‹ Jean Balue, cardinal d'Angers (1421?-1491)Chapitre 68 sur 187 · Quelque cas qui soit ou puisse advenir · texte numérisé non relu

Quelque cas qui soit ou puisse advenir

(32 CIIAPITUE III.

et Louis, enfermé au château, fut gardé à vue. La question se posait, effrayante: retiendrait-on le roi prisonnier? Suivrait-on l'exemple d'Herbert de Vermandois? Le souverain ne s'abandonna pas ; « il faisoit parler, nous dit Commines, à tous (( ceulx qu'il povoit penser qui luy pourroient aider : et ne (( failloit pas à promettre, et ordonna distribuer quinze mil (( escuz d'or ; mais celluj qui en eut la charge en retint

(( une partie et s'en acquitta mal, comme le Roy sceut

« depuis*. ))

Quel est ce serviteur dont le chroniqueur et tous les historiens après lui, taisent le nom? Quels sont les gens de la cour de Charles qu'il acheta? Quels ont été enfin les résultats de cette mission? Autant de points d'un intérêt capital pour cette page de l'histoire, et qui n'ont point été élucidés jusqu'à ce jour.

Deux interrogatoires-, inconnus ou non utilisés jusqu'ici, nous mettent à même de répondre à ces questions. Ils nous apprennent qu'à Péronne notre cardinal, Jean Balue, reçut précisément quinze mille écus, pour distribuer à l'entourage du Téméraire ; et que, gardant sept à huit mille écus, il donna diverses sommes à Antoine, grand bâtard de Bourgogne, à Guillaume Biche et à l'archidiacre de Cluni. Le rapprochement n'est- il pas frappant et ne reconnaît-on pas, dans l'évêque d'Angers, l'homme dont parle Commines ? Tout concorde : la somme, les personnes à qui elle doit être distribuée, enfin l'indignité de l'agent du roi.

Il nous est donc possible, à l'aide de ces documents, de jeter un jour nouveau sur ces dernières heures de l'entrevue. C'est ce que nous allons tâcher de faire.

Louis XI, voyant que les pressentiments de Balue s'étaient réalisés, lui remit « quinze mil escuz pour despartir a aucuns (( des gens de Monseigneur de Bourgogne'^ ». Le cardinal, nous l'avons déjà expliqué, avait tout intérêt à sauver son maître, car la ruine du ministre devait suivre celle du roi.

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