Ibid
mains d'Antoine Balue *; on ne parle pas davantage des dépenses faites par notre cardinal pour le change, quand il délivra au Pape ses 30,000 ducats et ses 20,000 réaulx; on oublie également d'autres dépenses que Jean Balue a mentionnées dans l'établissement de son compte : ces lettres patentes scellées, par lesquelles le roi défendait à tous ses officiers de se mêler des affaires de la dîme, et dont on fit cent exemplaires ; ces deux cents autres lettres, par lesquelles le roi enjoignait à tous de payer la dîme ; et les cent « processus in forma au- « thentica super buUis apostolicis de imponenda et exigenda « décima », le tout payé par Balue « in numerata pecunia »; enfin 6,000 écus, dépensés du consentement même d'Etienne Nardino : ce qui fait un total de 8,250 1. 1. Ajoutons encore, avec Balue, que, sur les 108,000 1. 1. , il faut retirer les dépenses faites par les commissaires généraux pour frais de déplacement et autres ^ Nous ignorons le montant de ce dernier chiffre, car le compte de notre cardinal est interrompu, probablement par son arrestation.
En un mot, rien n'est moins fondé que l'accusation de détournements dont Balue semble avoir été l'objet ; et faute de preuve, nous ne l'en accuserons pas, non qu'il n'ait pas été capable d'un tel acte — il le montra bien à Péronne ainsi que nous le verrons plus loin — mais parce qu'aucun document n'établit sa culpabilité.
Quant à l'emploi de l'argent produit par la dîme, il dut plus tard causer le mécontentement du roi. Louis XI, en consentant à la levée des décimes, avait mis pour condition a que (( l'argent qui en ystroit seroit converti a la deffense de la « foy* ». Il en aurait été tout autrement, s'il faut en croire Petrucelli délia Gatina*; faisons néanmoins remarquer que le témoignage de ce pamphlétaire est des plus suspects.
1. Ibid. Ces faits mentionnés au commencement du compte, sont complètement oubliés dans l'abrégé final.
2. Bibl. Nat., Coll. Dupwj, vol. 762, fol. 299 r" et v». Ces diverses sommes forment un total de 14,650 1. t. ; il reste donc 22,750 livres dont l'emploi n'est pas indiqué: ils furent probablement dépensés aux frais occasionnés par les commissaires, et l'achèvement du compte de Balue en eût justifié.
3. Projet dlnterrogatoire de Pierre Durand ; pièce justif., n» XIV.
4. Petrucelli délia Gatina, Histoire diplomatique des Conclaves, t, I, p. 260.
Un simple évêque, un abbé quelconque, vivant plus ou moins richement dans ses bénéfices sans se mêler aux affaires religieuses du temps, eussent à peine mérité qu'on leur consacrât quelques lignes ; un cardinal, qui joua un rôle actif dans les rapports de la papauté et de la France devait nous arrêter davantage, surtout si l'on songe qu'il s'agit ici, d'une part, de cette fameuse querelle qui devait seulement se terminer à peu près par le Concordat de François P'", et, d'un autre côté, de la grande préoccupation des Pontifes romains pendant la seconde moitié du xv^ siècle, nous voulons parler de la croisade contre les Turcs.