‹ Je m'accuseChapitre 11 sur 13 · LA CHANSON · texte numérisé non relu

LA CHANSON

DE L* ff ASSASSINÉ BIEN PORTANT »

11 paraît qu' la s'maine dernière Un dreyfusard très connu Comm' le général Brugère A reçu du plomb dans... Vdos.

As-tu vu

Le trou d'balle, le trou d'balle

As-tu vu

Le trou d'balle à Labori.

Toute la gendarmerie Cherch' l'assassin inconnu Qu'a eu cette barbarie De blesser un homme au... dos.

As- tu vu, etc.

A sa terrible blessure

L'avocat a survécu

Quoiqu'ce soit une chose bien dure

Que d'avoir une balle dans le... dos.

As-tu vu, etc.

On court chercher pour l'extraire L'éminent docteur Reclus ; Secondé par un confrère 11 lui fait des fouill's dans... Y dos.

As-tu vu, etc.

M'sicur Doyen à la rescousse Accourt, mais... turlututu Le blessé qu'avait la frousse N'veut pas lui montrer son... dos.

As-tu vu, etc.

Bref, après tant de souffrance, L'avocat est revenu Prendre sa place à l'audience En gardant sa balle dans... I* dos.

A s-tu vu, etc.

11 a fait une bel)' harangue

Son bagout a reparu

Y a rien qui délie la langue

Comm' d'avoir un' balle dans Vdos.

As-tu vu, etc.

Du fond de mon fiord danois, j'entends Jes éclats de rire et la débordante allégresse de dix mille curés de campagnes ou de petites villes, lisant cette ordure à leurs vicaires, en revenant de l'église où ils ont récité, après la communion sous les deux espèces, — et Dieu sait dans quels sentiments! — la douce prière du prêtre :

Corpus tuum, Domine, quod sumpsi, et Sanguis quem potavi, adhereat visceribus meis : et prsesta, ut in me non remaneat scelerum macula, quem pura et sancta refecerunt sacramenta...

11 est inutile, je pense, de rappeler que ces choses charmantes s'écrivent sous 1 ' 1 mage de Notre-Seigneur Crucifié, laquelle, depuis vingt ans, se voit en première page de la Croix, et qu'on est sûr de retrouver dans

tous les cabinets d'aisances publics ou particuliers.

Certains hôtels dits de Missions, à Copenhague et par toute la luthérienne Scandinavie, offrent à leurs clients de petits Nouveaux Testaments, sur des tablettes pieuses, dans ces nécessaires endroits. Mais qu'est-ce que cela, comparé à la permanente profanation — par des fils de saint Augustin — du Signe adorable ?

21. — J 'apprends que Dreyfus a eu sa grâce. 11 a de la chance, celui-là î on peut le dire. Je voudrais bien obtenir la mienne. Là-dessus, M. de Pressensé écrit des phrases dont je me soucie comme un rhinocéros d'une clarinette.

On dit que/peu satisfait d'un dénouement qui ne le réhabilite pas, cet Israélite veut maintenant poursuivre ceux qui l'ont calomnié et persécuté. On ne sortira jamais du dédale de cet honneur.

Si le malheureux était un chrétien et un

vrai homme — j'ai déjà dit quelque chose de semblable — il irait, dès aujourd'hui, dans une solitude volontaire qu'il remplirait de son silence et de sa prière, utilisant ainsi, en vue de la mort, les souffrances peu ordinaires que ses misérables amis appellent si sottement son martyre.

24. — Emile me demande pourquoi je parle si peu de son feuilleton, depuis quelques jours. Que répondre à ce pauvre garçon, sinon que je suis à bout de forces et d'expédients ? Rien à ramasser.

Aujourd'hui, pourtant, il paraît y avoir un semblant de quelque chose. Voyons. 11 y a un vieux comptable idiot, naturellement recommandé par l'auteur qui n'hésite pas à faire de lui la proue du destin. Pourquoi et comment cet inoffensif, devenu féroce, en arrive-t-il à vouloir tout chambarder? Par quel sophisme, d'ailleurs, expliquer, je ne dis pas des passions, mais de simples velléités passionnelles dans une société en mastic

d'où l'apparence même de la vie est exclue et qui s'écaille, chaque jour, sous la main d'un vitrier de misère lequel se croit, au moins, l'égal de Michel-Ange?

En dehors du besoin hystérique de faire durer, s'il était possible, jusqu'à la consommation des siècles, une oeuvre finie avant d'être commencée, je n'imagine aucun moyen d'excuser les surérogatoires aventures que le pitoyable Emile veut coller, par le moyen de je ne sais quel mucus horrible, aux feuilles surabondantes et disloquées d'un impossible roman à tiroirs, déjà en partance pour toutes les boutiques d'épicerie des deux hémisphères.

Mais ne nous égarons pas. J 'ai parlé d'un semblant de quelque chose. Voici : Après la mort du vieux comptable qui crève en tuant je ne sais qui ou je ne sais quoi, on trouve chez lui, sur une table, « ainsi que sur un autel de religieuse offrande » — devant des photographies de sa femme et de sa fille, égorgées, à vingt ans de distance,

par des avorteurs — « plus de cent mille francs en monnaie d'or, d'argent et même de cuivre ».

