‹ Jean 1er [i.e. premier], comte de Foix, vicomte souverain de Béarn, lieutenant du roi enChapitre 13 sur 23 · DERNIÈRES ANNÉES DU COMTE JEAN. — SON TROISIÈME MARIAGE · texte numérisé non relu

DERNIÈRES ANNÉES DU COMTE JEAN. — SON TROISIÈME MARIAGE

Relations du Béarn et de la Guyenne anglaise. — Longues négociationi entre le comte Jean et les rcprésentnnts du roi d'Angleterre à Bordeaux. — Un traité de paix termine ces négociations. — Mystérieuse correspondance du comte avec La Hire. — Conjuration ourdie par eux et Guillaume de Champeaux, évêque de Laon, contre le premier ministre de Cliarles VII, la Trémoille. — Alliance de Jean avec le comte de Pardiac. — Les routiers recommencent leurs courhcs en Languedoc. — Troubles à Avignon. — Le cardinal de Foix. — Le pape Eugène IV coiifle à ce prélat le gouvernement du Comlat Venaissin ; mais les Avignonnais refusent de reconnaître son pouvoir. — Avignon est assiégé par le comte qui contraint cette place à capituler. — Les états du Languedoc à Villeneuve. — Réunion des mômes états à Vienne, en Dauphiné. — Le (ils atné du comte , Gaston , épouse l'inante Eléonore de Navarre. — Mort de la comtesse de Foix, Jeanne d'Albret. — Ses enfants. — Jean contracte peu de temps après une union nouvelle avec une fille du comte d'Urgel, Jeanne d'.\ragon. — Il meurt un mois après ce troisième maiiage. — Ses obsèques à Mazères.

Le récit des événements, qui se passèrent en Languedoc pen* dant le gouvernement du comte Jean, nous a fait négliger l'histoire pendant la même période des domaines patrimoniaux soumis à l'autorité du grand feudataire et particulièrement de la vicomte de Béarn. Aucun fait bien saillant ne signala d'ailleurs, dans ces pays, ces années si troublées sur les autres points du royaume. Tandis que le comte guerroyait en France pour la cause du roi Charles VU, la paix continuait à régner entre ses terres de Béarn et les possessions anglaises de la Guyenne ; le traité que la comtesse Isabelle avait, en 1425, conclu avec le .sénéchal Jean de Radcl y f régissait toujours les rapports des deux pays, et, pendant que des luîtes incessantes ensanglantaient depuis nombre d'années les autres provinces du royaume, ces deux contrées voisines avaient su maintenir entr'elles d'amicales relations.

La trêve fut parfois violée cependant. A maintes reprises, les gens de guerre du parti anglais passèrent en ennemis les fron-

tières béarnaises. Mais, avec le désordre profond qui caractérise cette époque, il était difficile qu'il en fut autrement. Les faits étaient, d'ailleurs, sans gravité. Le comte n'usa point de représailles. Fidèle pour sa part aux conventions de 1425, il se contenta de demander aux principaux de la Guyenne réparation du dommage causé à ses terres et la punition sévère des coupables (1). Mais aucune satisfaction ne fut jamais donnée à ses demandes. Les choses en étaient là en 1430, lorsque vint à se produire un fait d'une certaine importance, qui faillit amener une scission définitive entre les deux pays.

Plusieurs groupes de gens de guerre, qui couraient les frontières de la Guyenne sous les ordres des capitaines de Là Réole, de Meilhan et de Budos, eurent la fâcheuse inspiration d'entrer en armes sur les terres béarnaises du Marsan et du Gavardan et se comportèrent dans ces contrées amies comme ils l'eussent fait en teiTe française ; ils les mirent au pillage et exercèrent tant de dépradations aux dépens de leurs malheureux habitants que le dommage s'élevait, au dire du comte Jean, à la somme de cinquante mille florins d'or. Ces faits, beaucoup plus graves que ceux dont on s'était plaint jusqu'alors, provoquèrent en Béarn de vifs mécontentements et furent le point de départ de longues négociations. Jean se plaignit vivement de cette violation inouïe des traités et fit entendre ses plaintes à Bordeaux. Les jurats de cette ville, aussitôt qu'ils la connurent, s'empressèrent d'adresser au comte un messager pour lui témoigner leurs regrets. Ils le priaient instamment de ne point considérer ces actes d'hostilité comme une rupture de l'alliance qui unissait, depuis 1425, le Béarn à la Guyenne anglaise, lui donnaient l'assurance que ces faits ne se reproduiraient point à l'avenir et l'invitaient enfin à conclure avec eux et avec les états de Guyenne un nouveau traité de paix.

Les lettres des jurats de Bordeaux étaient datées du 9 septem* bre 1430. Jean les reçut à Montaner, deux jours après, et y répondit immédiatement. Il protestait fort de ses sympathies pour les Bordelais et leur ville, affirmait son désir de leur être

(1) Ces faits nous sont connus par les négociations qui suivirent et par les documents, conservés dans nos archive^s, relatifs i\ ces négociations (Arch. B.-Pyr., E. 435).

agréable, autant que son honneur et ses intérêts pouvaient le lui permettre, et disait qu'il avait vu, par conséquent, avec un grand déplaisir les actes hostiles commis sur ses terres par les gens de guerre du parti anglais. Il était vivement froissé surtout que ces faits n'eussent point attiré à leurs auteurs la punition qu'ils méritaient, et que les dommages causés à ses sujets par les envahisseurs n'eussent pas encore, malgré ses demandes, reçu la moindre réparation. Cependant, il consentait une fois de plus à oublier ces événements regrettables et, si les officiers du roi d'Angleterre et les états de Guyenne désiraient renouveler le traité de 1425 ou convenir avec lui de tous autres arrangements équivalents, il se disait tout disposé à se prêter à leurs vues (1).

Au reçu de ces lettres, on se hâta à Bordeaux de rédiger les termes du traité, qui devait être soumis à l'acceptation du comte de Foix, et l'on chargea le doyen de Saint-Seurin d'aller porter à Jean le texte de ces propositions. Ces faits se passaient dans les derniers jours de l'année. Le comte était alors à Mazères. Il reçut dans cette ville le négociateur anglais et le renvoya à Bordeaux, le 2 février suivant, avec sa réponse et ses exigences. Revenant sur ses lettres du 11 septembre, il rappelait longuement les dommages exercés sur ses terres par les gens de guerre du parti anglais et se plaignait vivement que les Bordelais, au mépris des traités, eussent parfois aidé à ces pillages, t Ces faits, disait-il, « lui eussent donné le droit d'user de représailles; il n'en avait « rien fait cependant et s'était contenté de commettre à la garde « de ses domaines menacés quelques-uns de ses officiers avec € leurs compagnies. Se refuser à conclure un nouveau traité d'al- « liance, le comte le pourrait donc sans remords; les derniers « événements et la conduite coupable de ses voisins lui

(1) Paul Raymond a publié {Archives historiques de la Gironde, III p. 177) ce document important sous la date de 1376, en faisant suivre cette date d'un point d'interrogation. Il attribue donc cette lettre à Gaston- Phœbus. Mais, d'autre part, dans l'inventaire modèle de nos archives qu'il a rédigé, cette piAce a été jointe par lui à une liasse composée de documents appartenant tous à la période qui nous occupe (E. 43o). C'est dans cette seconde publication que P. Raymond a raison, et non dans les Archives de la Gironde. Cette lettre émane très certainement du comte Jean, et non de Gaston-Phœbus. On peut lui assigner une date certaine (11 septembre 1430J L'objet qu'elle traite, les faits auxquels elle fait allusion, nous les retrouvons dans les autres documents à ce relatifs qui portent la date de 1490. Evidemment, elle appartient à la même époque que ceux-ci.

donnaient suffisamment le droit d*en agir ainsi. Cependant, il prenait en considération les liens d'amitié qui avaient de tout temps uni le Béarn à là Guyenne anglaise, et, convaincu qu'il était indispensable à la prospérité des deux pays que leurs relations commerciales ne fussent point gênées, il voulait bien condescendre aux prières des jurats de Bordeaux et donner son approbation au traité de paix qu'on lui proposait. Mais il exigeait toutefois que cette nouvelle alliance fut non seulement jurée par le roi d'Angleterre et revêtue du sceau de ce prince, mais encore qu'elle fut jurée et scellée par les grands personnages dont il donnait les noms : Tarchevêque de Bordeaux, le sénéchal de Guyenne, le captai de Buch, les seigneurs de Mussidan et de Lalande, le maire et les jurats de Bordeaux et plusieurs autres. Les dommages causés à ses terres devaient être suffisamment indemnisés. Quatre personnes choisies de part et d'autre seraient chargées de leur estimation. Le comte trouvait inutile la clause introduite par les Bordelais dans leur projet de traité, qui exigeait des gens allant de Béarn en Guyenne et réciproquement ta présentation d'un permis de parcours, à l'entrée de chaque ville. Ceux qui voyagent, disait-il, sont généralement des gens s'occupant de transactions commerciales et, par conséquent, peu dangereux. Exiger d'eux un sauf-conduit est donc absolument inutile. Jean demandait enfin en terminant que son comté de Bigorre fut compris dans le traité et qu'on y fît aussi participer le comté de Comminges, qui appartenait à son frère Mathieu (1). »

Aussitôt connues h Bordeaux, la réponse et les propositions du comte de Foix furent communiquées par les jurats de cette ville aux officiers du roi d'Angleterre, et, en présence desélats du pays, on les discuta longuement. Le 19 février, les jurats renvoyaient une fois encore le doyen de Saint-Seurin auprès du Béarnais et chargeaient ce personnage d'apporter au comte Jean, avec la décision définitive de cette assemblée, une copie du traité de paix que le sénéchal de Guyenne consentait à conclure avec lui. Dans une lettre spéciale qui accompagnait ce document, ils lui disaient

(1) Articles présentés aux Bordelais par le comte Jean (Archives des Basses-Pyrénées, E., 435).

que ce traité était presqu'en entier conforme à ses propositions, mais que certaines de ses exigences, à leur avis inutiles et sans objet, n'avaient pu cependant y être comprises. On n*avait pas admis, par exemple, que les sceaux des personnages désignés par le comte Jean figurassent sur Pacte de traité auprès du sceau du roi d'Angleterre. Le sceau du roi était plus que suffisant, et le sénéchal de Guyenne saurait bien contraindre au respect absolu du traité ces personnages comme tous autres, bien que leurs sceaux n'y fussent point attachés (1).

