‹ Je m'accuse ... Vignettes et culs-de-lampe de Leon BloyChapitre 6 sur 14 · Entrée de l'Avorteuse. Fanfares · texte numérisé non relu

Entrée de l'Avorteuse. Fanfares

Quelle est donc la vieille putain qui nie

disait un jour : « Zola, c'est mon romancier de cœur » ?

21. — Apparence ou velléité d'un commencement de quelque chose. Emile semble vouloir punir le vice et récompenser la vertu, — sous lui. Mais, où est le vice et, surtout, où est la vertu, dans un monde imaginé par ce malheureux Crétin. Avec lui, on ne sait jamais.

22. — On sait de moins en moins. Cette fois, pourtant, il y a une femme crevée par l'Avorteuse, ainsi qu'il était aisé de le prévoir. Le grand écrivain, le prince des prosateurs nous la montre « adorable, d'une pâleur de cire ». Hé! hé! Le même prince remarque avec douleur l'absence d'un cienje ! ! ! ? auprès de cette charogne.

Il est beaucoup parlé de « crime » en cet endroit. Pauvre vieux !

Si nous en restions là, pour quelque temps, du moins. Si peu respectable que soit devenue la France, depuis qu'elle couche

avec des imbéciles ou des maquereaux, je pense, tout de même, qu'il n'est pas permis ido rem...der à ce point. C'est trop. Silence donc et patience, une ou deux semaines.

24. — « Il avait senti Paris mal ense- 7nencé ». Oh ! Octave Uzanne !

25. — « Quand on est un père honnête liomme... » — « Il le quitta, écrasé et calme » . Je te crois.

Un ami m'écrit : « Le dégoût que j'ai pour Zola s'est précisément accru de ce qu'il est l'auteur de «J'accuse ». Il doit y avoir, au fond de son acte, un mobile intérieur dont l'ignominie est connue de Dieu seul ».

26. — « ... Le ventre nu, le ventre sacré qui s'ouvi'ait, comme la terre, sous le germe, pour donner l'a vie... Le désir créateur du monde ». Je m'étais pourtant bien promis le silence, mais le moyen de résister à cela ?

A un ami :

« ... Quelqu'un vous a dit qu'on ne peut reprocher à Zola de gagner trois ou quatre cent mille francs par

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an, avec ses livres. Opinion de bourgeois, opinion innmonde.

« 11 y a, à Londres, des accapareurs milliardaires qui s'arrondissent, de temps en temps, de quelques dizaines de millions, en lâchant les meutes de la famine sur telle ou telle province de l'Inde.

« Il y a d'autres spéculateurs, anglais ou américains, qui empoisonnent des peuples par l'opium.

« Il y a aussi des entrepreneurs sans nombre, répartis autour du globe, qui gagnent beaucoup dans le trafic de la viande humaine.

« Etc., etc., etc.

« Votre quelqu'iai, ayant paru lâcher Dieu depuis quelque temps, depuis peu de temps seulement, est encore capable, je l'espère, de penser que tous ces monstres gavés d'or mériteraient plutôt de l'être d'étrons et de crever dans les plus sales supplices ; mais il ne pense pas du tout qu'il y ait lieu de blâmer un individu qui n'empoisonne QUE les âmes, qui n'avilit que les intelligences, qui n'outrage QUE Dieu, et qui s'enrichit à ce métier-lii. On est toujours assez homme de bien quand on a paru baver pour Dreyfus, en se foutant des imbéciles. 0 Tribulat Bonhomel !

« LÉON Bloy.

« P. S. En ma qualité d'artiste, je suis pour la cra- \y^ pule Eslerhazy contre la crapule Urbain Gohier. f

« Ah ! oui, certes ! »

27. — « Ah ! le petit diable, il me mange, il vient de rouvrir ma crevasse ! » Emile !

29. — Article remarquable de l'excellent affranchi Lucien Descaves. Phrase inouïe, montrant M'"'' Dre3^fus que personne n'aide « à porter sa croix », et qui est « réduite à la déposer dans la rue, sur un banc, et à s'étendre à côté ». Pends-toi, Emile, accrochetoi n'importe où, derrière la porte des lieux, par exemple. Tu ne trouveras jamais rien d'aussi beau.

Remarquons, en passant, qu'à V Aurore, il n'est ordinairement parlé que de « croix », de « calvaires », de « calice à boire », etc.

Les capucins d'une piété haute, tels que Clemenceau, Gohier dit le frère Urbain, ou ce Lucien à figure de cordonnier funeste, affectionnent ces vocables, pas du tout empruntés à l'Eglise, comme on peut voir. Tout le monde sait que ces dignes personnages auraient quelque chose à dire, quand même ils ne forceraient pas, chaque matin, les tiroirs de la vieille Mère qui les allaita et qu'ils conspuent avec magnanimité, comme il convient à des hommes libres.

Aurais-je eu tort, tout à l'heure, de tant exalter Descaves? Voici ce que je trouve dans mon feuilleton. Il s'agit d'une maman qui donne à téter à son petit garçon. « Et elle fît cela sous le soleil qui la baignait d'or, en face de la vaste campagne qui la voyait, sans la honte ni même l'inquiétude d'être nue, CAR la terre était nue, les plantes et les arbres étaient nus, ruisselants de sève ». ! ! ! ! ! Ça te la coupe, Lucien.

Après tout, pourquoi n'oserais-je pas une figuration symbolique ou allégorique des sentiments actuels de notre Crétin?

Emile, complètement nu, sous un arbre, et le front sillonné de ces innombrables et > célèbres plis de la Bêtise, si scrupuleusement inscrits par Henry de Groux, Emile jouant de la flûte, en regardant ruisseler la ] sève des hommes et des femmes, — dans la forêt de Bondy !

