SCÈNE VII
SOPHIE
Moi, non ?
DIDIËK.
A ta place, je dirais : Au contraire ! Tu sais , c'est aussi une phrase reçue, quand quelqu'un vous marche siu" le pied et vous demande s^il ne vous a pas lait de mal. Voyons, qu^estce que tu as ?
SOPHIE
Rien,je n'ai rien.
DIDIER, l'imilaut.
Rien.... je n^ai rien. Mais si tu, as quelque chose. Allons , conte-moi ça bien vite!... (ii s'assied sur le sofa.)
SOPHIE
Mais je vous assure que...
Vous^ Oh! oh! ça se gâte!... Sophie, te souviens-tu d'une vieille maison, rueSaint-Germain-rÂuxerrois, au premier... en venant du ciel?... une espèce de pigeonnier?... Te rappelles-tu deux mansardes, très- étroites, mais... très-delal)rëes?dans l'une roucoulait une jeune fille, devant un clavecin, auquel il manquait des dents; dans l'autre s'épanouissait un grand garçon, dont le mobiler se composait d'un chevalet vermoulu. Les deux voisins devinrent amis, une bonne et franche amitié, rien de plus ! on ne se chauffait pas tous les jours ; on ne dînait pas... très- régulièrement ; on ne se faisait pas de cadeaux, et pour cause; mais on se comblait de conseils réciproques. La chanteuse disait au peintre : Je crois que ce ciel est trop bas! et le peintre disait à la chanteuse : Je crois que ce sol est trop haut!... Ah! ton ciel est bien bas! ah! ton sol est bien haut! làdessus on se disputait, on se chamaillait!... Puis, la chanteuse baissait son sol, le peintre haussait son ciel; et l'on allait se coucher, chacun chez soi, c'est-à-dire rêver gloire, bravos et fortune! La jemie fille, c'était toi, Sophie; le peintre, c'était moi. La vieille maison est toujours debout, est-ce que notre amitié se serait écroulée?
SOPHIE
Mon ami !
Didier.
Air : C'est un lanla.
Alors, un peu de courage !
A raconter son ennui, Bien souvent on le soulage ; Fais-en l'épreuve aujourd'hui ; Dis tes peines à ton frère.
Et tu vas les oublier, Comme aux jours de la misère, Comme au bon temps du pigeonnier ! '
SOPHIE
Mon Dieu ! mon ami, je ne demande pas mieux, mais je n'ose pas ; car, en vérité, c'est bête comme tout !
DIDIER
Va donc ! va donc !
SOPHIE
Eh bien, voici ce que c'est : aujourd'hui, j'ai reçu des présents à rendre la reine jalouse.
DIDIER
Après ?
SOPHIE
Toute la noblesse, toutes les gloires de la France sont venues s'inscrire à ma porte...
DIDIER
Jusqu'à présent, je ne vois pas trop...
SOPHIE
Mais personne n'a voulu dîner avec moi ; personne, Didier, pas même l'homme à qui j'ai tout sacritié; pas même ma fille de chambre... enfin, personne !... Ils dînent tous en famille; moi, je n'en ai plus, de famille; mais, je croyais avoir, sinon des amis, du moins des esclaves soumis et dévoués... Je m'étais trompée ; je ne me savais pas si seule, et cela m'a fendu le cœur. Tu vois bien que ça n'a pas le sens commun.
DIDIER
Mais si; je comprends ça, moi!... Il y a parfois de certains coups d'épingle qui vous font des trous larges comme la main. Tu n'avais jamais pensé à cette déception-là et le coup t'a étourdie... ma pauvre Sophie ! ça prouve que tu as du cœur, voilà tout... et c'est un article assez rare chez les gens d'esprit.
SOPHIE
Mon bon Didier!... (Mooiram la labie). Je n'ose pas te prier de..