Depuis un quart de siècle, il ne mangeait plus que du pain rassis et vivait comme un pouilleux, offrant tout ce qu'il gagnait à ces fantômes.

11 est clair que Zola qui appelle ça « un bouquet » et qui ne doit, en effet, se représenter un culte religieux que sous des espèces monétaires, a dû, nécessairement, voler cette histoire à quelque pauvre diable sans défense, et qu'il n'y a rien compris du tout. Elle n'ajoute, il est vrai, absolument rien à son feuilleton qu'un peuplus de trouble et d'obscurité. Mais on entrevoit ce qu'elle aurait pu devenir sous la plume d'un écrivain.

Et maintenant nous voici arrivés au numéro 125 du feuilleton. Cela fait environ sept cents pages, et n'en encore ri a été dit. On a remarqué, dans les dernières années, que ces coïonnades illisibles devenaient de plus en plus longues. On ne sait où cela

s'arrêtera. Dans le cas actuel, dussè-je être écorché vif, je suis forcé de déclarer qu'à cette sept centième page, le roman du Crétin a l'air de commencer seulement. Voilà des gens, très semblables à des bestiaux, qui ont travaillé, forniqué, trente ans, pour bâtir une famille sublime, une famille en granit. On pourrait croire que ça y est. Pas du tout. Ça craque déjà de tous les côtés. Les sept cents pages ne seraient donc qu'une sorte de prologue!...

Ah ! dans ce cas, je lâche tout. 11 y a plus de quatre mois que je me gargarise, chaque matin, avec cet élixir de décrépitude, cette eau de jouvence du sépulcre. C'est trop demander à un pauvre père de famille.

C'est à faire* rendre des tapirs, de toujours lire les mêmes syllabes dénuées de sens, alignées pour faire des semblants de mots toujours prévus et des ombres de phrases absolument identiques : « la foi en la vie... l'espoir en la vie... l'attentat contre la vie... la floraison de bonté, de joie et de

vigueur... » 11 y a un vieux sot très-apprécié qui « achève de vivre dans la gaieté sereine de son espoir en îa vie »!... C'est incroyable ce qu'on peut faire avaler aux hommes de stupidités ou d'ordures, quand on leur apporte l'évangile de l'inexistence de Dieu et du putanat universel !

Un mauvais tour à jouer à Zola serait de lui demander ce qu'il entend par la VIE. Mais, à quoi bon? La réponse ne serait même pas curieuse.

Le pauvre homme qui n'a jamais pris connaissance d'aucun rudiment de philosophie et qui doitcroirequelemot^f étaphysique appartientàunelangueoubliéedel'âgedepierre, s'étonnerait, comme le premier boutiquier venu, qu'on l'interrogeât sur une chose si simple.

Il répondrait avec bonhomie, — en déchirant une nouvelle feuille de papier, — que la vie consiste à gagner de l'argent, à bien manger, à bien dormir, à bien faire l'amour et à bien faire caca. Quelle autre réponse espérer d'un tel cerveau ?

2 5. — Lettre à M™ Alfred Dreyfus par 'Emile Zoïa.

Cinq cents lignes pour dire à cette dame que son mari est un martyr et que lui, Zola, autre martyr, est, de surcroît, un poète. Mais quel martyr et quel poète? Vous allez bien voir.

Cette lettre écrite « malgré le deuil du citoyen, malgré la douleur indignée, la révolte où continuent à s'angoisser (sic) les âmes justes (i) », est adressée « sous la lampe », dans « la maison close (!!!) », à la femme du « martyr », du « crucifié », du « mort ressuscité sorti vivant et libre du tombeau ».

L'expéditeur « n'a vu qu'une chose », c'est qu' « un innocent souffrait », et je vous fiche ma parole qu'il sait ce que c'est d'être innocent et de souffrir ! Alors, naturellement, il a tout fait. t Que de fois, pendant les deux cruelles années, ces deux

(i) li n'a pas osé écrire les âmes des justes.

années de luttes géantes, j'ai désespéré de l'avoir, de le rendre vivant à sa famille!... Affaire de sentiment! Mon Dieu! oui, mon cceur seul était pris ».

Enfin Dieu, le « grand Dieu » si souvent et si pieusement invoqué, a eu la bonté de marcher. « Le supplicié est descendu de sa croix,... le martyr est décloué de sa croix », couvert de « crachats », abreuvé de « fiel et de vinaigre »... et il est venu s'asseoir f sous la lampe familiale (i) » .

Or qu'arrive-t-il ? C'est que ce martyr, ce crucifié qui est bien certainement « le plus innocent des innocents, devant tous les peuples de la terre », ce « héros plus grand que les autres, parce qu'il a plus souffert...???», ce Dreyfus décidément, « passe Dieu ».

Et voici :

« Nous lui élevons un autel dans nos

(i) Cette locution fort usitée, dit-on, chez les marchands de lorgnettes, reparaît plusieurs fois, sans utilité vérifiable. C'est une attention exquise que tout autre qu'Emile eût oubliée.

cœurs, n'ayant à Jui donner rien de plus pur ni de plus précieux »...