2 Juillet. — Voici ce que paraît avoir conçu notre auteur :

Une famille-type qui représente la Fécondité devient trop nombreuse pour être nourrie, le père n'ayant qu'un médiocre em-

ploi. Celui-ci prend, alors, le parti de féconder la terre, en même temps qu'il continuera de féconder sa femme. Encouragé par le Crétin qui le comblera de tous ies dons, qui puisera pour lui à pleines mains dans les trésors de la « science moderne » — dont il possède fort heureusement la clef — il va devenir nécessairement, et soudain, un défricheur de génie, un thaumaturge de l'agriculture, qui fera ruisseler « le lait et le miel » de l'abondance biblique, en plein désert. ^

Je me prépaVe donc à relire quelques pages ou quelques chapitres carottés au Médecin de campagne ou au Curé de village du grand Balzac, et accommodés à la Zola ! ! !

8. — Où en suis-je, depuis une semaine? Je dormais si bien ! Ayant enfilé une demidouzaine de feuilletons arides comme les vallons de la lune, où il est exclusivement parlé de nourrices qui tuent (1), je trouve à peine, dans l'horrible purée, ceci : « La vierge n'est que néant, la mère est V éternité

(1) Voyons ! Emile, tu fais par terre. Pourquoi ne tueraient-elles pas, ces femmes, si ça rapporte, puisqu'il n'y a pas de bon Dieu ?

(le la vie » et « quand nous saurons adorer la mère, la patrie sera sauvée »... Allons, enfants! etc. Oui, sans doute! ah! oui, ja/ te crois. Comment donc! ô François Cop-| pée ! Tu es un lapin, toi ; tu sais ce que c'est j qu'une mère-, tu sais ce que c'est que lai patrie ; tu sais, non nioms que Zola, ce que c'est que de faire des enfants ; et tu sais, sur- i tout, ce que c'est que (Vécrire ! Arrange-toi ' donc avec lui pour celte phrase que j'ose qualifier de mystique : « Ils trouvèrent sur un banc, près de l'arbre, une grosse fille llj^ qui essuyait le derrière de son enfant avec un morceau de journal ». De quel journal? • Qui nous le dira? o Goppée ! Que de mystères! et combî'en les Voies sont impéné-, trahies ! Tout se termine à essuyer des der-l rières. Penses-y bien ! < ,

Après cette trouvaille, je succombe. Oh ! , ce romancier qui peint exclusivement des mufles, devant un miroir!

10. — Suite des nourrices qui tuent. Heureusement, voici une lettre de l'excellent idiot au journal VAmi des Bêtes! C'est intitulé : « La Mort du chien ». Dans les « tor-

tiires de son exil », ce Martyr, ayant à peine trente mille francs à manger par mois, se vit privé jusque d'un chien, d'un petit chien qui « pendant neuf ans, ne l'avait pas quitté » . Et ce petit chien qu'il avait oublié de baiser une dernière fois; navré de l'absence de son maître, mourut « en coup de foudre ». Ce que c'est que d'être le Prince des prosateurs ! Voilà bien dix mille fois que ce « coup de foudre » est servi à toutes les nations, depuis la guerre franco-allemande !

14. — C'est bien ce que j'avais prévu. Nous voilà arrivés aux « morceaux choisis » du Médecin de campagne ou du Curé de village, il est problable que le second surtout sera utilisé, puisqu'il s'agit de « féconder » un désert.

Tout se passera, bien entendu, sans l'admirable prêtre de Balzac, sans sa pénitente sublime, sans la multitude secourue et convertie àe^ indigents ou des bandits; mais, au contraire, dans un déploiement et un crescendo de muflisme crétinal dont le poète magnanime de Séraphita n'eut jamais la plus vague idée.

Il y a peu de choses aussi complètement sinistres que l'effort tenté, parfois, de cet Emile pour montrer qu'il ne sait pas moins jouer de la lyre que du balai à pot de chambre.

Ainsi, dans le feuilleton du 12, il y a un parallèle ahurissant entre « le petit ruissellement du lait » maternel qui coule « avec un léger murmure de source » (!) et le bruit d'une autre fontaine jusqu'alors inutile, dissipée en des marécages, mais « captée » enfin par le génie de l'agronome balzacien, du virtuose de fécondité, et qui « descend le long des rigoles vers les terres brûlantes ».

Non, quand on n'a pas lu ça, on n'a rien lu et on ne lira jamais rien.

16. — « On n'enfante que par l'amour » ! ] ( Ja, c'est le marteau du penseur. Quand Zola | ne parle pas précisément du cul, voilà ce ' qu'il trouve.

18. — « ...Ce fleuve de lait qui avait ruisselé d'elle... la bonne déesse en constante fertilité... le divin désir, l'âme brûlante dont les champs palpitent ».

On est au 63*' feuilleton. Tl y en a bien 40

ou oO que cela dure, cette maternité de vache, cette pullulation idiote ! L'Image Divine, telle que peut la former le cerveau du pauvre vieux Crétin, rappelle beaucoup ces idoles des anciennes théogonies qu'on représentait avec une double rangée de tétines, comme des truies à face humaine. Il doit croire cet idéal extrêmement neuf. H paraît même s'être assez fortement emballé sur la trouvaille.

19. — « Tout de même, interrompit Bénard, la bouche pleine, ils auraient bien pu, le dimanche où j'ai passé une heure près de toi, m'avertir qu'ils allaient Venlever tout. C'est une chose, il me semble, qui regarde un mari, et ça ne devrait pas se faire sans son autorisation... Toi-même, tu n'as pas été prévenue, tu es restée toute bête lorsque tu as su que tu n'avais plus rien ».

26. — On est en plein mélo et tout courage m'abandonne. Arrivé au bout du rouleau de son imagination (ah ! ce n'est pas longl), voici que l'infortuné Crétin, ne sachant absolument plus que dire, recom-

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jnencel Que diraient ici le père Ubu et la mère Ubu, les personnages, sans contredit, les plus décisifs de la fin du siècle? Quel mot se présenterait immédiatement à leurs généreux esprits?...

