II A VAN T- PROPOS
avaient été élevés dans cet honneur du négoce que notre bourgeoisie ne mellait au-dessous d'aucun autre honneur, parce qu'elle connaissait sa susceptibilité. C'était une éducation vraiment libérale. Aux convoitises de l'égoïsme, elle donnait pour limite le respectable intérêt d'autrui. En ce temps-là, le crédit d'un négociant avait pour première assise sa valeur morale. L'estime qu'elle lui méritait dépassait les frontières d'un pays, d'un continent. A une époque où les communications étaient difïîciles, toujours lentes, une bonne renommée de probité procurait, au delà des mers, les « correspondants » qui faisaient la fortune d'un négociant. C'étaient des amis sûrs. On se reposait sur leur solidité. On entendait qu'ils tirassent d'une affaire un gain légitime. On jugeait que ces ménagements étaient profitables aux deuK parties : ils assuraient la stabilité des comptoirs ; puis, après trente années de travail, ils donnaient l'aisance modeste, dont on se contentait en ce temps-là. C'était affaire aux fils de ces honnêtes gens d'entretenir, par les mêmes procédés, le lustre du nom paternel. Les continuateurs d'une raison sociale estimaient des relations nombreuses et anciennes comme le meilleur de leur héritage.
» Je crois bien que ces mœurs auraient duré autant que nous si les colonies et l'Amérique n'avaient pas produit une génération spontanée de gens