Le cœur de Zola! . . . Un autel dans le cœur de Zola !!!

Et maintenant, peuples, écoutez :

C'est au pied de cet autel, et non ailleurs, que se fera l'acquittement triomphal, la réparation éclatante », et que seront vues « toutes les générations a genoux, demandant à la mémoire du supplicié glorieux le pardon du crime de leurs pères ».

Est-ce tout? Non, il y a plus beau.

« Ici, Madame, nous arrivons au sommet. 11 n'est pas de gloire, il n'est pas d'exaltation plus haute... Cet innocent, le voilà devenu le symbole de la solidarité humaine, d'un bout à l'autre de la terre. Lorsque la religion du Christ avait mis quatre siècles à se formuler (?????), à conquérir quelques nations, la religion de l'innocent condamné deux fois à fait, d'un coup, le tour du monde, réunissant dans une immense unanimité, toutes les nations civilisées. Je cherche, au

cours de l'histoire, un pareil mouvement de fraternité universelle et je ne le trouve pas».

C'est comme pour les expressions originales ou les pensées neuves. Le pauvre Emile n'a vraiment pas de chance.

« Pour la première fois, dans les temps, l'humanité entière a eu un cri de libération». On n'a pas encore le toupet d'écrire de rédemption, mais c'est à peine s'il s'en faut d'un petit cheveu.

« Et qu'il soit donc honoré, qu'il soit vénéré, l'homme élu par la souffrance, en qui la communion universelle vient de se faire ».

Eh ! bien, oui, je l'avoue, j'aime encore mieux « le trou d'balle à Labori », c'est moins bête.

Pour ce qui est du « tour du monde », que puis-je faire, équitablement, sinon de m'élancer derrière un lapin d'individu qui m'apprend que la meilleure des religions est celle qui fait le plus vite le tour du monde ?

Ça, par exemple, c'est fort, je suis contraint de l'avouer. Seulement je m'embrouille

un peu. Emile nous avait déjà proposé la religion du travail, puis la religion de la vie. Aujourd'hui, c'est la religion de Dreyfus. Quelle est celle qui va le plus vite ? Quelle est la meilleure marque ? Tout est là. Ah ï que c'est commode et que c'est beau d'avoir affaire à des apôtres qui pensent !

Et maintenant, sans sortir du périmètre lumineux de « la lampe familiale », ne conviendrait-il pas de parler un peu du Poète ?

« C'est nous les Poètes, qui donnons la gloire, et c'est nous encore, Madame, nous, les Poètes, qui clouons les coupables à l'éternel pilori ».

Nous, bien entendu, c'est Zola tout seul. 11 serait dément de supposer que ce pronom personnel implique, par exemple, Urbain Gohier, Cyvoct, Lucien Descaves, ou Mme Paule Mink.

Songez que voici un poète, un vrai, qui travaille d'après nature, depuis « quarante ans », oui, Madame, qui souffre depuis « quarante ans », qui est un martyr lui-même

et qui, par conséquent, a le droit de dire quelque chose, n'est-ce pas ? Eh ! bien, ce poète que les outrages humains ne peuvent atteindre, vous dit que tout va bien et que, d'ailleurs, il est là, LUI, vous entendez bien, Madame, qu'il est là, ne demandant qu'à s'asseoir « sous la lampe familiale » avec le martyr. Ça vous en fera deux, « sous la lampe », dont un poète. Voilà, certes, qui n'est pas banal.

29. — J'ai avoué, il y a quelques jours, que ça ne marchait plus chez l'homme fécond. Eh ! bien, tout à coup, les choses s'arrangent. Pourquoi et comment? On ne Je saura jamais. Inopinément, il advient qu'à un tournant du feuilleton, tout le monde est en train de s'embrasser en versant des pleurs. 11 est vrai que tout le monde a fait fortune. L'un des enfants de l'homme fécond est devenu roi de l'industrie; un autre roi du négoce ou de la haute banque, je ne sais plus; un autre encore, roi des farines, et de la mi-

noterie; un autre, enfin, roi de l'Afrique... etc., etc. Eh! sans doute, qui donc, en France, à l'heure actuelle, garderait encore les traditions antiques de royauté, sinon quelques romanciers que la Toute-Puissance fit naître, vers le temps de Paul Bourget, pour nettoyer des pots de chambre et décrotter des souliers, — mais qui lâchèrent ce boisseau pour luire sur le chandelier?

Le père n'avait eu qu'à frapper du pied la terre aride pour la transformer en un paradis. Tout réussit à ces gens-là, tant il est vrai que la bénédiction la plus ample, autrefois crue le partage des amis de Dieu, est, aujourd'hui, la récompense des familles qui pullulent à la façon des lapins ou des arachnides.

Mais, alors, le feuilleton est fini, archifini, surfini, ultrafini. Tout est démontré et prouvé, l'urgence économique et patriotique de multiplier les enfants des autres, pour les élever comme des cochons, aussi bien que la surprenante imbécillité d'un scribe déliquescent depuis des années.

Hélas! non t ce n'est pas fini.