Je retombe dans une histoire d'ovarioto- Miie, d'opération ratée au fond d'un bouge {\) par un chirurgien disgracieux, — histoire bête et salope qu'on peut lire, chaque semaine, dans chaque journal, écrite, avec plus de raccourci et de force, par un reporter \j quelconque pris à la station. Mais, aujourd'hui, l'aventure est surérogatoirement resucée d'un chapitre antérieur du même bouquin. La fille venant crever sur le même canapé que sa mère et salissant de son ordure les mêmes clichés. C'est trop.

27. — Suite de l'histoire, imbécile autant que cochonne, d'hier, a La tête adorable de l'enfant, d'une pâleur de cire... sans un cierge » ! (Voir plus haut, 22 juin). On ne se crève pas, dans les Princes de la Prose !

Au fait, pourquoi voudrait-on que je ne les aimasse point, ces femmes adorables qui viennent régulièrement se faire enlever le

cul chez des Princes de la Science, en sortant du cabinet de « travail » de notre Zola, et qui n'oublient jamais d'apparaître ensuite, sur un grabat immonde^ dans « une pâleur de cire et sans aucun cierge » ?

Ne serait-ce pas là un grand truc? Répéter toujours la même chose, resservir obstinément et furieusement les mêmes formules, les mêmes phrases, les mêmes verbes, les mêmes adverbes, les mêmes adjectifs, les mêmes pronoms, les mêmes participes et les mêmes substantifs, en vue d'obtenir les mêmes images éculées, sachant qu'on s^adresse au même public intellectuel, — oh! combien!

— le public des Vaughan, dés Clemenceau, des Esterhazy, des Urbain Gohier, des Mercier, des Quillard, des Couard, des Gonse et des Pressensé! ! !... Emile! v^ens queje te baise!

31. — Rien. Le feuilleton d'aujourd'hui n'est qu'un prolongement de celui d'hier. Prélude vomitif de la grande cantate, aussi annoncée que protestante, sur l'infortune des personnes vouées à Dieu. Nous allons voir de jolies choses! Et documentées^ surtout, ah!

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En attendant, voici une interview du Grétin. Un quelconque de VAwo7'e court à Médan sur bicyclette, Entretien sublime av^ec le patron qui n'a perdu, ni risqué — ainsi que le prétendent quelques jobards — ni sa ? fortune ramassée avec la langue dans les . émonctoires des bourgeois, ni sa réputation de Salaud. Au contraire, certes !

La dite interview nous apprend, d'abord, ceci : « Cyclisme et photographie, telles sont les occupations principales de Zola en va-

Icances ». Cette révélation n'a rien d'imprévu. Il doit nécessairement collectionner , des timbres-poste, prendre des leçons de piano, etc., aucune idiotie bourgeoise ne devant être étrangère à cet incomparable bourgeois. On apprendra, un jour, qu'il introduit « des thermomètres dans les derrières », comme les héros de Flaubert.

On parle aussi, bien entendu, de l'Affaire. j Alors, ça devient très beau. « On m'a offert 1 des sommes folles pour des conférences en I Amérique ». On lui a proposé des trésors ; pour un drame ou un roman sur la dite affaire. « J'ai tout refusé » !

Ici, position stratégique : « L'exploitation, par moi, de l'Affaire serait basse et vilaine ». Sans doute, quand le fruit ne donne plus de jus, on jette le zeste au fumier. Cependant.... vilaine, oui, mais pourquoi basse? Du point où est situé le spectateur, il me semble que les étrons même doivent luire au milieu des constellations.

Quelques mots sur Vexil — c'était prévu — et sur « une petite jumelle » photographique fixée à sa bicyclette, servant à donner, à Londres, des clichés merveilleux. Enfin, L'ALBUM DE L'EXIL!!! ô Ernest! ô Urbain! ô Georges! ô Francis!... ô mon doux Gambronne !

Ah ! J'allais oublier ceci : « Depuis Fécondité que publia V Aurore, je n'ai rien fait de SÉRIEUX ! ! ! ! ! »

l^"^ Août. — Voici : Une institutrice fait un gros trou dans une porte, pour voir. Elle amène une petite fille à ce trou et l'innocente . voit (quelle invraisemblance !) Paul Bourget K en train de féconder maman. Là-dessus, la petite fille innocente demande qu'on l'emmène au couvent, tout de suite: Se-

cret des vocations religieuses enfin dévoilé !

2. Oui, Camille Lemonnier, toi qui, sans être législateur d'aucun peuple errant, as, tout de même, écrit une Genèse, oui, Camille, c'est une affaire entendue. A chaque feuilleton, la femelle de Matthieu — « bonne pondeuse, bonne éleveuse », dit le médecin — met bas un ou plusieurs petits. « Encore de la richesse et de la puissance, crie notre imbécile, une force nouvelle lancée au travers du MO^DE... » Puis, la tentalive de l'élevage en grand. « C'était la conquête invincible de la vie, la fécondilé s'élargissant au soleil ; le travail mettant, à chaque heure, dans les veines du monde, plus d'énergie, plus de santé et plus de joie ».

Si cet horrible macaroni n'a pas été servi trente fois, je demande qu'on m'arrache la peau du derrière devant un public nombreux.

Le monde ! les veines du monde ! « Le travail régulaleuret cméateur du mondey). Pour un rien, il écrirait sa^ue/^r du monde.

Ces ennuyeuses sottises sont évidemment moins dilficiles à trouver qu'une pensée ou une belle image. C'est une excuse.

4. — Ciel ! Que lis-je? Des gens qui ne se sont pas vus, depuis des années, s'écrient : « Que de choses ! Cela ne nous l'ajeunit guère ». Le Prince des prosateurs démarquant Alphonse Allais !

5. — Cette fois, il y a une putain qui se décide, j'ignore pourquoi, à allaiter son enfant, après en avoir abandonné ou massacré plusieurs autres. Et, alors, elle se sent mère!... Ce passage sera très apprécié dans les bordels où la sentimentalité des dames est au dernier point, comme chacun sait.

