Bibl. Nat., Coll. Le Grand, fs. fr, 6961, p
4. Louis XI, qui voulait la paix, avait ordonné à ses rois députés de ne pas mécontenter Charles.
une faveur qui n'a déjà plus de bornes, il voit, comme Louis, que tous ces pourparlers n'aboutiront pas ; son projet est dès lors d'être l'unique négociateur de la paix : il en écrit même au Téméraire ^
On suspend donc les conférences de Hani (29 septembre). Le cardinal d'Angers a été si bien en scène pendant ces huit journées, son crédit auprès du roi est si connu, que le duc, trouvant là un moyen de ne pas voir Louis sans toutefois l'irriter, accepte l'entrevue que lui propose son premier ministre. Charles est plein d'espoir dans la paix future; séduit par les avances d'un souverain qui le couvre d'or, il semble prêt à lui accorder tout ce qu'il demande. La lettre qu'il écrivit le 30 septembre à Balue, pour lui annoncer qu'il acceptait ses propositions et l'engager à venir arrêter avec lui les articles du traité, montre tout son contentement. En voici la teneur :
« A très Révérend Père en Dieu, nostre très cher et espèce cial ami, le cardinal d'Angiers. — Très Révérend Père en « Dieu, très cher et especial amj. J'ay receu vos lettres et (( ouy ce que m'a dit mon chancelier que l'y avez fait scavoir « par ce porteur, dont et de vostre bonne affection je vous (( mercie de très bon cueur. Et en ensuivant vostre adverse tissement, écris présentement à Mgr. le Roy par mes lettres « que vous envoyé par ce dit porteur, et l'y supplie vous (( donner licence de venir jusques icy devers moy : si vous « prie bien affectueusement que vueillez besongner en nos « matières, car je désire qu'elles puissent prendre bonne yssue « et conclusion par vostre bon moyen, et ainsi vueillez pren- « dre la peine de venir devers moy, et y soyez demain au (( soir, s'il vous est possible, afin que nous puissions deviser « de nos dites matières. Et à Dieu, cardinal, mon bon ami. « Escript en mon logis, ce vendredi au soir. Charles l » .
1. C'est ce que montre la lettre du Téméraire dont nous allons parler.
2. Cette lettre autographe est conservée aujourd'hui à la Bibl. Nat., fs. fr. 5041, pièce 42, Nous la datons du 30 septembre 1468 ; il est facile de voir par sa teneur qu'elle est postérieure aux conférences de Ham ; de plus elle est antérieure au 9 octobre (jour de l'arrivée du roi à Péronne) ; elle est donc soit du vendredi 30 septembre, soit du 7 octobre.
Or le 2 et le 6 octobre, Balue était auprès du Téméraire, elle ne peut donc être que du 30 septembre. Autre preuve : Charles demanda à Balue de se trouver auprès de lui le lendemain et il y arriva le 2
Ce billet est bien caressant ! dit Michelet'. Et c'est en effet là-dessus qu'on s'est appuyé généralement pour prouver la trahison de Balue à Péronne ; voilà, a-t-on dit, un témoignage irrécusable de la faveur du cardinal auprès du duc. Nous avons montré plus haut que les expressions peut-être (( caressantes » de cette lettre sont dues au contentement qu'éprouvait le Téméraire : il poussait tout à l'extrême, la joie comme la colère.
Il n j a pas là une simple supposition, car des documents authentiques vont nous servir à montrer que Balue fut longtemps l'ennemi résolu de l'entrevue, et que jamais il n'abandonna cette opinion qu'il en pourrait advenir désavantage au roi.
Dès que notre cardinal apprit le projet de Louis (et il dut être des premiers), il fit tous ses efforts pour l'en détourner. Si l'entrevue aboutissait à un traité avantageux pour la France, tout le mérite en reviendrait au roi; Louis, au contraire, y perdait-il la couronne et la vie, quel avenir politique pouvait attendre son premier ministre? D'un côté, c'était l'effacement; de l'autre, la ruine. L'intérêt personnel et peutêtre aussi l'amour de son roi et de son protecteur, de quoi l'on peut douter, tels furent les deux mobiles qui, croyonsnous, décidèrent Balue à se ranger au nombre des adversaires d'une entrevue. Pour dissuader Louis, il dut mettre tout en œuvre, mais la résolution du prince fut inébranlable.
Finalement, — et c'est là une des preuves de l'opposition du ministre au dessein du prince, — pendant que Balue était à Ham, Louis lui écrivit : « Cardinals, n'empesche pas la veue, « car elle se fera^ » C'est vraisemblablement alors que notre
octobre. On peut donc conclure que cette lettre fut écrite le 30 septembre, à Lihons-en-Santerre (canton de Chaulnes, arrondissement de Péronne, département de la Somme) où le duc se trouva du 22 septembre au. ù octobre (Chroniques de 1400 à 1467, éd. Lenglet, t. II. p. 192).
x\ joutons enfin un dernier argument : on ne parle de paix décisive avec la Bourgogne qu'après le traité d'Ancenis (10 septembre); or, le duc se trouva à Péronne du 26 août au 15 septembre, et du 5 au 15 octobre ; toutes les lettres qu'il adressa, de ce lieu, se terminent par ces mots : « Escript au camp de Péronne. » Charles était donc autre part : à Lihons-en-Santerre.
Cette lettre est donc bien du 30 septembre 1468.