Mais ce que les jurats de Bordeaux ne disaient point, c'étaient les autres décisions prises par les états de Guyenne et les mesures arrêtées en cas de refus par le comte Jean de souscrire à leurs propositions. Le comte fut mis au couraut de ces faits par une lettre que le captai de Buch, son frère, présent aux délibérations des états, lui adressa, le 24 février. Jean sut ainsi qu'on avait décidé de mander à Bordeaux les gens du pays des Lannes, voisins les plus proches des terres béarnaises et les plus directement intéressés, par conséquent, dans ces négociations. On voulait qu'ils fussent présents, lorsqu'arriverait la réponse du comte de Foix. Si cette réponse était un refus, c'est de concert avec eux que seraient prises les mesures nécessaires pour soutenir la guerre en ce cas inévitable contre les Béarnais, de façon qu'ils ne pussent être pris au dépourvu par les hommes d'armes ennemis. En outre, et ceci était beaucoup plus grave, les Bordelais avaient député deux des leurs en Angleterre, avec mission d'informer le gouvernement anglais de la situation qui était faite à la Guyenne par le comte Jean, et lui demander l'envoi dans ce pays du duc de Glocester ou de tout autre grand personnage. L'arrivée du duc, disait-on, était fixée pour la Saint-Jean prochaine II devait prendre en main le gouvernement supérieur des possessions anglaises dans le Sud-.Ouest et diriger les opérations militaires, si la Guyenne était contrainte à se défendre contre les attaques du Béarnais. Le captai engageait donc vivement son frère à prévenir une lutte qui lui serait certainement difficile. Il valait mieux avoir le duc pour ami que pour ennemi. Qu'il n'espérât point, d'ailleurs, en faisant attendre son assentiment aux propositions des Bordelais,

(1) Arch. B.-Pyr., E. 4a5.

obtenir rien de plus que ce qu'on lui avait accordé. On était absolument décidé à Bordeaux à ne point lui faire de nouvelles concessions. Le parti le plus sage dans ces conditions était donc d'accepter telle quelle Talliance qu on lui proposait (1).

Si le comte entendit ces conseils et se rangea à l'avis du captai, ce n'est qu'après avoir longtemps tergiversé. D'ailleurs, nous ne trouvons dans les documents contemporains aucune trace de négociations nouvelles pendant le cours de cette année. Sans doute, le-: graves événements, qui se passaient alors dans les provinces du Centre, Hrent momentanément oublier aux Anglais leurs pourparlers avec le comte Jean.

Au commencemen*. de Tannée suivante, le traité de paix projeté était encore en discussion. Une clause de ce traité ne plaisait guère au comte de Foix. Se prêtant à une interprétation ambiguë, elle pouvait un jour ou Tautre lui créer de graves embarras. Cette clause établissait que « nul homme des pays de Béarn, de Mara san et de Gavardan ne devait dorénavant porter les armes con- € tre les gens de guerre du parti anglais ». C'était interdire au comte, on pouvait ainsi l'interpréter, d'appeler à son aide ses vassaux de Béarn, alors même qu'il aurait à défendre contre les Anglais ceux de ses domaines qui n'étaient point compris dans la trêve projetée. Ce dernier cas, enelîet, pouvait se présenter. Jean était comte de Foix, vicomte de Lautrec et seigneur de bien d'autrès terres encore en môme temps que vicomte de Béarn. Si, conime vicomte de Béarn, il était en paix avec le roi d'Angleterre, en revanche, comme lieutenant de Charles VII en Languedoc, il était son ennemi. Il pouvait donc arriver, et ce fait avait même dû se produire déjà, que les hasards de la lutte, qu'il soutenait contre les Anglais dans les contrées languedociennes, amenassent les envahisseurs sur quelqu'une de ses terres qui ne participeraient point au traité. Dans ce cas, le comte n'entendait point se priver des services de ses vassaux béarnais. Il admettait bien que ceuxci ne fussent pas directement en guerre avec la Guyenne, il admettait encore qu'ils ne prissent aucune part à la querelle qui divisait alors la France et l'Angleterre ; mais il n'entendait point que les Béarnais restassent neutres, lorsque, par le fait de cette

(1) Pièce justificative XXX VIII.

querelle, une partie quelconque du patrimoine de la maison de Foix serait en danger.

La question fut soumise aux états de Béarn. Convoqués par le comte, ils se réunirent au château de Pau, en janvier 1432. Jean exposa devant eux ses raisons et leur demanda avis et conseil. Leur décision fut conforme h ses secrets désirs. Après en avoir mûrement délibéré, ils convinrent que cette clause serait abandonnée et qu'on proposerait au sénéchal de Guyenne de lui substituer la formule suivante, qui laissait au comte de Foix beaucoup plus de latitude : « Jean ne pourrait en aucun cas obliger ses t vassaux de Béarn, de Mar>;an et de Gavardan à le suivre sur les € terres du roi de France pour y combattre les Anglais. De plus, € il s'engageait h ne point les empêcher d'aller, s'ils le désiraient, € guerroyer pour la cause anglaise sous les bannières du roi « d'Angleterre > (1).

C'était un amendement bien sensible à la première rédaction. On spécifiait bien la neutralité de la vicomte de Béarn et des contrées voisines dans la (luerelle qui divisait alors les Valois et les Lancastre ; mais on se taisait sur le cas où les autres terres héréditaires du comte de Foix seraient directement en cause par le fait même de cette querelle. Les états de Béarn furent, d'ailleurs, d'un accord unanime sur ce point, et Tévéque de Lescar, qui les présidait, fut leur organe auprès du comte. Si les Anglais étaient amenés par les nécessités de la guerre actuelle à menacer quelque partie du domaine de la maison de Foix non comprise dans la trêve projetée, le comte verrait ses vassaux béarnais accourir à son aide contre les envahisseurs. Si même, et la chose était fort probable, le coneeil anglais de Bordeaux se refusait h accepter le projet de traité ainsi modifié, les étals de Béarn donnaient au comte toute liberté de maintenir telles (luelles ses conditions. D'avance, ils acceptaient toutes les conséquences de cette attitude, prêts à marcher en armes contre leurs voisins, sous les ordres du comte Jean, dans le cas où le refus par les Anglais

(I) Ci-après pièce justificativo XXXIX. Voici le texte iK^arnais de ce passade curieux : c So ère que lo dit Comte... no mandasse à ne^nn liomi de m las dictes teiTes... anar à la part tVancese perf'ar guerre conMelos de la* c |»art anglese ni enipachasse... que los homis de his dictent terres no m anasi^n a la part an^rlese... »

de continuer les négociations sur ces bases nouvelles entraînerait une rupture entre le Béarn et la Guyenne anglaise (4).

Mais on n'eut pas à s'enquiéter de cette éventualité. Le 27 du mois de mai suivant, le sénéchal de Guyenne donnait à Bordeaux des lettres qui renouvelaient le traité conclu, six ans auparavant, avec la comtesse Isabelle et établissaient une paix solide entre les deux contrées (2). Outre le Béarn, le Marsan et le Gavardan que concernaient seulement les conventions primitives de 1425, la Bigorre, le Nébouzan et le Comminges étaient aussi compris dans cette trêve, et chacune de ces contrées, sur la demande du comte, faisait l'objet d'un traité spécial. Donnés à Bordeaux à la fin de mai, ces actes importants étaient aussitôt expédiés, et le seigneur de Lescun, sénéchal des Lannes pour le compte du roi d'Angleterre, recevait du conseil anglais de Bordeaux la mission d'aller en personne les apporter au comte de Foix (3).

Ainsi se terminaient dans le sens le plus pacifique ces longues négociations. Négociations étranges, d'ailleurs, de la part d'un personnage que la confiance de Charles VU avait investi du soin de défendre la cause nationale dans le Midi, et seulement explicables par le désordre profond qui caractérise cette époque troublée. Soustraire le Béarn à la lutte, qui divisait alors la France et l'Angleterre, était certes chose fort légitime. Le Béarn, en eflety se piquait d'indépendance, et pour cette contrée le roi de France était un roi étranger au môme titre que le roi d'Angleterre. Mais la Bigorre, mais le Comminges, mais le Nébouzan , soumis à la suzeraineté des Valois, n'y avait-il pas pour le comte Jean une sorte de trahison à les faire comprendre dans un traité conclu avec l'Angleterre, alors qu'ils faisaient partie d'un royaume engagé avec ce pays dans une lutte des plus sérieuses où son indépendance même était en jeu, et que, d'ailleurs, de formels engagements unissaient le feudataire béarnais à la cause du roi Charles VU?

Pendant qu'il négociait ainsi avec les lieutenants du roi anglais, le comte entretenait avec un des aventuriers les plus renommés

(1) Pièce justificative XXXIX.

i'I) Arch. H.-Pyr., K. 3l>2. — Bibl. Nat. Coll. Moreau, v. 370, fo 101.