3o. — C'est, ma foi ! vrai. ÎJ restait les noces de diamant que je n'avais pas prévues, mais qui étaient tout à fait indispensables pour étaler et dénombrer — toujours comme dans la Genèse — la « pullulante lignée » des époux féconds. Or Matthieu a quatrevingt-dix ans et Marianne quatre-vingt-sept. Leur frai, leur laitance heureuse, tout « ce flot de filles et de garçons, qu'ils laissèrent, autrefois, couler librement de leur amour, de leur foi en la vie », est maintenant au nombre de trois cents individus élevés, cela va sans dire, sur le même fumier que leurs parents et on a, en outre, l'avantage de se trouver à une époque absolument inconnue.

Ça, c'est une des belles idées du Crétin. Songez qu'environ le temps où cette multiplication commença, il y avait déjà des bicyclettes!... Soixante ou quatre-vingts ans se sont écoulés, ce qui nous met dans la seconde

moitié du prochain siècle. On aimerait qu'Emile, sollicitant son propre génie, nous éclairât, un peu, ce futur.

Seulement, alors comme aujourd'hui, — on sait, au moins, cela — le pauvre est exclu de toutes les noces. Sur ce point, Emile n'a jamais varié, et ne variera jamais. Emile n'aime pas qu'on soit sans argent.

Toutes les fois que le pauvre apparaît dans un de ses agréables bouquins, c'est pour être déshonoré, vilipendé, couvert d'ordures et, au besoin, massacré, comme dans Y Assommoir ou dans Germinal.

La haine de cet italiote immonde pour le Pauvre, n'a d'égal que l'instinct de domesticité idolâtre qui le jette au pied de tout simulacre de la Richesse. Là, seulement, s'exalte ce qu'il ose appeler monstrueusement son cœur.

6 Octobre. — Où en sommes -nous?

Qu'est devenu le festin des noces de diamant? Nous avions laissé trois cents individus à

table, grouillante progéniture des époux féconds. Vous croyez, peut-être, que c'est assez. Eh ! bien, non, il y a une surprise.

Ne voilà-t-il pas que, tout à coup, paraît un jeune homme qui se dit « fils du bon Niger lui-même, de la fécondité miraculeuse de ses eaux ». 11 n'oublie pas d'ajouter que ce fleuve, — qu'il paraît confondre avec le Mississipi ou les Amazones — « est immense et doux, qu'il roule des flots sans nombre, pareil à une mer... que pas un pont ne l'enjambe, qu'il emplit l'horizon d'un bord à l'autre, qu'il a des archipels et des escadres de poissons énormes, etc.; qu'il est, ainsi que le Nil, le père aux générations sans nombre, le Dieu fabricateur d'un monde encore inconnu qui, plus tard, enrichira la vieille Europe... Et la vallée du Niger, la colossale fille du bon géant, ah! quelle immensité purel... etc., la plaine, des champs, des sillons droits, à perte de vue, dont la charrue mettrait des mois à atteindre le bout. . .

des lieues de labour, roulant des înoissons éternelles ».

Pour tout dire, la vie en république, c'est-à-dire Cocagne, rien moins.

« On n'a même pas besoin de labourer. 11 suffit de gratter le sol avec des bâtons. Chasse et pêche miraculeuses... Des lions noirs, des aigles, des hippopotames qui ressemblent à des enfants nègres !!! Le jour où nous aurons des machines agricoles, il nous faudra des flottilles de bateaux pour vous expédier le trop plein de nos greniers... » Inutile de parler des autres richesses qui sont sans nombre.

On dit que Christophe Colomb chercha le Paradis terrestre aux Antilles. Zola, plus fort, le trouve au Soudan.

« Enfin, nous sommes pasteurs, nous avons des troupeaux, sans cesse renaissants, dont nous ne connaissons pas même le nombre de têtes. Nos chèvres, nos moutons à longue laine sont par milliers, nos chevaux galopent librement dans des parcs grands

comme des villes, nos bœufs à bosse couvrent une lieue de berges, lorsqu'ils descendent boire au Niger... » Les ânes, ou plutôt, les cochons de la mère-patrie, avec ou sans bosses, qu'ils voulussent boire ou non, couvriraient assurément une étendue beaucoup plus vaste.

Telle est « la France de demain », si on veut le savoir. Ah ! sans doute, il y a des obstacles. L'Algérie ne sera pas reliée à Tombouctou, dès demain matin. Peut-être pas même dans cinq cents ans. N'importe. « Nous pullulerons là-bas et nous emplirons le monde... Venez donc avec moi, puisque vous êtes trop entassés. (Ne diraiton pas qu'il parle à des harengs.) J'ai de la place pour tous, j'emmène les hommes, j'emmène les femmes... etc., etc., etc. »

Je demande pardon pour ces citations imbéciles, mais il m'a semblé utile et même... patriotique de dénoncer une Réclame qui rappelle si bien ces torrents d'or qu'on fit autrefois couler sous les yeux des souscrip-

teurs du Panama. — Gratuite, sans doute, Zola étant plus bête encore qu'il n'est canaille. Mais les capitalistes, infimes ou grands, doivent toujours être protégés. Ne sont-ils pas les petits boyaux de la France?