Ah ! ce n'est pas le style qui fera obstacle aux enthousiasmes! Jamais le cochon n'avait pratiqué un bafouillage aussi ténébreux, aussi dense, aussi compacte, aussi inscrutable. Si le capitaine Dreyfus était un homme, au lieu d'être un juif innocent — ce qui est bien certainement la dernière posture imaginable — il enverrait aux Chambres, aux ministères, aux potentats de ce monde, une pétition pour réintégrer, immédiatement, son bagne.

7. — « Le désir passait en coups de flamme^ le diinn désir les fécondait... le travail néces-

sairo, fabricateur et régulateur du monde... Encore un enfant, encore de la richesse et de la puissance, une force nouvelle lancée au travers du monde... etc. »

Je le demande, avec calme, à la douzaine et demie de très pauvres diables séparés de l'innombrable troupeau des mufles, qui gardent au fond de leurs cœurs les traditions d'un art quelconque, l'amoureux souvenir de l'antique noblesse des esprits de France ; je demande à ces malheureux quelle pourrait bien être la formule de mépris applicable à un soi-disant écrivain qui a l'impudence d'ofTrir, dans un même soi-disant livre, les mêmes niaises et basses phrases jusqu'à trente ou quarante fois, sans y rien changer — et aussi ce qu'il faut penser d'un public assez avili pour admirer une pareille prostitution !

Certes, j'aime peu Flaubert et j'ai assez dit pourquoi. Mais quels ne seraient pas les rugissements de cet artiste, dont la PROBITÉ littéraire fut une chose quasi sublime et que la seule crainte de répéter un adverbe, à cinquante pages de distance, faisait généreuse-

ment pâlir; quelle ne serait pas l'indignation du lier travailleur normand, s'il vivait encore pour être le témoin de cette vacherie !

Oui, je demande cela avec tranquillité, avec humilité, avec la résignation douloureuse d'un solliciteur sans espoir... Silence!

10. — L'immonde feuilleton, interrompu, deux jours, par la première audience du procès Dreyfus à Rennes, continue.

Certes l'impudence et la sottise de Zola sont, désormais, peu capables de me surprendre, mais, il faut l'avouer, je reçois une secousse, uwQ petite secousse, àivoii Barrés, en relisant, tout de suite, la phrase que j'ai citée du dernier feuilleton. La même, l'identique, la sempiternelle phrase, infatigablement servie aux admirateurs d'Urbain Gohier et de Pressensé, depuis environ deux mois, c'està-dire à chaque naissance dans la maison de Matthieu, l'homme fécond qui ne s'arrête pas une minute — fût-ce pour lire Zola ! — d'engendrer, de fertiliser, de moissonner, d'engranger, d'acquérir des terrains, de pratiquer la vertu, de « capter des sources » et de répandre des lieux communs.

« Encore de la richesse et de la puissance, etc. » D'un feuilleton à l'autre, c'est pourtant raide, n'est-ce pas, Ernest? et cinquante mille francs pour cet ipécacuana, c'est . tout de même bougrement payé, ô VaughanI si j'ose me servir de cet adverbe du Danube. Même en Danemark, même en Jutland, on serait curieux de savoir l'accueil réservé, en France, à un écrivain moins illustre, eût-il du génie, qui entreprendrait de se moquer ainsi de ses lecteurs.

12. — A pleurer! Voyons, Emile, pourquoi ne finis-tu pas ? Tu es payé — beaucoup plus de mille fois — Vaughan ne le sait que trop. Disparais avec ton argent. Délivre, une bonne fois, tes admirateurs ! Voilà deux feuilletons — six cents lignes à peu près — pour raconter la mort d'un petit bourgeois, fausse couche de petits bourgeois, reconnu par loi-même un avorton. Par toi-même !...

Je viens de lire ça sans plaisir, mais avec soin. Il est sûr que tu as fait, cette fois, tous les efforts imaginables pour être Utléraire^ pathétique, irrésistible. Afin que tous les liquides pouvant être sécrétéspar la compassion

coulassent à la fois, tu t'es fictivement engendré à toi-même un rejeton, un Emiloïde 1 crevé, « très-calme, très-blanc, les yeux clos, comme s'il dormait. Point changé, amaigri seulement dans le coup de joudre (ah ! oui) qui l'avait emporté ».

Est-il besoin d'ajouter que ce cadavre sympathique est, par toi, environné de cierges (enfin !) et qu'il tient un crucifix dans ses mains jointes ? N'est-ce pas là le décor idéal de tous les bourgeois qui vont infailliblement pleurer à la première communion de leurs enfants — élevés, d'ailleurs, dans la plus totale infamie — en sortant de la loge des Disciples de Memphis ou de la Clémente Amitié cosmopolite, où ils ont voté, devant les bouteilles vides, l'abolition du Christianisme?

Les parents, dont l'ignominie et la stupidité ne seront révélables qu'au Dernier Jour, ces parents-là admirés de toi, malgré tes protestations à vingt francs la ligne, « ont vieilli de dix ans, sous ce coup de massue ». Quant aux visiteurs, amis de la famille, on les rencontre tellement] dans tous les caboulots qui

avoisinent les cimetières urbains ou suburbains que je crois inutile d'en parler.

Naturellement, ton homme fécond est là, avec sa femelle qui déclare péremptoirement qu'elle en a assez, à la fin, de mettre bas et que « c'est désormais à ses garçons et à ses filles de faire des enfants ».

13, — Je n'osais pas le croire, mais je suis bien forcé de me rendre.

L'infortuné Crétin aura eu l'idée que voici :

« Quelques individus, soi-disant littéraires, osent me supposer fini. Je vais leur prouver que je commence. Je vais me manifester en coup de foudre. Subito, sans avoir averti personne, j'invente le roman à refrain, le roman de dessert qu'on pourra gueuler dans les noces. Ah ! ah ! mes petits détracteurs, vous n'aviez pas prévu cette botte ! » Et il le fait comme il le dit.

