‹ Jean-Antonin InjalbertChapitre 14 sur 23 · LE POETE GRINGOIRE · texte numérisé non relu

LE POETE GRINGOIRE

En France, une seconde épreuve, également dans sa prison

en bronze, a eu un sort différent. Après avoir représenté avec dignité l'artiste au Salon de 1888, elle a contribué à lui mériter à l'Exposition universelle de 1889, un des grands prix ; et aujourd'hui devenue une Renommée elle appartient à un riche compatriote d'Injalbert, M. Chappaz. Elle constitue la principale décoration d'un pavillon bâti à cet effet dans un jardin; — M. Chappaz, admirateur passionné du Maître, sait donner à une œuvi-e d'art le cadre qui lui sied. On peut admirer chez ce même amateur, dans son hôtel de l'avenue de Bessan, à Béziers, une curieuse Cheminée monumentale, dans le goût de la Renaissance et toute entière dessinée, combinée, calculée et exécutée par M. Injalbert. Deux hautes cariatides de fier style encadrent le foyer et supportent un bas-relief retraçant l'épisode de 1' « Enlèvement de Déjanire ".Hercule, resté sur la rive, perce d'une flèche le centaure Nessus au miheu du torrent. L'origine de cette fantaisie est intéressante, elle gît dans la trouvaille, à l'Hôtel Drouot, d'un fragment d'architrave brisée, où l'artiste, collectionneur à ses heures, reconnut la main délicate de Jean Goujon. Il acheta le morceau de marbre, s'amusa à l'achever, à compléter la scène et successivement groupa, autour de ce point de départ, toute là cheminée dont M. Chappaz est aujourd'hui possesseur. Ceci avait lieu en 1890 et je note ce fait, parce qu'il en découle pour moi une observation importante.

Antonin Injalbert a l'ouverture d'esprit voulue pour comprendre combien l'art industriel mérite peu le discrédit injuste où il était tombé durant ce siècle. Il est du nombre de ceux qui, depuis quelque temps, cherchent à le relever, reprenant en cela l'intelligente tradition italienne. Tout ce qui entoure l'homme, est utile à sa vie, doit être susceptible de recevoir un reflet d'art, et le statuaire sera plus homain, partant plus complet, qui sans craindre de s'abaisser cisèlera une buire, un pommeau d'épée, un marteau de porte avec plus de caprice, mais autant d'entrain qu'une académie.

On peut dans les illustrations de ce volume, étudier, outre cette cheminée, d'adorables groupes de nymphes et de satyres destinés à être encastrés dans une porte à la Ghiberti, et un heurtoir de fer forgé qui aurait pu être soulévé, sans déroger^ par la main de Tibaldo ou de Mercutio, gentilshommes

Page 1