Tout ce lyrisme de camelote écarté, il reste ceci que le jeune bavard est fils de celui des fils du reproducteur qui vient de conquérir l'Afrique. Ce conquérant, qui n'a pas l'air de s'embêter, a eu dix-huit enfants et le farceur actuel en a lui-même quatre déjà. Dans une vingtaine d'années, ils seront peutêtre six cents. Voilà ce que c'est que d'avoir foi en la vie. On a des enfants et des bœufs à bosse à ne pouvoir les compter. On a aussi le Niger et ses archipels. Jusqu'à l'inconnu qui devient fécond. « La semence de l'inconnu étant jetée, elle pousserait en une moisson de fabuleuse puissance ».

Tout cela, est-il besoin de le direîsepasse « gaillardement y sous le brûlant soleil des tropiques ».

Là-dessus, la vieille ancêtre féconde se

lève, juste le temps de renouveler sa litière : « A la santé de celles qui aimeront, dit-elle, qui enfanteront, qui créeront le plus de vie !!! » Cette culasse antique est persuadée, sur la foi d'Emile, qu'on CRÉE la Vie.

Le gala terminé, il y a un dernier triomphe autour des très vieux époux féconds. « C'était le flot de la fécondité victorieuse qui les assaillait de sa joie... Eux, dans leur grand âge, dans l'ETAT DIVIN D'EN- FANCE où ils retournaient, ne reconnaissaient pas toujours les gamins ni les gamines... Puis, il y avait là des mères en train de nourrir, qui donnaient le sein, assises sous les arbres, s'égayant entre elles, la gorge libre, dans une sérénité fi ère. C'était la décisive victoire de la maternité féconde sur la virginité tueuse de vie. »

Puis, encore le refrain :

« Le lait ruisselait sans fin des gorges nourricières, sève éternelle de l'humanité vivante. Et ce fleuve de lait charriait la vie à travers les veines du monde, et il se gonflait,

et il débordait, pour les siècles infinis ». Idiot.

y. — On m'apporte enfin le dernier feuilleton de « Fécondité ». Dieu soit loué dans tous les siècles des siècles !

Quelques citations :

« Le plus de vie possible, pour le plus de bonheur possible. Tel était Yacte de foi en la vie )). Un million, j'offre un million à celui qui m'expliquera ces mots.

« 11 ne s'est pas fait dans l'Histoire un seul pas en avant, sans que ce soit le nombre qui ait poussé l'humanité en sa marche ».

11 n'y a jamais eu de grands hommes, de tuteurs de peuples — avant Emile. C'est bien entendu. On croit, à Médan, que César est un mot assyrien qui signifie multitude. C'est admirable comme les idées basses vont à cette caboche de rétameur littéraire accoutumé à gueuler son industrie dans les quartiers pauvres !

« Le travail obligatoire. 11 n'est pas vrai

qu'il soit imposé aux hommes en châtiment du péché... ]J est, au contraire, Y âme même du monde (???) Que des enfants poussent, ils ne seront que des instruments de richesse». Ainsi parlent en chuchotant, quand il leur reste un semblant d'âme, les marchands d'esclaves.

« Et c'est la vie encore qui aura vaincu, la renaissance de la vie, honorée, adorée ; de cette religion de ta vie, écrasée sous le long, l'exécrable cauchemar du catholicisme ».

Le culte de l'avenir, c'est « la femme féconde et la terre féconde ». Voilà. Dans chaque ville ou village, deux temples : le temple du Travail et le temple du Cul. Autour du premier, à la place des ordinaires boutiques d'objets de piété, des marchands de triques, de fouets, de cravaches, d'aiguillons, de licous, de nerfs de bœuf, etc. Dans le voisinage du second, un humble commerce d'épongés hygiéniques, de bidets, d'irrigateurs, de cartes transparentes, de préservatifs même, en général de tous les

accessoires que peut désirer une piété sage, quoique ardente. Ce sera bougrement plus beau, en effet, que le Christianisme, — n'est-ce pas, Francis de Pressensé ?

« Matthieu et Marianne finissaient en héros de la vie. Et, dans leur grandeur de héros, il y avait aussi tout le désir dont ils avaient brûlé, le divin désir, fabricateur et régulateur du monde qui les avait visités en coups de flamme ». Ah ! cela fait du bien de la retrouver, une dernière fois, cette bonne vieille connaissance de phrase î

Il paraît que les deux vieillards pensent beaucoup au cimetière, où leurs innombrables enfants accompagneront, sans doute, avec allégresse, de si tenaces gâteux. « Ils espéraient s'y coucher ensemble, le même jour, car ils ne' pouvaient concevoir la vie (!) l'un sans l'autre ». Ai-je bien entendu, Seigneur ? Est-ce que ces deux momies vont faire encore des enfants, dans leur sépulcre ?...

Quel peut bien être le fond, la pensée in-

time de ce misérable esprit, de ce transcripteur nuisible de lieux communs, de cet imbécile à faire pleurer ? 11 me semble que le mot vie qu'on rencontre presque à chaque ligne dans ce dernier feuilleton et qui remplit tout le roman, pourrait bien être la clef de l'endroit.

