SCÈNE IV
SOPHIE; LE PRINCE, (il entre en riant et se jette dans un fauteuil I droite du sofa au milieu du théâtre.)
SOPHIE
Qu'est-ce donc, cher prince? (u nt pim fort.) Ah ça, êtes-vous fou?...
LE PRINCE
Pardon, chère enfant, c'est que... (u rit de plus belle.)
SOPHIE
Me direz-vous le sujet de cette prodigieuse gaieté... et du bruit que j'entends sous mes fenêtres?
Ce sont vosétrennes que je vous apporte... ou plutôt que je vous amène...
SOPHIE
Comment?
LE PRINCE
Voici ce que c’e6t... Vos chevaux commençaient à dater, et je viens de les remplacer par six chevaux anglais, tout ce que l'on peut rêver de plus lin, de plus pur et de plus vif.
SOPHIE
Cela ne m’explique pas vos éclats de rire et le bruit que...
LE PRINCE
Attendez donc... Comme il n'y avait pas de place pour mon... cadeau dans vos écuries, j’ai donné la clef des champs à vos pensionnaires ; ils se sont éparpillés dans la rue, et si vous aviez vu la stupéfaction et la frayeur des passants... c’était à se tordre!...
SOPHIE, riant auui.
Comment, vous avez lâché mes chevaux?
LE PRINCE
Ah! ils faisaient une bien drôle de mine, allez! ils avaient l'air de se dire: «Qu’est-ce que ça signifie?... comment, on nous fait sortir sans harnais? sans une voiture à nos flancs? sans une selle sur le dos?... Ah ça! on nous met donc «à la porte?... Mais quel est notre crime?... Ne sommes-nous pas de bons normands, hauts de garrot, robustes des reins, fermes des jarrets? n’avons-nous pas toujours traîné notre Sophie en coursiers rapides et prudents?... Et voilà comment elle en use avec nous... c’est une infamie!... » Ma foi! ce discours m’a ému... j’ai fait rentrer les six normands à l’écurie; les six anglais se sont un peu séri és, et à l’heure qu’il est, ils sont les meilleurs amis du monde. D’où je conclus que nos ministres s ont de mauvais prophètes, que la bataille d’Azineourt est oubliée...
SOPHIE
Et que la France et l'Angleterre finiront par s’entendre.
• LE PRINCE; se levant»
Maintenant , ma chère Sophie, je vous prie d’agréer mes vœux... et mes chevaux, (u lui baise la main.)
SOPHIE
Décidément, vous êtes le prince Charmant... (Deux domeniques
apportent une table servie, la placent devant la cheminée et sortent.)
LE PRINCE
Comment! déjà l’heure du diner? (u regarde à la pendule.) Oui, ma foi! Ma chère belle, je suis ravi de vous avoir trouvée en santé; je vous renouvelle mes souhaits, je vous baise les mains et je m'en vais.
SOPHIE; le retenant par le bras.
C’est ce qui vous trompe, monsieur... vous ne vous eu allez
pas.
Comment, je ne...
SOPHIE
Non, monsieur.
LE PRINCE
Et pourquoi, s’il vous plait?