(3) Arch. B.-Pyr., E. 435.

de ce temps une mystérieuse correspondance. Cet aventurier était La Hire, ce fameux La Hire dont les chroniqueurs du quinzième siècle se sont plus à raconter les prouesses. Le 8 juillet 1 432, La Hire signait une lettre curieuse dans laquelle , s'adressant au comte de Foix, à son frère, le comte de Comminges, et à Guillaume de Champeaux, évêque de Laon, commissaire général des finances en Languedoc, il prenait envers ces trois personnages les engagements que voici : « Je vous promets, disait-il, quinze jours avant « d'entreprendre rafïaire que vous connaissez, de vousen informer,

< afin que vous puissiez vous tenir prêts. Le jour de Texécution ve- « nu, je vous écrirai entoule hâte, de telle sorte qu'il vous soit possi- « ble, au moment voulu, d'aller immédiatement de l'avant. Je m'en- « gage de plus envers vous, comte de Foix, à mettre le roi entre vos t mains, et en cela je vous servirai de tout mon pouvoir. Je m'en- « gage encore à ne point rendre la liberté à Vhomme que vous t savez sans votre consentement, et je ferai en sorte dans tous les t cas qu'il n'arrive aucun mal à sa personne. Je vous promets de « ne placer auprès roi nul homme que je ne puisse ensuite retirer € de cette place, lorsque vous m'en exprimerez le désir. Enfm, je « ferai mander à Poitiers les seigneurs qui devront être mandés,

< six semaines après le cas advenu » (1).

Quel pouvait être l'objet de cette entreprise mystérieuse ? Quel est ce roi, qui doit être livré par La Hire entre les mains du comte de Foix? Quel est surtout ce personnage, qu'il importe fort de retenir en captivité et pour la vie duquel cependant, en ce siècle peu scrupuleux, on garde tant de ménagements ? Les deux derniers historiens de Charles VH, qui ont connu ce curieux document, n'ont pu que conjecturer à cet égard. Pour M. Vallet de Yiriville, le roi, qui doit être mis par La Hire entre les mains du comte de Foix, est évidemment Jacques de Bourbon, comte de la Marche et roi, mais roi sans royauté, de Sicile, de Jérusalem et de Hongrie. Investi du gouvernement du Languedoc en 1422, Jacques de Bourbon s'était vu retirer cette charge trois ans après pour faire place au comte Jean, plus capable que lui de défendre les intérêts du roi Charles VII dans le Midi. M. Vallet de Viriville

(i) Arch. B.-Pyr., E. 435. #— Original avec la signature de La Hire. — • Cet acte a été publié par Vallet de Viriville dans le Bulletin de la Société de l'Histoire de France, année 1859, p. 41.

suppose qu'il aurait essayé de reconquérir par les armes le gouvernement dont on l'avait frustré, et l'alliance formée par le comte Jean avec La llire aurait eu pour but d'arrêter les projets belliqueux de ce gouverneur évincé (1).

Ainsi que le dit avec raison M. de Beaucourt (2), ce n'est pas ici le roi de Hongrie qui est en cause. Jacques de Bourbon était en son temps un trop médiocre personnage pour qu'il ait pu être l'objet d'une conjuration de ce genre. Et d'ailleurs, de sérieux motifs, que nous ferons connaître tout à l'heure, ne permettent point d'adopter une opinion pareille. D'après le dernier historien de Charles VII, le roi dont il s'agit dans cet acte ne peut être que le roi de France lui -môme, et « l'homme que vous savez », celui dont la captivité importe tant au succès de l'entreprise conçue par le comte de Foix et ses complices, n'est autre que le premier ministre de Charles YII, La Trémoille.

Nous sommes là en présence d'une de ces conjurations qui se produisirent si fréquemment, pendant les premières années de ce règne agité. Sans aucun doute, le but poursuivi par le comte, avec l'assistance de La Hire, est le renversement même du premier ministre et son remplacement à la direction générale des affaires soit par le comte de Foix, soit par le plus influent de ses trois alliés, Tévêque de Laon.

C'est là la conjecture formée par M. de Beaucourt, et c'est, à notre avis, la seule vraisemblable. Un document, que n'a pas connu le savant panégyriste de Charles VII, vient d'ailleurs corroborer dans une certaine mesure la vérité de cette opinion. Le 7 juillet 1432, c'est-à-dire la veille même du jour où La Hire prenait envers le comte de Foix ces mystérieux engagements, un traité d'alliance était conclu entre le Béarnais et le comte de Pardiac. Cet acte, dont on trouvera le texte dans la série des pièces justificatives pubhées à la fm de cette étude, présente certains caractères qu'il est bon de faire ressortir. Et d'abord, il ne porte point de date de lieu, non plus que l'acte du lendemain, dans lequel La Hire énumère les engagements qu'il s'oblige à tenir envers ses alUés. Il entre dans nombre de détails qui ne figurent

(1) Même publication, l. c.

(2) Histoire de Charles VII, II, p. 287 et suiv.

point généralement dans les actes du même genre à cette époque. L'alliance des deux comtes est dirigée «r à rencontre de toutes per- € sonnes du monde de quelque estât ou condicion qu'ils soient », sauf de peu nombreuses exceptions, parmi lesquelles nous trouvons le nom de Jacques de Bourbon, — ce qui nous a fait dire plus haut qu'il était de toute impossibilité que Tacte signé par La Hire visât le roi de Hongrie, — mais non celui de laTrémoille. Et encore, les deux comtes prennent le soin d'ajouter que ces exceptions sont faites pour les personnages mentionnés, « au cas toutes fois « que la chose les toucheroit en leur propre chief, autrement € non. • Foix etPardiac se promettent mutuellement Tassistance des armes en toutes circonstances. Ils prennent Tun envers l'autre d'étroits engagements, et afin d'assurer dans Tavenir l'exécution entière de ces engagements, ils s'interdisent le droit de demander à l'Eglise d'en être relevés. Enfin, ils terminent le traité par cette phrase qui rappelle fort ces assurances d'entier dévouement à la chose publique dont tous les partis politiques sont prodigues, à la veille d'une révolution qui doit leur donner le pouvoir: c En toutes les choses dessus dictes, disent-ils, « expressément... réservons et acceptons le Roy, nostre sou- € verain seigneur, sa seignorie et obéissance, en lesquelles nous « ne prétendons ne ne voulons en riens ofTendre n'aler à l'en- « contre en quelque manière que ce soit ne puisse estre, mais « tenir tousjours envers luy nostre bonne loyaulté, ainsy que « doyvent faire bons et loyaulx vassaulx ù leur souverain « seigneur » (1).

Ne semble-t-il pas, en comparant ce document avec celui daté du lendemain qui porte la signature de La IJire, ne semble-t-il pas qu'il y ait entre ces deux actes une sorte de corrélation ? Pourquoi, parmi les personnages exceptés contre lesquels le traité d'alliance est déclaré sans valeur, ne figure pas la Trémoille, beau-frère du comte de Foix et avec qui le grand feudataire béarnais s'attachait cinq ans auparavant d'une étroite amitié (2) ? Ce soin que prennent les deux comtes de déclarer expressément qu'ils n'entendent point agir au préjudice de l'autorité royale,

(1} Ci après pièce justificative XL.

(2) Ci-après pièce justificative XXXVI.

hMs.

n'est-il pas Tindice qu'une révolution politique se prépare et que les conjurés cherchent h prendre auprès du roi la place occupée par la Trémoille ?

A notre avis, le traité du 7 juillet et les engagements pris par La Hire dans l'acte du lendemain concernent sans aucun doute la même entreprise, et cetle entreprise ne peut être, comme Taffirme M. de IJeaucourt, qu'un com[>lot ourdi contre le ministre qui délient actuellement le pouvoir. Le comte de Pardiac, d'ailleurs, fort important personnage, n'en était pas à son coup d'essai en matière de conjuration. Déjà, en d 427, il avait été, avec le connétable de Richemont et le comte deClermont, le promoteur d'une prise d'armes dirigée sans succès contre le gouvernement de La Trémoille. Il n'est donc pas invraisemblable que, battu une première fois par le tout puissant ministre de C4harles VII, le comte de Pardiac ait voulu prendre sa revanche en aidant au succès d'une conjuration nouvelle, et que, par suite, la ligue qu'il formait avec le comte Jean eût pour objectif cette affaire dont parlait La Ilire en termes si énigmatiques.

Quoi qu'il en soit, qu'il y ait eu ou non complot contre le gouvernement de la Trémoille, que le comte de Pardiac y ait été ou non mêlé, on ne voit aucune suite donnée aux promesses faites par La Ilire dans l'acte du 8 juillet et aucune action militaire résulter de l'alliance contractée le jour précédent. La Trémoille fut bien renversé, peu de temps après ces événements; mais cette importante révolution, qui allait déli\Ter Charles VU d'un conseiller funeste, trop longtemps maître du pouvoir, devait

avoir pour promoteurs d'autres personnages que le comte Jean et ses alliés.

Cependant, les choses allaient toujours au plus mal en Languedoc. La rançon fort respectable, que la province avait payée aux routiers l'année précédente, n'avait éloigné ces dangereux pillards que momentanément, et avec les beaux jours de l'année nouvelle, ils étaient revenus plus nombreux que jamais. En vain le roi lança-t-il contr'eux, le 27 mars, un édit qui leur enjoignait d'évacuer le Languedoc (d). A la faveur des discordes civiles qui bouleversaient alors la sénéchaussée de Beaucaire, ils

(1) Coll. du Lanjf. v. 89, fo 120 — Vaissele, IV, 480.

agirent en maîtres dans ce pays et réussirent à s'emparer d*un assez grand nombre de places. Rochefort, entr*autres, dans le Velay (i), et Portes, dans le diocèse d'Uzès (2), tombèrent en leur pouvoir.