Ici, je demande pardon aux chrétiens, à toutes les catégories de chrétiens, depuis les héroïques, s'il en est encore — mais ceux-là ont mieux à faire que de me lire — jusqu'aux rondouillards et aux pachydermateux. 11 y a, je le sais trop, des rapprochements d'idées qui sont horribles et des accointances de mots qui ressemblent à des blasphèmes.

Pourtant, la vérité doit être dite.

Or, nous savons, par l'Evangile, que c'est Jésus qui est la Vie, et que c'est lui-même qui nous l'enseigna : Tzgo sum vita. Tout le christianisme est là pour les intelligences capables de l'Absolu.

Certes, ce serait outrager indiciblement les Esprits agiles et incandescents des cieux,

de supposer à Zola, le temps d'un éclair, une pareille intelligence. Mais, sans comprendre, il a pu lire ou entendre dire qu'on croyait cela parmi les chrétiens, il a pu voir là, avec ses gros yeux sans lumière, une sorte de formule pieuse qu'il y avait moyen d'utiliser, en la profanant, en la mettant à pourrir, comme une fleur désespérée, dans la boue épouvantable de ses entrailles. 11 est bien connu, d'ailleurs, qu'un instinct venu d'En Bas, avertit toujours, infailliblement, ces domestiques du Démon.

Alors apparaît une phraséologie, stupéfiante et, surtout, incompréhensible, aussi longtemps que l'idée de sacrilège par l'abus de la Parole ne se présente pas à l'esprit.

Ainsi, et seulement ainsi, peuvent s'expliquer les assemblages de mots, si stupides autrement, tels que : « la foi en la vie,., la victoire delau/e..., la religion de la Vie,.. les héros de la vie..., la vie exigeant l'héroïsme..., l'insatiable vie qui veut qu'on lui donne tout »,... et, pour terminer, « la cité

de paix, de vérité et de justice, c'est-à-dire « le règne uniquement désirable de la Vje souveraine, maîtresse enfin du temps et de l'espace »...

Remplacez le mot « vie» par le Nom terrible, in quo omne genu flectatur cœlestium, terres tri um et infernorum, et voyez si ce n'est pas à faire peur !...

On m'a raconté qu'un belge, extrêmement emballé par les œuvres du Crétin, résolut, un jour, de le voir.

Incapable de se contenir, il vole à Paris, puis à Médan, et, sur le point de sonner à la grille de cette maison disgracieuse qui ressemble à un roman de la série, il s'avise tout à coup d'un homme grave, en bretelles, et au front austère sillonné de plis innombrables,... en train de vomir du haut d'une fenêtre ou d'un balcon.

— Quel est ce porc? demanda l'enfant de la Meuse à un paysan.

— C'est monsieur Zola, répondit le rustre.

Que de lumière dans ce récit !

Ai-je tout dit de ce malheureux qui va mourir, sans savoir qu'il fut quarante ans un imbécile et quarante ans un malfaiteur. Peutêtre. Cependant je ne voudrais pas m'éloigner sans lui avoir fait l'aumône.

Mon pauvre Emile.

11 va donc falloir nous quitter !...

Rien de bon, hélas ! ne peut être cru ni même supposé d'un individu tel que toi qui n'eus jamais une pensée noble ni un mouvement généreux. Souviens-toi de ton océan d'ordures... En ce qui concerne Dreyfus, comment veux-tu qu'on présume le désintéressement d'un avocat qui avait tant à gagner et si peu à perdre?

Tout le monde ne sait-il pas, depuis une génération et demie, que tu es une indicible crapule, infiniment difficile à classer et tout à fait innommable? Jules Barbey d'Aurevilly, Je haut artiste qui refusa si obstinément de te laisser frotter son parquet, l'a

beaucoup trop dit pour qu'on l'ignore. Qu'y puis-je?

Si je te parle, Zola, si je trouve la force de surmonter l'horrible dégoût que tu m'inspires, c'est que je pense, tout de même, à ta pauvre âme.

Tu veux absolument qu'on t'admire pour avoir défendu ce capitaine, pour avoir accusé — les autres !...

Oh ! la vision douloureuse qui m'est venue, dans l'humble église de Kolding, en faisant le Chemin de Croix, au moment où je priais devant une image barbare de la XI Ie station!

Quelqu'un qui a le malheur de te lire et que je ne veux pas nommer, m'avait exprimé, peu de jours auparavant, le plus fier dédain pour les êtres — indignes de tout intérêt — que tes livres ont pu souiller, c'est-à-dire, au fond, le dédain pour les petits, les pauvres, les faibles, les vaincus, les écrasés. « Qu'importe », m'écrivait-il, «à côté d'un si grand rôle et lorsqu'on a un si puissant levier (la plume de l'auteur de ]'ac-

cuse, bien entendu), qu'importe l'imbécile roman Téconditél »

Ce dédaigneux, qui est une des conquêtes les plus récentes et les plus déplorables de l'Alexandre des boutiquiers, a passé au fond de moi, dans un sombre sillon de ma mémoire. Et, au même instant, à la même seconde, sans que ma prière en fût troublée, je crus voir un des écrasés de tout à l'heure, dans une île de l'Abîme, tenu par des chaînes spirituelles plus fortes que le fer, séquestré dans une infernale privation d'espoir, et dont le procès ne pouvait, ne devait jamais être revisé par aucun homme.

