‹ Je m'accuse ... Vignettes et culs-de-lampe de Leon BloyChapitre 7 sur 14 · Ai-je dit que le Crétin, depuis quel · texte numérisé non relu

Ai-je dit que le Crétin, depuis quel

ques jours, a lâché Balzac {Médecin de camlicijne^ Curé de village) pour Eugène Sue et qu'il semble se jeter à corps perdu sur les . Mystères de Paris? (Voir l'assassinat delà dame au petit sac par des bandits de Grenelle). Il démarquerait des œuvres plus inédites, s'il en connaissait. Désormais, on peut s'attendre atout. 11 va, j'ose le croire, nous | découper quelques chapitres d'Aiala ou de Paul et Virginie. Peut-être même, vers le 19o® feuilleton, découvrira-t-il une fable de La Fontaine aussi peu connue que la Cigale et la Fourmi ou V Oraison funèbre de j/me Henriette, car il s'agit de frapper de grands coups, d'étonner le peuple.

Ah ! oui, je sais bien, le fin du fin serait d'éditer des choses totalement et à jamais ignorées de son public, des pages de Barbey d'Aurevilly, parexemple, de Villiersde l'isle- Adam ou même de Léon Bloy. Mais voilà, il faudrait, au moins, en avoir entendu parler. Puis, les lecteurs d'Urbain Gohier n'y seraient plus du tout et Zola lui-même n'y comprendrait rien, sa littérature ne dépassant guère l'école du soir.

0 Ubu ! encore une fois, viens à mon aide,

14. — Le Cinquième Acte, article d'Emile Zola {Aurore du 12). « Je suis dans l'épouvante, dit-il,... la terreur sacrée ï> . Il y avait en juin dernier, la petite lampe sacrée (elle aussi) portée par le même imbécile qui tient évidemment à ce mot. Sacrée ou non, la terreur d'Emile consiste surtout à voir la France « rouler dans l'abîme ».

De la part d'un des trois ou quatre voyous qui ont le plus fait, depuis si longtemps, pour précipiter cette impératrice des nations, une telle parole de tartufe mériterait déjà la plus ignominieuse volée de soufflets, en attendant le dernier supplice. Aujourd'hui, pourtant, c'est si extraordinaire que j'en demeure stupide.

On se rappelle l'article ahurissant mentionné ici, le 7 juin, où il était parlé de la « petite lampe ». Eh ! bien je crois que celuici est plus beau. Sans doute il s'agit toujours des « souffrances » et des « désespérances » de son « exil » à lui, Zola. Sans doute il est toujours parlé de ce romancier d'évier, exclusivement et vindicativement

considéré par lui-même comme le Centre et l'Ombilic.

Mais, dans la circonstance actuelle, l'intensité, la violence, la flagrance du Moi paraissent avoir quelque chose de nouveau,... quelque chose de Barrés !...

Cela tient peut-être à l'absence infinie, à la fois stupéfiante et vomitive, de tout talent d'expression. Avant d'être le Prince des prosateurs, Emile pouvait, à la rigueur, se recommander d'une statique prose de chienlit qui lui avait valu le suffrage des voyageurs decommerce etde la plupart des boutiquiers mmobiles; mais depuis, ah ! depuis,... c'est devenu si horizontal qu'il est à peu près impossible de rester soi-même sur ses pieds. Fût-on cent fois le « bon citoyen » que cette basse crapule se dénomme, je ne connais pas de clémence humaine ou divine qui pourrait absoudre un salopaillon d'écrivain d'avilir à ce point la langue française !

N'est-ce pas idiotifiant ? Voilà Dreyfus ! condamné, derechef, de la façon la plus deshonorante pour ses juges et dans des cir- ' constances où il aurait tant fallu ne pas

aggraver la honte déjà indicible de noire Commandement militaire. Emile annonce qu'il va parler, cet Emile déjà si fameux par une intervention peu expliquée et certainement immonde en ses causes. Comme il est, sans contredit, l'esprit le plus bas qu'on ait jamais vu, la multitude est avec lui, le monde l'écoute. Que va-t-il dire ?

Ah ! rien du tout, sinon qu'il est un « bon citoyen », un martyr, lui aussi, un revenant de l'âpre « exil », un « patriote privé de sommeil » depuis que « la vérité est en marche » ; enfin qu'il est « prêt à la payer », cette vérité précieuse, « de sa liberté et de son sang ». 11 ne dit pas de son argent, je prie les mauvais citoyens de le remarquer.

450 lignes de lieux communs qu'une imitation furieuse de Clemenceau fait paraître plus ignobles, c'est dur.« Mentalité spéciale... mentalité obscure... On n'avait condamné Jésus qu'une fois... L'idée sera crucifiée, le sabre doit rester roi... » etc. Enfin il paraît que cela suffit à un certain nombre de magnanimes.

Mais le ton de ce drôle parlant de l'homme

dont il se proclame sans cesse le défenseur et le sauveur, le ton d'infamante miséricorde et de protection ignominieuse du salaud parlant d'un soldat ! — ce soldat fût-il même encore plus déshonoré — c'est à faire peur. Honte et peur. « Ce pitoyable Dreyfus dont la pauvre loque humaine ferait pleurer les pierres »... etc.