Valette et Andrelin, comme d'habitude, conduisaient ces routiers. Leur chef suprême, Rodrigue de Villandrando, guerroyait alors dans la France centrale. Est-ce à l'absence de ce capitaine qu'on dût d'être débarrassé plus rapidement cette fois de ces incorrigibles pillards ? Le fait est qu'on réussit en cette circonstance à les réduire sans grande peine. Le comte leur avait déjà opposé quelques troupes, et notamment le chevalier de Brion, un de ses officiers, avec un assez fort contingent (3), lorsqu'il se décida en avril à prendre lui -môme le commandement des opérations militaires. Au dire de D. Vaissete, l'expédition réussit à merveille. Les routiers poursuivis se dispersèrent et reprirent le chemin de la firontière. Beaucoup, tombés au pouvoir des gens d^armes du comte de Foix, furent conduits à Nîmes et pendus sans formalités (4).

La campagne était terminée, lorsque le comte de Foix, en juillet, vint à Béziers, où il avait convoqué les états du Languedoc. Sur sa demande, cette assemblée accorda au gouvernement royal, pour l'aider à soutenir la guerre contre l'étranger, un subside de cent vingt mille moutons d'or (5\ On ajouta de plus à cette allocation une somme de dix mille moutons d'or, qui fut offerte au comte à titre de présent. Jean réserva naturellement pour lui et les siens la plus grosse part de cette somme. Il attribua deux

(l)Arch B.-Pyr,E. 436.

(2) Vaissete, /. c. — Mén»ird, Histoire de Nimes, III, 159.

(3)Arch. B.-Pyr. E. 436.

(4) Vaissete, ibid.

(5) Vaissete, /. c. — Les Toulousains demandèrent à être déchargés de leur part dans le payement de ce subside. Ils avaient alors de grandes charges. La peste avait tout récemment fait de grands ravages dans leur ville. Ruinées par les courses des gens de guerre, les campagnes environnantes produisaient fort peu depuis quelques arinécs. De plus, une inondation récente de la Garonne avait emporté le pont de Saint-Cyprien et détruit dans le faubourg de ce nom un grand nombre de maisons. Ces conditions rendaient bien onéreuses pour les Toulousains les impositions nouvelles allouées par les états de la province. Aussi le comte fit-il droit à leurs réclamations, et, par lettres datées du 9 juillet, il les tint quittes de leur auote-part dans le payement du subside accordé à Béliers. (Bib. Nat. : CUubinet des titres : Fotx).

mille moutons d'or à sa cassette particulière, en donna mille à la comtesse, sa femme, autant à son frère, le comte de Comminges, onze cent cinquante à révéque de Laon, et distribua le reste entre ses officiers (l).

A l'aide des fonds accordés, on put protéger contre les Anglais les marches occidentales de la province envahies par leurs gens de guerre. En octobre, les sénéchaux de Toulouse et de Carcassonne donnèrent la chasse aux envahisseurs avec les milices de leurs sénéchaussées (2). Au même moment, d'autres capitaines couraient, sur Tordre de Jean, au secours de Castelnau-de-Raticr dans l'Albigeois, que les hommes d'armes du parti anglais pressaient alois vivement (3).

Mais, c'est surtout pendant les derniers jours de l'année que le Languedoc se vit plus que jamais menacé d'incursions nouvelles de la part des pillards. Rodrigue y conduisit ses bandes en décembre. Campées dans les Cévennes pendant Thiver, elles envahirent au printemps les plaines du Bas-Languedoc et coururent en foule d'une frontière h l'autre toutes les parties de la province (4).

L'Albigeois et le Nimois furent les principaux théâtres de leurs opérations. Albi faillit être surpris par les gens de guerre de Rodrigue. Au su de leur approche, les consuls de cette ville n'eurent que le temps de prendre en toute hâte les mesures de défense nécessaires (5).

Nimes fut aussi pendant de longs mois dans des transes continuelles. De nombreux courriers, dépêchés sur tous les points par le consulat, allaient chercher h. tout instant des nouvelles des pillards, et des gardes, postés au haut de la tour Magne, fouillaient au loin la campagne, prêts à donner l'alarme en cas de danger (6).

C'est à peine, cependant, si l'on prit quelques mesures pour re-

(i) Arch. B.-Pyr. E. 436.

(*2) Vaisscte, ibid.

(3) Bibl. Nat. : Portefeuilles de Fontanieu, v. 115. Payement à un écuyer dépùclié par le comte de Foix pour assembler la noblesse du Languedoc et la faire marcher en armes au secours de Castelnau-de-Ratier, assiégée par les Anglais.

(4) Ménard, III, p.1 00 et suiv. — Quicherat : Rodrigue de Vitlan'» drando, p. 85.

(5) Jolibois : Intentaire des Archives communales d'Albiy CC. 184. — Quicherat, /. c.

(6) Ménard III, 1G0 et suiv. et p. 236 des Preuves. — Quicherat, Rodrigue, p. 86 et pièce justificative du môme ouvrage XXI.

inédier à ce fâcheux état de choses. Les Nlmois eurent beau demander aux autorités de la province qu'on leur envoyât du secours ou, du moins, qu'il leur fut permis d'acheter moyennant finance Téloignement des routiers ; leurs sollicitations demeurèrent sans résultats. En décembre, lorsque lui parvenait la nouvelle de l'invasion des Rodrigais, le comte se contentait d'envoyer aux gens de la sénéchaussée de Beaucaire la recommandation toute platonique de résister par les armes à rentrée des pillards sur leur territoire (1). Dans le courant de janvier, il dépéchait un courrier au comte de Pardiac pour Tinformer de la venue de Rodrigue et Tinviter très probablement à s'employer de telle sorte que le redoutable condottiere renonçât à ses projets d'invasion dans la province (2).

Mais là se bornèrent ses efforts. Une affaire, à son avis autrement importante que la défense du Languedoc, absorbait alors toutes ses préoccupations, et s'il rassemblait en ce moment de nombreuses compagnies de gens de guerre, ce n'était point, nous allons le voir, pour les amener à la rencontre des ravageurs.

Confiné dans son comté de Foix, pendant que les contrées languedociennes étaient abandonnées sans défense à la rage des routiers, Jean faisait depuis quelques mois, en effet, de grands préparatifs militaires. Une entreprise à main armée, qu'il méditait sur Avignon et le Comtat Venaissin, était le mobile de ces préparatifs. Il s'agissait d'aller installer comme gouverneur dans la ville pontificale son frère, le cardinal de Foix.

Une grande agitation régnait alors dans le Comtat. Le dernier gouverneur, qui l'administrait au nom de la papauté, venait de mourir, et le pape Eugène IV lui avait donné pour successeur un de ses frères, Marc Condulmier, déjà pourvu de l'évèché d'Avignon. Mais, pour un motif que nous ignorons, les Avignonnais refusèrent de reconnaître les pouvoirs de ce personnage, et comme le

(1) Auteurs cités,

(2) Quicherat : Rodrigue, pièce justificative XX. — Nous venons de voir quei(}ues pages plus haut que Jean avait contracté avec le comte de Pardiac une étroite alliance. Comme Rodrigue de Viilandrando était tout dévoué à ce grand seigneur, sous les ordres duquel il avait commencé sa fortune, Jean espérait sans doute en faisant appel à l'alliance qui Tunissait au comte de Pardiac amener ce personnage à user de son influence sur Rodrigue pour le détourner de son expédition en Languedoc.

pape s'enlètait à le maintenir, ils firent appel au Concile qui délibérait alors à Bâle. Hostiles au pontife romain depuis les premiers jours de leur réunion, les pères du Concile saisirent avec empressement cette occasion nouvelle, qui s'offrait à eux de contrarier la politique d'Eugène IV, et ils prirent fait et cause pour les Avignonnais. Le choix du pape fut par eux annulé, et un cardinal espagnol, du nom de Carrillo, pourvu du gouvernement d'Avignon au lieu et place de Marc Condulmier.

Cette double nomination fut le point de départ de luttes interminables. En juillet 1432, Carillo vint prendre possession de sa charge et chassa d'Avignon son compétiteur. Il fît dans leComtat acte de gouvernement et, afin de pouvoir aller librement reprendre son siège au Concile ou sa présence était nécessaire, il nomma le cardinal d'Armagnac, archevêque d'Auch, son lieutenant dans le pays.

Eugène IV n'accepta pas naturellement sans résistance ces événements qui portaient une grave atteinte à son autorité. Il ne maintint point, il est vrai, le premier gouverneur qu'il avait donné aux Avignonnais, mais il confia ces fonctions à Fun de ses plus dévoués fidèles, le cardinal de Foix, et donna à ce prélat l'ordre formel d'employer la force des armes pour réduire à Tobéissance Avignon révolté, si l'emploi de la force était reconnu nécessaire.

Le cardinal de Foix était, en effet, beaucoup plus que Marc Condulmier en mesure de ramener les peuples du Comtat au respect de l'autorité pontificale. Par sa naissance, il appartenait à l'une des maisons? les plus puissantes de la France féodale ; par son caractère et par la vaste intelligence que l'histoire lui accorde, il était à juste titre considéré comme l'un des princes de l'Eglise les plus remarquables et les plus influents de son temps.

