‹ Jean-Antonin InjalbertChapitre 13 sur 23 · ARIADNE ABANDONNEE · texte numérisé non relu

ARIADNE ABANDONNEE

cependant fait partie intégrante de notre gloire, émanait de ces sculptures. Le grand goût de l'arrangement, l'heureux galbe des lignes, l'ampleur de l'ensemble, l'esprit des accessoires, tout contribuait à cette impression d'un riche filon retrouvé du trésor national.

Les maîtres de la statuaire moderne, Falguières, Mercié, n'hésitèrent pas à déclarer que M. Injalbert, leur confrère plus tard venu, avait cette fois mérité ses éperons d'or, justifiait par ce triple envoi la médaille d'honneur du Salon de 1887. Et de (ait, il la manqua de quelques voix à peine. L'opinion la lui avait attribuée, une intrigue hostile, moins ;\ sa personne qu'à l'institution des Prix de Rome elle-même, l'en priva. Et le public éprouva un de ses plus grands étonnements en voyant cette récompense décernée à M. Frémiet un vaillant et méritant lutteur, mais représenté cette année par une œuvre de second ordre, de goût douteux, le Gorille enlevant une femme. Que de visiteurs avonsnous entendus, ce printemps là, s'exclamer devant le cartel doré mettant audessus de tout, dans le Salon, ce macaque agrandi qui, non content de chipper des noix à la cuisine, détournait de ses fourneaux la cuisinière, — une personne des plus mafflues, des plus dodues. L'Etat du moins offrit une compensation à M. Injalbert en le nommant chevalier de la Légion d'honneur.

Je n'ouvrirai pas une parenthèse pour commenter et expliquer les tripotages électoraux, dont l'indéniable existence a produit, en 1890, la scission du Champ-de-Mars, le partage en deux camps ennemis de nos artistes. Il sied de les déplorer et de les regretter deux fois lorsqu'ils ont eu pour résultat d'éloigner d'un maître la sanction d'une récompense méritée.

L ARTISTF,

Je suis d'ailleurs arrivé à un point de la biographie du statuaire Injalbert où l'actualité surgir avec toutes les difficultés qu'elle entraîne. Riçn n'est plus délicat que de biographier un vivant. On manque de la reculée voulue pour juger avec impartialité une époque, en embrasser l'ensemble. La modestie de l'artiste dont on étudie le rôle, ses amitiés, milles obligations de courtoisie paralysent votre plume. Je vais donc très brièvement résumer cette partie de ma tâche, parcourir ces dernières années.

Les hauts-reliefs de l'Hérault, commandées en 1885, étaient restés sur lechantierdeux ans environ, mais entre temps, le statuaire ne voulant pas se buste de jeune femme laisser oublier au Salon et, encore moins se contenter d'envoyer une carte de visite, avait exposé en i88é une de ses œuvres les mieux venues, son Hippomène. Le gracieux éphèbe est surpris dans sa course légère à l'égal d'im vol, sera-t-il battu par Atalante ? Non, parce qu'il possède la vaillance que peut inspirer l'amour et aussi une science du cœur téminin surprenante à son âge. L'agile coureur vient de jeter la pomme d'or qui tentera la coquette jeune fille, et tournant la tête, il rit malicieusement du succès de son stratagème. Injalbert, dans cette cire perdue, cherche deux choses, d'une part la souplesse nerveuse, la gracile élégance du corps de l'homme en la dix-huitième année. En outre, ne s'arrêtant pas aux vigueurs académiques d'un modèle plus ou moins entraîné aux exercices physiques, il met sur les traits, sur la face rieuse de l'adolescent une expression charmante de malice, de spirituelle gaminerie, il l'anime d'une pensée. La statue plut beaucoup et, acquise par l'Etat, fait partie des collections du Musée du Luxembourg.

Un jour où le sculpteur vaquait à ce travail, un personnage d'accent étranger, à l'aspect grave et un peu métallique des Américains du nord se présenta dans son atelier . En deux mots, il déclara connaître et aimer le talent du Maître et il lui demanda, pour un temple protestant delà ville de New- York, un bas-relief en hauteur où Y Ange de la 'Résurrection sonnerait l'appel des morts, convierait les peuples au jugement suprême. M. Injalbert répondit aftirmativement,mais avec le secret dessein de métamorphoser cet ange, après son départ pour les Etats-Unis, en une Renomwée de plus vivante flinfare. Et ce fut une lutte courtoise, mais amusante que celle du statuaire qui, poursuivant son but, voulait ménager du nu dans sa figure, ne pas la voiler totalement sous les draperies, et l'austère clergyman réclamant, au nom de ses ouailles, de l'étoffe, beaucoup d'étoffe, une tunique montante par en haut, descendant abondamment par en bas.

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Le messager céleste traversant l'espace d'une large envolée, jetant d'un souffle puissant aux foules dans l'épouvante les accents de l'airain terrible, fut après ces légers tiraillements de draperies agréé par le pasteur. Il occupe aujourd'hui sur l'autre rive de l'Atlantique ui^e place d'honneur au chevet de cette chapelle, le reste du choeur étant rempli par des verrières de Munich, consacrées â l'histoire des Apôtres

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