CHAPITRE PREMIER
JEUNESSE DE BALUE. — ORIGINES DE SA FAVEUR. (i42l-?-1464.)
Son nom. — Sa naissance et sa famille. — Ses études, — Jean Balue, licencié es lois. — Il embrasse la carrière ecclésiastique. — Il entre dans la maison de Jacques Juvénal des Ursins, évoque de Poitiers, qui le nomme son exécuteur testamentaire (1457). — Ses procès en Parlement (I457-li61). — Balue auprès de Jean de Beauvau, évêque d'Angers; ses canonicals. — Ambassade à Rome (li62); il y accompagne son maître. — Il est nommé protonotaire apostolique. — Il acquiert de nouveaux bénéfices; diflicultés qui naissent à ce sujet. — Balue vient à Paris soutenir ses droits. — Il est présenté au roi (1463) et devient bientôt son aumônier. — La trésorerie de l'église d'Angers (I46i). — Louis XI lui accorde quelques faveurs: Balue notaire et secrétaire, conseiller clerc à la Cour des Comptes et au Parlement.
Il y a cent trente ans à peu près, le père Griffet écrivait en parlant du personnage qui fait l'objet de cette étude : « Il paroit qu'on doit le nommer Ballue et non pas la (( Ballue ^ ». Et, répétant les preuves déjà données par Lenglet-Dufresnoy à l'appui de cette assertion, il ajoutait : (( Dans les lettres que l'on a de lui, il ne signe que Ballue ; « il n'est point appelé autrement dans les anciens actes; « Monstrelet, Commines, la Chronique scandaleuse et les « autres historiens de ce temps-là sont uniformes sur ce (( point. » Ces arguments sont d'une rigoureuse exactitude ;
1. Griffet, dans son édition de V Histoire de France du Père Daniel, t. VII, p. 675.
H. FoRGEOT. Jean Balue. 1
2 CIIAPITI'.K PKKMIPH.
les chroniqueurs dont les œuvres sont en langue française ', Commines, Jean Maupoint, Georges Chastellain, Jean de Wavrin, Gaguin, écrivent Balue\ sa correspondance autographe ^ et les lettres royaux qu'il a souscrites^ sont signées de même ; enfin, son nom a toujours cette forme dans les pièces de son procès*. En dépit de si bonnes raisons, on s'obstine généralement à parler du cardinal « la Balue » et nombre de savants continuent depuis plus d'un siècle d'imprimer encore son nom sous cette forme inexacte ^
Si l'on ne peut avoir aucune hésitation sur ce point, il en va tout autrement en ce qui concerne la date et le lieu de naissance de Jean Balue.
Les auteurs de courtes biographies sur ce personnage sont généralement d'accord pour dire qu'il naquit en 1421 ^ Son épitaphe porte, en effet, qu'il mourut septuagénaire en 1491".
Si cette inscription, détruite depuis longtemps, a été fidèlement reproduite, Balue serait entré au service du roi à plus de quarante ans, et il est peu de carrières politiques qui aient commencé aussi tard, surtout à cette époque. Le chroniqueur Jean
1. La forme latine Balua, qu'on trouve chez Gaguin et Jacques de Pavie prête à l'amphibologie; nous avons voulu parler de l'édition française que Gaguin donna de sa chronique,