‹ Je deviens colon; moeurs algériennesChapitre 6 sur 28 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

goisse, je n'ai entendu en moi cette voix qui parle à certaines heures et dit à l'honnête homme dans la peine :

» — Qu'importe... tu as fait ton devoir.

» C'est à toi, mon cher ami, que je parle de « conscience ». Voilà un mot que je n'aurais pas osé prononcer, hier encore, dans le milieu où je vivais. Les spéculateurs parlent non de leur conscience mais de leur « estomac ».

» Ils disent :

» — Un Tel a de l'estomac... Un Tel n'en a pas.

» Ils entendent par là qu'Un Tel peut suspendre ses payements, s'enrichir dans une banqueroute légale sans perdre l'appétit. Et l'on considère cette faculté comme une supériorité enviable.

» Le ciel ne me l'a pas octroyée. Six années de spéculation mont si profondément atteint dans le goût de vivre, que j'ai décidé de sortir de la bagarre. Il en est temps : mon expérience ne me coûte pas encore trop cher.

» Voici comment je la formule : il y a décidément deux variétés d'hommes : l'égoïste, qui vit de l'heure ; le familial, héritier d'une tradition qu'il veut transmettre. La vie d'un joueur n'est pas faite pour ce consciencieux que je suis. Elle impose le sacrifice de toutes les joies du foyer sans même assurer pour le lendemain le bien-être matériel. Elle

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