SCÈNE IV
VICTOIRE, puis POMPÉE.
VICTOIRE, regardant sortir Gaillard.
Que brave homme!.. Éh ben ! c’est égal !.. l’idée que je vas me marier, changer de condition... et quitter un si bon maître, qui me laissait faire toutes mes volontés... ça m' fait un drôle d’effet... Ah bah!., ce pauvre Perruchon n’est pas bien malin, bien spirituel... je tiendrai la maison!.. (Elle sort par 1a deuxième porte de droite.)
POMPÉE, en dehors.
Allez!., allez!., ne vous dérangez pas. Je connais les êtres 1
(il entre par le fond, à gauche.)
Air de Toinette et so.n carabinier.
- : Aux jeux de Mars et de Cythère,
S’il s'agit de vaincre ou de plaire.
Nul n’égale les cuirassiers;
Les cœurs plus froids que les glaciers Sont domptés par les cuirassiers!
Par les cui, par les ras, par les siers,
Par les charmes des cuirassiers!
Du brillant jardin des troupiers • , Les cuirassiers sont les rosiers!
Malgré qu’ils portent des bott’s fortes,
Leurs manièr’s sont toujours accortcs :
La gràc’, voilà leur élément!
Comme ils s’espriraent gentiment!
On dirait qu’ils ont de l’aimant.
Enfin, sans compliment,
IL n’est rien d’ plus charmant Dessous le firmament !
Aux jeux de Mars et de Cythère, etc.
VICTOIRE, rentrant par la deuxième porte, à droite *.
Qu’esl-ce qui chante donc là?
POMPÉE, l’apercevant.
Victoire !..
* Pomp. Vie.
Mon cousin Pompée !.. Comment! vous v’ià ici?..
Présent à l’appel!.. J’arrive de Pilhiviers, J’ai dit adieu au régiment, bonsoir au poulet d’Inde, et je m’offre à vos regards avec toute ma fortune : rien dans les mains, rien dans les poches... (Montrant scs gâtons.) un peu d’argent sur les manches, une faim d'enfer, une soif analogue et un cœur brûlant comme la saison!..,. Vous n’auriez pas un petit verre de quéqu’ chose à me donner ?
VICTOIRE, allant prendre dans le buffet une bouteille et un verre qu’elle met sur la table, pendant que Pompée s'assied *.
Mais si... comment donc!.. Ah! ben, qui est-ce qui se serait attendu!., ce bravre cousin!.. (Elle lui verse un verre de vin.) Ahçà! mais... qu’cst-ce que vous venez faire au pays?
POMPÉE, après avoir bu.
Je viens me fixer... m’établir...
VICTOIRE, riant.
Avec votre fortune?
POMPÉE
Naturellement, puisque j’ai mon congé... Enfin, cousine, je viens vous épouser ! (u se lève.)
M’épouser ? (a part.) 11 tombe bien ! .
POMPÉE
Est-ce que ce n’était pas convenu entre nous avant mon départ pour le service? N’avais-je pas promis de revenir constant, fidèle, et vous de m’attendre de la même an même?
VICTOIRE, passant à droite.
Certainement... je ne dis pas...
Eh ben! alors... (U va à la table, se verse du vin et boit.)
VICTOIRE, è part.
C’est vrai... je suis bien un peu dans mon tort... prouvonslui qu’il est dans le sien...
POMPÉE, revenant à Victoire.
Eh bien ?.. vous ne répondez pas?
Écoutez donc, cousin, y a deux ans de tout ça, et pendant votre séjour au régiment vous ne vous êtes pas ruiné pour moi en timbres de poste. (Pompée se gratte la iète.) Pas un souvenir, pas une pauvre petite lettre.
POMPÉE
Ah !•. dame... on a si peu de temps à soi, le service... l’exercice...
* Vie. Pomp.
** Pomp. Vie.