Le Mercier de ce cauchemar se nommait Emile Zola. 11 gagnait quatre cent mille francs par an' à vendre la mort, et n'avait jamais fichu un sou à personne. En conséquence, plusieurs millions de sots ou de chenapans le considéraient à l'égal d'un très grand homme, et il conchiait à son aise un peuple, autrefois chrétien, que la justice de

Dieu avait mis par terre.

Donc, encore une fois, je pense que ]e comble de la bêtise est de croire que tu aies pu être magnanime, une seule heure, que tu aies pu faire quelque chose de généreux. Ta nation n'est pas ainsi, ta nation apostate et dégénérée. Si tu as paru accomplir un acte propre, c'est que tu avais ou croyais avoir un intérêt à l'accomplir, — cet intérêt ne dût-il être manifesté qu'au Dernier Jour.

Voyons, vieux caresseur du Tiers Etat, vieil excitateur du phallus des gens patentés, avoue que tu te souviens de ton article publié par le Figaro, à la date du 1 8 janvier 1896, et que tu avais intitulé : « Le Solitaire ». Ce solitaire, c'était toi, l'homme pourtant des troupeaux, des multitudes, mais la logique te visite peu. Tu te croyais, alors, un sanglier. « Tout écrivain », disais-tu, <( qui ne gagne pas d'argent est un raté » . Shakespeare en gagnait fort peu et le Dante moins encore. Tu leur es donc très supérieur. Voilà qui est entendu. L'article, d'ailleurs, était horriblement écrit.

Conviens-en, tu as toujours le même cataplasme sur ce qui te sert de cœur. Oui, sans doute, je comprends, tu souffres d'être cru, par les jeunes — peut-être aussi par quelques vieux de mon espèce — un jeanf outre et un gaga. Ta probité vénitienne te força de confesser, dans le dit article, cette tablature sans grandeur. 1 1 ne te fut pas possible de cacher que tu gueulais en bavant, à la seule pensée que les jeunes hommes, qui lisaient passionnément des poètes pauvres tels que Barbey d'Aurevilly, Villiers de l'Isle-Adam et Paul Verlaine, te considéraient comme une vieille truelle à merde. Etait-ce ma faute? je te le demande.

11 te fallait, à tout prix, une revanche, et l'affaire Dreyfus, heureusement, s'est présentée. « Dans ton grand âge, dans l'état divin d'enfance où tu retournais », c'était bien naturel que tu voulusses paraître un héros. Tu as donc défendu, sauvé Dreyfus, qui est, maintenant, lépreux de toi et qui aimerait mieux son île du Diable, s'il te connaissait.

A mon avis, Je crime le plus authentique, rémunéré de l'expiation la plus infamante, est préférable à une innocence avérée par toi. Mais voici ce qui esta faire reculer la croupe des constellations :

L'auteur de La Terre et de tant d'autres saletés, devenu le vengeur de l'Innocence opprimée ! le revendicateur de la Justice ! ! le témoin de la Vérité ! ! !

La voilà, la honte dernière ; le voilà, le dernier outrage pour la France !

Vivent les morts !

La France était ivre de gloire militaire, depuis Napoléon, surtout. La guerre de 1870 l'a dessoûlée d'une façon terrible. Quelque chose, pourtant, reste encore de l'ancienne ivresse. Le renouveau de gloire du grand Empereur, dans ces dernières années, le prouve bien.

On démontre, aujourd'hui, à cette malheureuse nation que ses généraux sont des brutes ou des scélérats, que sa grandeur militaire n'existe plus... Et voilàlaFranceaudésespoirî

Quelle occasion pour toi, Emile ! Tu ne l'as pas ratée. C'est une justice à te rendre.

Mais maintenant, ô misérable, maintenant que ton grief de très bas voyou est concédé, aujourd'hui que l'Occident des Saints et des Héros est dans ton ordure, penses-tu, vraiment, que mille galériens innocents, récupérés par ta sale prose, pourraient te faire pardonner cette profanation inexprimable ?

Ecoute, si tu es capable d'écouter et de comprendre. Tu es né, on ne sait où, comme naissent les inexistants. Soit. On dit que tu es une relavure de Venise. J'y consens. On naît où on peut et on est ce que Dieu veut.

Mais être absolument dénué de ce qu'on nomme, depuis des siècles, l'esprit français ; être un cul de plomb, un balourd congénital et continental, aussi incapable de dérider le front des autres que de déplisser le sien; et, en même temps,... régner sur la France ! voilà ce qui enfonce tout. Je suis forcé de le reconnaître.

Qui le croirait, cependant ? Cela ne te

suffit pas. 11 te faut les siècles à venir. Tu as écrit à Mme Dreyfus que tu étais un POÈTE et qu'à cause de cela, une postérité lointaine observerait tes consignes !...