Il est juste, cependant, de reconnaître qu'il nomme très peu son client involontaire, les 450 lignes étant, avant tout et surtout, pour Emile Zola. A la place du litre : Le Cinquième Acte, inintelligible dans l'Absolu, oh î combien ! il aurait fallu écrire bravement : Moi ! et se contenter, pour la signature, de la dernière phrase mentionnant quelque chose qui arrive da?îs un coup de foudre ou eîi coup de foudre, je ne sais plus.

16. — Zola, les gens de V Aurore, les ad- , versaires des gens de Y Aurore, les civils et les militaires, les juges et les justiciables, les témoins et les faux témoins, les catholiques et les francs-maçons, les juifs, les protestants, les honnêtes gens ! Quelle légion de canailles ! Quel immense tas d'idiots ou de

bandits ! Quelle honte ! Quelle horreur ! Quelle désolation !

Impossible d'extraire quoi que ce soit du feuilleton. C'est trop stupide et la langue qu'on y parle est trop abjecte. Il faudrait citer sans cesse les mêmes âneries. La seule chose à signaler, c'est l'intention plus que folle de l'auteur qui paraît vouloir ne jamais finir.

Pourquoi cela ? Qui pourra le dire? Il est payé, n'est-ce pas, Vaughan ? rudement payé. Son espèce de livre est fî)ii, depuis longtemps, tellement fini qu'il n'est plus au pouvoir, même d'un ange, de comprendre désormais ce qui se passe, puisque la conclusion de cette œuvre, immonde mais architoquée, était au début, comme la fin du lupanar est dans son gros numéro doré. Alors, quoi ? Il a voulu faire du Balzac et ça n'a pas réussi. Il a essayé de faire de l'Eugène Sue et ça a raté tout de suite. Maintenant il entreprend on ne sait quoi. Il promène lamentablement, çà et là, sa chaise percée. Pourquoi necouchet-on pas ce pauvre vieux?

17, — Je voudrais qu'Urbain Gohier me \/^ fît don de son portrait. Je me le re- ) présente très bien comme un de ces cordonniers incorruptibles de 93 dont la langue dégoûtait Napoléon. 11 se pourrait, néanmoins, que la vénuslé d'un garçon coiffeur ne lui eût pas été refusée. Moralement et politiquement, ces deux aspects ne manquent pas de confluence.

« Le métier militaire, écrit-il, est. avant tout, l'école de la lâcheté ». (Aurore, 14 sept.) Certes, on ne pourra pas dire facilement que je croupis sur l'empeigne de l'Etat-Major. Les gueules bêtes et venimeuses de Mercier ou du commandant Carrière, par exemple, s'il m'était infligé de les contempler sans cesse, me sembleraient un purgatoire très rigoureux. Mais ce larbin déchaîné qui ose prétendre que les soldats de la République et de l'Empire — pour ne pas remonter plus haut — étaient des lâches !... C'est à se demander si les chroniqueurs de Y Aurore ^ dont l'ambition va je ne sais où, ne sont pas intentionnellement les pires ennemis, les plus cruels assassins de Dreyfus.

Voyons! que veut-on que pense un brave homme d'officier peu informé ou même très informé, lisant une telle phrase à Philippeville, à la Pointe-à-Pitre ou à Chambéry?!! pensera naturellement, invinciblement, qu'on a raison de dire qu'il y a une conspiration contre l'armée et que le Dreyfus de ces messieurs, même en le supposant innocent du crime de trahison, est, tout de même, entre leurs mains, un prétexte et un instrument.

« Ce mannequin sinistre », écrit, le même jour, à vingt centimètres d'Urbain, l'oraculaire Clemenceau. Aveu bizarre et inhumain ! Les bras tombent quand on lit ces choses !

Avez-vous lu les chapitres généalogiques de la Genèse, des Paralipomènes ou d'Esdras ? Eh bien ! voilà, si vous voulez le savoir, ce que notre Crétin a entrepris, chap.ii, livre sixième de Fécondité. Il n'y avait personne pour le surveiller à ce moment-là. Il dénombre, en les appelant par leurs noms, les enfants, petits-enfants et arrière-petitsenfants de l'homme fécond. C'est inouï, c'est à crever, c'est à faire éclater des éléphants !

20. — Passé la journée à lire en partie la / collection des numéros de la Croix relatifs à l'Affaire. Tristesse et dégoût horribles. Je \ ne sais ce qui me révolte le plus, de la vilenie incomparable de ces religieux-larbins, toujours du côté de celui qu'ils jugent le plus fort — ou de l'étonnante bassesse de leurs pensées.

Oh ! cet esprit de séminaristes, ne sortant jamais des niaiseries honteuses d'une puérilité épouvantable, sinon pour se dilater aux plaisanteries excrémentielles qui ont, à leurs yeux, cet avantage de ne pas blesser « la sainte vertu ».

Certes ! les turpitudes bordelières d'Emile sont délicates, madrigalesques, rafraîchissantes, liliales, virginales, en comparaison.

Des ecclésiastiques, d'ailleurs corrects, on veut le croire, qui repoussent avec indignation, avec horreur, un roman de Balzac et qui expurgeraient Ezéchiel, ne se croient pas impurs en se prêtant à des histoires de pots de chambre ou en parlant,avec quelle finesse I du « TROU DEBALLE » !!! dc M° Labori. [La

Croix j 24 août, 1" page; 26 août, supplément ; 16 sept. 2® page).

Le 26 août, il y eut la chanson que voici, sur l'air de la Casquette évidemment :

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