‹ Je dine chez ma mere comedie en un acte melee de coupletsChapitre 8 sur 24 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

SOPHIE

Parce que je vous garde à dîner.

LE PRINCE

Oh! c'est impossible, mon enfant.

SOPHIE

Impossible?

LE PRINCE

Oui; je dine chez ma mère.

SOPHIE

Eh bien, vous allez écrire un mot d’excuse, et Germain le portera.

LE PRINCE

Comme vous arrangez cela !

SO PHIE.

C’est si simple!

LE PRINCE

Mais pas du tout... et la preuve, c’est qu’il faut absolument...

SOPHIE

Pourquoi ?

LE PRINCE

1" janvier!., jour de gala... fête de famille! je vous avouerai franchement que je ne vais chez ma mère que bien rarement; et, si j’y manquais aujourd’hui, on me croirait mort, pour le moins.

SOPHIE

Mais en écrivant...

LE PR I N CE, «’astcyant sur le fofa.

Ah! vous revenez à vos moutons?.. Si vous connaissiez la princesse d’Hennin, vous sauriez que ce n'est pas une personne à qui on envoie un petit mot comme ça. Figurez-vous une grande dame aux lèvres minces, au front sévère, au regard froid, obstinément plongée dans un fauteuil en vieux chèqe. Tout s’est modifié autour d’elle; elle seule n’a pas changé... Elle a conservé les mœurs, lesu>ages, et jusqu’au costume du siècle dernier. A ses yeux, mon frère et moi nous n’avons pas vieilli; nous sommes toujours les deux enfants qu’un gouverneur lui amenait deux fois l’an, le jour de sa fête et le le' janvier... Ce sont les seuls jours où elle nous ait embrassés... (! '

un baiser grave, lentemeût déposé sur le front, le même qu'elle nous donnera dans un quart d'heure ; puis, un dîner de famille, en grande cérémonie, un festin muet et solennel, où ma mère seule rompt par fois le silence, pour nous dire les us et coutumes du grand règne, et comme quoi notre père aida fortement M. de Villarsà b0re les impériaUt.

Aid de mademoUeik Garcin.

Ab ! tout cela n’est pas très-gai, sans doute,

Mais songez-y, voilà bientôt trente ans Qu’au rendez-vous je vais, coûte que coûte.

C’est un devoir consacré pour le temps.

Puis les baisers de ma mère sont rares;

Lorsque celui d’aujourd’hui m’est certain.

Il faut agir, comme avec les avares,

Il ne faut pas remettre au lendemain.

SOPHIE

Pourtant, si vous étiez malade?..

LE PRINCE

11 est certain que si j’étais malade... mais je ne le suis pas.

(il te lève.)

SOPH lE, •« lerant auui 6t lui prenant le bras avec coquetterie.

Eh! bien, supposez que vous l’êtes, et resteal... Oh! restez, je vous en supplie!., vous irez demain, ce soir, chez la princesse d’Henninj elle ne pourra pas vous en vouloir, et vous m’aurez rendue bien heureuse.

LE PRINCE

Mais, mon enfant...

SOPHIE

Oui, c’est un caprice, si vous voulez, un de ces mille caprices dont vous riez souvent, et auxtjuels vous cédez toujours. Voyons, restez, Maurice... vous restez, n est-ce pasj

LE PRINCE

J’en suis désolé) mais vraiment, je ne le puis...

« SOPHIE, tècbenaeot.

Ah!., et moi, qui étais assez sotte pom- croire à votre amour!...

LE PRINCE

Comment, je ne vous aime pas, parce que Je ne puis dîner

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