Il n'est pas inutile de consacrer ici quelques lignes à ce personnage important, dont la vie remarquablement remplie mériterait les honneurs d'une étude spéciale. Son rôle dans l'histoire ecclésiastique du quinzième siècle fut des plus considérables. En 1405, âgé de vingt ans à peine, il était pourvu par le pape Benoit XIII de l'évéché de Lescar et recevait, trois ans après, des mains

(l) Faiitoni : Istorin délia città d'Avi^nione, t. I., Uy.. IIÎ. ch. 2, par. 8. — VaisseU, IV, 480et8uiv. — Quicherat : Rodriguty p. 94 et wavf.

|iL ^\:mi.

de ce pontife le chapeau de cardinal. Quelques années plus tard, en 1415, il prenait une part dbs plus actives aux négociations entamées à Narbonne, sous l'inspiration de l'empereur Sigismond^ pour amener le désistement de Benoit XIII à la tiare et mettre enfin un terme à de trop longues querelles. C'est lui qui représentait, Tannée suivante, au concile de Constance les princes de la maison de Foix et attachait ainsi son nom aux mesures prises par cette assemblée célèbre pour rendre à Téglise romaine une union que trente ans de schisme avait bien compromise. Sous le pontificat de Martin V, ce pontife l'envoyait en Aragon détruire les derniers débris du schisme d'Occident, et les historiens espagnols nous disent avec quelle remarquable habileté le cardinal de Foix sut s'acquitter de cette mission délicate (1). Il semble, d'ailleurs, que son rôle ait toujours été de chercher à rétabhr l'union dans la chrétienté. La cour de Rome devait le charger plus tard avec d'autres de négocier le retour de l'église grecque à l'église romaine, et, si dans cette œuvre de réconciliation, ses efforts devaient demeurer stériles, c'est que, pour de nombreuses et puissantes raisons d'ordre général, l'union qu'on voulait obtenir était absolument impossible à réaliser.

Le cardinal de Foix fut investi de toutes les dignités ecclésiastiques qui pouvaient être alors désirées à l'exception de la papauté. Evêque de Lescar en 1405, nous l'avons déjà dit, puis de Gomminges en 1428, il était en 1438 chargé par le pape Eugène IV de l'administration provisoire de l'archevêché de Bordeaux. Peu de temps après, ce pontife lui conférait l'archevêché d'Arles. En qualité de légat du Saint-Siège, il devait enfin conserver, de l'année 1433 jusqu'aux derniers jours de son existence (1464), c'est-à-dire pendant une période de trente ans, le gouvernement d'Avignon et du Comtat Venaissin (2).

Opposer un tel personnage, qui personnifiait dans le monde ecclésiastique la puissance de la maison de Foix, comme le comte Jean la personnifiait dans le monde militaire et féodal, opposer un tel personnage àl'archevêque d'Auch, protégé des Armagnacs, c'était inévitablement mettre en présence les deux grandes maisons

(i) Ferreras : Histoire d'Espagne^ VI, p. 315 et suiv, — Ç\xrita : Anales de Aragon, III, p. J86.

(2) P. Anselme, m, p. 374.

toujours rivales et toujours ennemies et demander aux armes la solution définitive de la question qui se débattait dans le Comtat. Le cardinal de Foix obtint facilement du comte Jean qu'il amènerait ses gens de guerre sous les murs d'Avignon. Leur frère, le comte de Comminges, devait aussi avec les siens prendre sa part de cette expédition (i).

Le comte passa Thiver 1 433 à faire ses préparatifs. Toutes ses ressources furent employées îi recruter le plus de gens de guerre possible. La nouvelle de la gronde entreprise qu'il méditait, répandue sur tous les points du Languedoc, fit accourir en foule sous ses bannières nombre de méridionaux qui se sentaient le goût des aventures. Garcassonne notamment lui fournit un fort contingent de volontaires (2). A la fin de mars, son armée était organisée. Le 2i, il adressait de Mazcres aux villes de la province des lettres qui les informaient du passage prochain de ses troupes et les invitaient à ne point contrarier leur marche (3). Ces troupes étaient fort nombreuses; ofl y rencontrait des hommes d'armes provenant de diverses nationalités (4). Les actes du temps nous ont conservé les noms de quelques uns des capitaines qui les commandaient. C'étaient les lieulenants habituels du comte, Jean de Bonnay et Bernard de Coarraze, le sénéchal de Nébouzan, Fortaner de Serres (5), le chevalier de Brion, seigneur d'Argental, Gastonnet Caste (6), et plusieurs autres.

Dès les premiers beaux jours, le comte et ses gens de guerre se mettaient en mouvement. Au commencement d'avril, ils traversaient les plaines du Toulousain, passaient en vue des murailles

(1) Vaissete, Quicherat, Fanion!, /, c. — Mi^juel del Verras, dans le Panthéon Htiéraire, p. 505.

(2) P. Bouges : Histoire de la tille de Carcasaonne^ p. 273.

(3) Arch. B.-Pyr. E., 436.

(4) C'est ce que dit Je comte Jean dans ses lettres du 24 mars, citées plus haut : « Connue nour certaines causes facions présentement assem- < Lier plusieurs gens d'armes et de trait soubz divers capitaines et de c diverses langues 9...

(5) Le 3 février 1434, Jean donne à Fortaner de Serres une somme de cent dix moutons d'or pour le récompenser de ses bons services pendant la oampaj^ne de 1433. (Quicherat : Rodrigue^ pièce just. XXVII).

(6) Arch. B.-Pyr. E. 430 : Ordonnance du comte Jean par laquelle il retient sous son commandement le chevalier de Brion et Gastonnet Gaste avec un certain nombre d'hommes d'armes.

d'Albi et se dirigeaient à marches forcées sur le Rhône (1). Peu de jours après, ils traversaient ce fleuve au pont Saint-Esprit et pénétraient dans le Comtat.

Faire la conquête de ce pays avant d'entreprendre le siège d'Avignon, afin d'assurer la parfaite liberté de ses mouvements autour de cette ville, fut le premier soin du comte de Foix en arrivant sur le théâtre de la guerre. Peu de temps suffît au grand feudataire béarnais pour mener à bien cette première opération. Les principales villes de la contrée, sommées de se rendre, subi- • rent sans résistance la loi du vainqueur, et de fortes garnisons fuxéennes, installées dans chacune d'elles, maintinrent le pays en tranquillité (2j. Vers le milieu de mai, le comte disposait ses compagnies autour de la cité pontificale et établissait son quartier général h Villeneuve, au bout du pont d'Avignon, sur la rive droite du Rhône.

C'est là que les états généraux de Languedoc vinrent, au milieu des gens de guerre béarnais, tenir dans les premiers jours de juin leur session annuelle. Le comte les avait déjà convoqués une première fois à Béziers, en mars précédent ; mais, très probablement à cause de son expédition du Comtat, dont les préparatifs absorbaient alors tous ses instants et toutes ses préoccupations, il avait dû ajourner à une date ultérieure la réunion de cette assemblée (3).

(i) Jolibois : Inventaire des archives d'Albi, CC. 184.

(2) Mi(^uel del Vernis, dans Buclion, p. 595. — Quichcral, Rodrigue, p. 96.

(3) C'est ce que dit, avec raisons d'ailleurs, D. Vaissete (IV, 480) ; mais J. Quicherat {Rodrigue, p. 86 et pièce justificative XXIII) prétend au contraire que les états de Béziers eurent lieu, d'après un acte du 10 mai 1433,

fmr lequel G. de Ghampeaux, commissaire général des finances, ordonne e payement d'une somme prise sur l'aide de 120,000 montons d'or < ota iroyés au roy, nostre dit seiî,^neur, à l'assemblée dernièrement faicte à c Béziers par les gens des trois états du dit pays de Languedoc »,.. Il nous semble que c'est là une erreur. Outre que ce document ne dit point que l'assemblée, « (iernièrement faicte à Béziers », ail été tenue en mars précédent, il est à considérer qu'il y avait eu à Béziers, l'année précédente, une réunion des états dont nous avons parlé plus liant et qui alloua précisément au roi un subside de 120,000 moutons d'or. N'est-ce pas cette assemblée que visent les lettres de G. de Ghampeaux ? VA dans ce cas même, l'expression a dernièrement », employée par ce personnage, ne serait point trop exagérée pour une session qui remontait à diz ou douze mois st>ulement, étant donné surtout qu'il n'y en avait point eu depuis et que c'était par conséquent la dernière.

Autre preuve à l'appui de notre affirmation. Les doléances des étals,

Les états s'ouvrirent à Villeneuve, le 9 juin (1). Comme d'habitude, ils se répandirent en plaintes amères sur i*état déplorable de la province, c Le pays était la proie de ravageurs d'autant « plus audacieux qu'on ne leur opposait pas une résistance bien « sérieuse. Routiers et gens de guerre s'entendaient pour mettre « le Languedoc au pillage. Attirés par les facilités que la mollesse « des lieutenants du roi otTrait aux pillards dans cette malheureu- « se province, les corsaires de la Méditerranée ne se gênaient « guère pour opérer de continuelles descentes sur les côtes du « Bas-Languedoc. Entre Leucate et Aigues-Mortes notamment, le « pays avait eu grandement à soufTrir dans ces derniers temps f des incursions incessantes de ces pirates. Les campagnes « avaient été par eux dévastées, les bourgs livrés au pillage et « des centaines de personnes emmenées en captivité.

a II fallait encore ajouter à ce tableau peu consolant que Tétai » du pays, quant aux productions de la terre, était des plus » fâcheux. A cause des courses continuelles des gens de guerre, » le rendement du sol devenait tous les ans plus médiocre. La » récolte des oliviers, notamment, était celte année fort compro- » mise dans la sénéchaussée de Beaucaire. De plus, des pluies 1 trop abondantes, tombées sur tous les points du Langue- » doc, avaient complètement gâté les vignes.