Comment est-il possible, mon pauvre garçon, que tu n'aies pas un ami pour Rapprendre que dans l'heure qui suivra ta mort, probablement aussi prochaine qu'ignominieuse, il ne se trouvera pas un être humain capable de dire ce que tu as écrit ou ce que tu n'as pas écrit ; et qu'un peu plus tard, les acheteurs s évanouissant et les goguenots eux-mêmes découragés par l'immensité de ton bouillon y tu deviendras une très mauvaise affaire ?

Triste Zola, il ne te restera plus que les Pères Àugustins de l'Assomption et leur « trou d'balle (i) » !

Ceux-là, j'ose l'espérer, connaîtront bien-

(j) Voir plus haut, page J42. Même maison, Pèlerin 24 septembre. En tête, l'Image de Marie au-dessous des mots : « Adveniat regnum tuum », et, en queue, un vaste pot de chambre. \dit du Père BaiMy.

tôt ce qu'ils te doivent et seront peut-être, — ayant, enfin ! lâché leurs soutanes, — tes derniers lecteurs.

Ici, Emile, tu ne comprendrais plus. Je te lâche donc et je parle à d'autres.

]] faudrait une parole plus qu'humaine pour apprécier comme il faut l'avilissement sacerdotal représenté par ces effroyables religieux. Le scandale récent du journal Ltf Croix, pour ne rien dire de quelques autres feuilles de piété, est à reclouer le Sauveur.

L'ignorance et, surtout, l'impiété modernes, on le sait, tiennent beaucoup à ne voir qu'un homme dans le Prêtre. C'est, jecrois, la plus basse des idées du siècle, la plus universellement préconisée, par conséquent. 11 était donc inévitable que les ravages d'un tel esclandre fussent énormes chez un peuple qui eut, tant de mois, le spectacle sans nom d'un groupe de prêtres acharnés sur un pauvre homme dont ils savaient l'injuste condamnation, et chaque matin, — la bou-

che pleine du Sang du Christ — léchant les bottes, crottées de sang, des tourmenteurs !

Ils sont rares, aujourd'hui, les chrétiens qui savent que le christianisme est tout entier dans le Sacerdoce !

J'ai pour ami, une sorte de mathématicien qui, par un de ces miracles dont l'entendement des hommes est déconcerté, a pu garder une âme vivante et une intelligence capable d'un certain nombre de vibrations (i). Ce brave garçon vient dem'écrire une lettre de démence pour me déclarer qu'après Tinconcevable turpitude offerte par ces religieux qui espèrent ainsi se faire bien venir d'un gouvernement athée, il ne sentait plus aucun besoin de la médiation d'aucun prêtre entre Dieu et lui.

Combien d'autres que je ne connais pas ! Rien à faire évidemment. Le scandale donné par des hommes qui ont reçu le pouvoir de

(i) Ai-je besoin de dire que ce mathématicien m'a lâché ?

LA DERNJÈRE ENFANCE 181

consacrer le Pain et le Vin et de mettre en fuite les démons, est un scandale certain, une contamination que rien n'efface.

... Et ce serait du délire d'essayer de faire pénétrer dans une boîte crânienne de la fin du siècle, cette évidence rudimentaire que la certitude mathématique n'est pas ébranlée par l'indignité d'un géomètre ou de dix mille géomètres, et qu'il n'est au pouvoir d'aucun mauvais prêtre d'infirmer l'autorité des Commandements de Dieu ou des Commandements de l'Eglise.

Cela excède la capacité du cerveau contemporain.

Cette affaire Dreyfus, d'ailleurs, dont j'ai parlé fort à contre-cœur, uniquement à cause de Zola, est, sans contredit, une des plus étranges du monde. Je ne dis pas des plus grandes, mais des plus étranges.

De même que les catastrophes célèbres, elle a servi à cribler les âmes. Déchet immense, épouvantable. On a su le nombre

infini des imbéciles, des lâches, des renégats, des esclaves, des prostitués, des bourreaux, et que ce nombre est également réparti des deux côtés.

Comme si quelque chose de profond et de tout à fait intime était en danger, on a vu des multitudes perdre la raison, non seulement en France, mais en Europe et par toute la terre. Je cherche une époque où le délire du mensonge, de la sottise furieuse et de la férocité hypocrite ait été plus universel.

Tout cela dépasse infiniment le capitaine juif et ressemble au prodrome du Cataclysme. Depuis que l'immonde et stupide procès de Rennes est fini, comment douter que le malheur de cet homme ait été un prétexte pour les deux sortes de chiens qui se disputent la France à coups de gueule.

Le captif de l'îlot du Diable rendu à sa famille et buvant du lait n'intéresse plus personne. Nul ne parleplus deiui. La machine de guerre a cessé de fonctionner, l'ustensile

est au rancart ; mais chaque troupe de maudits a gardé sa position de combat, sa ligne de bataille.

Et l'oubli complet de ce nom de malheureux dont on avait assourdi la terre, le silence venu soudain, après une si énorme clameur, ont je ne sais quoi d'effrayant.

On attend QUELQU'UN.

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