POLITIQUES
Guerre du Bien public (1465); Balue organise la défense de Paris au nom du roi. — Ses lettres marquent un certain esprit politique. — Il conseille à Charles de Melun de seconder Louis XI à Montlhéry (14 juillet). — Chanson contre Balue ; il est attaqué de nuit (23 septembre). — Il ordonne de par le roi au Parlement, d'entériner les traités de Saint Maur et de Conflans (12 octobre). — Ambassadeur en Bretagne {ii66-iiQl),i] échoue deux fois en essayant de faire accepter à Charles de France le Roussillon comme apanage : trahison de l'amiral Jean de Montauban. — La faveur de Balue augmente néanmoins. — Ambassadeur en Bourgogne, il n'est pas reçu par Charles le Téméraire (octobre 1467). — Il passe la revue des bannières de Paris en habits épiscopaux (26 octobre 1467). — États généraux de Tours (avril 1468), importance du rôle de Balue à cette occasion ; politique royale. — La France, la Bourgogne et la Bretagne se préparent à la guerre. — François II, vaincu, signe le traité d'Ancenis. — Conférences de Cambrai pour la conclusion de la paix avec la Bourgogne (septembre 1468); Balue, l'un des trois plénipotentiaires royaux, mène les négociations. — Entrevue de Péronne (9-14 octobre li68) ; on ignore qui en eut l'idée première Balue s'en montre l'adversaire résolu. — Sur les ordres de Louis XI, il se voit obligé d'obtenir le sauf-conduit de Péronne. — Louis XI se rend à Péronne ; il est bientôt en danger. — Balue achète l'entourage du Téméraire et garde une partie de l'argent que le roi lui avait donné à cette fin. — Il concourt puissamment à la délivrance de Louis XL
Balue aurait peut-être été oublié par Thistoire, s'il avait simplement joué, dans les affaires religieuses, le rôle que nous venons de décrire. Sa carrière politique lui a, au contraire, acquis une triste immortalité et on est généralement hésitant entre l'horreur qu'inspire une trahison, et la pitié que fait naître une dure expiation.
Pendant quatre années (1465-1469), le nom de Jean Balue se rouva mêlé à toutes les affaires de la politique française. La guerre du Bie?i Public, les négociations et les ambassades multiples qui la suivirent, les États de 1468, la question de l'apanage de Charles de France sont autant d'événements
auxquels il ne reste pas étranger. En un mot, presque rien d'important ne se fit durant cette période si courte, mais si féconde en événements et en conséquences, sans qu'il y ait pris une part active.
La guerre du Bien Public lui fournit une première occasion de se produire, et ce furent sans doute les services qu'il rendit au roi en cette circonstance, qui assurèrent son avenir politique.
Depuis son avènement au trône, Louis XI s'était montré « un novateur souvent gênant ». En quelques années, il avait irrité le clergé, les nobles, le Parlement ; il avait menacé la féodalité dans ses deux principaux représentants, les ducs de Bourgogne et de Bretagne. Tous ces mécontents se liguèrent contre lui. Quant au prétexte de la guerre, on l'eut bientôt trouvé : les princes se battraient pour la nation, pour le « Bien Public ». Il leur fallait un chef, nominal au moins; ils enlevèrent le frère du roi, en lui promettant de travailler dans son propre intérêt. Louis essaya de conjurer le danger, et s'adressa à plusieurs seigneurs ; ils répondirent par des lettres, des manifestes. C'était la guerre.
Le premier soin du souverain fut de penser à Paris ; tant que la capitale serait à lui, il resterait roi. Aussi voulut-il qu'elle fût bien fortifiée, et il semble l'avoir confiée particulièrement à trois hommes, alors en faveur: Charles de Melun, Jean Balue et, un peu plus tard, Joachim Rouault. Les armées des confédérés ne s'ébranlaient pas encore que Louis envoyait à Paris Balue et Melun, qui ne devaient plus quitter la ville jusqu'à la paix. Ils avaient charge d'organiser la défense, et, le bailli de Sens, Charles de Melun, fut placé à la tête des troupes en qualité de lieutenant-général.
Dès qu'ils furent arrivés, les envoyés se rendirent à l'hôtel de ville et lurent les ordres royaux, a et après la dicte lecture a ainsi faicte, furent faictes en l'ostel de la dicte ville plusieurs « belles ordonnances pour la tuicion, garde et seureté d'icelle c( ville, comme de faire guet et de garder les portes d'icelle, « et les autres fermer et murer ; et mettre les chaynes de fer « des rues de ladicte ville en estât pour servir, quant mes- « tier en seroit, et plusieurs autres choses qui longues seroient à
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a escripre^ ». Paris ne devait jouer un rôle, négatif d'ailleurs, qu'un peu plus tard, mais on y était bien renseigné comme le prouvent trois lettres de Balue. Le 10 avril 1465, l'évêque élu d'Évreux écrivait au roi. Les hostilités commençaient à peine, et on espérait encore que les négociations pourraient aboutir à une pacification générale. C'était du moins l'opinion de Balue: « Monsieur du Mans lui avait dit », écrivait-il à son maître, « que Monsieur de CharoUais est guidable « pour vous » ; mais il croyait qu'il fallait se hâter, car tout dépendait de l'héritier de Bourgogne: « cestuy la seur pour « vous, je repute le surplus bien peu de chose ^ ». Malheureusement, Charles ne devait pas prêter l'oreille à ces ouvertures et Balue le comprit bientôt.
Dès le 1" mai, il avait perdu toute illusion et il s'exprimait ainsi : « Messieurs l'évesque du Mans et de Hatbourdin « sont passez par cy, tirans devers Monsieur de Charrolais, (( et ont charge du Roy, mais jusques cy je ne vois pas grant « apparence de bien de cest endroit^ ». Balue ne se trompait pas ; Charles continua sa marche en avant.
La juste défiance de notre personnage s'accrut avec le temps. Quand il apprit que Louis XI allait traiter avec le duc de Bourbon, il eut peine à y croire ; il pensa même qu'on voulait tromper son maître et lui faire perdre du temps : « On espère « qu'ils ne partiront point d'ensemble sans appoinctement », mandait-il au chancelier le 7 juin, « toutesfois je ne suis pas « de ceste oppinion, et doute que ce ne soit que amusement; « Dieu par sa grâce y vueille donner provision* ». Cette fois encore, la perspicacité de Balue n'était pas en défaut, car la campagne du Bourbonnais allait se continuer durant un mois, avant que le duc de Bourbon et les seigneurs du Midi signassent leur traité (4 juillet).
Paris s'organisait en attendant. Depuis que Rouault y était,