» Dans ces conditions, accorder au comte de Foix, comme il le » demandait, une nouvelle contribution pécuniaire, c'était imposer » à la province une charge bien onéreuse. Cependant, « faisant de » nécessité vertu ^^ et pour donner une preuve de leur bonne 9 volonté, les états consentaient à accorder au lieutenant du roi » un subside de soixante-dix mille moutons d'or, payable en trois 9 termes, partie au 31 août suivant, partie au i5 novembre, et le » reste h la Chandeleur. Mais, en retour, ils demandaient instam- » ment qu'on prit à Tavenir des mesures énergiques pour épar- » gner à la province les désastreux ravages dont la menaçaient

tenus à Villeneuve en juin, nous ont été conservées. Or, il n^y est pas feit mention d'états tenus à Béziors on mars précédent. Si ceux-ci avaient eu lieu cependant, ne semble-t-il pas que les états de Villeneuve auraient en un fort juste sujet de plaintes dans le fait de cette demande d'un subbide nouveau de 70,U00 moutons d'or venant s'ajouter à une allocation de 120,000 moulons d'or accordée par eux trois mois auparavant ? (1) Arch. mun. de Toulouse : re^. 155, Cahier des doléances.

B incessamment les pillards de terre ou de mer, que les gens de » guerre au service du comte de Foix ne séjournassent point trop » longtemps en Languedoc au grand dommage du pays, que la 9 sécurité des routes fut rétablie et par suite la liberté des tran- » sactions commerciales assurée, que toute exportation de grains t hors des trois sénéchaussées fut formellement interdite et ainsi 9 la disette prévenue, et enfin qu'on n anticipât point, comme » cela se faisait parfois, les échéances de payement du subside » accordé » (1).

Pour obtenir l'octroi de ce subside, le comte avait prétexté devant les états la présence des routiers de Rodrigue de Villan-^ drando dans la province et la nécessité de résister par les armes à leurs agissements. En réalité, les frais occasionnés par le siège d'Avignon dictaient cette demande de ressources nouvelles bien plus que le désir de mettre bon ordre aux courses des pillards. Les événements semblaient cependant donner raison aux assurances menteuses du comte de Foix. Au moment où les états délibéraient à Villeneuve, on apprenait que les bandes de Villaudrando abandonnaient les parties centrales de la province et qu'elles se dirigeaient en grandes masses sur le Rhône avec des intentions menaçantes.

Un document contemporain, que J. Quicherat a publié à la suite de sa remarquable étude sur Rodrigue de Villandrando, nous fait connaître le motif qui amenait les gens de guerre du redoutable capitaine à laisser brusquement en paix les contrées languedociennes, où l'absence des lieutenants du roi facilitait singulièrement leurs opérations, pour se porter ainsi en force à la rencontre des troupes massées devant Avignon sous le commandement du comte de Foix. Les Rodrigais venaient au secours de la ville assiégée. En apprenant l'invasion du comte Jean dans le Comlal, les pères du Concile de Râle avaient pensé avec raison que Rodrigue de Villandrando était dans la France méridionale le plus capable d'opposer une victorieuse résistance aux entreprises du feudataire béarnais, et par des lettres, en date du 26 mai, le cardinal Garillo notifiait au routier le décret du Concile (jui lui confiait

(1) Môme source.

le soin de sauvegarder par les armes l'indépendance d'Avignon (1).

Rodrigue accepta avec empressement cette mission, qui lui promettait en même temps beaucoup d'honneur et de profit, et conduisit en toute hâte ses bandes dans le Comtat. Malheureusement les espérances que les pères de Bâle avaient fondées sur son concours ne se réalisèrent point. La diversion qu'il opéra put retarder de quelques jours peut-être la victoire définitive du comte de Foix, mnis c'est là tout le résultat (juc le routier sut obtenir.

Le comte avait étabh, le 15 mai, devant Avignonses lignes d'investissemeut. Le siège se poursuivit jusqu'au 8 du mois do juillet. Dès le principe, le Béarnais pressa les assiégés avec une excessive vigueur. De grandes machines servant à lancer d'énormes pierres furent installées devant les murs de la cité pontificale, et Avignon vit en peu de temps ses hôtels et ses maisons s'effondrer en grand nombre sous la pluie des projectiles dont ces engins couvrirent la ville. Attaqués avec cette énergie, les Avignonnais ne purent tenir longtemps. Le moment arriva bientôt où ils désirèrent fort en finir. Ils s'en prirent à l'archevêque d'Auch, lieutenant de Carillo, cause de tout le mal qui leur survenait, expulsèrent ce personnage du palais des papes, et ouvrirent leurs portes au cardinal de Foix, qui entra triomphalement dans la ville, accompagné de ses deux frères et des hommes d'armes béarnais (2).

C'est sans doute ce siège d'Avignon, qui a induit un historien du Languedoc [i faire assiéger par le comte Jean, absolument h la môme époque et pour un motif identique, la ville d'Oneglia en Italie : a Le comte de Foix, dit cet écrivain...., dans le mois de « juin (1433), alla assiéger la ville d'Oneille. Le cardinal de Foix, « son frère, avait été nommé vicaire apostolique de cette ville par « le pape Eugène IV, et le conseil d'Allemagne avait nommé le « cardinal de Saint Estalti à la même dignité. Les habitants pré* « feront celui-ci au cardinal de Foix et le chassèrent de leur « ville. Le comte de Foix assembla des troupes..., les embarqua a au port de Cette, fit une descente dans le voisinage d'Oneille et « s'en rendit maître » (3).

(1) Quicherat: Rodrigue, p. 96 et pièces justificatives de cet ouvrage, no XXV.

{2) Miguel dcl Verms, dans Bu«:hon, p. 595. — Fantoni : Istoria dellm citta dWvignione. loc. cit. — Quichoral -, Rodrigue^ 1. c.

(3) P. Bouges. Histoire de la ville de Carrassonne^ pag 273.

Impossible nous a été de retrouver les sources d'où l'auteur que nous venons de citer a pu tirer ce fait. Mais, ainsi que nous l'avons déjà dit, il est à considérer qu'il place ce siège au mois de juin 1433, c'est-à-dire au n^oment même où avait lieu le siège d'Avignon . L'analogie des motifs qui amenèrent les deux expéditions est encore à remarquer. Evidemment, l'historien languedocien a commis en énonçant ce fait une confusion, que rend cependant bien étrange le peu de siinilitude des noms des deux villes assiégées, et sans aucun doute ce siège d'Oneglia n'est autre que le siège d'Avignon.

Dans la seconde quinzaine de juillet, l'expédition du Comtat était terminée, et le comte reprenait avec ses gens de guerre le chemin du Languedoc, non sans incommoder fort au passage les gens de la province et surtout les Nîmois, qui le supplièrent à plusieurs reprises de débarrasser au plus vite leur pays de la présence de ses hommes d'armes (1). Le 24, il traversait Montpellier, où il nommait un de ses trésoriers, Pascal de la Fargue, receveur de l'aide que les états de la province lui avaient accordée à Villeneuve (2). Le 20 août suivant, son passage était signalé à Muret en Gomminges (3), et peu après enfin, il opérait sa rentrée dans le comté de Foix.

Un ordre royal vint le trouver dans ce pays et l'appeler à Lyon, où Charles VII avait convoqué pour le 29 novembre les états généraux du Languedoc. De grands changements politiques venaient alors de se produire. Une révolution de palais, dirigée par les princes de la maison d'Anjou, sous l'inspiration du connétable de Richement, avait inopinément brisé la puissance de La Trémoille et appelé au gouvernement du royaume les chefs de la conjuration (juin li33). La convocation des états du Languedoc en novembre fut, au point de vue qui nous intéresse, le premier acte du nouveau pouvoir ; mais, à cause d'autres affaires beaucoup plus pres-

(1) Ménaid : III p. 237 et suiv. Preuve LXXXV.

(2) Arch. comm. de Nimes ; numéro 138r)6, (mss. Aubais, 70, ^ 638).

(3) 11 datait de cette ville» le 20 aoilt, une ordonnance prescrivant la main-levée du lieu de Bessière en Albigeois, appartenant au ntionastère de Candeil, et qui avail été confisqué sur ce monastère pour le punir d^avoir refusé de fournir un Io;:jement aux j^ens de puerre que le comte Jean conduisait au siège de Lautrec sur Andié de Hibes en 1427 (Coll. du Lang. v. 89, f" 151).

kk^

— lassantes, on dut assigner une date ultérieure 5 leur réunion, et c'est seulement au mois d'avril de Tannée suivante qu'il vinrent, sur de nouvelles invitations du roi, délibérer à Vienne en Dauphiné (1).

A la date convenue, le comte suivit à Vienne les députés de son gouvernement. Ainsi qu'il l'avait annoncé dans ses lettres, Ghar- VII s'était pareillement rendu dans cette ville avec ses nouveaux conseillers. Le 10 avril, Jean signait avec l'un d'eux, Charles d'Anjou, un traité d'étroite alliance (2). Toujours habile, il entrait ainsi dans les bonnes grâces du pouvoir naissant et prenait envers lui de solides garanties.

Quant aux états, ils accordèrent au roi, pour l'aidera continuer la lutte contre l'Angleterre et subvenir aux dépenses de la maison royale, un subside de cent soixante mille moutons d'or, payable en trois termes (3). De plus, ils ajoutèrent à cette allocation une somme de six mille moutons d'or, qui fut spécialement offerte au comte de Foix, à titre de présent (4j. Ce fait semblerait donner raison à cette assertion de certains de nos vieux historiens (8) que le comte reçut, en présence de Charles VII, les éloges des députés du Languedoc pour le zèle qu'il déployait au bien de la province dans ses fonctions de lieutenant général. Eloges véritablement étranges, si l'on considère la situation déplorable des contrées méridionales pendant le gouvernement de Jean et'le peu d'empressement mis par le comte à porter remède, comme il en avait le pouvoir, à ce fâcheux état de choses !

