets, des haches, des sabres et des chaînes; ce sont les bourreaux de Canton, compagnons indispensables de Tauforité locale. Puis une foule confuse de deux cents porte-étendards s'échelonne sous nos yeux : mendiants en guenilles, hideux de saleté et de lèpre, i's ont, pour l'occasion, revêtu la livrée gouvernementale, qui se compose de loques voyantes. Rien ne fait mieux voir qu'un cortège de mandarin, combien en Chine les dignités et la vermine, la magnificence et la misère marchent côte à côte ; comment des gamins, vagabonds à midi, sont licteurs à quatre heures, et coucheront demi-nus le soir sur un tas de fumier! Enfin passent une douzaine de chaises à huit porteurs, palanquins fermés auxquels un petit canreau seulement donne du jour. La face ronde et grasse du Gouverneur du Kwang-Tong s'y colle pour nous considérer d'un œil farouche, et les dix-sept officiers de sa suite, portant la moustache à la tartare, se laissent plus ouvertement voir au peuple dans leurs robes enluminées, brodées d'or et d'argent. Nous trouvons poli de saluer ces messieurs, mais

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leur figure impassible nous prouve que les Européens ne leur sont guère sympathiques ; ils se souviennent trop que nous aivons lancé quelques boulets dans leurs pagodes il y a dix ans; après tout, ils auraient raison de nous appeler des Barbares, si nous ne cherchions pas une autre manière de les

civiliser.

En opposition aux faces féroces des bourreaux de Sa Seigneurie, à Fimmonde troupeau des acolytes de louage et à la majesté de décadence du cortège vice-royal , les coquettes « Filles du Ciel v aux joues rosées, à lacoifiFure mastiquée, aux colliers de jade, se penchent toutes à leurs fenêtres ; la « rue de FAmour » offre à cette heure un vrai ensemble de paravent chinois : sentences peintes en écarlate^ mandarins en riches costumes , mendiants qui hurlent, chevaux sur des escaliers, femmes peintes ^ palanquins et boutiques bariolés , tout s'y confond dans les plus vives couleurs d'une palette de potiche !

Ce quartier pourtant n'a pas toujours joui d'und aussi bruyante gaieté : dans une rue voisine qui a peut-être quatre cents mètres de long et qui est fermée à chaque extrémité par des portes, deux de nos soldats français avaient été tués en plein midi et en pleine rue pendant Toccupation alliée. Aussitôt que le commandant apprit ce crime, il n hésita pas, fit fermer les portes de la rue , et y lança deux compagnies avec Tordre de tout tuer, excepté les femmes

et les enfants. Cet exemple nécessaire a arrêté désormais les meurtres, continuels jusqu'alors, et nous voyons par nous-niêmes « qu'en ouvrant Toeib) on peut circuler en sûreté à Canton. Aussi le Prince s'est-il hâté hier soir de refuser la gardé de vingt matelots portugais mis à sa disposition par le commandant du Principe Carlos, Nous avons à notre suite un cortège de deux cents gamins moqueurs et harcelants , mais ils sont surtout curieux; et, somme toute, ils me rendent au centuple le désagrément que j*ai dû causer dans mon enfance à quelque marchand chinois égaré à Paris en le dévorant des yeux et en le suivant pas à pas.

18 février 1867. — Nous cherchons à faire quelques achats, ayant pour guide l'aimable Père Chouzy; grâce à lui nous découvrons que le domestique chinois qui nous avait servi d'interprète jusqu'alors, prenait contre nous les intérêts des marchands et leur disait : & Demandez-leur dix fois plus; ils ne savent pas les prix et ils payeront. » Du reste , s'il y a surabondance de marchandises dans les boutiques, ce n'est guère que du « moderne » . Le « vieux chine y) est payé par les Chinois bien plus cher que par nos amateurs, et les seules belles choses que nous trouvions sont dans la rue de « l'Éternelle Pureté » , chez .un brocanteur qui les extrait de caisses arrivées d'Amsterdam. Quelquesunes ne sont pas encore ouvertes , et il y aura sans

doute quelque Européen qui fera faire à leur con* tenu une seconde fois le voyage d'Europe !

Suivant les indications de notre boussole (car ici nous naviguons à pied) , nous explorons TEst de la ville, et nous passons par une grande place carrée d'où s'élèvent les plus malsaines odeurs. Là, nous buttons contre quelques cadavres de lépreux; bientôt une cinquantaine de ces pauvres êtres, soulevant chacun la natte qui le couvre , nous tendent les mains sans pouvoir se lever sur leur séant. Quand ils se sentent à bout de forces, ils viennent là, se blottissent les uns contre les autres et attendent la mort avec résignation. Dans cette cité misérable, où personne de sain n'ose mettre les pieds, et où nous nous sommes égarés, les lépreux eux-mêmes font leur police. Nous en voyons trois ou quatre, encore valides quoique chancelants, arracher leurs confrères morts des nattes pourries qui leur ont servi de maison, puis de linceul; ils les tirent par un pied jusqu'au quai, comme un chien qu'on va jeter à l'eau; et, pour eux aussi, le fleuve devient un cimetière !

