INTRODUCTION. XI
Après avoir persuadé au roi de se rendre auprès du Téméraire pour arrêter les bases d'un traité, le cardinal aurait conseillé au duc, qui voulait retenir Louis prisonnier, de lui rendre la liberté, promettant à Charles « qu'il le fairoit roj et qu'il ne (( tarderoit jamais trojs mois qu'il ne lui baillast entre ses (( mains le cerf et le cabirol, par lesquels il entendoit livrer « le Roj et Monseigneur Charles son frère ». Cette narration unique, d'un auteur éloigné du théâtre des événements et qui écrit après la trahison du cardinal, au moment où celui-ci venait d'être enfermé, a besoin d'être vérifiée avant d'être admise. Il faut de plus remarquer, ainsi que nous le verrons au cours de ce travail, que le héros du chroniqueur, Gaston IV, comte de Foix, était légèrement compromis dans l'ébauche de coalition tentée par Balue au commencement de 1469. Leseur, qui omet ce détail, a peut-être cru le faire oublier en insistant sur la perfidie du cardinal.
Ajoutons un mot encore, avant de passer à l'examen des actes authentiques. Les chroniqueurs qui ont assis l'opinion des historiens paraissent être Thomas Basin et Jacques de Pavie ; aux autres, on n'a emprunté que des détails, et nous avons dit plus haut qu'il fallait consulter les deux premiers avec une certaine défiance \
IL Documents d'archives. — A côté des chroniqueurs qui relatent l'opinion de leur époque et obéissent à leurs passions particulières, il existe une autre source précieuse d'information, ce sont les documents d'archives. Dans leur froideur et leur précision, ils ne relatent que des faits véritables, auxquels toute confiance doit être accordée, quand une fois la critique diplomatique a reconnu leur authenticité. Toujours nécessaires comme moyen de contrôle, il était indispensable d'y recourir dans le travail que nous avons choisi ; ne fallait-il
— M. H. Courteault a fait paraître une étude sur ce chroniqueur, en tête de la publication de son œuvre.
1. Bien qu'ils aient écrit au xvi*^ siècle, trois auteurs, qui se rattachent aux chroniqueurs plutôt qu'aux historiens, méritent d'être signalés ici. Bourdigné, qui était presque un contemporain du cardinal, ignore sa vie en Italie (Chroniques d Anjou et du Maine, p. 248), ainsi que François de Belleforest {Les Chroniques et Annales de France, t. I, fol. 4Ô5 v», col. 2) et que Bouchard {Les grandes cronicques de Bretaigne, fol. CXCVI v"). il l'accuse d'avoir mené son roi à Péronne.