‹ Je dine chez ma mere comedie en un acte melee de coupletsChapitre 6 sur 24 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

SOPHIE

Est-ce que tu crois qu’il y ait au monde une femme plus heureuse que moi?

MARION

Oh ! ça, madame, je ne le crois pas.

SOPHIE

C'est si beau, c’est si bon d’ètre artiste ! lorsque l’on réunit l’esprit et la beauté, la jeunesse et le talent! Songe donc... femme, comédienne, savourer tous les triomphes, tous les enivrements de la gloire et du succès ; avoir à ses pieds des ducs, des princes, tout ce que la France a de noble et d’illustre, et faire attendre tous ces beaux seigneurs dans des antichambres, qui peuvent rivaliser avec les salons de leurs palais... un regard, un sourire de moi font la pluie ou le beau temps; mes bons mots font le tour du monde ; et quand, fatiguée de ce noble encens, toujours banal, souvent trompeur, je veux dos bravos sincères, dos bravos qui ne mentent pas! (eiIp se ie*e.) Je m’élance sur mon théâtre, je m’avance devant un public qui a payé à la porte le droit de me dire la vérité. Alors, mon cœur bat de crainte et d’espoir, car ce ne sont pas des courtisans, ceux-là, et s’ils m’applaudissent, quelle victoire I quel triomphe!... c’est que je les ai entraînés, fascinés ! c’est que je les ai fait rire de ma gaieté et pleurer de mes larmes' et ils m’applaudissent souvent, Marion !...

MARION

Ils vous applaudissent toujours, madame...

SOPHIE

Alors, que peut-il me manquer?... Kien!... J’ai beau chercher, je ne vois rien... (pa««ani .'i droue.)* J’ai des diamants comme une reine, de l’or comme une favorite, des grands seigneurs plein mes salons, des clievauv plein mes écuries... Qu’ont-elles donc de plus que moi ces grandes dames qui, d’abord, n’ont pas mon talent?...

MARION

Elles vont chez le roi.

SOPHIE

Si je voulais, le roi viendrait chez moi... Tu vois donc bien, * Marion, Sophie.

HarioUj qu’il ii'y a pas au monde une femme plus heureuse que Sophie Arnould... {euo *• t u feoAtre.) Quel beau temps!... il fait froid! il fait sec ! l'air est vif et gaiUard! on se saat vivre aujourd’hui !... Que de monde dans la rue!...

I^ARION, qni e>l re^Boo^ce ausii.

Ah! c’est le jour de l’an, madvoe-

SOPHIE

Quelle bonne invention que ce jour de l’an! et que la rue fait plaisir à voir!... Ces bons bourgeois qui vont, qui viennent, qui se coudoient, qui s’embrassent... ils ont le nez rouge... à vous donner des engelures!... Us traînent des enfants qui traînent des poupées; c’est un bacchanal de tambours et de trompettes... une avalance de pralines, une orgie de sucre d’orge... Quel bon jour!... (sue eit aeiecndue à droite et pM*o S ftache.)’

Air (It Couder.

Vive le Jour de l’an!

Quel Inalheor, Jour charrasut Des étrennes.

Que aeulement une fois l’an Tu viennes 1

Malgré tes baisers de Judas,

Beau jour de l’an ne t’en va pas Ne t'en vas pas !...

C’est la fête de tout le monde !

On se complimeuto à la ronde,

Joyeux :

Le premier janvier on s'embrasse.

Quitte à se faire la grimace Le deux I Ah 1 ah ! ah I ah !

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