VIII AYANT-PROPOS
avec sa femme et ses enfants. H m'a invité à lui rendre visite dès que les neiges seraient fondues. Je me suis mis en route avec plaisir, c'est de chez lui que je t'écris.
» Imagine-toi une plaine, en cette saison très verdoyante; des montagnes la cernent de trois côtés, le quatrième, par où une rivière s'enfuit, incline vers la mer. Sur le sommet des montagnes, do la neige pendant quatre mois de l'année ; dans la plaine, des bois d'oliviers, des terres fécondes où Hesbert a planté cinquante hectares de vigne.
» II est arrivé dans celte vallée il y a onze ans, robuste, énergique, garçon, riche surtout d'espérances. Et les débuts ont été durs. Il fallait tout créer. En quittant Fabri de planches où il logeait avec un compagnon, Hesbert installait lui-même son pot-au-feu sur des souches. Plus d'une fois, au retour, il trouva sa soupe évaporée et la viande desséchée au fond de la marmite. Aujourd'hui, sa ferme lui rapporte, bon an, mal an, de vingt-cinq à Ironie mille francs. H emploie constamment une douzaine de Kabyles, iniHtairement disciplinés. Le matin, on fait l'appel des hommes, on distribue le travail. Jusqu'à onze heures, on monte à cheval pour visiter les ouvriers à leur besogne et les bêles au pâturage. On apporte au repas un robuste appétit. La journée passe dans les mêmes surveillances, dans