Jean-Antonin Injalbert
Proche du jardin du Luxembourg, dans l'immédiat voisinage de la Fontaine monumentale de Carpeaux et du Maréchal Ney de Rude, se trouve l'atelier d'un sculpteur ayant hérité de la mâle énergie , de la fièvre de vie , de l.i puissance de tempérament de ces maîtres, le statuaire Injalbert.
Rue du Val-de-Grâce, au numéro i8, s'élève, au fond d'une cour de quelques mètres, son vaste, mais cependant insuffisant atelier.
Dès la porte franchie, vous vous heurtez à un peuple de formes blanches, statues de plâtre, de marbre, hauts et bas-relief, parmi lesquels, çâ et là, une figure ;\ demi ébauchée dans la glaise, des bronzes à la patine dorée ou noircie mettent leur tache.
l'artiste
Et la première impression, par vous éprouvée, est celle-ci: Voici un artiste réellement fécond, un vaillant ouvrier parmi les plus vaillants, à la création large, continue, puissante comme un flot, comtne une source. Vous avez la sensation d'être en présence d'une force, et après avoir regardé, Tune après l'autre, les œuvres, et dans l'ensemble et dans le détail de leur robuste exécution, vous concluez que cette force est au service d'une intelligence richement douée quant h l'imagination, l'invention, mais par dessus tout possédant ce secret, ce frisson de la vie, cette flamme que dans le mythe antique, le génial Promethée dérobe au trésor des Dieux.
Autour de vous, partout, la vie circule, chaude, intense, houleuse. La Nature ne se refroidit pas à être interprétée par cette sculpture colorée et vibrante. Mais l'artiste, quel que soit son respect de la vérité, son étroite union avec elle, ne devient pas Tesclave servile du modèle, il ne le copie pas toujours et quand même. A l'exemple de ces colosses : le Puget, Michel- Ange, il le magnifie, il l'héroïse, parce qu'au-delà de la surface ""des choses il voit leur âme.
Ainsi je raisonnais tandis que M. Injalbert me contait les débuts essentiellement difficiles, durs et par là plus honorables de sa carrière. Et devant ce point d'arrivée si distant, si élevé, si magistral, j'écoutais avec plus d'émotion encore les détails d'un départ laborieux, douloureux que contrariait l'absence de fortune.
M. Jean-Antonin Injalbert est né à Béziers, en 1845. Son père était maître tailleur de pierres dans cette ville et modeste entrepreneur de maçonnerie. L'enfant débuta à ses côtés, gâchant le plâtre et maniant la truelle. Mais l'amour du père et la vocation du fils décidèrent, dès le premier âge, de faire de lui mieux qu'un ouvrier.
Il fut donc placé comme apprenti chez un sculpteur ornemaniste, M. Paul, et là S'employa à tous les menus travaux de la profession. Écoutant avec le plus grand soin l'enseignement du métier, il ne tarda pas à attaquer le bois, ravaler la pierre sur les façades. Tout fier de dégager une tête ou un ornement dans les clefs de voûte des maisons que bâtissait la main paternelle.
On peut voir ses premiers débuts sous forme de rinceaux gothiques à la chapelle du Bon Pasteur. Le statuaire entrait alors dans sa seizième année.
Cependant son but, son rêve, était le modelage, pétrir lui-même de ses doigts, dans la glaise une figure. Pour cela, il avait pris rang parmi les élèves de l'Ecole de dessin du soir, dont M. Roudès était le professeur.
Ecolier assidu s'il en fut, et passionné, enthousiaste deux fois, comme artiste et comme méridional.
Une des caractéristiques de la personnalité d'Injalbert, c'est l'énergie — j'ai déjà employé le mot et il se retrouvera sous ma plume presque à chaque
ORriiÉi- (Tiix de 'Rome).