Je cite parce que c'est l'unique moyen d'être cru : « Le désir passait en coups de flamme, le divin désir les fécondait... le travail nécessaire, fabricateuretrégulateurdu monde... Encore un enfant, encore de la richesse et de la puissance, une force nouvelle lancée au

travers du monde ... » Oui, mon pauvre vieux.

N'est-ce pas désarmant? (1)

Dans ce remarquable endroit, fin du livre quatrième. — combien encore, ô Seigneur? — tout le monde vêle à la fois, chez l'homme fécond, où « les ventres ruissellent d'une éternelle fécondité ».

Pauvre grand Balzac ! si noble et si démarqué par ce pénible voyou dont il n'aurait pas voulu pour frotter son appartement — non, décidément, je ne le vois pas, lisant de telles phrases, dont se pâme, sans aucun doute, la Scandinavie tout entière !

(I) Les malheureux qui liront le volume verront qu'un reste de déférence pour le public et, surtout, mon personnel dégoût m'ont empêché, cette fois comme les autres, de citer le refrain entier.

Mais ne pense-t-on pas qu'il vaudrait mieux être tout uniment un sale écrivain ? Zola répétant à satiété les mêmes phrases imbéciles, par impuissance d'imaginalion ou pénurie de pensée, pourrait, à Textrême rigueur, être touchant. Mais le triste dindon se persuadant que c'est là une trouvaille d'art, et se mettant sur le croupion ces pauvres diablesses de phrases, et faisant la roue avec, ah ! vraiment.

« Les gi'and'mères sont encein tes, les bellesfilles allaitent déjà ». Tout le monde travaille courageusement à faire des enfants. On se croirait au haras ou chez l'éleveur. Zola grouille là-dedans comme le têtard dans son marais.

18. — Quel flair n'a-t-il pas eu, en refusant d'aller à Rennes! Cet Emile, décidément, a un instinct admirable, j'ose même dire infaillible, pour se tirer des pieds, lorsqu'il y a quelque danger.

Quant au feuilleton, sans s'interrompre, un instant, d'être fétide, il continue d'être si ennuyeux et si bête que je n'arrive pas à imaginer un autre lecteur que moi-même de cette ordure.

Ce que je me représente très-bien, par exemple, je crois l'avoir déjà dit, c'est le coup de gueule de la rédaction quand il faut faire, chaque jour, de la place, à un pareil em...deur.

Pourtant, j'ai trouvé ceci :

Deux femmes sur un canapé, lèvent leurs jupes, successivement: l'une pour montrer qu'elle est devenue trop dégoûtante pour

faire la noce, en expliquant, d'ailleurs, avec des cris de rage, que l'ovariotomie l'a rendue incapable de jouir; l'autre pour faire voir «l'occlusion de ses trompes» !!! qui l'empêche d'avoir des enfants. Antithèse de la « prude » et de 1' « impure », dans la pensée du Crétin qui a évidemment compté beaucoup sur ce déballage.

L'homme fécond, témoin de tout ça, « reste frissonnant ».

Enfin ! voilà donc de la littérature à mettre dans les mains des jeunes personnes que protège M*"^ Paule Mink. Jl n'était que temps.

20. — J'ai tenté de lire intégralement les débats du Conseil de guerre de Rennes. Je n'y parviens pas. Il faudrait un geste de Dieu pour finir cette horrible affaire où tout le monde est abominable. hHnnocence même N. J de Dreyfus, en la supposant tout à fait certaine, est presque sans intérêt. Je la vois très bas, le front dans les ténèbres et les pieds dans les excréments. Innocence proclamée par Zola ! C'est à faire peur.

Le feuilleton sempiternel de ce drôle continue. Le rabâchage sénile, au lieu de finir

dans sa bave, a l'air d'augmenter, menace de tout engloutir, comme une alluvion de crotte.

Forcé de croupir en Danemark, au milieu de luthériens imbéciles, quel meilleur journal que r « Aurore » pour me montrer toutes les phases de dégradation et d'opprobre de la pauvre France qui n'a plus la force de se débarrasser de sa vermine ! Si j'avais un ami assez dévoué pour m'abonner, en outre, à la « Libre Parole » ou à la « Croix », ce serait complet. J'aurais ainsi les deux extrémités du boyau de vache avec lequel on étrapgle le plus noble peuple qui fût jamais.

Qu'est-ce pourtant que cette Afîaire dont il est parlé dans le monde entier, sinon une illusion, V apparence humaine et affreuse d'un PROCÈS DIVIN que le moment nest pas encore venu (V éclairer ?

«... San terre s'était décidé à épouser une vieille dame fort riche, fin logique de cet exploiteur rusé de la femme, Vâme la plus basse et la plus goulue, derrière sa pose de lettré pessimiste monnayant la sottise d'une ^ société en décomposition. »

Que pense Paul Bourget de ces quelques

lignes, vraiment bonnes, que je suis heureux et stupéfait de découvrir dans l'interminable fu mier ?

Ne dirait-on pas que le vieux Crétin s'est considéré lui-même, avec une attention de Narcisse, dans le très fidèle miroir des jeunes yeux du Psychologue?

2o. — La force du nombre. Il y est donc enfin venu, le vieux drôle, le vieux sot, le vieux Crétin, je ne dis plus des Pyrénées, mais de n'importe quelles montagnes.

La force du nombre ! que le triple idiot nomme en son patois « la victoire de la vie », dans une incompréhension absolue de toutes les lois philosophiques et du sens même des mots, dans l'obstruction irrémédiable de ce qui aurait pu être sa faculté de concevoir, dans son ignorance invincible de cet axiome enfantin que la force du nombre est précisément, historiquement, physiquement, métaphysiquement et indiscutablement, le triomphe de la mort!

Mais voici. Quand on est la force du nombre, on est cent contre un, dix mille contre un, cent mille, un million contre un, et voilà

ce qui plaît à notre voyou. Voilà sa gloire ! voilà ce qui le fait riche et reluisant, et voilà aussi, j'ose l'espérer, ce qui procurera ses funérailles prochaines et incomparablement ignominieuses clans la fosse la plus publique de tout l'occident.