Comme ici tout est contraste, nous arrivons rapidement à un quartier riche ; reçus poliment dans quelques magasins , nous nous rendons compte de l'habillement des. familles aisées. A mesure que l'automne et l'hiver s'avancent, les Chinois endossent casaquins sur casaquins et cuissardF. sur

cuissards : ils n'ont point de feu dans leurs salons, et ne se déshabillent pas pour se coucher; semblables à des oignons, ils ont quinze et TiAgl pelures au fort de rhiver, et ils se maintiennent ainsi, sous des couches d'ouate superposées, dans une douce chaleur... et exhalent une odeur que je m'abstiens de qualifier. Au printemps, la pelisse est remise dans l'armoire, les casaquins diminuent en raison inverse du thermomètre, et l'habillement resté six mois prisonnier est rendu à la lumière du jour. Quel peuple de chrysalides !

11 semble donc que Peau ne leur est pas sympathique! Mais s'ils ne s'en servent pas pour se laver, je leur rends cette justice qu'ils savent l'employer habilement pour en faire des horloges. Depuis des siècles, Canton a eu la spécialité d'un appareil hydraulique, des plus simples, qui se compose de quatre jattes de cuivre placées sur des gradins, de telle sorte que le niveau supérieur de l'une arrive au niveau inférieur de l'autre ; l'eau en tombant goutte à goutte y indique vingt-quatre heures par un flotteur qui correspond à une échelle graduée.

Nous finissons notre journée par le champ des exécutions, où un apprenti coupeur de têtes, trèsfamilier et très-jovial, veut à toute force me donner une poignée de main; puis nous passons par « le mont de Vénus » , près duquel sont les salles d'examçn. Des deqx côtés d'une avenue de trois cents

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mètres de long, sont disposées à angle droit neuf mille deux cent trente huit niches carrées, dans chacune desquelles un homme a juste la place pour s*asseoir. Cest là que pendant huit jours on enferme, tous les trois ans , les candidats aux grands examens. La composition est écrite, et de ce concours sortent les bacheliers, licenciés, docteurs, mandarms, lettrés et officiers supérieurs de TEmpire du Milieu. Dans le dialecte supérieur (obligé pour ce Concours), il y a trente-deux mille caractères ! Tout le mérite, paraît-il, est dans la calligraphie. Une commission de dix mandarins, sous la préaidence du ministre de l'instruction publique , examine les copies et récompense la plus belle main.

Cest bien là le cachet, le symbole, le type de Tesprit et de la civilisation des Chinois. Assurément ils ont une intelligence des plus étendues, et d'admirables aptitudes : ils ont le génie du commerce, et poussent l'entente de la vie matérielle à une perfection qui nous étonne souvent. Il faut le dire, ils étaient civilisés, ils avaient la boussole, la poudre, les tissus, Timprimerie, quand nos pères mangeaient des glands dans les forêts de la Gaule, se couvraient de peaux de bêtes sauvages et faisaient la guerre avec des flèches ; mais on sent que cette'dvilisation, coulée dans un même moule, s'y est figée depuis longtemps.

En matière politique, ils ont eu leur 1789 bien

des siècles avant nous : Taristocratie de naissance a cédé à la libre compétition des places par des examens publics. Quand le dernier coulie peut, s'il s'adonne à des travaux littéraires, parvenir au bouton de mandarin, comment se fait-il pourtant que les fonctionnaires issus des ébncours libres deviennent les despotes les plus impitoyables , les plus vénaux et les plus injustes , maltraitant cette plèbe dont ils faisaient partie hier ?

De même dans les temples, cela fait froid à voir! En dépit du nombre des adorateurs, la routine grossière, la cupidité des bonzes, vous diront que la pensée est absente, et que la matière seule est enjeu.

Le Chinois n'a pas de religion, il n'a qu'un culte, celui de ses intérêts, et, par suite, une superstition et une adoration aveugles envers les génies qui passent pour présider à la fortune.

Et dans toutes leurs œuvres , s'il y a quelquefois perfection, il n'y a jamais étincelle ! Tout est là : ici ils sculptent et vénèrent des cercueils, mais là ils tuent sans scrupule des nouveau-nés ! Ils cherchent le mérite dans la calligraphie , et non dans la pensée! Comment les idées peuvent-elles progresser dans un pays, quand il faut toute la vie d'un homme supérieur pour acquérir la connaissance de l'alphabet? Il en résulte que les quatre-vingt-dix-neuf centièmes de la population de la Chine ignorent la moitié des caractères qui expriment les idées, et qu'ils ne com-

prennent pas le langage de ceux qui s'instruisent pour eux-mêmes et non pour enseigner! Les grands lettrés passent leur vie un pinceau à la main , s'essayant à tracer avec élégance, sur une brique poreuse, de pieuses sentences inintelligibles pour le commun du peuple, et qui , éclatantes d'or au fond des pagodes, ne parlent pas à Fàme de leurs adorateurs. Leur littérature n*est plus qu'un coup de pinceau; et le Chinois, si avancé dans les progrès matériels, demeure fatalement immobile dans le champ des idées!

FFX DU TOME DïîlXIPMK,

jEE Ecliteiir Dressée par A?^'iiillcmin Géo^aphe.

Tropio[xie

du CarLcer

Pages

I. Une semaine a Batavia. — Berceaux de feuillage ombrageant les rues et les canaux. — \jn hôtel javanais.

— Brillantes couleurs des costumes. — La vie élégante dès quatre heures du matin. — Une odalisque. — Les villas des nababs. — Miasmes vénéneux et meurtriers. . 1

II. Chasses aux crocodiles et aux RuiNocéRos. — Une pirogue renversée par un crocodile. — Voyage dans Fintérieur. — Tous les Indigènes accroupis devant les Blancs. — Singes aimables. — Un Prince javanais et ses bayadères. — Sa tribu nous rabat les rhinocéros. — Ses trois canards favoris "23

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