PARIS
HE\^RI PLOV, IMPRIMEUR-ÉDITICUR
RUE GARANCIKRK, lO
UNE SEMAINE il BATAVIA.
fierceaux de feuillage ombrageant les rues et les canaux. — Du hôtel javanais. — Brillantes couleurs des costumes. — La vie élégante dès quatre heures du matin. — Une odalisque. ^ Les villas des nababs. — Miasmes vénéneux et meurtriers.
Batavia, 10 novembre 1866. — - Les derniers habitants que nous avions salués en Australie étaient des Cannibales à la peau noire et aux dards empoisonnés : les premiers qui nous reçoivent sur le sol de Java sont des douaniers de Hollande, pâles et blonds, vêtus de brillants uniformes et munis d'énormes trousseaux de clefs. En ouvrant nos malles sans merci et en les bouleversant de fond en comble , ils rendent moins brusque pour nous la transition entre les sauvages et les civilisés. Sous Timmense hangar de la douane , plus de quatre cents porteurs couleur chocolat, aux bustes nus, aux ceintures écarlate et aux turbans verts/ s*arrachent nos bagages et les emportent en courant.
Je suis encore d'un regard tout inquiet certain car- II 1
ton à chapeau auquel se cramponnent furieusemeni seize a coulies * » suspendus en grappe, hurlant de toutes leurs forces et s'égarant dans la foule.
Nous montons deux par deux dans de charmantes petites voitures ouvertes qui semblent dès Tabord s^offrir ici à profusion , le prestige des Européens exigeant qu'ils ne circulent jamais à pied. Chacune est attelée de poneys lilliputiens, vrais chiens de Terre-Neuve, provenant de Tile de Timor : leur crinière est rasée, leur petite tète est espiègle; ils nous entraînent ventre à terre ! Les cochers bizarres qui les harcèlent de la voix et du fouet sont des Malais couverts de chapeaux à raies rouges et dorées, sortes de cloches à melons gigantesques qui le9 ombragent tout entiers.
C'est çiinsi que nous traversons au galop la vieille ville de Batavia, bâtie sur les boues malsaines du bord de la mer : il n'y a là que les habitations des Indigènes et bon nombre d'anciens comptoirs , dont les pignons de style antique rappellent les construc*tions hollandaises des siècles passés, et contrastent singulièrement avec la luxuriante verdure de la végétation tropicale. Dans ces ruelles apparaissent beaucoup de Chinois à la démarche arrogante , riches a dandys r> du Céleste-Empire , le front rasé et la queue si bien tressée qu'elle excite toujours
^ Porteurs iadiens* ..
VfiiE SEMAINE A BATAVIA. 3
Tenvie d'y donner un coup de sonnette : un Malais les abrite du soleil sous un immense parasol bleu ciel.
Pendant plus de trois quarts d'heure nous passons ainsi par les spectacles les plus nouveaux ; nous longeons des canaux où se baignent des groupes de trente à quarante Malaises, troublées tout à coup dans leurs ébats par une pirogue surchargée de fruits et poussée silencieusement grâce aux efforts élastiques de langoureuses pagaies. — Voici un escadron de cavaliers indigènes qui passent au trot à l'anglaise : leurs sabres , aussi hauts que le cheval , traînent à terre ; leurs longues piques touchent les panaches des cocotiers : Malais couleur de pain d'épice, à la lèvre pendante , déguisés en militaires européens, mais pieds nus, ik sont munis de magnifiques éperons faits pour bottes àl'écuyère. — Là , de nombreux marchands ambulants , ornés de tt langoutis * » aux couleurs les plus voyantes , courent les rues de ce pas trotté qui est particulier aux ludiens : ils gesticulent, apostrophent les passants, et rient de grand cœur. C'est la foule la plus étourdissante, la plus pittoresque, la plus enjouée que j'aie jamais vue : il me faudrait des heures pour vous en décrire les mille couleurs, les types incroyables , l'animation criarde et mimique.
1 Ceinture étroite nouée autour des reins.
L'auteur et l'éditeur déclarent réserver leurs droits de traduction et de reproduction à l'étranger.
Cet ouvrage a été déposé au ministère de Tintéricur (section de la librairie )f en décembre 1869.
PARIS. TYPOGRAPKIB DB HK.VRI PLO.V, IMPRIUKUR DE L EUPKRtXR.
RUE GARAN'GIÈRE, 8^
YAGE AllTOllR DU MONDE