27. — Toute la famille de l'homme fécond à bicyclette. « C'est plus moderne... On ne tient pas rancune au succès. Les gens qui s'enrichissent finissent toujours par avoir raison... La famille conquérante... Le bon combat de la grande culture... »

Puis, tout à coup, imitation, mille fois imprévue, de la divine comtesse de Ségur. J^e pauvre Emile, n'ayant pu, dans ses bordels, acquérir (conquérir plutôt, c'est un de ses mots) aucune pratique du langage des bourgeois supposés propres, s'avise enfin de consulter cette dame respectable, si célèbre sous le Second Empire.

Alors, victoire, ô Henri Lavedan ! il y a une jeune vierge comme tu les chantas, bicycletliste indémontable et lectrice vérifiée de tes livres en chocolat, qui parle du « sacre glorieux » de la propriété de papa; qui

i08 JE m'accuse...

veut qu'on aille chercher à la gare on ne sait quels futurs époux, en vue d'une « répétition » de leurs imminentes noces; qui dit: « le royal couple... Nos majestés... Leurs Majestés... les préséances... la reine-mère (c'est-à-dire maman), le roi et les princes », pendant plusieurs pages. 0 toi, Lavedan, dit rince-bouche, qui enseignas le protocole des archiduchesses du dé à coudre et du fil à couper le beurre, que ne baises-tu, sur les deux lèvres, le grand Crétin qui te ramasse dans la vertu et qui t'utilise ?

28. — Suite de la comtesse de Ségur et d'Henri Lavedan. On ne sort plus des « princes, des princesses, des demoiselles d'apparat, des pages, du royal couple, de Cendrillon, du prince charmant, etc. » Coupeau et Mes Bottes en talons rouges ! Il y a une infante qui dénombre le cortège et qui dit : « Ça fait vingt... On vous en f... (pardon!), on vous en donnera des familles pareilles ! Les lapins qui nous regardent passer sont muets de stupeur et dliumiliation ».

Emile se réjouit d'avoir enfin pigé la langue des vieilles aristocraties.

29. — Aujourd'hui, la jeune personne aux « lapins » crève subitemenl de sa bicyclette. Je savais bien que ça ne lui réussirait pas. Il est expliqué par notre Crétin que ce qui Ta tuée, au fond, c'est « la. foudre imbécile», laquelle est « une faux aveugle qui, d'un coup, sabre tout le printemps ». Alors le pieux romancier allume économiquement « quatre cierges » et pousse le cri : « Grand Dieu ! »

On aimerait qu'une bonne fois, décidément, fussent abandonnés à Lucien Descaves, à Clemenceau, à Urbain Gohieret à quelques autres calotlins, ces formes ou vocables tyranniques, inquisitoriaux et surannés dont s'indigne si justement l'adolescente et spirituelle Paule Mink.

31. — Ai-je cité déjà la sottise coutumière de Clemenceau, nommant Dreyfus hérétique, parce qu'il est juif? Clemenceau qui paraît savoir la langue française et même, dit-on, un peu de grec, le savant Clemenceau croit qu'un Juif est un hérétique !!! 0 haine carj thaginoise du sens des mots ! ô Emile Zola ! o Ubu ! Il est inutile d'ajouter que le dit Clemenceau croit combler son israélite malheu-

no JE m'accuse...

reux en lui mettant au cou cette sonnaille de vieille vache vaudoise aux trois quarts crevée et puant déjà sur le flanc des monts.

On sait que le latin cum est celui de tous les préfixes qui détermine, modifie ou particularise le plus grand nombre de mots français.

l*"^ Septembre. — « Chaque fois que l'abstraction est devenue le guide de l'humanité, la civilisation a dévié, s'est abaissée, a méprisé la vie pour exalter une lueur céleste, adorer une étoile^ une idée, un néant ». Qui parle ainsi? Hélas! Ce n'est plus Zola! comme on pourrait croire. C'est un écrivain, vous m'entendez bien, un écrivain sachant écrire^ un humaniste plein de philosophies et d'histoires, que le seul nom de Zola faisait, naguère, pâlir de dégoût. C'est Remy de Gourmont, devenu, inconcevablement, inimaginablement, le disciple de ce maître !!!!! {Mercure de France, septembre, page769) (1).

Un peu plus loin, ô Jésus en agonie ! le

(1) Jésus, autrefois, purifiait les lépreux par dizaines, en leur disant d'aller « se montrer aux prêtres »,

malheureux parle de Pascal et des « douloureuses objections que la raison faisait à la foi dans cette tête obstinée et magnifique».

La raison opposée à la foi! Evidemment cela contente Emile, cela chausse admirablement son cerveau. Mais les ombres glorieuses des éducateurs de l'esprit humain, depuis Aristote jusqu'à saint Thomas, que pensent-elles de cet imbécile ayant réussi à boucler un logicien, un poète subtil, un ironiste qu'on croyait profond? C'est à sangloter.

2. — Nous voici au 105" feuilleton de « Fécondité ». Il y a trois mois et demi que cela dure. On pourrait croire que c'est fini, archifini. L'homme fécond a engendré beaucoup d'enfants et il est devenu très riche, naturellement, ce qui ne doit étonner personne. Quant aux gens inféconds, ils croupissent dans l'abjection et la ruine. Chacun sait que telle est la loi. Pour ce qui est de l'auteur, il a empoché les 50.000 fr. de Vaughan, en attendant les 250 ou 300.000 autres que lui offriront divers caissiers accoutumés

à se soulager sur le tombeau de Chatterton. Bref, la vertu est récompensée et le vice puni, ainsi qu'il arrive toujours en ce monde. On penserait qu'il est temps d'écrire le mot fin et de faire place à une cochonnerie nouvelle. Eh! bien, non, non et non! Le Crétin ne désarme pas, le Crétin recommence.