Son séjour à Vienne ne se prolongea pas au delà du mois de mai. Dans les premiers jours de juin, il était de retour dans ses domaines et n'en bougeait pas jusqu'aux premiers mois de l'année suivante. Le 8 juin, nous le trouvons h Pamiers, où il règle la distribution entre ses officiers des six mille moutons d'or que les états de la province lui ont accordés à Vienne (6). En novembre,

(1) Coll. du Lang. Y. 89, f*" 152. - Vaissete, IV, 482.

(2) Arch. B.-Pyr, E. 437.

(3) Soixante dix mille payables le 15 juillet (1434), soixante raille le 15 octobre et trente mille ie|15 janvier suivant (Vaissete, IV, preuves GXCII, p. 438).

(4) Répartition de ce le somme faite par le comte de Foix dans une pièce du Cabinet des titres : Foix

(5) Bertrand Hé ie : Eistoria comiium fuxensium, Laperrière: Annales du comte de Foix, et d'autres.

(6) Bibl. Nat. Cabinet des titres : Foiçc,

c'est dans sa vicomte de Béarn qu'il réside et, le 6 de ce mois, il conclut alliance au château de Pau avec un puissant seigneur voisin, le sire de Gramont (1).

En vain, le roi Tappelie-t-il en octobre pour prendre part à une expédition que le duc de Bourbon dirige contre les troupes bourguignonnes dans le Beaujolais (2). Cet appel est sans résultats.

Une affaire des plus importantes retenait alors le comte Jean sur ses terres. Il poursuivait auprès de la cour de Navarre des négociations tendant à amener le mariage de son fils aine, Gaston, avec une des filles du roi D. Juan. Nous avons déjà vu que le comte et ce prince étaient dans les meilleures relations. En 1420, ils avaient conclu à Pampelune un traité d'alliance et pris l'un envers l'autre d'étroits engagements (3). Depuis, leur action avait toujours été commune et leur politique identique dans toutes les grandes questions qui s'étaient agitées en Espagne pendant les quinze dernières années. En 1430, alors qu'une guerre menaçait d'éclater entre la Castille d'une part, TAragon et la Navarre de Tàutre, le comte avait pris parti pour ces deux dernières puissances et armé en leur faveur ses compagnies de gens de guerre. Dans ces conditions, un mariage devait venir tout naturellement resserrer encore les liens qui unissaient d'ancienne date les deux grandes maisons voisines, et les ouvertures du comte de Foix à cet égard ne pouvaient qu'être favorablement accueillies.

Les clauses du contrat de mariage furent discutées à Tarbes, le 22 septembre. Le comte Jean s'était rendu dans cette ville où \inrent le rejoindre les procureurs du roi D. Juan. L'union de Gaston de Foix avec l'infante Eléonorey fut solennellement décidée. On fixa la dot de cette princesse à la somme de cinquante mille florins d'or d'Aragon. En retour, le Béarnais s'engagea à donner à son fils aîné l'héritage de tous les domaines soumis à la suzeraineté de la maison do Foix, en y comprenant les acquisitions faites sous son règne. Exception était faite seulement, parmi ces acquisitions, pour les vicomtes de Lautrec et de Villemur dont le comte se réservait de doter son second fils. Le 22 décembre suivant, les négociateurs se réunissaient une fois encore à Bagnères-de-Bigorre

(1) Arch. B.-Pyr. E 437.

(2) Vaissetc, IV, p. 483.

(3) Ci-après pièce justificative XXVllL

Ik -^^

et confirmaient, au nom des parties, les conventions précédemment arrêtées (1).

Les deux fiancés étaient fort jeunes quand on songea à les unir. Gaston de Foix avait onze ans à peine (2) ; Eléonore en avait neuf (3). On dut donc retarder la célébration de leur mariage jusqu'au jour cù ils auraient atteint tous deux Tâge convenable. Trois ans après, le 30 juillet 1436, le roi de Navarre donnait pour cet objet, par des lettres datées d'Alcaniz, Tautorisation nécessaire, et, quelques mois après sans doute, l'union des jeunes princes était célébrée (4).

Les documents peu nombreux que celte période nous a laissés n'indiquent pas chez le comte Jean une bien grande activité pendant les derniers mois de son existence. Il semble qu'à mesure qu'il s'approche du terme fatal, il se désintéresse de plus en plus des événements. En mai 1435, nous le voyons à Béziers présider les états du Languedoc, réunis dans cette ville, et obtenir de cette assemblée, pour la continuation de la lutte contre l'Angleterre, la somme énorme de deux cents cinq mille moutons d'or (5). Quelques mois après, il s'emploie à débarrasser le Languedoc des bandes anglaises, qui ravagent la sénéchaussée de Toulouse, et il envoie à leur rencontre deux de ses lieutenants, le sénéchal Jean de Bonnay et le sire de Beauville, avec quelques centaines d'hommes d'armes (6).

Sans doute, les graves événements, qui se préparent alors en France, ne le laissent pas indifférent. Les négociations, entamées en 1435 pour amener une réconciliation entre Charles VII et le duc de Bourgogne, doivent évidemment occuper son attention. Son nom figure avec ceux de tous les grands seigneurs du royaume dans le texte du traité d'Arras, comme t piège » fourni par le roi

(1). Arch. B.-Byr. E. 437 et 537.

(2) Gaston était né en 1423 (Miguel del Verms, dans le Panthéon littéraire^ p. 595).

(3; Née en 1425 (Yanguas : Diccionario de aniiguedades del reino de Navarra, II p. 192.)

(4) Çurita; Anales de la corona de Aragon, Liv. XIV, ch. 22.

(5) Arch. Nat. K. 64, p. 24 — Cabinet des litres : Foix. — Portefeuilles Fontanieu, v 118. Sur ces deux cents cinq mille moutons d'or, cent quatre vingt cinq mille étaient donnés au roi pour les affaires générales du pays, cinq mille pour le Dauphin et l'éducation des enfants de France, et quinze mille étaient attribués au comte de Foix et à ses officiers.

(6) Cabinet des titres : Foix, — Vaissette, IV. p. 483.

au Bourguignon en garantie de la paix jurée dans cette ville (1), et il a ainsi le glorieux honneur de participer à cet acte important qui met un terme aux luttes intérieures, achève l'œuvre commencée par Jeanne d'Arc et porte enfin un coup funeste, avantcoureur de la dernière défaite, à la puissance anglaise sur le continent (2).

Les événements d'Espagne sont encore l'objet de ses préoccupatipns. Le roi d'Aragon dirigeait alors une expédition dans le royaume de Naples et disputait la possession de ce pays à la maison française d'Anjou. Mais les débuts de la campagne ne furent pas heureux pour le monarque espagnol. Il avait mis le siège devant Gaëte et pressait vivement cette place par terre et par mer, lorsqu'une flotte, envoyée au secours des assiégés par Gènes et le duc de Milan, vint attaquer ses vaisseaux et l'obliger, après une lutte meurtrière, à rendre son épée aux ennemis. Le roi devint le prisonnier du duc de Milan. Le comte de Foix, au dire de Miguel del Verms (3), fut un de ceux qui s'employèrent avec le plus de persévérance pour amener le prince milanais à rendre la liberté à son royal captif. Les négociations réussirent d'ailleurs au-delà de toute espérance. Politique avisé, le roi d'Aragon sut trouver un allié dans son vainqueur. Non seulement, il vit ce prince ouvrir devant lui toutes grandes les portes de sa prison, mais il gagna à sa captivité l'appui du duc qui mit à sa disposition, pour continuer Texpédilion de Naples, ses compagnies de gens de guerre (4).

Ces événements avaient fourni au comte de Foix l'occasion de négocier un troisième mariage avec une princesse de la maison royale d'Aragon. Nous avions, en effet, omis de dire en son lieu qu'il était depuis peu de temps veuf de sa seconde femme, Jeanne d'Albret. Jeanne s'était éteinte l'année précédente (5), laissant à son mari deux enfants qui allaient reccueillir après lui le magnifique héritage de la maison de Foix. L'aîné, Gaston, que nous

il) Vallet de Viriviile : Charles VII, II, p. 323.

(2) Voir sur le traité d'Arras rœuTre récente de M. de lîeaucourt : Charles VII, II, p. 505.

(3) Chronique odarnaise, dans Buchon. p. 595.

(4) Çurita : Anales de Ararjon, liv. XIV eh. 24 et suiv. — Ferreras : Histoire d'Espagne, VI. p. 414 et suiv.

(5) Miguel ael Vcrms, dans Buchon, p. — C'est à toit que P. Anselme (III, p. 371> place on 1433 la mort de cette princesse.

venons de voir unir à une infante de Navarre, portait depuis «a naissance le titre de vicomte de Castelbon (1). Successeur du comte Jean dans la presque totalité de ses domaines, il devait prendre aux grands événements politiques de son temps une part des plus importantes et porter haut comme son père le nom et la gloire des comtes de Foix ; mais, plus favorable pour lui qu'elle ne Tavait été pour Jean, la fortune lui réservait d'unir un jour aux possessions des Foix-Béarn la Couronne des rois de Navarre et d'atteindre ainsi le but que la politique ambitieuse de son prédécesseur avait à deux reprises vainement poursuivi.

