‹ Jean Balue, cardinal d'Angers (1421?-1491)Chapitre 65 sur 187 · Interrogatoire de Macé de Brèe, pièce justif. n° VI · texte numérisé non relu

Interrogatoire de Macé de Brèe, pièce justif. n° VI

ROLE DE BALUE DANS LES AFFAIRES POLITIQUES (146o-1469). 59

évêque fît un dernier effort pour se rendre indispensable et contrecarrer le projet du roi ; il écrivit au Téméraire la lettre que nous avons mentionnée plus haut. Et cette demande même, adressée au duc, de venir traiter pour le prince, montre encore l'aversion de Balue pour une entrevue.

Le résultat devait singulièrement tromper son attente. Le roi, en recevant le message le P^ octobre, fît donner ses instructions au cardinal ou lui expliqua lui-même son plan. A la demande de Charles, Louis lui enverrait son ambassadeur ; celui-ci ne serait pas chargé de traiter, mais bien d'obtenir un sauf-conduit. On comprend l'étonnement de Balue. Un esprit habile, un parfait courtisan — et il était tous les deux — n'avait qu'un parti à prendre : faire sa cour en se soumettant. Le cardinal agit ainsi et, dès lors, il parut un chaud partisan du dessein qu'il avait jusque-là combattu. Ce revirement soudain devait être plus tard le sujet d'une des questions posées à un serviteur du prélat, Pierre Durand : « Si soit interrogué ledict Durand qui meut le cardinal « d'escripre au roy qu'il allast audict lieu de Péronne, veu « que icelluy cardinal avoit ton sj ours esté de contraire oppi- « nion, et que s'il y aloit, qu'il seroit en danger^ », document qui nous montre encore, d'une façon irréfragable, l'opposition de Balue à l'entreprise de Louis XL

On pourrait peut-être songer à expliquer tout autrement ce brusque changement d'opinion : l'évêque d'Angers aurait été acheté par Charles le Téméraire. Cette supposition, on ne manqua certes pas de la faire plus tard, lors de son arrestation ; on demanda même à quelques témoins « quel argent donna mon- « seigneur de Bourgongne au dit cardinal pour faire les « appoinctements du roy et de luy^ ». Rien n'est moins fondé que ce soupçon ; chaque témoin dut répondre « qu'il ne scet « riens » ; les juges eux-mêmes ne devaient pas l'ignorer, car, non seulement le cardinal ne trahit pas son maître à Péronne, bien plus, ce fut lui qui le sauva, ou du moins contribua puissamment à le tirer du plus grand danger qu'il ait couru pendant son règne.

4. Projet d'interrogatoire de P. Durand, pièce justif/n» XIV. 2. Interrogatoire de Macé de Brée, pièce justif. n» VI.

Balue, muni des instructions du roi, arriva auprès de Charles à Lihons le 2 octobre^; il s'acquitta de son message. A son tour, le duc s'étonna : il croyait traiter avec le ministre ; et, au lieu de lui parler d'articles de paix, on lui demandait un sauf-conduit. Il s'y refusa. Le bruit courait, dit-il, pour motiver sa réponse négative, que les Liégeois allaient se révolter à l'instigation de Louis : « Ils n'oseraient, (( répartit Balue, car ils se rappellent encore leur récente « défaite". » Charles n'accorda rien néanmoins.

Dire que notre ambassadeur corrompit l'entourage du Téméraire, voilà encore ce qu'on ne peut affirmer. Bouscuyse agissait probablement de son côté auprès du duc pour obtenir son consentement ; Olivier de la Marche nous l'affirme du moins ^

Quelques jours après, Balue revient trouver le duc, qui s'est rendu àPéronne*; Charles ne lui promet rien encore. Il le presse, il est porteur d'une demande formelle et officielle; il réunit tous les arguments capables de faire impression sur l'esprit du duc : la trahison de François II, les 60,000 écus

qu'on doublera, les bonnes dispositions du roi Charles

hésite encore un peu, puis, brusquement, sa résolution est prise : il signe le sauf-conduit \ Guillaume Biche est présent ^ il le reçoit des mains du duc et le remet à Balue\ La victoire était gagnée, et le 9 octobre, Louis arrivait à Péronne^ C'est peut-être l'épisode le plus connu de ce règne. Chacun sait en effet que le roi vint en petite compagnie, afin d'inspirer mie plus grande confiance à Charles et d'obtenir par là plus

1. La chronique commençant en 1400, éd. Lenglet, t. II, p. 192.

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