‹ Jean Balue, cardinal d'Angers (1421?-1491)Chapitre 115 sur 187 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

8. British Muséum, Add. ms. 21232 (Extrait des registres des délibérations de l'hôtel de ville d'Angers).

gers\ Une foule nombreuse de nobles, d'ecclésiastiques et d'habitants va à sa rencontre et l'escorte à travers toute la cité. Un seigneur à pied, accompagné de « gens d'armes bien (( embâtonnés », l'attend à la porte et, tenant la bride de la mule que monte le cardinal, il le conduit jusqu'à Téglise Saint-Aubin; en récompense, il devient propriétaire de la monture de Balue. Lorsque ce dernier sort de l'église revêtu de ses ornements épiscopaux, il fait porter la croix devant lui et ne néglige rien pour rappeler son titre de légat. Il s'avance sous un dais de « cinq aunes de damas « blanc » et s'assied sur un fauteuil recouvert aussi de damas blanc et orné de franges de soie ; toutes ces étoffes sont chargées des écussons de ses armes. Quatorze barons feudataires de la cathédrale s'avancent et le portent. Les gens d'armes le précèdent ; des appariteurs et des sergents, revêtus de robes neuves données par le légat, chargés de lourdes masses d'armes, forment la tête du cortège ; le clergé et la noblesse entourent le cardinal d'Angers.

Dans cet apparat, on se rend à la cathédrale et bientôt après on arrive à Saint-Serge d'Angers ; c'est là que Balue descend. Un repas l'y attend ; un des quatre barons lui donne à laver dans deux bassins d'argent, et, pour récompenser ses services, il reçoit les deux bassins ; un autre fait l'office de pannetier: le linge qui couvre les tables devient sa possession; un troisième sert d'échanson, et par ce seul fait, la coupe d'argent doré, du poids de quatre marcs, dans laquelle le prélat a bu, lui appartient.

Ce cérémonial devait plaire à notre cardinal, et il songeait peu, sans doute, qu'autour du roi, on contestait son titre de légat et qu'on écrivait à Rome pour demander son rappel. Acclamé à Angers, il n'y resta que peu de temps. Il coucha à Saint-Serge et, le lendemain (25 juillet), il se rendit au chapitre. Les chanoines le reçurent à sa prise de possession personnelle de l'évêché, avec tout l'éclat des cérémonies d'usage. Ces honneurs firent en partie oublier à Balue les griefs qu'il devait avoir contre les électeurs d'Auger de

1. Les détails de cette entrée sont conservés dans le ms. 577, Bibl. d'Angers.

Brie. Loin de prendre un ton amer, il leur reprocha « avec « la meilleure grâce et une miséricordieuse bénignité », ce qu'ils avaient fait contre ses droits. Au nom de ses collègues, Jean delà VignoUe répondit « qu'en élisant Auger, ils n'avaient (( pas agi librement. Louis XI avait ordonné, ils avaient dû « obéir. Auger de Brie n'était pas leur évêque, et ils ne le « considéraient que comme un simple administrateur ». Ces déclarations furent consignées dans un acte capitulaire\

Quand Balue quitta Angers, il n'était cependant pas reconnu par tous évêque de la ville ; Auger lui contestait ce titre et un procès s'engagea en Parlement. La querelle ne devait se terminer qu'en 1490 et par une transaction^ Balue recouvra alors ses droits en cédant à son rival l'abbaje de Saint-Pierre de Lagnj avec un pension de 1500 livres ^ Dès lors, le cardinal jouit sans contestation, jusqu'à sa mort, de l'évêché d'Angers ; ses vicaires généraux administraient le diocèse en son nom : l'un d'eux avait été son frère, Antoine, devenu alors (depuis 1467) évêque de Saint-Pons*.

Après la magnifique réception qu'on lui avait faite dans sa ville épiscopale, le légat, pensant qu'il avait assez travaillé à ses intérêts personnels, se dirigea vers Paris : si on ne voulait pas lui rendre les honneurs dûs à un légat, peutêtre consentirait-on à recevoir l'ambassadeur du duc de Bretagne, car Balue venait aussi à ce titre. Il ne se trompait pas^ Le 5 août, l'évêque de Coutances annonçait au Conseil que Balue était à cinq ou six lieues de Paris. On délibéra sur la question de savoir s'il serait admis comme ambassadeur de François II ou comme légat du Saint-Siège.

1. Bibl. Nat., Collection de Touraine, vol. 16, fol. 206; Bibl. d'Angers, manuscrits 577, 633, 858. — British Muséum, Add. ms. 21232, fol. 25 r^.

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