Pierre, le second des enfants du comte, était appelé à de moins hautes destinées. Dans la succession de son père, sa part se réduisit aux vicomtes de Lautrec et de Villemur, dont le comte lui assura la possession par un acte testamentaire, daté de l'année 1429 (2). Sa carrière fut sans éclat. Il prit part avec son frère aîné aux grands faits militaires qui marquèrent la période suivante, mais il ne joua dans ces événements qu'un rôle toujours secondaire (3).

La princesse espagnole que le comte allait épouser en troisième mariage portait le nom de Jeanne comme les deux premières. Fille de Jacques II, comte d'Urgel, petite-fille par sa mère du roi D. Pedro II, elle appartenait à la maison royale d'Aragon. On rélevait à la cour, depuis que son père, à la suite d'une révolte malheureuse contre la Couronne, avait dCi être condamné à une prison perpétuelle (4). Dès le mois de mai de l'année précédente, le comte avait envoyé en Kspagne des ambassadeurs chargés de demander en son nom la main de cette princesse (5;. Les clauses du contrat qui devait les unir furent discutées dans une petite ville des environs de Lérida, le 28 janvier 1436. Arnaud de Léon, écuyer, Bernard Aubert, chevalier, et Gailhard de Grateloup, licencié en décrets, représentaient le comte Jean. Les procureurs aragonais étaient Martinez de Luna, Raymond de Moncade, conseillers du roi d'Aragon, et Jean de Procida, camerlingue de ce prince.

(1) C'est ainsi qu'il est désigné dans son contrat de mariage (Arch. n.-Pyr., E, 437).

{H) Arch. B.-Pyr. E. 434,

(3) P. Anselme, III, 378.

(4) Ferreras, VI. p. 198.

(5) Arch. B.-Pyr., E. 437.

-. rt

Jeanne apporta en dot à son mari une somme de dix mille livres, garantie sur les revenus de la cité de Balaguer, qui lui appartenait, et Jean lui assura en retour en augmentation de sa dot une somme de treize mille florins d'or d'Aragon (1).

Le 19 mars suivant, un ambassadeur aragonais, Louis d'Âguillon, vint à Saverdun, où résidait en ce moment le comte, apporter cérémonieusement à ce prince le texte de ces conventions. Elles furent renouvelées une seconde fois et définitivement confirmées (2). Dans les premiers jours d'avril, le comte épousait solennellement la princesse Jeanne au château de Mazères (3).

Jean était alors à la veille de sa mort. Déjà malade le jour où son union fut célébrée, il voulut cependant malgré sa lassitude consommer jusqu'au bout son mariage et, dit le chroniqueur Miguel del Verms dans son naïf langage, € dormit ab ma dona,sa molher 1. Le lendemain, t mal foc la jornada » (4). Un mois après, pendant la nuit du 3 au 4 mai, dans sa résidence de Mazères, il rendait le dernier soupir (5).

Le comte avait alors cinquante-quatre ans à peine (6). Outre les deux enfants légitimes que sa seconde femme lui avait donnés et dont nous avons parlé plus haut, il laissait encore deux bâtards. L'ainé, Bernard, fut la tige des seigneurs de Gerderest de la maison de Béam. Il devint un homme de guerre et prit une part brillante, sous les bannières de Gaston XII, son frère aîné, aux grands événements militaires qui signalèrent les dernières années de la lutte anglo-française. Le second, Pierre, embrassa la carrière ecclésiastique et mourut abbé du couvent de Sainte-Croix, à Bordeaux (7).

Jean fut enseveli dans le monastère de Boulbonne où reposaient les restes de ses prédécesseurs. Mais c'est seulement Tannée suivante que ses obsèques furent célébrées. Cette cérémonie, dont les moindres détails nous ont été conservés, eut lieu le dimanche

(i) Ci-après pièce justificative XLI.

&) Arch. B -Pyr. E. 437.

(3) Mi^'uei del Vernis, dans Buchon, p. 595.

(4) Miguel del Verms, p. 595.

(5) Vaisscte, IV, p. 483,

(6j Ainsi que nous Tavons dit dans les premières pages de ce travail, il était né en 1382 ou au plus tard en 1383.

(7) P. Anselme, 111,371.

6 septembre 1437, dans ce château deMazèrea que le comte aimait tant habiter. Les funérailles durèrent quatre jours entiers. Elles attirèrent à Mazères nombre de grands personnages de la France méridionale et des royaumes espagnols. Toutes les villes importantes du Languedoc et de la Gascogne envoyèrent leurs députatiens (1). Les ambassadeurs de la Navarre et de l'Aragon, plusieurs évèques, tous les seigneurs vassaux de la maison de Foix^ les représentants des communautés soumises à la suzeraineté des Foix-Béarn, les délégués envoyés par tous les établissements religieux de la région se pressaient en grand nombre à ces obsèques du feudataire le plus puissant des contrées méridionales (1).

A la magnificence déployée dans cette cérémonie, au nombre des grands personnages qu'elle avait attirés, on dirait vraiment des funérailles d'un grand souverain. Et c'étaient bien en réalité des souverains que ces Foix-Béarn, dont l'autorité s'étendait sur de vastes territoires, qui traitaient de puissance k puissance avec les royaumes voisins et pouvaient faire marcher sous leurs bannières des armées telles que bien des souverains de l'Europe occidentale n'en pouvaient toujours mettre sur pied.

Le comte Jean est sans contredit un des princes les plus remarquables qui aient régné sur nos contrées. Il fut à son époque un des grands feudataires qui surent pousser aussi loin qu'elle pouvait l'être alors la puissance féodale. C'est plus en roi qu'en grand seigneur qu'il traitait avec les monarques, ses voisins, qu'il négociait ses alliances et qu'il intervenait dans les événements.

Au physique, il avait ces qualités qui, dans ces siècles de fer où la force brutale est la seule prisée, imposent le respect aux hommes et les contraignent à l'obéissance. Sa taille était grande et majestueuse et son visage avait une expression de dureté qu*accen tuait encore la rudesse de sa voix (2).

Vivant dans un siècle d'intrigues, il sut être l'un des personnages les plus intrigants de son temps. Nous l'avons vu se tirer fort habilement de la situation difficile que les discordes intérieures et

(i) Arch. B.-Pyr. E. 426.

(2) Miii^uel del Verms (Panthéon littéraire, p. 595), s*exprime ainsi sur le comte Jeai] : c Avia haut pcrsonatQ^e et senhoria, lo 'visatge et (c paraula rigorosa, ardit et senhor de granda emprezt >

Hnvàsîon étrangère faisaient à cette époque aux grands feudataîres français. Mais on peut lui reprocher d'avoir fait preuve en maintes circonstances, et notamment pendant les événements qui précédèrent et suivirent la conclusion du traité de Troyes, d'une duplicité politique qui se retrouve, d'ailleurs, chez presque tous les grands seigneurs de ce temps. Sceptique et faux, nous l'avons Vu souvent, en effet, faire bon marché de ses promesses, négocier lotir à tour avec tous les partis, promettre à tous son alliance et ne servir en réalité que ses propres intérêts. Toujours habile, il sut cependant, malgré Téquivoquede son attitude, se rendre l'homme nécessaire et indispensable à tous dans la France méridionale et Conserver ainsi jusqu'à ses dernière joure la situationprépondérante que son influence lui avait acquise: Il semble môme qu'il ait eu un moment des visées politiques plus hautes et que son ambition se soit haussée jusqu'à prétendre au gouvernement de l'Etat. De 1425 à 1427, son influence est fort considérable à la cour de France. Dons d'argent, cessions de territoire, accroissement d'autorité dans le Midi, toutes les faveurs royales vont à lui. Un fils de France naît, le jour de son arrivée à la cour; on donne à cet enfant le nom de Jean en son honneur. Dans les premiers jours de l'année 1427, le royaume est divisé en quatre grands commandements militaires ; l'un de ces commandements lui est dévolu (1). Plus tard enfin, nous le voyons prendre part, avec l'assistance de La Hire, à une conjuration dirigée fort probablement contre le gouvernement de la Trémoille et essayer ainsi de substituer son autorité à celle de ce tout-puissant ministre.

Si le Languedoc eut parfois à se plaindre de son administration, en revanche il se montra toujours habile administrateur dans ses propres domaines. Sous son règne, ses peuples ne connurent point les maux que les discordes civiles et l'invasion étrangère déchaînaient alors sur les autres provinces du royaume, et tandis que, tout près de là, les contrées gasconnes et languedociennes étaient le théâtre de luttes perpétuelles et la proie des gens de guerre de

(1) De Reaucourt : Charles Vil : II, ch. 2 et 3, passim. Nous n'avions pat assez fait ressortir cette attitude et fait suflisarnment connaître ces évènemeots. Le tome II du Charles VII de M. de Reaucourt, qui a paru l'année dernière, ne nous était point encore connu lorsque nous avons rédigé notre cinquième chapitre dans lequel ces faits auraient dû être reprodaiU.

tous les partis, les domaines soumis directement à son autorité jouissaient, au milieu du désordre général, d'une profonde tranquillité.

En somme, les historiens béarnais, en ne consacrant que quelques lignes à peine au comte Jean, n'ont pas rendu à ce prince toute la justice qu'il mérite. Il eût fallu pour la conservation de son nom qu'un Froissard chantât ses louanges comme le chroniqueur flamand avait chanté celles de Gaston-Phœbus, son illustre prédécesseur. Pour le rôle notable qu'il joua dans les événements de son temps, pour l'accroissement territorial considérable qu'il apporta au domaine desFoix-Béarn, pour l'influence énorme qu'il sut acquérir à la maison de Foix, son règne doit être certainement considéré comme l'un des plus importants que compte l'histoire de cette maison célèbre.

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