Après avoir procréé une multitude d'enfants, il a inventé maintenant de les tuer un à un par chaque feuilleton, comme, autrefois, il les faisait naître. Rigolade prodigieuse ! Il y a, dans les deux derniers torche-culs, une maison truquée pour précipiter les visiteurs dans des abîmes, telle qu'on en trouve encore dans quelques-uns de ces bons vieux drames de l'Ambigu où se délecta l'enfance d'Emile. Nous voilà donc en marche pour le 200^ feuilleton. Vaughan en aura pour sa galette.

4. — La « dévotion maternelle... le destin vengeur qui voulait ce sacrilège... I'odeur de T^ÉAi^T ? {vulgo^ le phénol)!... » Tout cet épisode de la mort imbécile d'un des innombrables enfants de l'homme fécond, idiotement assassiné par la haine envieuse d'une voisine inféconde et slupide — toute cette

scène basse de mélodrame populacier est à faire peur ou pitié, selon les tempéraments; quand on songe que l'auteur a voulu casser, broyer, enlever, dompter ce qui est sous le le ciel, donner enfin sa mesure au statuaire du mont Athos !

Gomme nous sommes ici, à une hauteur vertigineuse, il convient de remarquer qu'on se massacre chez les modernes Alrides, simplement pour savoir « qui aura l'usine ». La commande, la sainte Commande, tel est le cothurne chaussé par l'Euripide ou le Sophocle du regrat contemporain !

En un endroit, vers le trémolo le plus pathétique, l'homme fécond, très inquiet, voulant épargner une émotion dangereuse à sa femelle, enceinte pour la soixante-dix-septième fois, à deux cent quinze ans, lui crie ceci : « Non! je t'en prie, Dieu de.scendra ». Je l'avoue, j'ai eu un éblouissement. Mais combien court! A une seconde lecture, il y avait : « Denis descendra », — avec du papier, sans aucun doute. Oh! m... !

6. — «... elle était à la fois le charme, la sagesse, la bonté, tout Tunique bonheur so-

m JE m'accuse...

lide d'un ménage. Et lui aussi était très bon, très sage, trop sage, disait-on, et elle le savait, se mettait en route, à son bras, heureuse, certaine qu'ils iraient ensemble, du même pas tranquille, jusqu'au bout de la vie, sous ce limpide et divin soleil de la raison dans l' amour d .

D'après un calcul très-modéré, chacune de ces lignes rapporte 15 fr., au moins, à notre gaga. Il y en a là pour une centaine de francs. Quand le cochon a écrit, entre son café et son pousse-café, cent lignes de cette force, il a gagné 1 oOO fr., c'est-à-dire le traitement annuel d'un pauvre employé de chemin de fer (service de l'exploitation), qui risque sa vie tous les jours. 11 est utile de remarquer que l'immonde cafard n'a pas son pareil pour gueuler le mot de Justice l

Dès aujourd'hui, lisant Y Aurore du 4, je ne vois nul moyen de croire à l'acquittement de Dreyfus. Y eut-il jamais rien de plus manifeste que la volonté formelle, absolue, antérieure à tous débats, de condainner cet is-

I raélite?

i Voilà donc un homme inexplicablement

situé au centre d'un réseau d'iniquités; privé de tout secours efficace, et même de toute consolation; n'ayant pour le défendre — à quelques exceptions près — que des gens afîreux, ennemis de la Splendeur comme s'ils étaient des démons, et identiques, par leur infamie, aux réprouvés honorables qui l'accusent ; ne sachant pas mieux, pour se défendre lui-même, que de tourner, en gémissant, vers la sotte terre, un morne regard !...

On a remarqué, dans ses lettres, l'absence de tout sentiment religieux, de toute vue noble sur la fîn des choses, ce qui est, on en conviendra, assez effrayant chez un malheureux qui lutte contre la mort.

A Rennes, il dit : « Oui, mon colonel ! Non, mon colonel! » puis il parle de sa femme en pleurant. Ah! je sais bien que certaines muqueuses, à commencer par les miennes, résistent difficilement à cela. Pourtant, ô Hébreu! si tu étais plein de ton père Abraham, si tu pensais à Moïse et aux Prophètes, si tu croyais à la Promesse, lu aurais quelque chose à dire à ces généraux, imbé-

j ciles autant qu'infâmes, qui saliraient pro- 7k\ bablement leurs culottes étoilées... en t'écouî tant.

Mais tu es un pauvre dans les ténèbres... tu ne sais pas.

! Dreyfus donc sera condamné, j'ose le pré- ' dire, et la Justice divine n'aura pas reçu l'atteinte la plus légère. Il sera puni d'un crime inconnu — d'un crime de riche — sous la présomption d'un crime connu, dont il paraît nA être absolument innocent et irresponsable. Et ce sera très bien. Si Dieu n'était pas infaillible, qui le serait?

Pour ce qui est des suites, je veux croire que mes vœux s'accompliront et qu'enfin naîtra le définitif chambardement que j'ai si souvent annoncé.

8. — Encore un Danois qui me parle de l'AfTaire ! Occasion de remarquer, pour la centième fois, l'intérêt immense de tous les étrangers, pour la cause de Dreyfus, et le mépris universel, absolu qu'inspire notre Etat-Major.

Je l'écrivais, avant-hier, il est trop démontré à l'observateur le moins profond que

la perte de cet homme est décidée et que, pour les putains en uniforme qui siègent au Conseil de guerre, il ne s'agit pas, un instant, de débrouiller la vérité, — qui, d'ailleurs, est connue de tout le monde, — mais simplement et uniquement de dénicher un truc de condamnation qui ne fasse pas trop éclater la conscience humaine.

Le sentiment unanime des étrangers est que ce dénoûment prévu serait, pour la France, une honte à ne pas s'en rele- V ver.

9. — « Fin du livre cinquième » et... « à suivre ». Ah ! c'est un rude coup ! Maintenant, où est la raison pour que ça finisse? je le demande. Combien de temps encore, cette foirade sans nom, qui paraît au fier Crétin le cours d'un fleuve majestueux?

Ce livre cinquième, dont nous voilà déblayés, finit naturellement par le refrain déjà dit (voir 13 août). Mais le curieux, c'est l'intention — évidente désormais — de caractériser, de synthétiser en ce rabâchage stupide, ses propres bouquins, ce qu'il appelle son œuvre, à lui, Zola. Lue dans cette

pensée, la ritournelle a quelque chose de prodigieux, de fantastique :

« ...Si l'on avait moins ri, on aurait entendu le ruissellement du lait, ce petit ruisseau dans le torrent de la sève qui soulevait la terre, qui faisait frémir les grands arbres au puissant soleil de juillet. De toutes parts, la vie féconde charriait les germes, créait, enfantait, nourrissait. Et pour l'éternelle œuvre de vie, Téternel fleuve de lait coulait par le monde ».

0 égrotants assoupis, ô valétudinaires sereins qui vous liquéfiez silencieusement dans les lits mécaniques de l'Assistance, au sein des asiles; — que pensez-vous de cette mamelle?

11. — On paraît avoir interrompu le massacre chez l'homme fécond. Deux cadavres ont suffi. C'était un essai, c'était pour voir. Ne trouvant plus dans son imagination, s qui ressemble à celle d'un poète comme une tourbière à un lac, aucun avouable expédient pour tuer le reste de la famille, notre auteur s'en tire le plus simplement du monde. II passe à autre chose. Il frotte les vieilles

toiles foraines de V Assommoir, souillées de fange et de bran, depuis vingt-cinq ans — et nous revoilà dans ce joli monde, chez une ouvrière tirée du bordel, on ne sait comment ni pourquoi, qui pratique la vertu six jours par semaine et se repose le dimanche en travaillant. Malheureusement, cette Pélagie sans Dieu n'a pas tout prévu et se laisse /rt/?e/' par « un jeune homme trapu de {sic) mâchoires brutales », son fils, hélas! jeté aux ordures dix-huit ans auparavant, lequel fils elle avait si bien cru crevé et qu'elle donnerait si volontiers un tiers de sa peau pour voir instantanément disparaître au fond du plus sale gouffre.

La vertu de cette ouvrière est, dans la pensée du bon vieux Crétin, ce qui doit enfin démonétiser les légendes poussiéreuses des Pénitentes et des Vierges que l'Eglise honore sur ses autels.

12. — « Le jeune homme trapu de mâchoires brutales » continue à taper sa vertueuse mère, qui n'a d'autre ressource que familié de M"'^ Angelin (!), une vieille inféconde chargée par Emile de supplanter avan-

tageusement les Petites Sœurs des pauvres qui ont fait leur temps (1). Celte dame, déléguée de l'Assistance publique et se foutant — comme il convient — de tout Bon Dieu, va visiter les pauvres, « tenant sur les genoux son petit sac gonflé des pièces d'or et des pièces d'argent qu'elle a à distribuer ».

Voilà une chose qui étonnera indistinctement toutes les classes de la société. L'Assistance publique prélevant une somme quelconque, ne fût-ce que de quinze centimes sur les quarante ou cinquante millions annuels que ses mandarins se partagent, pour assiste?' des indigents!...

Zola, naturellement, gobe ces blagues ou s'il ne les gobe pas, il feint de les gober, ce qui est exactement la même chose pour une nation, désormais française, qui pense que l'Evangile fut écrit, vers le milieu du xvin® siècle, par des philosophes.

Moi, je n'ai plus qu'une ambition. J'attends le « Calvaire », celui de l'ouvrière vertueuse.

(1) Ce mot n'est pas d'Emile. Il est incapable de trouver une expression aussi originale.

bien entendu, qui va nous êtrie servi bientôt, n'est-ce pas? Lucien Descaves. Je l'espère du moins ^ comme disait un de mes anciens curés, parlant du martyre, qu'il supposait peu probable pour ses ouailles et pour lui-même.

J'ai déjà dit cette rage de prostituer les mots. Précisément, celui de martyre me fait penser aux infâmes sottises de l'heure présente. On est telleuient dans la viande et l'abolition du sens des mots est si demandée qu'il suffît de parler de souffrances pour éveiller l'idée de Martyre. Il y a des enfants martyrs, des femmes martyres, il y a même des animaux martyrs. Le sens du mot est absolument détruit.

Ces faméliques athées qui subsistent exclusivement des reliefs d'idées laissés par l'Eglise sur la table d'or où tous les peuples se sont assis, et qui n'ont pas même la gratitude intestinale des pauvres chiens, — voyez comme ils déshonorent, comme ils ridiculisent cet infortuné Dreyfus qui devrait leur faire tant de pitié ! Ils ne savent lui offrir, dans son épouvantable misère, que le plus sot, le plus répugnant des lieux communs :

« Que ses enfants sachent combien il a souirert, cornbien il est grand. Qu'ils sachent qu'il y a, à jamais, une

. auréole, à son front et que, d'un bout à l'autre de l'Europe et du monde civilisé, on se découvre à son nom,

; comme au nom du plus NOBLE des martyrs. B. Gui-

', N4.UDEAU ». {Aurore, 10 sept.)

Saint Etienne, saint Laurent, saint Georges, vingt millions d'autres qui fûtes les T^e- /72o/?2s VOLONTAIRES de Notre Seigneur Jésus- Christ et, pour celte raison, nommés Martyrs., où êtes-vous?

Je viens de lire l'arrêt de condamnation, aujourd'hui seulement, puisque je suis en Danemark. Majorité de 3 voix contre 2. Que font ici ces deux pauvres voix inutiles qui seraient si bien, demandant l'aumône sur la grande route des cieux?

En attendant le « Calvaire » imploré plus haut, j'ai la consolation d'assister au « crucifiement » de Dreyfus par Clemenceau.

{Aurore, 11 sept.) C'est une honte, je ne le dirai jamais assez, de recourir à d'aussi idiotes rengaines, surtout quand on est un écrivain. Mais le voisinage de Zola!...

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